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Joseph Guinotte, Kansas city settlement, Missouri |
Les Archives du Ministère des Affaires Etrangères, dossiers 2020 et 2025 possèdent plusieurs documents permettant de mieux connaître les conditions dans lesquelles l'émigration belge vers le Kansas avait été d'abord planifiée. - le contrat passé entre le sieur Guinotte et le gouvernements - le contrat conclu entre Guinotte et les candidats émigrants, qui reprend les mêmes points que la convention de départ - les instructions reçues par les consuls aux Etats-Unis, quant à la surveillance de la bonne exécution du contrat. _ Le navire américain Geo Stevens, partit d'Anvers, le 23 mars 1850 avec 175 passagers à bord, tant Belges qu'Allemands, à destination de la Nouvelle-Orléans. Parmi les émigrants, les 70(?) personnes envoyées par la société Guinotte, Magis et Cie. Mais il semble que les choses ne se soient pas passées aussi favorablement que le gouvernement belge l'avait espéré. Le premier rapport à parvenir à Bruxelles est une lettre du Consul de la Nouvelle-Orléans, par l'intermédiaire de la Légation à Washington. Le Consul, lors du passage du Georges Stevens à la Nouvelle Orléans, avait reçu une plainte d'un dénommé D'Ans, un des passagers belges ne faisant pas partie du contingent des colons. En annexe de la lettre du consul, la plainte de D'Ans, reproduite ici, et qui porte sur le manque de marins, la nourriture gâtée et la mauvaise qualité de l'eau. Le chargé d'affaire fait part de ses craintes sur "les conséquences fâcheuses pour notre commerce, si des faits de cette nature se renouvelaient". Les faits relatés seront niés par la commission d'enquête qui s'ensuivra, et dont les conclusions rejetteront complètement les faits reprochés, tout en jetant le discrédit sur l'honnêteté du plaignant. Pour ce premier départ d'émigrants, une histoire de la famille Flacy, la seule qui me soit connue des colons de cette entreprise, semble confirmer les mauvaises conditions de voyage et jette un doute sur les conclusions de la commission de surveillance du service des émigrants. La lettre du consul à St Louis semble aussi confirmer les problèmes rencontrés pendant le voyage, mais les documents, qui permettraient d'en savoir plus, manquent au dossier. Beaucoup de questions restent donc posées, principalement celle de la continuation du contrat pour les deux années suivantes et du nombre réel de colons envoyés à Kansas City.
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Le Gouvernement belge, qui avait ouvert un crédit extraordinaire (loi du 21 juin 1849) pour faciliter l'émigration, fit deux expériences de "colonisation" en Amérique du Nord. Deux contrats furent passés : l'un avec Victor DeHam pour une colonie à Sainte Marie en Pennsylvanie, l'autre avec Joseph Guinotte de Kansas City au Missouri. Convention conclue entre le Ministre de l'Intérieur et M.M. Guinotte, Magis et Cie à Bruxelles Ainsi fait en double à Bruxelles, le vingt quatre janvier 1850, mais pour des raisons "pratiques", ce dernier tiers fut payé, en dérogation aux conventions (Art. 7), dès après le départ d'Anvers des émigrants. ________ Contrat d'engagement conclu entre les sieurs
Guinotte, Magis et Cie et le sieur x Entre les sieurs Guinotte, Magis et Cie, Agriculteurs à Kansas, Comté de Jackson, Etat du Missouri, Etats-Unis d'Amérique / domiciliés en Belgique à St Josse-ten-Noode, lez-Bruxelles d'une part et le sieur x d'autre part, a été convenu ce qui suit : Article 1er. Le sieur x
se met entièrement à la disposition des sieurs Guinotte, Magis et Cie
pour les seconder par son travail, dans leur entreprise agricole aux
Etats-Unis. Fait double, à ... Vu et approuvé ______ Instructions
à Mrs Des Belges dirigés par
Mr Magis, ingénieur des Ponts et Chaussées et Mr Guinotte, secrétaire
de la Société forestière à Bruxelles, vont fonder à Kansas, dans
l'état du Missouri, un établissement agricole. - pour New York : _______ D'un premier sentiment, cette plainte semblait assez incroyable, et si les faits avaient été communs, sûrement d'autres plaintes similaires seraient disponibles dans les mêmes archives du Ministère des Affaires Étrangères. On en trouve ! mais elles concernent surtout les années 1855-1856, qui sont les deux années importantes de l'émigration Belge vers les Etats-Unis (avant la guerre de Sécession) avec un nombre très important de passagers belges. Seules ces années là peuvent leur être comparées aux années 1847 et 1850. Bien que l'affaire ait été rapidement rejetée par la commission d'enquête, les quelques sources américaines jusqu'ici disponibles, telles que les souvenirs de la famille Flacy, semblent donner plus de consistance aux propos du plaignant. Faut-il prendre cette relation de voyage comme un mauvais présage au bon déroulement des projets de la famille Guinotte et comme le début d'un échec supplémentaire et l'arrêt des tentatives du gouvernement Belge de prendre en charge la conduite de l'émigration vers les Etats-Unis ? Par l'intermédiaire du Consul à la Nouvelle Orléans et le la Légation à Washington, une plainte d'un Mr D'Ans, passager du George Stevens, à charge de la commission maritime d'Anvers, est transmise au Ministre des Affaires Etrangères :
Plainte du Sieur D'Ans, en annexe à la lettre du 15 juin du Consul de Belgique à la Nouvelle Orléans. Monsieur le Consul Belge, de résidence à la Nouvelle Orléans Monsieur le Consul, L'arrêté émané de sa Majesté le Roi des Belges, en date du 14 mars 1843, instituant, dans l'intérêt de l'humanité, une commission maritime à Anvers, chargée d'assurer le bien être des émigrants à bord des n et de surveiller leurs intérêts contre les rapacités des armateurs et des fournisseurs, a été violé et méconnu de la manière la plus indigne. C'est pour vous prier, Monsieur le Consul, de bien vouloir mettre sous les yeux de votre Gouvernement les détails de ce qui s'est passé à bord du Geo Stevens, navire trois mâts, américain, sorti du bassin d'Anvers le 23 mars dernier avec 175 passagers tant Belges qu'Allemands, à destination pour la Nouvelle Orléans, que je vous écris, dans l'espoir que le gouvernement prendra à l'avenir des mesures plus complètes et plus énergiques pour assurer l'exécution de ses ordonnances.
Le § 1er de l'art. 3 de l'arrêté a été méconnu en ce que la
commission n'a pas exercé une surveillance spéciale sur l'équipement.
En effet, le navire, d'environ 600 tonneaux avait en tout 9 matelots à
bord, dont un malade à Anvers déjà et un jeune mousse, il y avait donc
7 matelots capables. Dans la nuit du 7 au 8 avril, par un gros temps
quatre matelots tombent à la mer, un seul se sauve, voila le navire sans
équipage et nous trouvant encore presque au début de notre voyage. Le
capitaine réclame des Belges pour faire le service, ils s'y prêtent de
leur mieux, mais ils sont sans connaissance des manoeuvres, des cordages,
du commandement anglais et travaillent en aveugles. Plus d'un mauvais coup
de vent expose le navire, et dans la nuitdu 10 au 11 mai, une tempête
s'élève, on ne peut serrer assez tôt les voiles et le navire est mis à
deux doigts de sa perte. 5 minutes de plus, a dit le Capitaine, et tout
était perdu. Nous avons eu vingt fois du gros temps et chaque fois notre
inexpérience amenant la confusion, nous faisait comprendre les dangers
que nous courrions et combien il eut été important d'avoir des matelots.
Quant aux vivres, le jambon et les pommes de terre étaient déjà gâtés
en quittant Flessingue. De mes deux jambons - j'étais avec mon fils - un seul
était mangeable, de mes deux paniers de pommes de terre, un seul a pu
servir, l’autre était pourri. Les fèves des haricots et les pois
n’ont jamais pu s’amollir dans l’eau fraîche et semblaient durcir
avec la cuisson. Monsieur Guinotte, à la tête de 70 émigrants Belges a
été trompé comme moi par le fournisseur, Mr Serregiers d'Anvers, qui frétait
en même temps le navire. Son jambon et ses pommes de terre, en moins de
20 jours de mer, ont été corrompus, et plus de la moitié
a du être jetée à la mer, de sorte que nous nous sommes bientôt
trouvés sans vivres confortables. Le capitaine dû même nous donner un
peu de viande. Nous avions cependant payé les vivres de 1er
choix, car il y en a de deux sortes et même d'une pire sorte - La
commission a donc fermé les yeux sur cet objet. Quant à l'eau, dès Flessingue, on nous a rationné à moins d'un litre par jour et par tête, quantité matériellement insuffisante. Parfois l'on trouvait de bonnes futailles, d'autrefois l'eau était si malpropre et si mauvaise qu'il fallait la filtrer à travers un linge et la bouillir pour pouvoir s'en servir. Le 21 mars, la moitié à peu près des émigrants à reçu de l'eau potable, l'autre grande moitié en a reçu dont l'odeur seule infectait le navire. On a soumis cette eau a toutes sortes d'épreuves, rien n'y a fait, il a fallu la jeter - c'était une peste même deux jours après. On a réclamé près du capitaine, il nous a tourné le dos. Nous avons donc été privés de notre ration d'eau et exposés aux tourments d'une soif dévorante sous les ardeurs d'un soleil brûlant - nous étions en face de St Domingue, près du tropique. Vous voyez donc, Monsieur le Consul, que la commission maritime a encore foulé aux pieds son mandat en ne visitant pas les fûts ou barriques, en ne faisant pas mettre l'eau nécessaire et en n'examinant pas si elle était bonne ou mauvaise. Il y plus que cela : la veille du départ d'Anvers, à 9 heures du soir, nous trouvant en rade, on fit entrer 16 personnes à l'insu même du capitaine qui était alors en ville. La commission n'a pu ni inspecter leurs vivres, ni s'assurer des moyens de couchage, ni faire mettre à bord l'eau et le charbon supplémentaires. Aussi, ces émigrants ont-ils fait gîte partout sur les voiles, les cordages. Nous avons été littéralement entassés. Au dire de Mr Serregiers, l'armateur, il y avait des secondes places à bord que l'on payait au double de celle de l'entrepont - j'en prix deux, pour moi et mon fils. Ces places n'existaient pas, nous nous sommes trouvés à l'entrepont à l'arrière du navire plus mal et plus gênés que personne. Nous avons donc été impudemment volés par Mr Serregiers. Que lui fait la vie des hommes à côté de l'argent ? Il voit lui d'abord, de vous, il s'en occupe moins que d'un ballot de marchandises. Mourez de faim et de soif, c'est égal, il a votre argent ! Il
n'y avait pas non plus de luminaire comme l'exige le $ 6 du même art. 3.
Le charbon de terre était détestable, insuffisant, et le bois pour
l'allumer manquait. Voilà,
Monsieur le Consul, ce qui a eu lieu au mépris de l'arrêté Royal du 14
mars 1843, à bord du Geo. Stevens. La conduite de la commission et de
l'armateur mérite d'être flétrie et doit appeler sur elle la vindicte
des lois, et surtout la réprobation publique afin que tous ceux qui
entreprendront un voyage de long cours soient prémunis contre les infâmes
trafics de nos commerçants et des commissions instituées dans des vues
charitables par le gouvernement. Je
suis heureux de protester ici parce que j'espère que ma plainte ne sera
pas perdue. Je proteste seul, mais, au besoin, je fournirai des preuves et
les victimes de Mrs Serregiers et de la commission ne me feront pas défaut. Recevez,
je vous prie, Monsieur le Consul, l'assurance de ma parfaite considération. D'Ans >Nouvelle Orléans le 9 juin 1850 ______ L'enquête est faite par la
Commission de Surveillance du Service des Émigrants qui, dans ses
conclusions, rejeta complètements les accusations de D'Ans. Le
rapport ajoute "...Quant à la
qualité des provisions, le certificat n° 1 démontre que le Capitaine
les a reçues saines et en portion complète. Mr Magis et Guinotte qui
expédiaient 70 colons belges par le même navire, ont
assisté avec Mr l'inspecteur des émigrants à la pesée et à
l'expertise et ont eu la preuve que toutes les précautions nécessaires
ont été prises par la commission.". Il est en outre à remarquer que sa réclamation ne porte d'autre signature que la sienne et que les griefs articulés sont assez graves pour donner lieu à un pétitionnement collectif, s'ils étaient réels; la longueur du voyage à laissé aux intéressés tout le temps de prendre ce parti et cependant la plainte du Sieur D'Ans est restée isolée. Le Gouverneur de la Province, __________ Consulat de Belgique à St Louis : St Louis July 30, 1850 To his excellency the Minister of Foreign Affair of his majesty the king of the Belgians. Sir, I have the honor to be your excellency's
Dans un courrier, le Ministre des Affaires Étrangères signale au Ministre de l'Intérieur qu'il lui transmet une lettre de Mr Guinotte qu'il vient de recevoir. Il quotte la lettre dans les paragraphe suivant "... l'établissement naissant a eu a lutter contre une cruelle épreuve, l'apparition du choléra. Il parait, du reste, que le fléau a cessé ses ravages..." et ajoute : "Les renseignements qui me sont parvenus s'accordent à reconnaître que les chefs de l'entreprise ont complètement rempli leurs devoirs en ces tristes circonstances".
Et suite à la lettre du consul à St Louis, demandant l'autorisation d'aller se rendre compte sur place, il répond notamment " je vous approuve de n'avoir accueilli qu'avec réserve les plaintes des quelques colons qui ont rompu leur engagement avec les Directeurs. Il arrive presque toujours, au début de ces sortes d'entreprises, que des désertions, tantôt plus, tantôt moins nombreuses, viennent éclaircir les rangs des colons. C'est l'effet naturel de plusieurs causes, parmi lesquelles je citerai seulement le changement de pays, les premières illusions d'esprits simples facilement trompés par des apparences décevantes et parfois aussi le mauvais caractère de certaines gens peuvent se glisser même dans les choix faits, comme dans le cas présent, avec le plus de soin." Le Ministre demande ensuite au chargé d'affaire de"... différer jusqu'à nouvel ordre dans le cas où il serait à prévoir que votre voyage à Kansas serait considéré publiquement comme un indice de défiance envers les chefs de l'entreprise, où qu'il pourrait porter les colons à se relâcher de la stricte exécution de leur engagement par suite qu'ils se feraient que l'agent du gouvernement serait là pour prêter force et appui à leurs réclamations...". A partir de ce moment le dossier 2025 des A.M.A.E. sur ce sujet est vide, sauf pour les années 1867 et 1869, lors de la liquidation de la société Guinotte, Magis et Cie. Émile Dupont, un avocat, demande alors au Ministre des Affaires Étrangères de faire intervenir son Consul à Saint Louis (Mr Hurch) qui est en même temps un homme de loi, pour régler la dissolution de la société en question avec Joseph Guinotte et Edouard Guinotte, son frère, qui est allé le rejoindre à Kansas, et de défendre les intérêts des associés belges : ...
Mr Magis, ingénieur en chef à Hasselt, Mr Lhost, industriel à
Bruxelles, représenté aujourd'hui par sa veuve et ses enfants mineurs,
Mr Edouard Guinotte et Mr Joseph Guinotte, ancien conducteur des ponts et
chaussées, se sont associés il y a 18 ou 19 ans pour une affaire de
terrain au Kansas. En 1869, le
Consul Peter F. Hurch signale qu'il a pu régler l'affaire, faire vendre des
terrains et faire envoyer 19,484.24 francs aux plaignants et a leur
avocat. |