Un joyau méconnu … le mausolée de Charles-Philippe de Mérode-Houffalize et de Jeanne de Montmorency-Croisille

C’est lors d’une visite à l’IRPA, dans le cadre des journées du Patrimoine, qu’un membre du Cercle a appris l’existence du mausolée de Philippe de Mérode et de son épouse, Jeanne de Montmorency, dans l’église Saint-Barthélemy de Châtelineau.

Une visite sur place, en compagnie de Monsieur Claude VAEL, Président de la Société royale d'Archéologie, d'Histoire et de Paléontologie de Charleroi, a permis de découvrir, dans le transept gauche, un monument du début du 17ème siècle de facture classique, en marbre rouge et noir, les personnages et les blasons en albâtre. Nous n’avons pu retrouver le nom du sculpteur. La facture peut faire penser à Dubroeucq (voir le mausolée de Jean V de Hennin-Liétard et de Anne de Bourgogne dans la chapelle des seigneurs de Boussu), mort à l’époque, mais très actif dans tout le Hainaut et le comté de Namur et dont des élèves ont très bien pu travailler dans les ateliers qui ont produit ces monuments très courants aux 16ème et 17ème siècles.
Les époux sont représentés agenouillés côte à côte suivis de leurs huit enfants également agenouillés. Deux angelots au-dessus des personnages représentent leurs enfants mort-nés ou morts en bas-âge. Le socle reprend les blasons de la généalogie des deux familles (16 quartiers de noblesse).

 


Photo IRPA 1989

 


Détail

Ce mausolée se trouvait primitivement dans l’église médiévale aujourd’hui disparue. Il a été transféré au 19ème siècle dans l'ancienne église paroissiale et ensuite dans la nouvelle église au début du 20ème siècle (construction de 1909 à 1911). Les corps depuis leur inhumation n’ont donc jamais quitté Châtelineau, leur lieu de sépulture.

Dans le transept droit, se trouve un bas-relief représentant le martyre de Saint-Barthélemy datant de la même époque et qui reprend également les armes des Mérode et Montmorency.

Un article paru dans Le Bulletin des Commissions royales d’Art et d’Archéologie en 1906 mentionne une visite sur place, le 17 janvier 1906, des délégués du Comité des Correspondants de la province du Hainaut, visite demandée par le Conseil de Fabrique, et qui constate l’importance des deux monuments : « L'église de Châtelineau renferme deux monuments importants en marbre et en albâtre du xvii siècle. L'un comporte un beau bas-relief représentant le martyre de Saint-Barthélemy. C'est sans doute un cénotaphe, car on y voit des armoiries. Il paraît en assez bon état de conservation. L'autre monument est le tombeau de Philippe de Mérode et de Jeanne de Montmorency, où les époux sont représentés avec toute leur famille. Cette oeuvre nécessite quelques réparations. Certaines parties des sculptures se sont détachées; il importe de les faire remettre en place pour éviter leur dispersion. Les travaux à effectuer à cette oeuvre d'art — et à la précédente, s'il y a lieu —devront faire l'objet d'une estimation spéciale et le travail de restauration devra en être confié à un spécialiste.».

Les monuments sont en bon état de conservation et le tombeau est protégé par une vitrine.

Châtelineau
Situé dans le Hainaut (« petit Châtelet »).
Seigneurie située sur l’autre rive de la Sambre, en face de Châtelet, dans le comté de Namur ; la seigneurie passa en 1503 de la famille du Bois à celle de Mérode ; elle suivit ensuite le sort de la seigneurie de Charnoy-Carnoit, commune du département de Jemappes sous le régime français.

Historique
Des mains des princes d’Orange, la seigneurie de Lannoy et Lys passa, nous ignorons comment, dans la maison des Mérode originaire du village du même nom situé en Allemagne, près de Düren, dans le Duché de Juliers.

Charles-Philippe de Mérode-Houffalize et du Saint Empire, Comte de Middelbourg, baron de Frentz, vicomte d’Ypres, seigneur de Linselles, de Lannoy et Lys en 1618, maître d’hôtel des archiducs Albert et Isabelle, grand veneur du comté de Flandre, grand bailli de Bruges, gouverneur de Tournai, seigneur de Charnoy-Carnoit (seigneurie formée de la Ville-Haute, l’Entre-Ville et le Faubourg - plus tard Charleroi - de Gilly, Châtelineau et Lambusart), est né en 157I à Houffalize.

Il était le fils de Richard IV, baron de Mérode, et de Marguerite d’Ongnies, dame de Middelbourg.

C’était, selon Joseph-Alexis Poutrain (juriste et historien belge du 17ème siècle), un seigneur prudent et pieux. Il avait beaucoup voyagé dans sa jeunesse et aimait raconter les particularités de son pèlerinage en Terre Sainte. Il mourut à Dunkerque le 18 octobre 1625.

Il épousa, en 1590, Jeanne de Montmorency, dame de Croisilles, (née à Croisille, dans le Pas-de-Calais, en 1572 et morte à Bruxelles en 1621) dont il eut 2 garçons et 8 filles :

1°) Marguerite-Isabelle de Mérode (°1591-†1679)
2°) Georges de Mérode (°1592-†1613)
3°) Florence (°1593) chanoinesse au chapitre de Sainte-Waudru à Mons en 1604, devenue carmélite en 1613
4°) Marie (°1595-†1621) mariée en 1617 à Philibert de Jauche (°1590)
5°) Françoise (°1597)
6°) Claudine (°1601) chanoinesse au chapitre de Sainte-Waudru à Mons en 1613. Elle épouse en 1621, Eustache Pantaléon de la Viefville, seigneur de Steenvoorde
7°) Louise (°1603-†1647) épouse en 1626 Guillaume de Gand-Vilain (†1637)
8°) Claire-Eugène (°1606)
9°) Philippe de Mérode (°1609-†1629) épouse en 1628 Jacqueline de Lalaing (°1611-† 1672)
10°) Jeanne Eléonore (°1614-†1685) chanoinesse au chapitre de Sainte-Waudru à Mons. Elle épouse Andréas von Palant, vicomte d’Alphen, en 1636.

Leur fils, Philippe de Mérode, comte de Middelbourg, vicomte d’Ypres, de Ledreghem, baron de Frentz, seigneur de Lannoy et Lys, mourut sans postérité, le 20 mars 1629, laissant le comté de Middelbourg et la terre de Lannoy et Lys ainsi que la seigneurie de Charnoy-Carnoit à sa sœur, Marguerite-Isabelle, qui les porta dans la maison de Vilain et Gand en épousant, le 9 octobre 1611, Philippe-Lamoral Vilain et Gand, comte d’Isenghien, baron de Rassenghien, mort à Lille le 6 janvier 1631. La seigneurie de Charnoy-Carnoit passa en 1773 à la famille d’Arenberg.

Blasons des époux

Le blason de Charles-Philippe de Mérode-Houffalize, baron de Frentz, est un écartelé qui reprend les armes de la famille de Mérode « d’or à quatre pals de gueules à la bordure engrêlée d’azur » ainsi que les armes de Houffalize « d’argent à quatre fasces d’azur au lion de gueules couronné d’or brochant sur les fasces" un écusson d'or est ajouté au canton dextre du chef pour la branche Mérode-Houffalize-Frentz (v. Rietstap).

Le blason de Jeanne de Montmorency-Croisille reprend les armes de la famille Montmorency « d’or à la croix de gueules cantonnée de 16 alérions d’azur ».
Les Montmorency-Croisille portent une brisure pour les différencier des autres branches familiales soit « en cœur, une losange * du premier ».
Ce blason est bien représenté pour le père et le grand-père de Jeanne. Sur le mausolée, le blason de Jeanne ne reprend pas cette brisure.

Le blason de la famille ne comportait, à l’origine, que 4 alérions. Mathieu II de Montmorency, dit « Le Grand », se distingua à la bataille de Bouvines le 27 juillet 1214.
Le roi Philippe-Auguste lui accorda 12 alérions supplémentaires, en souvenir des 12 bannières prises à l’armée impériale de Otton IV.

Quartiers de noblesse de Charles-Philippe de Mérode-Houffalize
Quartiers de noblesse de Jeanne de Montmorency-Croisille

 

 

* En langage héraldique, losange est du féminin

Sources
- Dictionnaire des noms de lieux en Wallonie et à Bruxelles – J.J. Jespers – 2005 – Ed. Racine
- Mémoires de la Société Impériale des sciences de l’agriculture et des arts de Lille – année 1867 (IIIe série – 4° vol.) p. 297 – Libraire-Editeur Didron à Paris (1868)
- Le Bulletin des Commissions royales d’Art et d’Archéologie (1906 – Vol. 45 – pp 32-34)
- Les origines des armoiries et du logo d'Houplines : deuxième volet consacré aux Montmorency (Journal « La voix du Nord » du 3 novembre 2010)
- Histoire généalogique des Païs-Bas : Histoire de Cambray et du Cambraisis - 3e partie – Vol. 2 par Jean le Carpentier - 1664
- Archives multilingues
- IRPA
- http://histoiredelannoy.free.fr/ftp/Lannoymaison.PDF
- http://www.ourfamilyhistories.org

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