LMDP
*Langue maternelle * Documents pédagogiques
Activités
de langue française dans l'enseignement secondaire * Périodique trimestriel
Annexe à l’article « Variations
théâtrales » dans LMDP 128 http://home.scarlet.be/lmdp/128.0703.html
Faut pas payer
Dario Fo
Antonia : Qui c’est ?
Voix dans les coulisses : Des amis
Antonia : Quels amis ?
Voix dans les coulisses : Je suis un camarade de travail de votre mari. Il m’a chargé d’une commission pour vous.
Antonia : Mon Dieu ! Il lui est arrivé quelque chose !
Margherita : Attends, un peu, que je cache la salade.
Antonia : Une minute, j’arrive. (Elle ouvre la porte, apparaît le gendarme). Encore vous ?
Le gendarme : Ne bougez plus ! Restez où vous êtes ! Je vous tiens cette fois….enceintes toutes les deux ! Ca pousse, ces ventres. Je l’avais subodoré (pressenti) tout de suite, qu’il y avait un truc.
Antonia : Quel truc ? Vous n’y êtes pas.
Margherita :
(Se laissant tomber sur une chaise):
On est refaites… Je le savais bien.
Le gendarme (A Margherita ) : Je vois avec plaisir que vous avez pu garder votre petit bébé. Quant à vous, madame, félicitations ! En cinq heures, vous faites l’amour, vous devenez mère et vous en êtes au neuvième mois. Quelle rapidité !
Antonia : Excusez-moi, monsieur le brigadier, mais vous faites une boulette.
Le gendarme : La boulette, je l’ai faite tout à l’heure…. Cette fois, je ne marche pas. Sortez la marchandise volée !
Antonia : Quelle marchandise ? Vous n’y êtes pas.
Le gendarme : N’essayez pas de jouer au plus fin. Le manège est éventé. Depuis ce matin, je ne vois passer que des femmes enceintes. Des femmes mûres, des jeunes, des petites filles…Et même une mémé de 80 ans…on aurait cru quelle attendait des jumeaux.
Margherita : Vous avez bien vu, brigadier, mais la raison n’est pas celle que vous croyez. C’est pour la fête de notre patronne.
Le gendarme : Qu’est-ce que cette nouvelle histoire ?
Antonia : Sainte Eulalie… Une grande sainte. Vous ne la connaissez pas ?
Le gendarme : Non
Margherita : C’est une belle histoire. Sainte Eulalie qui aurait voulu avoir des enfants, n’arrivait pas à être enceinte. Elle avait beau en faire de toutes les couleurs, rien, pas d’enfants. A la fin Dieu le Père l’a prise en pitié et quand elle a eu 60 ans, il l’a fait devenir mère.
Le gendarme : A 60 ans ?
Antonia : Pensez donc, son mari en avait plus de 80 !
Le gendarme : Oh !
Antonia : La puissance de la foi ! Mais le mari, à ce qu’on dit, est mort presque tout de suite après. En tout cas, pour rappeler ce miracle, toutes les femmes du quartier se promènent pendant trois jours avec un faux ventre.
Le gendarme : La tradition a bon dos ! C’est pour ça que vous videz les supermarchés, pour vous rembourrer ? Voilà où mène la piété populaire. Allez… finie la comédie…Faites voir ce que vous avez là-dedans, sinon je vais perdre patience.
Margherita : Je vous préviens que si vous nous touchez ne serait-ce que du bout des doigts, il va vous arriver malheur.
Le gendarme : Vous me faites rire ! Quel malheur ?
Margherita : Le malheur a frappé le mari incrédule de Sainte Eulalie. C’était un vieux mécréant (un impie, un mauvais chrétien) qui ne voulait rien entendre. Il appelle sa femme : « Sainte Eulalie, viens ici tout de suite. Fait voir ce que tu as la –dessous ! Je te préviens, si tu es vraiment enceinte, je te tue, parce que ça voudra dire que cet enfant n’est pas de moi ». Alors Eulalie a ouvert son manteau… deuxième miracle … il est sorti des roses de son ventre, une avalanche de roses.
Le gendarme : Fort intéressant.
Margherita : Ce n’est pas fini.
Le gendarme : Ah Non ?
Antonia : Non. Le mari, tout à coup …la nuit s’est faite devant ses yeux. « Je n’y vois plus », il criait. « Je n’y vois plus. Dieu m’a puni. Je suis devenu aveugle. - (Avec une petite voix) » Ah ! Maintenant tu y crois, mécréant ». C’est comme ça qu’elles parlent, les saintes – « Tu y crois » elle lui a dit. « Oui, oui, j’y crois ». Alors, troisième miracle…au milieu des roses est apparu un bébé de dix mois qui s’est mis à parler : « Papa, papa ! Le seigneur te pardonne, tu peux mourir en paix ! « Il a touché son père avec sa petite main potelée, et le vieux est mort…sur le coup.
Le gendarme : C’est passionnant ! Maintenant, les fables, ça suffit. Faites –moi voir les roses…Je veux dire…dépêchez-vous parce que je n’ai plus de temps à perdre et que je vais m’énerver.
Antonia : Vous ne croyez pas au miracle
Le gendarme : Non
Margherita : Vous n’avez pas peur du malheur ?
Le gendarme : J’ai dit non
Antonia : Comme vous voudrez. Vous ne viendrez pas vous plaindre que je ne vous ai pas prévenu (A Margherita) Allons, lève –toi et marche !
Sainte Eulalie au ventre rond
Sur qui ne croit pas au miracle
Fais tomber la malédiction
Sur qui ne croit pas à l’oracle
Fais descendre le mal affreux
Le noir et la nuit sur ses yeux
Sainte Eulalie rendue fertile
Frappe et …Ainsi soit-il
Elles
ouvrent leur manteau
Le gendarme : Qu’est-ce que c’est que ça ?
Antonia : On dirait de la salade.
Le gendarme : De la salade ?
Antonia : Oui, de la chicorée, de l’endive, de la frisée…Il y a même un chou.
Margherita : Moi aussi, j’ai un chou !
Antonia : Ca fait deux choux
Le gendarme : Où avez-vous trouvé ces légumes ?
Antonia : Nulle part. C’est sûrement un miracle
Le gendarme : Le miracle de mes choux, sans doute.
Margherita : Les miracles, on les fait avec ce qu’on a sous la main. De toute façon, que vous y croyiez ou non, est-ce que c’est défendu ? Y a-t-il une loi qui interdise à un citoyen de porter de la chicorée, des endives et du chou sur le ventre ?
Le gendarme : Il n’y en a pas
Antonia : S’il n’y en a pas, bonsoir !
Le gendarme : Bonsoir (Il va vers la porte). Je veux savoir où vous avez trouvé ces légumes.
Margherita : Je vous l’ai dit, pour rappeler le miracle de Sainte Eulalie. Et malheur à qui n’y croit pas ! Tôt ou tard…
Antonia et Margherita en chœur (En poussant le gendarme dehors, la lumière baisse peu à peu)
Sainte Eulalie au ventre rond
Sur qui ne croit pas au miracle
Fais tomber la malédiction……..
Le gendarme (dans les coulisses) : Que se passe –t-il. La lumière s’en va. Hé ! Il fait presque noir
Antonia : Vous vous trompez brigadier. Il fait très clair.
Margherita : C’est peut-être votre vue qui baisse…..
Lorie (Margherita). 80 ans. Garde de l’humour malgré son grand âge et les malheurs. Son fiancé est mort à la guerre 40 et elle est restée célibataire, fidèle à la mémoire de son amoureux même si elle a connu quelques aventures sans lendemain…Elle est encore très « spitante ». Une copine et voisine de Antonia.
Marie (Antonia). 75 ans. Aigrie par la vie. Mari pensionné. Il travaillait à l’usine comme ouvrier. A eu trois enfants dont le denier est handicapé moteur, sa fille a perdu son mari dans un accident de travail et l’aîné est parti vivre au Chili. Elle aime retrouver sa copine qui lui redonne un peu le goût de vivre.
Elise (gendarme). 30 ans. Orphelin. Recherche d’une identité en fréquentant des groupes d’extrême droite. Tendance à un comportement fasciste. Misogyne. Admiration pour Hitler.
Aline (Margherita). 40 ans. Son mari l’a quittée pour sa meilleure amie. Il est cadre dans une entreprise de cosmétiques. N’ayant jamais travaillé, elle vit de la pension alimentaire de son mari mais son train de vie est nettement restreint. Comme elle désire garder une vie de bourgeoise, restriction au niveau alimentaire mais dépense son argent en vêtements. Pimbêche.
Valentine (Antonia). 25 ans. Au service de Madame depuis l’âge de 15 ans. A l’aise car a vécu depuis son enfance dans la maison étant donné que sa mère était déjà au service de Madame. Reconnaissance pour Madame de l’avoir gardée malgré le départ de son mari et même si c’est pour montrer aux autres qu’elle peut encore se payer une servante. Révoltée et franc parler. Son mari est ouvrier dans une usine.
Laurent (gendarme). 40 ans. Le père du gendarme était voleur, a fait plusieurs fois de la prison. La mère était femme au foyer. Le fils gêné de la condition familiale. A voulu racheter l’honneur familial en devenant gendarme. Soupçonneux et parfois sournois. Voit le mal partout, est à l’affût du moindre écart.
Julie Lheureux (Margherita). 25 ans. Son mari travaille à l’usine et elle est inquiète car c’est le seul revenu de la maison et elle doit s’occuper de l’éducation de sa petite sœur. Très protectrice vis-à-vis de sa sœur. Pauvre.
Sarah (Antonia). 10 ans. La sœur de Antonia. Les parents sont morts dans un accident de voiture il y a 8 ans. Insouciante. Se repose totalement sur sa sœur. Ne se rend pas compte du danger. Très attachée à sa sœur, seul lien familial.
Julie Chauvaux (gendarmette). 20 ans. Désir de ses parents bourgeois que leur fille ait une profession reconnue. La jeune fille voulait devenir danseuse, refus des parents qui redoutaient ce milieu marginal. Révolte de la jeune fille qui n’a pas voulu poursuivre d’autres études et s’est donc engagée à la gendarmerie par défi. Très autoritaire, réservée. Autoritaire, applique implacablement le règlement.
Coraline (Margherita). 17 ans. Combattante. Est enceinte d’un gars qui l’a quittée dès qu’il a su sa situation. Veut sortir sa mère et elle de sa condition. Veut faire des études. Sa mère gardera le bébé.
Justine (Antonia). 45 ans. Veuve. Pension restreinte. Femme au foyer. Le mari a eu un accident de travail au chemin de fer où il travaillait. A reçu sur la tête un chargement de billes de chemin de fer. Un peu perdue, dérangée depuis l’accident de son mari. Peureuse.
Jonathan (gendarme). 55ans. Autoritaire. Il a eu une éducation sévère. Son père était militaire. Il a la manie de frapper sa matraque dans ses mains.
Anne Sophie (Margherita). 30 ans. Voisine et amie de Antonia depuis la maternelle. Elle est allée à l’école jusque 16 ans. Puis elle a été apprentie en coiffure avec Antonia. Mais ne travaille plus depuis son mariage. Avare. Son mari est joueur et perd souvent l’argent péniblement gagné. Doit faire preuve d’ingéniosité pour faire des économies.
Amandine (Antonia). 30 ans. Voisine et amie de Margherita. Survoltée. Son mari est alcoolique. Une commère qui veut tout savoir. Ses parents lui ont caché pendant longtemps qu’elle était adoptée. Depuis ce moment elle ne croit plus que ce qu’elle voit elle –même. Fille d’ouvrier, elle est spontanée et naturelle.
Michaël (gendarme). 47 ans. Fernand Latour. Naïf, bon vivant, il a bon cœur. Un peu casanier. Elève des poules. Ses parents sont agriculteurs. Marié et père de 3 enfants.