Le Suicide

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Suicide et responsabilités

 

Action de se donner volontairement la mort. Selon le sociologue Émile Durkheim, le suicide «!résulte directement ou indirectement d'un acte positif ou négatif accompli par la victime elle-même et qui savait devoir produire ce résultat!».

Acte exclusivement humain, le suicide est commun à toutes les sociétés depuis les temps les plus reculés. Mais on relève des différences majeures dans l'attitude des groupes et des sociétés envers le suicide, dans la façon dont il est commis et dans sa fréquence à différentes époques de l'histoire.

Dans l'Antiquité, en Europe, et en particulier à l'époque de l'Empire romain, le suicide était un acte légitime et souvent célébré. Les Romains, qui suivaient la doctrine du stoïcisme, reconnaissaient de nombreuses raisons valables au suicide. Sénèque le saluait comme le dernier acte de l'homme libre.

Saint Augustin concevait, en revanche, le suicide comme un péché par essence. Les premiers conciles chrétiens décidèrent que l'Église devait renoncer à célébrer les rites funéraires pour ceux qui avaient commis le suicide, qui fut condamné dès le Moyen Âge par l'Église catholique. Le droit médiéval prévoyait généralement la confiscation de la propriété du suicidé et décrétait l'indignité du corps. Le suicide est encore interdit par le christianisme, le judaïsme et l'islam.

 


Typologie des suicides

 

En 1897, Émile Durkheim, le fondateur de l'école française de sociologie, consacra tout un ouvrage (le Suicide) à l'étude de ce qu'il considérait comme un phénomène social: le taux de suicide est ainsi envisagé en tant qu'indicateur de la morale prévalant dans une société donnée. Durkheim récuse en premier lieu les explications couramment avancées au XIXesiècle: le rôle de l'hérédité, l'assimilation du suicide à la folie, l'importance du climat ainsi que la contagion qui procéderait d'un esprit d'imitation sont tour à tour écartés. Durkheim met en œuvre les principes qu'il avait énoncés dans les Règles de la méthode sociologique (1895): il s'agit, à l'aide de statistiques, de comparer systématiquement les variations du taux de suicide dans le temps comme dans l'espace, afin de saisir les facteurs susceptibles d'affecter le phénomène. Le suicide révèle alors l'emprise ou, au contraire, la faiblesse de l'emprise qu'exerce la société sur l'individu: «Le suicide varie en raison inverse du degré d'intégration des groupes sociaux dont fait partie l'individu.»

Durkheim établit une typologie des formes de suicides fondée sur deux critères: l'intégration sociale (le fait que les individus partagent une conscience commune, qu'ils soient en relation permanente les uns avec les autres et se sentent voués à des objectifs communs) et la régulation sociale (l'autorité morale de la société sur les individus, qui leur fixe des limites et qui circonscrit leurs désirs).

Une intégration sociale défaillante est à l'origine à la fois du suicide altruiste et du suicide égoïste. Le suicide altruiste procède d'une intégration sociale forte au point de méconnaître l'individualité. Forme de suicide particulièrement développée dans les sociétés traditionnelles, elle n'a pas complètement disparu dans les sociétés modernes: le militaire qui se donne la mort à l'issue d'une bataille perdue en constitue un exemple. Le suicide égoïste provient, à l'inverse, d'une carence de liens sociaux: une individuation trop poussée peut avoir pour effet de conduire au repli de l'individu sur lui-même, incapable parfois de trouver des motifs d'existence. Durkheim constate ainsi qu'à la fin du siècle dernier, le taux de suicide des célibataires était plus élevé que celui des veufs et nettement supérieur à celui des hommes mariés. Il en conclut ainsi que le mariage préserve du suicide puisqu'avec la famille, c'est l'intégration dans un groupe qui apparaît. Le défaut d'intégration sociale génère un sentiment d'isolement favorable au développement du suicide: la progression du taux de suicide avec l'âge coïncide avec la fin de l'activité professionnelle.

Dans la société française contemporaine, le taux de suicide le plus élevé se rencontre dans la catégorie des agriculteurs âgés de plus de 60ans, qui cumulent souvent isolement social et isolement géographique. Le suicide peut provenir également d'une régulation sociale excessive: une discipline extrêmement rigoureuse peut conduire au suicide lorsque les normes sociales étouffent les libertés individuelles. Un manque de régulation conduit au suicide anomique qui, selon Durkheim, constitue la forme de suicide la plus répandue dans les sociétés modernes: les changements sociaux rapides ont pour principal effet de frapper d'obsolescence les normes de conduite qui prévalaient antérieurement sans que les nouvelles apparaissent clairement. Dans ce contexte, la société ne canalise plus les pulsions individuelles, qui demeurent sans limites. C'est la raison pour laquelle les suicides progressent en situation de crise mais aussi dans les périodes de forte croissance économique, puisque les mutations engendrées sont porteuses d'instabilité sociale.

L'intuition de Durkheim selon laquelle le suicide constitue bel et bien un phénomène social a été prolongée par de nombreux sociologues. C'est ainsi que des travaux fondés sur l'approche statistique démontrent que le suicide demeure un comportement plutôt masculin, car le taux de suicide est, selon les tranches d'âge, trois à quatre fois moins élevé chez les femmes. Le suicide connaît également des évolutions significatives selon les périodes de l'année: en hiver comme au mois d'août, les suicides sont plutôt rares, alors qu'ils progressent fortement au printemps.

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Le suicide comme phénomène social

 

Les conditions sociales sont souvent déterminantes dans l'augmentation sensible du taux de suicide. Ce fut le cas, par exemple, chez les jeunes Allemands au sortir de la Première Guerre mondiale et aux États-Unis au plus fort de la Grande Dépression en 1933. Le suicide fut parfois une forme de protestation contre un système politique: en témoigne, par exemple, le cas de Jan Palach, qui se donna la mort en 1969 lors de l'invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes du pacte de Varsovie, et celui des bonzes qui s'immolèrent sur la place publique pendant la guerre du Viêtnam.

Il existe, en outre des formes de suicide qui sont honorées dans certains systèmes sociaux. Ainsi, quelques sectes ultra-islamistes célèbrent les victimes d'opérations suicides comme des martyrs de la foi (cependant, l'islam condamne formellement le suicide)!; dans la civilisation japonaise, le hara-kiri était un acte légal par lequel l'individu essayait de réparer ses torts ou son manquement au devoir en s'ouvrant rituellement le ventre avec un poignard, et la félicité divine était promise aux pilotes japonais «kamikazes» de la Seconde Guerre mondiale; en Inde, la sati -l'obligation de la veuve de s'immoler sur le bûcher de son mari défunt- était pratiquée jusqu'à la fin du XIXesiècle.

Un type de suicide assez inquiétant est celui qui est commis par croyance sectaire. Sous l'influence de leur chef charismatique, les membres de certaines sectes se donnent collectivement la mort, comme en Guyana en 1978 ou en France en 1995 (mort collective d'un nombre important des membres de la secte du Temple du Soleil).

Des études récentes ont montré que le nombre de suicides est actuellement très élevé en France: il dépassait 12000 en 1996 pour 15000 tentatives. Il est en augmentation constante, notamment chez les jeunes: il constitue la première cause de mortalité chez les 25-34ans et la deuxième chez les 15-24ans. De plus, le nombre de suicides est plus élevé que celui des morts par accidents de la route. On a observé aux États-Unis que le taux de suicide dans la tranche d'âge de 15 à 24ans a triplé entre 1950 et 1980.

L'euthanasie, la mort donnée sur sa demande à une personne atteinte d'une maladie incurable, en fin de soins et subissant d'intolérables souffrances, représente un cas particulier de suicide. Elle est interdite dans tous les pays d'Europe occidentale, sauf aux Pays-Bas, où elle est tolérée, mais n'a pas de statut légal.

En outre, le taux de suicide apparaît manifestement sous-évalué pour de nombreux sociologues: 10 à 20p.100 des suicides ne seraient pas pris en compte du fait de la pression des familles, mais également de classements erronés (morts naturelles ou accidents de la route, par exemple).

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Le suicide comme phénomène individuel

 

La psychopathologie et la psychanalyse ont joint aujourd'hui leurs explications dans une étiologie souvent convergente. La formule de Freud, selon laquelle «!nul n'est probablement à même de trouver l'énergie de se tuer, à moins de commencer à trouver quelqu'un à qui il s'est identifié!», marqua l'interprétation psychanalytique du phénomène. Le psychiatre allemand Karl Menninger a réunifié les trois points impliqués par la formule freudienne: le suicide comme désir de mourir, de tuer et de se tuer.

Pour les cliniciens, la mélancolie est le principal facteur déclenchant, qui réunit en elle soit sous forme permanente, soit dans une construction délirante, l'autoaccusation, la honte, la culpabilité et le rejet de soi comme être social. Le raptus (violente impulsion) suicidaire chez les mélancoliques est presque toujours réussi. Dans les schizophrénies et les confusions mentales, le suicide (également presque toujours réussi) fait suite à une profonde perturbation des états de conscience.

Il est évidemment difficile (en dehors de la confusion mentale et de quelques cas psychiatriques) de séparer les deux types de facteurs qui sont à l'origine du phénomène. Les suicides manqués et récidivistes sont peut-être les seuls pour lesquels une action pourrait se révéler efficace. Les interactions entre facteurs personnels et sociaux ne permettent pas de trouver de remède.

On a prétendu que les protestants se donnent la mort plus souvent que les catholiques, car ces derniers disposent de la confession pour atténuer ou dévier l'éventuel sentiment de culpabilité suicidaire. Cette affirmation fut cependant infirmée par l'analyse des données statistiques. Par ailleurs, la désaffection à l'égard des religions chrétiennes en Occident est souvent considérée comme une mutation sociale privant les individus de leurs repères traditionnels. Pour venir en aide à des personnes en proie au désespoir en leur offrant la possibilité d'exprimer leur détresse et d'infléchir leur irrépressible envie de se tuer, des associations, comme SOSAmitié en France, ont été créées. Mais, leur action est d'une faible portée. En revanche, il est à noter que la perspective de changements radicaux de la société et l'irruption des conflits sociaux qui n'offrent pas que des solutions individuelles ont une incidence certaine sur ce phénomène: en fait, pendant les périodes révolutionnaires, on n'enregistre presque aucun cas de suicide.

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Suicide FAQ

 

QUELS PEUVENT ETRE LES ELEMENTS DECLENCHANTS ?

Parmi eux, on peut citer :

la maladie grave

la perte d'emploi

le chômage

l'exclusion

la prison

le divorce

les situations d'échecs

la déception sentimentale

la mort du conjoint

la dépendance (alcoolisme, toxicomanie, les emprises)

les situations de stress : professionnel, émotionnel, affectif,

les troubles biologiques : sommeil, alimentation

Mais :

C'est en général l'accumulation de plusieurs de ces facteurs qui conduit à la tentative de suicide.

 

LE SUICIDE EST-IL UN CHOIX PERSONNEL ?

Le suicide n'est pas un choix, mais une absence de choix. La personne croit, à tort, qu'il n'y a pas d'autres solutions pour arrêter de souffrir.

 

EST-CE QUE PARLER DU SUICIDE PEUT INCITER LES GENS A SE SUICIDER ?

En parler, au contraire, permet de dénouer les crises et de proposer des solutions.

Les pays qui ont fait des campagnes d'information ont vu leur taux de suicides diminuer.

PARLER DE LA MORT NE TUE PAS !

 

POURQUOI SE SUICIDE-T-ON ?

Le geste suicidaire peut se révéler à l'occasion de certains évènements précis, évènements à ne pas confondre avec les causes profondes du suicide.

 

Les causes profondes du suicide

La plupart des spécialistes du suicide estiment qu'il en existe principalement 4

 

QUELS SONT LES SIGNES AVANT-COUREURS DU SUICIDE ?

Les messages directs

Je veux en finir

La vie n'en vaut pas la peine

Je n'en sortirai jamais.

Les messages indirects

Vous seriez bien mieux sans moi

Je suis inutile

J'ai fait mon testament

Je vais faire un long voyage

 

Les comportements

Isolement, retrait

Intérêt pour les armes à feu ou les médicaments

Donner des objets qui lui sont chers

Consommation abusive d'alcool ou de médicaments

Consultations répétées et sans raison chez le médecin

Parler de la valeur et du courage de ceux qui se suicident

Incohérence du langage

Aucune réaction à la perte d'un proche

Hyperactivité

Manque d'énergie, extrême lenteur

 

QUE FAUT-IL FAIRE OU NE PAS FAIRE ?

 

Eviter de :

 

Essayer de :

 

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Suicide et responsabilités

 

 En cas de suicide consommé ou tenté, quelques notions médico-légales sur les responsabilités de chacun.

« En matière de suicide, beaucoup de culpabilité et de honte », MAIS AUSSI DES RESPONSABILITES

Différents niveaux de responsabilité sont envisagés : le suicidant, son entourage, le médecin ou le professionnel et l'hôpital

 

La déclaration des droits de l'homme énonce que « la loi n'a le droit de défendre que les actions nuisibles à la société »

Le suicide n'est donc plus réprimé en France depuis le Code Napoléon de 1810. Dès lors, la question est de savoir si le silence du Code donne le droit ou la liberté de se supprimer ?

Thouvenin, professeur de droit, répond que « l'absence d'incrimination pénale signifie seulement que la société n'attache pas de réprobation sociale au suicide, et non qu'elle entend considérer le suicide comme une prérogative positive ». « En effet, ajoute t-il, reconnaître à l'individu le droit de se suicider contribuerait à faire de lui un propriétaire libre de disposer de lui-même comme d'un bien ».

Accessoirement, le droit au suicide supposerait qu'un suicidé réanimé puisse réclamer réparation du préjudice qu'il estime avoir subi du fait qu'on l'a obligé à vivre contre sa volonté. Or, c'est justement l'inverse qui se produit avec la « non-assistance à personne en péril ». Il n'en reste pas moins que le droit au suicide est revendiqué par des associations et comités amalgamant volontiers euthanasie et suicide.

Quant à la responsabilité de l'auteur d'un suicide "altruiste ou élargi", elle est celle de l'auteur d'un homicide volontaire, mais il peut bénéficier de circonstances atténuantes en vertu du deuxième alinéa de l'article 122-1 du Code Pénal (C.P) ou être considéré comme irresponsable en vertu du premier alinéa du même article.

Le Code civil Français ne mentionne pas le suicide, il ne connaît que les contractants. Or, « l'individu ne peut entrer en rapport juridique avec lui-même ». Le code se préoccupe des conséquences de la mort, non de ses circonstances. La responsabilité civile se définissant comme l'obligation de réparer le dommage que l'on a causé par une faute intentionnelle ou non, on peut s'interroger sur la réparation des éventuels dommages matériels, corporels ou même moraux occasionné par un suicide violent.

Quant au témoin passif d'un suicide, il peut être poursuivi en vertu du deuxième alinéa de l'article 223-6 du C.P; pour s'être abstenu de porter secours à une personne en péril.

Pour que la responsabilité pénale du médecin soit engagé, il est nécessaire qu'existe dans le Code Pénal Français une incrimination à laquelle l'acte reproché corresponde exactement. En matière de suicide, le médecin se voit le plus souvent reprocher une non-assistance à personne en péril (article 223-6 deuxième alinéa du C.P.), mais rares sont les condamnations, faute de pouvoir réunir les éléments constitutifs de cette infraction, qui sont au nombre de quatre :

Ainsi, selon la jurisprudence, le premier élément, l'existence d'un péril, doit être « imminent, constant et nécessiter une action immédiate ». Or, il est difficile de prouver que le médecin a connu de façon certaine la gravité et l'imminence du danger et qu'il avait la possibilité d'agir. Un arrêt de la Cour d'Appel de Paris précise que rien ne permettait au médecin qui, après un long entretien, avait renoncé à hospitaliser en placement volontaire un malade, de diagnostiquer un péril réel et imminent cinq jours avant le suicide. Quant à l'élément d'abstention volontaire de porter secours, il n'est a priori pas délibéré car il résulte souvent d'une erreur de diagnostic ou de traitement. Le médecin a sous estimé la gravité de l'état du malade ou n'a pas prescrit des médicaments assez puissants. Un autre chef de mise en examen a été invoqué : les atteintes involontaires à la vie ou à l'intégrité de la personne (article 221-6 et 222-19 du C.P.). Il n'a pas été retenu dans le cas du suicide d'un patient car il supposait de démontrer que le comportement du médecin a entraîné directement le décès par suicide.

La responsabilité civile du médecin et de la clinique ne peut mettre en cause que deux personnes privées, en l'occurrence le patient ou sa famille d'une part, le médecin exerçant en libéral ou les établissements privés d'autre part. La responsabilité médicale civile est engagé, soit par le non respect des obligations fixées par un contrat, c'est la responsabilité contractuelle, soit par l'obligation de réparer le dommage causé par une faute volontaire ou non, c'est la responsabilité délictuelle.

La responsabilité contractuelle d'un médecin ou d'une clinique crée une obligation de moyens, et non de résultats. Le médecin s'engage à apporter des soins « consciencieux, diligents et conformes aux données actuelles de la science ». Le contrat d'hospitalisation en clinique comporte une double obligation de soins et de garde et surveillance. Elle doit prendre des mesures appropriées à l'état du malade et à ses réactions antérieures. L'appréciation de l'inéxécution de l'obligation de sécurité dépendra des consignes particulières de surveillance données par le médecin qui a posé le diagnostic et de leur exécution. En cas de suicide, la responsabilité de l'établissement est présumée et il devra apporter la preuve qu'il avait réellement pris les précautions qui s'imposaient.

Il faut rappeler que, parmi les obligations du médecin traitant, il y a aussi celle de prévenir du risque suicidaire la clinique à laquelle il adresse son patient, faute de quoi, elle n'a aucune raison d'exercer une surveillance particulière, et c'est donc la responsabilité du médecin traitant qui sera engagée en cas de suicide. L'attitude du patient et de la famille sont prises en compte, notamment leur refus de traitements préconisés ou d'hospitalisation proposée par le médecin, qui sera alors exonéré de sa responsabilité en tout ou en partie.

La responsabilité délictuelle civile du médecin est plus rarement engagée car elle suppose qu'il ne s'est pas formé de contrat. Ce peut-être le cas d'un tiers, par exemple la famille d'un malade décédé désirant obtenir du médecin, à qui ils imputent la responsabilité de cette mort, la réparation de leur propre préjudice pécuniaire ou moral. Il faut enfin rappeler que la responsabilité délictuelle du médecin peut-être engagée en raison d'une faute commise par son préposé (infirmière, secrétaire).

La responsabilité administrative de l'hôpital : lorsqu'un malade est hospitalisé dans un établissement public, il ne passe pas de contrat avec ou tel médecin, mais avec l'hôpital. Les médecins ne répondent personnellement que de fautes personnelles détachables du service. L'action est dirigée contre l'administration et non contre le médecin, à moins qu'il n'ait commis une infraction relevant du Code Pénal. Le régime de la responsabilité administrative de l'hôpital repose sur une distinction fondamentale entre les actes médicaux (diagnostic, traitement) et les soins courants, l'organisation, le fonctionnement du service. Pour les actes médicaux, le tribunal administratif ne retiendra la responsabilité de l'hôpital que pour une faute lourde, considérant les fautes simples comme excusables car la médecine est une activité « à risque ».

En matière de suicide, la faute du médecin réside dans une erreur de diagnostic ou de traitement, ayant cru à tort que le malade n'attenterait pas à ses jours. Mais la jurisprudence ne retient pas ce type d'erreur de diagnostic comme une faute lourde, sauf s'il y a eu un examen notoirement insuffisant ou une erreur grossière d'appréciation. C'est donc au niveau des activités de soins courants ou du fonctionnement du service hospitalier que la responsabilité de l'hôpital est le plus souvent retenue par les tribunaux administratifs. Les critères utilisés en cas de suicide sont généralement :

Pour tous ces critères , la tendance du conseil d'Etat est de retenir la faute simple de surveillance comme suffisante pour engager la responsabilité de l'hôpital. Quant à l'efficacité des mesures de surveillance, comme l'a souligné Pierre Deniker, « on ne saurait trop répéter que contre le désir morbide de suicide, il n'existe pas de précaution absolue ».

La responsabilité disciplinaire du médecin est née de l'inobservation, par le médecin des règles du code de déontologie et singulièrement par rapport au suicide, de celle des articles suivants :

Ceci nous amène à évoquer le problème du consentement : quelle attitude le médecin doit-il avoir devant un malade qui l'implore de le laisser mourir ? Il doit avant tout préserver la vie et, à l'exception de cas extrêmes touchant au problème de l'euthanasie, il n'y a pas à s'interroger sur la logique de la démarche suicidaire. Son approche est seulement clinique et a valeur psychothérapeutique s'il sait entendre la nature de la demande, dont le suicide est l'un des symptômes. Si l'état du patient ne permet pas d'obtenir un consentement éclairé, la jurisprudence prévoit dans ce cas que le médecin s'adresse aux proches du malade. C'est d'ailleurs l'objectif de la mesure d'hospitalisation sur demande d'un tiers, qui implique un tiers issu de l'entourage du malade. J.Vedrinne invoque la notion d'anticipation de consentement à propos de l'intervention médicale dans les services d'urgences pour des personnes en crise suicidaire. Un peu comme pour la sauvegarde de justice, il y aurait là une légitimité de l'acte en anticipant le consentement. Et il est vrai qu'il est rare qu'un malade reproche durablement à son médecin de l'avoir empêché de se suicider ou de l'avoir sauvé.

extrait de l'article de B . Cordier revue FORENSIC de Déc 1994 n°7

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Sources :

"Suicide", Encyclopédie Microsoft(R) Encarta(R) 98. (c) 1993-1997 Microsoft Corporation. Tous droits réservés.

Revue FORENSIC dossier sur le suicide 3 rue de la Boëtie 75008 Paris Tél : 01.42.66.46.46 Fax : 01.42.66.45.45

Cordier. B , Petitjean.F et Preterre.P.Les responsabilités dans le suicide. Revue Humeurs 1990, n°3,13-15.

Cordier. B Le Psychiatre face au suicide, les responsabilités de chacun.« Psychiatrie à l'hôpital général » sous la direction de Petitjean F., Dubret G et Tabeze J.P., édition Eres, Toulouse, 1993

Cordier .B Tous les suicides sont ils problématiques ? Gazette Médicale, 1989, 32, 159-164.

NSERM (Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale) Siège social : 101 rue de Tolbiac 75013 Paris Tél : 01.44.23.60.00

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