Belgians
in the Civil War
Emigrants arrival Belgians in America

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Joseph Guinotte, Kansas city settlement, Missouri
rapports et correspondance au Ministère des Affaires étrangères liasse 2020 &  2025 

1850

Sources

Missouri 
Ste Marie
Flacy

Les Archives du Ministère des Affaires Etrangères, dossiers 2020 et 2025 possèdent plusieurs documents permettant de mieux connaître les conditions dans lesquelles l'émigration belge vers le Kansas avait été d'abord planifiée.

- le contrat passé entre le sieur Guinotte et le gouvernements

- le contrat conclu entre Guinotte et les candidats émigrants,  qui reprend les mêmes points que la convention de départ

- les instructions reçues par les consuls aux Etats-Unis, quant à la surveillance de la bonne exécution du contrat.

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Le navire américain Geo Stevens, partit d'Anvers, le 23 mars 1850 avec 175 passagers à bord, tant Belges qu'Allemands, à destination de la Nouvelle-Orléans. 

Parmi les émigrants, les 70(?) personnes envoyées par la société Guinotte, Magis et Cie. 

Mais il semble  que les choses ne se soient pas passées aussi favorablement que le gouvernement belge l'avait espéré. 

Le premier rapport à parvenir à Bruxelles est une lettre du Consul de la Nouvelle-Orléans, par l'intermédiaire de la Légation à Washington.

 Le Consul, lors du passage du Georges Stevens à la Nouvelle Orléans, avait reçu une plainte d'un dénommé D'Ans, un des passagers belges ne faisant pas partie du contingent des colons. 

En annexe de la lettre du consul, la plainte de D'Ans, reproduite ici, et qui porte sur le manque de marins, la nourriture gâtée et la mauvaise qualité de l'eau.

Le chargé d'affaire fait part de ses craintes sur "les conséquences fâcheuses pour notre commerce, si des faits de cette nature se renouvelaient". 

Les faits relatés seront niés par la commission d'enquête qui s'ensuivra, et dont les conclusions rejetteront complètement les faits reprochés, tout en jetant le discrédit sur l'honnêteté du plaignant.

Pour ce premier départ d'émigrants, une histoire de la famille Flacy, la seule qui me soit connue des colons  de cette entreprise, semble confirmer les mauvaises conditions de voyage et jette un doute sur les conclusions de la commission de surveillance du service des émigrants.

La lettre du consul à St Louis semble aussi confirmer les problèmes rencontrés pendant le voyage, mais les documents, qui permettraient d'en savoir plus, manquent au dossier.

Beaucoup de questions restent donc posées, principalement celle de la continuation du contrat pour les deux années suivantes et du nombre réel de colons envoyés à Kansas City.

 

 


Le Gouvernement belge, qui avait ouvert un crédit extraordinaire (loi du 21 juin 1849) pour faciliter l'émigration, fit deux expériences de "colonisation" en Amérique du Nord. Deux contrats furent passés : l'un avec Victor DeHam pour une colonie à Sainte Marie en Pennsylvanie, l'autre avec Joseph Guinotte de Kansas City au Missouri.

Convention conclue entre le Ministre de l'Intérieur et M.M. Guinotte, Magis et Cie à Bruxelles

Entre Mr Ch. Rogier, Ministre de l'Intérieur du Royaume de Belgique et MM Guinotte, Magis et Cie agriculteurs à Kansas (Comté de Jackson, Etat de Missouri, Etats-Unis d'Amérique) est convenu ce qui suit :
Art. 1er: Les Sieurs Guinotte, Magis et Cie s'engagent à recevoir et à établir dans leur exploitation agricole, à Kansas, cinquante émigrants Belges des deux sexes, moyennant un subside de trois cents francs /frs 300./ par tête pour les adultes et cent cinquante francs /frs 150./ pour les enfants d'un à douze ans.
Ces émigrants qui devront être dans de bonnes conditions de santé et de moralité seront désignés, soit par le gouvernement, soit de l'agrément de celui-ci, par les autorités locales.
Art. 2: Pendant quatre années, à partir du jour de leur embarquement pour Kansas, les émigrants seront attachés à l'entreprise des Sieurs Guinotte, Magis et Cie et indemnisés dans la proportion des services qu'ils rendront à l'entreprise. Cette indemnité ne pourra jamais être moindre de vingt cinq centimes par jour de travail et par tête.
Art. 3: Les Sieurs Guinotte, Magis et Cie se chargent :
1° Des frais de transport et de nourriture des émigrants pendant les quatre années qu'ils seront au service de l'entreprise, et ce, sans préjudice de l'indemnité fixée à l'article précédent.
Art. 4: A l'expiration des quatre années, mentionnées ci-dessus, les Sieurs Guinotte, Magis et Cie s'engagent :
1° à mettre chaque colon en possession d'un lot de terre boisé, de deux acres et demi;
2° à mettre à sa disposition les outils, le bois et les autres matériaux nécessaires à la construction d'une habitation;
3° à procurer à chaque colon le mobilier et les instruments de culture indispensables à son installation et à l'exercice de sa profession de cultivateur;
4° à procurer les premières semailles nécessaires et les vivres dont les colons auront besoin jusqu'à l'époque de leur première récolte.
Art. 5: Les colons seront tenus de rembourser aux Sieurs Guinotte, Magis et Cie les avances faites en exécution de l'article précédent. Ce remboursement s'effectuera, quant aux deux acres et demi de terre, au prix de vente du Gouvernement américain et pour les autres objets livrés aux colons, aux prix qui auront cours dans la localité.
Les colons pourront se libérer, envers les Sieurs Guinotte, Magis et Cie un tiers en numéraire, un tiers en denrées au cours du jour et un tiers en travail à la tâche, dont le prix sera établi d'après ce qui a lieu dans la localité.
Le remboursement en numéraire et en denrées s'opèrera par tiers, de six en six mois, à partir de la deuxième année qui suivra l'époque à laquelle les avances auront été faites.
Art. 6: Les Srs Guinotte, Magis et Cie veilleront en tout temps au bien être des colons, les assisteront de leurs conseils, faciliteront leurs relations avec les habitants du Pays, les protègeront de leur influence et enfin, prendront toutes les mesures nécessaires pour leur donner les moyens de remplir leurs devoirs religieux.
Art. 7: Les deux tiers du subside à payer par le Gouvernement, conformément à l'art. 1er de la présente convention, seront payés quinze jours avant celui de l'embarquement des colons sur la production de la déclaration des consignataires de navire indiquant les noms, prénoms et domicile des colons.
Le tiers restant du subside sera payé à la Nelle Orléans par le Consul de Belgique en cette ville, après qu'il aura constaté officiellement le départ de ce port des Emigrants belges pour Kansas.
Art. 8: Un Agent du Gouvernement assistera à l'embarquement des Emigrants à Anvers, pour s'assurer du bon aménagement du navire si les vivres de bord sont de bonne qualité, et en quantité déterminée pour les règlements de police maritime.
Art. 9: Les Sieurs Guinotte, Magis et Cie adresseront tous les six mois au Ministère de l'Intérieur un rapport sur la situation de leur Etablissement; et ils satisferont, en outre, à toutes les demandes de renseignements que le Gouvernement jugerait utile de leur adresser.
Art. 10: Les frais de timbre et d'enregistrement de la présente convention seront seront supportés par les Sieurs Guinotte, Magis et Cie
Art. 11: Les Sieurs Guinotte, Magis et Cie élisent domicile chez l'un d'eux, le Sieur Edouard Guinotte, rue Botanique, Faubourg de Schaerbeeck, les Bruxelles.

Ainsi fait en double à Bruxelles, le vingt quatre janvier 1850,    
signés Guinotte, Magis et Cie            Le Ministre de l'Intérieur,    
Guinotte, Magis et Cie        /signé/ Ch. Rogier              
approuvé pour être annexé à Notre Arrêté du 28 janvier 1850    
/signé/ Léopold       
Par le Roi :    
Le Ministre de l'Intérieur,    
/signé/ CH. Rogier.      

mais pour des raisons "pratiques", ce dernier tiers fut payé, en dérogation aux conventions (Art. 7), dès après le départ d'Anvers des émigrants.

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Contrat d'engagement conclu entre les sieurs Guinotte, Magis et Cie et le sieur x

Entre les sieurs Guinotte, Magis et Cie, Agriculteurs à Kansas, Comté de Jackson, Etat du Missouri, Etats-Unis d'Amérique / domiciliés en Belgique à St Josse-ten-Noode, lez-Bruxelles d'une part et le sieur x  d'autre part, a été convenu ce qui suit :

Article 1er. Le sieur x se met entièrement à la disposition des sieurs Guinotte, Magis et Cie pour les seconder par son travail, dans leur entreprise agricole aux Etats-Unis.
Article 2. Il s'engage à suivre en tous points, les instructions des Sieurs Guinotte, Magis et Cie à s'embarquer pour le Kansas dès l'instant qu'ils lui indiqueront, et, lorsqu'il sera arrivé à destination, à s'occuper avec zèle et activité du travail dont il sera chargé.
Article 3. De leur côté, les sieurs Guinotte, Magis et Cie s'engagent :
1°) a payer les frais de transport et de nourriture du Sieur x depuis Anvers jusqu'à Kansas;
2°) les frais de logement et de nourriture pendant tout le temps qu'il sera au service de l'exploitation:
3°) les Sieurs Guinotte, Magis et Cie intéressant leurs travailleurs dans leur entreprise en leur abandonnant pour prix de leurs travaux, outre les dépenses mentionnées ci-dessus, un huitième des bénéfices de la vente des produits de leur établissement, le Sieur x aura droit à une part dans ce huitième de bénéfice, laquelle sera fixée par les Sieurs Guinotte, Magis et Cie suivant les services rendus. Toutefois, elle ne pourra jamais être inférieure à vingt-cinq centimes par jour de travail et par tête.
Le règlement provisoire de la part de bénéfice revenant au Sieur x aura lieu mensuellement sur le prix indiqué ci-dessus, à dater de son arrivée dans l'établissement des Sieurs Guinotte, Magis et Cie.
le règlement définitif se fera annuellement entre les propriétaires ou Directeurs de l'Établissement et le Sieur x.
Article 4. Des avances pourront être faites par les Sieurs Guinotte, Magis et Cie au Sieur x sur sa part de bénéfice, mais seulement pour des objets de première nécessité, tels que habillement et co. Ces avances seront faites sans retenue d'intérêt.
Article 5. Le présent contrat d'engagement est valable pour quatre ans, à partir du jour de l'embarquement du Sieur x pour Kansas.
Article 6. Après l'expiration des quatre années mentionnées à l'article précédent, les sieurs Guinotte, Magis et Cie devront :
1°) Mettre le Sieur x en possession d'un lot de terre boisée de deux acres et demi;
2°) mettre à sa disposition les outils, le bois et les autres matériaux nécessaires à la construction d'une habitation;
3°) trouver au Sieur x le mobilier et les instruments de culture indispensables à son installation et à l'exercice de sa profession de cultivateur;
4°) procurer au Sieur x les premières semailles nécessaires et les vivres dont il aura besoin jusqu'à sa première récolte.
Article 7. Le Sieur x remboursera aux Sieurs Guinotte, Magis et Cie les avances faites en exécution de l'article précédent.
Ce remboursement s'effectuera quant aux deux acres et demi de terre, au prix de vente du gouvernement américain, et pour les autres objets livrés au Sieur x au prix qu'ils auront cours dans la localité.
Le Sieur x pourra se libérer envers les sieurs Guinotte, Magis et Cie un tiers en numéraire, un tiers en denrées au cours du jour et un tiers en travail à la tâche dont le prix sera établi d'après ce qui a lieu dans la localité.
Le remboursement en numéraire et en denrées s'opérera par tiers, de six mois en six mois, à partir de la deuxième année qui suivra l'époque ou les avances auront été faites.
Article 8. Les Sieurs Guinotte, Magis et Cie s'engagent à veiller en tout temps, au bien être du Sieur x, à l'assister de leurs conseils, à faciliter ses relations avec les habitants du pays, à le protéger de leur influence, enfin, à prendre toutes les mesures nécessaires pour lui donner les moyens de remplir ses devoirs religieux.
Article 9. si par suite de l'inconduite du Sieur x les Sieurs Guinotte, Magis et Cie se trouvaient forcés de le renvoyer de leur exploitation, le Sieur x sera tenu de rembourser toutes les avances faites en vertu de l'article 4 du présent contrat.

Fait double, à ...
signé Guinotte, Magis et Cie

Vu et approuvé
Le Ministre de l'Intérieur
Ch. Rogier

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Instructions à Mrs
- Charles L. Hunt - Consul à St Louis
- James B Beker - Consul à la Nouvelle Orléans
- Auguste Moxhet - Consul général à New York

Des Belges dirigés par Mr Magis, ingénieur des Ponts et Chaussées et Mr Guinotte, secrétaire de la Société forestière à Bruxelles, vont fonder à Kansas, dans l'état du Missouri, un établissement agricole.
L'intervention gu gouvernement a été réclamée en faveur de cet établissement et après s'être entouré de tous les renseignements nécessaires, le ministre de l'intérieur a conclu avec les propriétaires une convention d'après laquelle un subside leur est alloué, moyennant certaines conditions stipulées à l'égard des émigrants belges qui voudraient s'engager au service de l'entreprise.
- pour St Louis :
vous devez vous considérer Mr le - comme tenant la place du Gt du Roi relativement à cette affaire. Cous aurez, en conséquence, une double tâche à remplir.
MM Magis et Guinotte ont conclu une convention avec le Gt. Il vous appartiendra de veiller à l'exécution loyale et exacte de cet accord. Les entrepreneurs ont de plus, signé un contrat avec les hommes engagés par eux. Bien que vous ne puissiez intervenir d'autorité pour trancher les difficultés qui pourraient s'élever entre les colons et les chefs de l'établissement, vous interposerez néanmoins vos bons offices pour aplanir les différents et, dans tous les cas, vous ferez ce qui sera en votre pouvoir régulier pour amener les parties à remplir fidèlement leurs obligations respectives.
L'expérience a souvent démontré que le plus sûr garant du succès de ces sortes d'entreprises c'est l'harmonie, c'est le bon vouloir réciproque de tous les intéressés. Tout est compromis dès qu'on entre dans la voie des altercations et des procès. Toutefois, par ce que la conciliation est surtout désirable, ce n'est pas à dire que la fermeté ne soit pas parfois indispensable. Je suis persuadé M. le - que vous saurez parfaitement saisir l'esprit du rôle qui vous est réservé. Le Gt du Roi, de son côté, ne manquera point de vous tenir compte de votre coopération.
Il n'entre pas dans les vues du Gt que vous vous astreignez, sans nécessité absolue, à des frais de déplacement ou autres pour donner vos soins à la colonie. Toutefois, si quelques excursions vous semblaient nécessaires dans son intérêt, vous pouvez en porter les frais au compte du Gt.
Je vous saurai gré, dès que les colons seront installés, de m'adresser périodiquement des renseignements sur leur situation. Veuillez m'accuser réception des présentes instructions
- pour la Nouvelle Orléans :
Vous voudrez bien, M. le -, au passage des colons par la Nouvelle Orléans, veiller à ce que les contrats ci-joints reçoivent leur loyale exécution de la part de tous les intéressés et, d'un autre côté, faire ce qui sera en votre pouvoir pour assurer à nos émigrants toutes les facilités qui pourraient leur être utile.
Je vous prie de m'adresser un rapport sur leur arrivée et leur séjour à la Nouvelle Orléans.

- pour New York :
J'ai muni nos consuls à la Nouvelle Orléans d'instructions spéciales (vous trouverez ci-joint une copie de celles qui ont été envoyées au consul de Belgique à St Louis). 
Je vous fais la présente communication pour votre information et aussi pour que vous veilliez, dans la mesure de ce qui vous sera possible, à la réalisation des vues du Gt.

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D'un premier sentiment, cette plainte semblait assez incroyable, et si les faits avaient été communs, sûrement d'autres plaintes similaires seraient disponibles dans les mêmes archives du Ministère des Affaires Étrangères. On en trouve ! mais elles concernent surtout les années 1855-1856, qui sont les deux années importantes de l'émigration Belge vers les Etats-Unis (avant la guerre de Sécession) avec un nombre très important de passagers belges. Seules ces années là  peuvent leur être comparées aux années 1847 et 1850.  

Bien que l'affaire ait été rapidement rejetée par la commission d'enquête, les quelques sources américaines jusqu'ici disponibles, telles que les souvenirs de la famille Flacy, semblent donner plus de consistance aux propos du plaignant.

Faut-il prendre cette relation de voyage comme un mauvais présage au bon déroulement des projets de la famille Guinotte et comme le début d'un échec supplémentaire et l'arrêt des tentatives du gouvernement Belge de prendre en charge la conduite de l'émigration vers les Etats-Unis ?

Par l'intermédiaire du Consul à la Nouvelle Orléans et le la Légation à Washington, une plainte d'un Mr D'Ans, passager du George Stevens, à charge de la commission maritime d'Anvers, est transmise au Ministre des Affaires Etrangères :

 

Plainte du Sieur D'Ans, en annexe à la lettre du 15 juin du Consul de Belgique à la Nouvelle Orléans.

Monsieur le Consul Belge, de résidence à la Nouvelle Orléans

Monsieur le Consul,

L'arrêté émané de sa Majesté le Roi des Belges, en date du 14 mars 1843, instituant, dans l'intérêt de l'humanité, une commission maritime à Anvers, chargée d'assurer le bien être des émigrants à bord des n et de surveiller leurs intérêts contre les rapacités des armateurs et des fournisseurs, a été violé et méconnu de la manière la plus indigne.

C'est pour vous prier, Monsieur le Consul, de bien vouloir mettre sous les yeux de votre Gouvernement les détails de ce qui s'est passé à bord du Geo Stevens, navire trois mâts, américain, sorti du bassin d'Anvers le 23 mars dernier avec 175 passagers tant Belges qu'Allemands, à destination pour la Nouvelle Orléans, que je vous écris, dans l'espoir que le gouvernement prendra à l'avenir des mesures plus complètes et plus énergiques pour assurer l'exécution de ses ordonnances.

Le § 1er de l'art. 3 de l'arrêté a été méconnu en ce que la commission n'a pas exercé une surveillance spéciale sur l'équipement. En effet, le navire, d'environ 600 tonneaux avait en tout 9 matelots à bord, dont un malade à Anvers déjà et un jeune mousse, il y avait donc 7 matelots capables. Dans la nuit du 7 au 8 avril, par un gros temps quatre matelots tombent à la mer, un seul se sauve, voila le navire sans équipage et nous trouvant encore presque au début de notre voyage. Le capitaine réclame des Belges pour faire le service, ils s'y prêtent de leur mieux, mais ils sont sans connaissance des manoeuvres, des cordages, du commandement anglais et travaillent en aveugles. Plus d'un mauvais coup de vent expose le navire, et dans la nuitdu 10 au 11 mai, une tempête s'élève, on ne peut serrer assez tôt les voiles et le navire est mis à deux doigts de sa perte. 5 minutes de plus, a dit le Capitaine, et tout était perdu. Nous avons eu vingt fois du gros temps et chaque fois notre inexpérience amenant la confusion, nous faisait comprendre les dangers que nous courrions et combien il eut été important d'avoir des matelots.
Le § 3 du même article concernant la qualité et la quantité des approvisionnements de vivres et d'eau fraîche n'a pas été observé.

Quant aux vivres, le jambon et les pommes de terre étaient déjà gâtés en quittant Flessingue. De mes deux jambons - j'étais avec mon fils - un seul était mangeable, de mes deux paniers de pommes de terre, un seul a pu servir, l’autre était pourri. Les fèves des haricots et les pois n’ont jamais pu s’amollir dans l’eau fraîche et semblaient durcir avec la cuisson. Monsieur Guinotte, à la tête de 70 émigrants Belges a été trompé comme moi par le fournisseur, Mr Serregiers d'Anvers, qui frétait en même temps le navire. Son jambon et ses pommes de terre, en moins de 20 jours de mer, ont été corrompus, et plus de la moitié  a du être jetée à la mer, de sorte que nous nous sommes bientôt trouvés sans vivres confortables. Le capitaine dû même nous donner un peu de viande. Nous avions cependant payé les vivres de 1er choix, car il y en a de deux sortes et même d'une pire sorte - La commission a donc fermé les yeux sur cet objet.

Quant à l'eau, dès Flessingue, on nous a rationné à moins d'un litre par jour et par tête, quantité matériellement insuffisante. Parfois l'on trouvait de bonnes futailles, d'autrefois l'eau était si malpropre et si mauvaise qu'il fallait la filtrer à travers un linge et la bouillir pour pouvoir s'en servir. Le 21 mars, la moitié à peu près des émigrants à reçu de l'eau potable, l'autre grande moitié en a reçu dont l'odeur seule infectait le navire. On a soumis cette eau a toutes sortes d'épreuves, rien n'y a fait, il a fallu la jeter - c'était une peste même deux jours après. On a réclamé près du capitaine, il nous a tourné le dos. Nous avons donc été privés de notre ration d'eau et exposés aux tourments d'une soif dévorante sous les ardeurs d'un soleil brûlant - nous étions en face de St Domingue, près du tropique. Vous voyez donc, Monsieur le Consul, que la commission maritime a encore foulé aux pieds son mandat en ne visitant pas les fûts ou barriques, en ne faisant pas mettre l'eau nécessaire et en n'examinant pas si elle était bonne ou mauvaise. Il y plus que cela : la veille du départ d'Anvers, à 9 heures du soir, nous trouvant en rade, on fit entrer 16 personnes à l'insu même du capitaine qui était alors en ville. La commission n'a pu ni inspecter leurs vivres, ni s'assurer des moyens de couchage, ni faire mettre à bord l'eau et le charbon supplémentaires. Aussi, ces émigrants ont-ils fait gîte partout sur les voiles, les cordages. Nous avons été littéralement entassés. Au dire de Mr Serregiers, l'armateur, il y avait des secondes places à bord que l'on payait au double de celle de l'entrepont - j'en prix deux, pour moi et mon fils. Ces places n'existaient pas, nous nous sommes trouvés à l'entrepont à l'arrière du navire plus mal et plus gênés que personne. Nous avons donc été impudemment volés par Mr Serregiers. Que lui fait la vie des hommes à côté de l'argent ? Il voit lui d'abord, de vous, il s'en occupe moins que d'un ballot de marchandises. Mourez de faim et de soif, c'est égal, il a votre argent !

Il n'y avait pas non plus de luminaire comme l'exige le $ 6 du même art. 3. Le charbon de terre était détestable, insuffisant, et le bois pour l'allumer manquait.

Voilà, Monsieur le Consul, ce qui a eu lieu au mépris de l'arrêté Royal du 14 mars 1843, à bord du Geo. Stevens. La conduite de la commission et de l'armateur mérite d'être flétrie et doit appeler sur elle la vindicte des lois, et surtout la réprobation publique afin que tous ceux qui entreprendront un voyage de long cours soient prémunis contre les infâmes trafics de nos commerçants et des commissions instituées dans des vues charitables par le gouvernement.

Je suis heureux de protester ici parce que j'espère que ma plainte ne sera pas perdue. Je proteste seul, mais, au besoin, je fournirai des preuves et les victimes de Mrs Serregiers et de la commission ne me feront pas défaut.

Recevez, je vous prie, Monsieur le Consul, l'assurance de ma parfaite considération.

D'Ans
Ex capitaine au service de Sa Majesté le roi des Belges,
Allant pour résider à St Louis

>Nouvelle Orléans le 9 juin 1850

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L'enquête est faite par la Commission de Surveillance du Service des Émigrants qui, dans ses conclusions, rejeta complètements les accusations de D'Ans. 
- il y avait bien 15 matelots à bord
- la police maritime savait que 16 passagers supplémentaires devaient embarquer et, leurs vivres et leur provision d'eau ont été contrôlés.
- ils ne pouvaient gêner ceux qui se trouvaient à bord, puisqu'ils ne portaient le total des émigrants à 192 pour une capacité de 236.

Le rapport ajoute "...Quant à la qualité des provisions, le certificat n° 1 démontre que le Capitaine les a reçues saines et en portion complète. Mr Magis et Guinotte qui expédiaient 70 colons belges par le même navire, ont assisté avec Mr l'inspecteur des émigrants à la pesée et à l'expertise et ont eu la preuve que toutes les précautions nécessaires ont été prises par la commission.".
"La mauvaise foi évidente du réclamant dispendrait de rien ajouter; quant aux autres récriminations qui figurent dans sa lettre; les éléments de contrôle manquent complètement à Anvers, les faits s'étant passés en mer. Toutefois un dernier renseignement fera apprécier au juste l'importance que mérite la plainte du Sieur D'Ans. Ce passager a été vu en état permanent d'ivresse pendant les quelques jours qui ont précédé le départ du navire; avant la mise en rade, il avait déjà eu tant de démêlées avec les Capitaine, le second, les passagers et son fils, qu'on ne prenait plus son projet de départ au sérieux et que tout le monde en était à désirer qu'il ne s'embarquât point. Enfin, au moment de lever l'ancre, on a dû se mettre à sa recherche et c'est encore une fois en état d'ivresse et chargé de cruchons de genièvre qu'on l'a conduit à bord.

Il est en outre à remarquer que sa réclamation ne porte d'autre signature que la sienne et que les griefs articulés sont assez graves pour donner lieu à un pétitionnement collectif, s'ils étaient réels; la longueur du voyage à laissé aux intéressés tout le temps de prendre ce parti et cependant la plainte du Sieur D'Ans est restée isolée.

Le Gouverneur de la Province,

__________

Consulat de Belgique à St Louis :

St Louis July 30, 1850

To his excellency the Minister of Foreign Affair of his majesty the king of the Belgians.

Sir,
I have the honor of informing you excellency of the arrival at this place of the Belgian migrants under the charge of M. Guinotte. 
They arrived a the Quarantine ground of the City of St Louis on the 16th day of June having been 80 days out from Flessingue; they left here for the town of Kansas about eleven o'clock P.M. the same day, at which place they arrived in good condition on the 22nd of June.
I was necessarily absent from the city on their arrival, but had left an agent to attend to the business of the consulate. I am sorry to inform your excellency that the short stay the Messrs Guinotte made in the city rendered it impossible for my agent to see them and get the information which I had directed him to obtain.
I.e. a detailed account of their voyage & the condition of the emigrants. Several of the colonists have returned to this place having been released from their engagements to Messrs Guinotte, three people complain of bad treatment they have received. I have no confidence in their statements, but have taken a minute of their complaints for the purpose of ascertaining their trouble. The result of efforts shall be forwarded to your excellency so soon as accomplished. It may become necessary for me to visit the colony to quiet the people, if, the reports are correct which I have received.
 ...

I have the honor to be your excellency's
Obediant Humble Servant
Charles L. Hunt
Consul Belge
St Louis

 

Dans un courrier, le Ministre des Affaires Étrangères signale au Ministre de l'Intérieur qu'il lui transmet une lettre de Mr Guinotte qu'il vient de recevoir. Il quotte la lettre dans les paragraphe suivant "... l'établissement naissant a eu a lutter contre une cruelle épreuve, l'apparition du choléra. Il parait, du reste, que le fléau a cessé ses ravages..." et ajoute : "Les renseignements qui me sont parvenus s'accordent à reconnaître que les chefs de l'entreprise ont complètement rempli leurs devoirs en ces tristes circonstances".

 

Et suite à la lettre du consul à St Louis, demandant l'autorisation d'aller se rendre compte sur place, il répond notamment " je vous approuve de n'avoir accueilli qu'avec réserve les plaintes des quelques colons qui ont rompu leur engagement avec les Directeurs. Il arrive presque toujours, au début de ces sortes d'entreprises, que des désertions, tantôt plus, tantôt moins nombreuses, viennent éclaircir les rangs des colons. C'est l'effet naturel de plusieurs causes, parmi lesquelles je citerai seulement le changement de pays, les premières illusions d'esprits simples facilement trompés par des apparences décevantes et parfois aussi le mauvais caractère de certaines gens peuvent se glisser même dans les choix faits, comme dans le cas présent, avec le plus de soin."

Le Ministre demande ensuite au chargé d'affaire  de"... différer jusqu'à nouvel ordre dans le cas où il serait à prévoir que votre voyage à Kansas serait considéré publiquement comme un indice de défiance envers les chefs de l'entreprise, où qu'il pourrait porter les colons à se relâcher de la stricte exécution de leur engagement par suite qu'ils se feraient que l'agent du gouvernement serait là pour prêter force et appui à leurs réclamations..."

A partir de ce moment le dossier 2025 des A.M.A.E. sur ce sujet est vide, sauf pour les années 1867 et 1869, lors de la liquidation de la société Guinotte, Magis et Cie.

Émile Dupont, un avocat, demande alors au Ministre des Affaires Étrangères de faire intervenir son Consul à Saint Louis (Mr Hurch) qui est en même temps un homme de loi, pour régler la dissolution de la société en question avec Joseph Guinotte et Edouard Guinotte, son frère, qui est allé le rejoindre à Kansas, et de défendre les intérêts des associés belges :

... Mr Magis, ingénieur en chef à Hasselt, Mr Lhost, industriel à Bruxelles, représenté aujourd'hui par sa veuve et ses enfants mineurs, Mr Edouard Guinotte et Mr Joseph Guinotte, ancien conducteur des ponts et chaussées, se sont associés il y a 18 ou 19 ans pour une affaire de terrain au Kansas.
Depuis 1852, il a été impossible d'obtenir des éclaircissements bien complets et ces derniers temps il y a eu de la part de Mr Joseph Guinotte, établi sur les lieux et devenu citoyen américain, refus absolu de liquider.
Et cependant depuis plus de deux ans la société a pris fin et la liquidation d'après les conditions internes devrait même être achevée. 
La position de Mr Magis et Me Lhost est très difficile. Mr Joseph Guinotte étant seul citoyen américain, c'est lui seul qui est propriétaire au moins en apparence des terres achetées, la législation américaine ne permettant pas a des étrangers d'acquérir des immeubles aux Etats-Unis.  

En 1869, le Consul  Peter F. Hurch signale qu'il a pu régler l'affaire, faire vendre des terrains et faire envoyer 19,484.24 francs aux plaignants et a leur avocat.