Le reportage de Donat

Voyage à Crépy en Valois, par le Club Cyclo d'Antoing

(photos ci-dessous...)

Pour narrer ce périple, il fallait bien commencer par un début, un point de départ et puis, se laisser aller, comme lors de nos désormais habituelles randonnées.

Mais voilà, on ne s'aventure pas sur une telle distance vers un endroit aussi méconnu sans en avoir au préalable établi un itinéraire très précis, sans s'être concerté avec les aventuriers du "cycle perdu !". Pour ce faire, les gars d'Antoing pouvaient compter sur Michel Garson, leur chef de troupe insatiable et intrépide.

Néanmoins, ce dernier a vécu les préparatifs avec une certaine angoisse, répondant tant bien que mal aux craintes des plus défaitistes et tentant de regrouper les pionniers de son club, chose moins évidente qu’il n’en paraît. Le club jumelé de Crépy en Valois attendait ce moment depuis longtemps déjà. L'année dernière, week-end fédéral oblige, l'organisation du jumelage a dû être annulée.
Une petite réunion dans le courant de la semaine du départ et des incertitudes viennent s'ajouter dans l'esprit de Michel qui, quelque peu fatigué d'avoir joué les girouettes des semaines durant, a finalement lâché un "ça ira comme ça ira et on se dém...era".

La veille du départ, notre ami Henri, appelons-le "parrain", avait recueilli dans sa voiture suiveuse les bagages, à savoir vingt sacs contenant selon les recommandations le minimum vital !

Samedi 05 juin... Lorsque durant la nuit, j'entendais le vent, je redoutais son obstination à demeurer orienté à l'ouest. Hélas, loin de s’estomper, son souffle violent allait nous faire face jusqu'au terme du voyage.

J'emporte mon sac à dos, passe dénicher au passage un Michel silencieux, m’indiquant du doigt le temps mitigé qui allait nous accompagner.

L'équipe se réunit peu à peu, tous ont répondu "présent", aucun désistement n’est à déplorer. Il m'importait de vous la présenter... en commençant avec courtoisie par la seule dame qui a effectué le voyage en vélo : Cathy, accompagnée de son mari, Pascal Marghem. Ce n'est pas vers Riccione que nous partons, il faut se vêtir chaudement... la température n'est que de 7 ° à peine. La famille Moulin est au complet : Michel, notre Président, Roger et son fils Thierry. Notre économe, Alain Bosquillon, Marco Milet, Thierry Rossignol dont le papa, Roger a effectué une trentaine de kilomètres à nos côtés comme pour nous encourager (merci Roger !), le père Roland et le fils Christophe Besard, Michel Garson, Jean-Paul Frédéric, Luc Detournay, Donat Varlet. Un trio de choc, trois mousquetaires, le bon, la brute et le truand... enfin surnommez-les comme vous voulez à l'exception de la "sainte trinité" : Didier Degallaix, Dominique Dupret et... le Général Pascal Drappier qui, et l'histoire nous l'apprendra, n'était pas non plus en Italie, mais n'a certes pas joué les italiens dans la bataille. Fort heureusement, il n’avait pas emporté de baïonnette et encore moins monté dans une camionnette ! et enfin, pour nous accompagner en voiture, Albane Saglioco et Henri Degallaix.

7 h, "on y va !!!" les clics des cales automatiques se font entendre presque simultanément. Un petit tour du rond point superbement fleuri un signe de sympathie et d'encouragement à deux Audax qui se rendent à la fameuse randonnée des "Poilus" ... nous sommes partis.
Direction, Saint-Amand les Eaux, Wallers, Denain... jusque là, nous croisons le très beau parcours menant à la Croix Caluyau, cher à nos amis de Taintignies.

L'allure est modérée, mais déjà nous atteignons Caudry où un arrêt petit déjeuner est prévu. Une tartine, une petite mousse et nous entrons en Picardie avec son paysage typique composé de champs interminables de longues routes départementales dessinées en ligne droite que des vallons transforment en gigantesques toboggans. Cette structure géographique ne favorise pas notre progression tant le vent est soutenu. Dès lors, chacun effectue sa part de relais.
Le second département s'annonce, l'Aisne et toujours ces étendues où le vent intransigeant transportait des effluves de blé mûrissant. Cà et là un cimetière militaire nous rappelle combien l'aspect paisible de ce si beau coin de France a connu des périodes infernales. Un arrêt momentané afin de procéder au regroupement me fit découvrir un pont surplombant le canal de Saint-Quentin, le Pont de Riqueval... nous nous situons à proximité des sources de l'Escaut. Une pierre commémorative informe le promeneur que cet endroit fut aussi le théâtre de combats sanglants. Autre combat, c'est la lutte avec soi-même pour grapiller au fur et à mesure de nos coups de pédales quelques kilomètres supplémentaires, la tête dans le guidon, l' oeil scrutant l'horizon afin d'entrevoir un panneau indiquant la prochaine étape.

Un nouveau département nous accueille : la Somme. La faim se fait sentir, les efforts que nous effectuons "brûlent" nos réserves... La ville de Ham se trouve sur notre itinéraire. Un calme plat y règne lorsque ô bonheur, le bistrot du Moulin voit les vélos se plaquer contre la façade... "Acceptez-vous les belges ?", demandai-je poliment avec une petite touche d’ironie au patron du bistrot qui, l'air plutôt étonné me répondit par l'affirmative. C'est bon, on y entre tous. Cet aimable cafetier ne savait plus où donner de la tête; une rafale par -ci, un sceau de bière par là... à un rythme qu'il n'était apparemment plus habitué de suivre. Bon, n'abusons pas des bonnes choses, mais terminons notre tartine et poursuivons notre route en direction de Noyon, là où une partie du Club de Crépy nous rejoignait.

Nous apercevons la cathédrale et certains voulant se délier les muscles poussent une accélération jusqu'au lieu de rendez-vous. Evidemment, nous étions là pour le tourisme également, c'est ainsi que nous avons pu admirer cette cathédrale gothique et son parvis désert ! ce qui nous valut quelques frayeurs, étant donné que nous avions perdu une partie de l'équipe. "Des cyclos vêtus de rouge ?, vous en trouverez en haut de la côte" nous signala un brave cantonnier. Il n'y avait pas que du rouge, mais aussi du bleu, blanc, jaune, couleurs de nos amis Crépynnois. Chacun se salue, se présente, se congratule, c'est beau un tel rapprochement ! et c'est ainsi que nous fîmes connaissance et nous lancèrent dans les cinquante derniers kilomètres. Une crevaison vient perturber l'horaire jusque-là suivi avec exactitude. De part et d'autre, dans les deux clubs, des gaillards férus de vitesse ont brisé l'immense peloton que nous venions de former. Plusieurs petits groupes se distinguent et s'effilochent... ça roule plutôt vite, le peloton en file indienne et ce, jusqu'à ce qu'apparut le fabuleux château de Pierrefonds, majestueux, bâti comme pour un conte de fées. En sortant d’une immense forêt, hormis les habitués des lieux, nous étions ébahis devant une telle beauté qui se dressait devant nous. Et c'est là qu'un nouveau regroupement eut lieu, mais où la pluie fit son apparition. L'approche de Crépy est caractérisée par quelques passages vallonnés. Au sommet d'une dernière côte longue de quinze cent mètres, un minibus arborant notre drapeau national, entouré d'une dizaine de cyclos locaux nous firent un accueil des plus chaleureux. De là haut, on pouvait déjà apercevoir les remparts de la vieille ville. Une voiture de Police nous a finalement escortés jusqu'à la Mairie aux sons et non pas au chant... des sirènes. Là, le Maire nous gratifia d'un discours de bienvenue avant de nous proposer le verre de l'amitié et poursuivre nos échanges. Mais mouillés jusqu'aux os, il était nécessaire de changer nos vêtements après une douche réparatrice. L'hôtel, géré par un ami cyclo étant situé à l'extérieur de la ville, nous disposons nos vélos dans le local du club avant d'emprunter le minibus. Il faut savoir que ce club possède un local mis à disposition par le service des sports de la municipalité.

Le soir tous furent conviés à un succulent repas dans une ambiance tellement conviviale. Mais ne croyez pas que la soirée s’est achevée là… je tairai la suite des événements afin de garantir, encore une fois la bonne entente conjugale !

Il fallait pourtant une bonne nuit de sommeil et un calme reposant pour récupérer de nos efforts consentis la journée durant. Au matin, le chant des oiseaux nous réveille lentement, délicatement… jusqu’à ce qu’un Tarzan se fit entendre !

En ce dimanche, les épouses, enfants, famille, amis… nous rejoignent en autocar. Après les émouvantes retrouvailles, nous partons pour une visite du Musée de l’Archerie et du Musée de l’Art Sacré, chacun a pu s’adonner à un autre sport que le vélo : le Tir à l’Arc. Sachez que le club recèle des champions qui s’ignorent !

Traçons à présent le décor du déjeuner : un parc enchanteur où des biches se promènent, où les écureuils narguent le public et où une odeur de grillade titille nos narines. Quelques tables disposées sur une pelouse et enfin… l’origine de ce parfum appétissant : le méchoui… un régal ! là encore, le verre de l’amitié est servi sous les bravos, les cris de ralliement, la franche rigolade. Jumelage n’est pas un vain mot ! Ah si tous les peuples pouvaient procéder à de tels rapprochements…

En fin d’après-midi, l’excursion se poursuivit jusqu’à la Clairière de l’Armistice où le Général Gamache n’attendait plus le moindre troufion, mais une autre troupe qui allait écouter attentivement son cours d’histoire, plus précisément celle concernant sur les deux armistices, après que deux enfants aient déposé une gerbe de fleurs à la statue du Maréchal Foch.

Une partie du groupe est revenue en autocar et c’est le cœur gros que nous laissons nos amis ainsi que les huit courageux qui revenaient le lundi en majeure partie sous la pluie.

Il s’agissait vraiment d’un week-end mémorable, qui restera longtemps gravé dans nos mémoires. Même si jumelage ne rimait pas avec « restons sages » !

Il est dès à présent de bon aloi qu’Antoing reçoive nos amis de crépy en valois comme il se doit… soit, comme des rois !

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