Quelques définitions :
A. Philosophie .
1. Branche du savoir qui se donne pour tâche l'étude des principes et des causes au niveau le plus général, l'étude des fondements des valeurs morales, et l'organisation des connaissances en un système cohérent.
Elle se distingue des sciences isolées dans ce sens qu'elle a pour objet la connaissance du monde dans son ensemble.
La philosophie se divise en métaphysique (voir ontologie ), théorie de la connaissance, logique (philosophie) , éthique , esthétique. S'y ajoutent des matières telles que la philosophie de la nature, de l'histoire et de la culture, de la religion, du langage, et d'autres.
2. Etude des principes qui fondent un art, une science : philosophie de la peinture, de l'histoire et de la culture, de la religion, du langage, etc.
3. Doctrine philosophique. La philosophie de Platon, de Kant, de Nietzsche.
4. Matière d'enseignement.
Selon Platon , la philosophie est la connaissance de l'être ou de l'éternel ; Aristote la considère comme "la science de certaines causes et de certains principes" des choses ; les stoïciens (voir Stoa ) y voient la recherche des aptitudes théoriques et pratiques ; pour les épicuriens (voir Epicure ) la philosophie est la capacité de devenir heureux en raisonnant.
Le Moyen Age chrétien voit dans la philosophie la sagesse du monde, par opposition à la sagesse de Dieu qui fait l'objet de la théologie.
Jusqu'à René Descartes, la philosophie englobe l'ensemble des sciences et des recherches théoriques, inséparables d'une perspective métaphysique.
Constatant les divergences idéologiques des philosophes et la certitude des mathématiques, Emmanuel Kant (fin XVIIIe) l'oriente vers une théorie de la connaissance.
Karl Marx , Nietzsche et Sigmund Freud se proposent de démystifier "l'illusion philosophique" en mettant à nu ce qu'elle déforme (justification du système social, création des valeurs, déterminations inconscientes de la conscience).
En ce qui concerne la philosophie occidentale, c'est-à-dire sans tenir compte des philosophies chinoises et indiennes, on peut retenir les époques ou obédiences suivantes :
B. LA LIBERTÉ .
Dans la hiérarchie des valeurs de nombreux auteurs, la liberté vient en tout premier lieu. Elle prime tout, elle est le coeur, elle est le noyau central des aspirations essentielles des hommes : «la liberté est, en vérité, une chose sainte. Il n'y a qu'une autre qui mérite mieux ce nom: c'est la vertu. Encore qu'est-ce que la vertu, sinon le choix libre de ce qui est bien?» (Toqueville , juriste et philosophe canadien)
Liberté n'est cependant pas licence : elle ne s'exerce et ne se réalise que dans la reconnaissance et le respect de la justice et la poursuite de l'égalité, à l'intérieur d'un ordre social et moral.
La liberté est la première des valeurs politiques, mais il ne faut pas la concevoir comme une indépendance totale, mais plutôt à la façon de Montesquieu, comme une liberté réglée par de justes lois . Dans l'ordre moral, comme dans l'ordre social et politique, il existe des normes objectives qui s'imposent au respect des hommes. Mais cette idée de l'ordre n'exclut nullement la liberté .
Utilisation des moyens de contention en psychiatrie :
Dans le cadre psychiatrique lutilisation de moyens de contention physique, surtout en service aigu et/ou durgence, est fréquente.
Ces moyens sont pour le moins contraignants et sont une atteinte directe aux droits de lindividu mais ont également une visée thérapeutique indéniable et sont souvent incontournables.
Néanmoins il arrive que des situations disolement durent plus longtemps quelles ne le devraient: par peur de lagression, par habitude, par manque dévaluations fréquentes du bien fondé de la mesure...
La limite entre mesure justifiée et abusive est très étroite.
Comment pouvons nous positionner face à cet état de fait ?
1. Rassemblement dinformations supplémentaires
Le cadre légal.
Certaines réponses aux questions déthique quant à lutilisation des moyens de contentions physiques en psychiatrie ont été débattues par la commission permanente en matière déthique psychiatrique.
Cette commission a été crée en 1989 sous légide du ministre Charles Picqué (en Belgique).
Nous pouvons retenir de lavis apporté par cette commission ces quelques notions:
A. Définition:
Le terme « contention physique » sera repris dans le sens restreint dimmobilisation corporelle contraignante, de restriction dans la possibilité de se mouvoir, de se déplacer, de communiquer avec le monde extérieur.
B. Principes généraux:
B.1. Les pratiques de contention physique représentent des atteintes graves à la dignité de lhomme, à linviolabilité de son corps. La sauvegarde de la tranquillité ou du confort des soignants ou des autres patients ne peut les justifier.
B.2. Le droit pour les patients de communiquer avec lextérieur et de recevoir des visites leur est reconnu.
C. Limitation à la liberté de mouvement:
C.1. Dans certains cas de psychopathologie aiguë, avec grave altération du niveau de conscience, des mesures de contention physique se justifient afin de permettre à une médication sédative et restauratrice de létat de conscience de faire ses effets. Ces mesures doivent être interrompues sitôt leffet thérapeutique obtenu. Ces interventions ne peuvent être quexceptionnelles et ne peuvent se justifier que dans lintérêt propre du patient.
C.2. Toute autre restriction à la liberté de mouvement (isolement, restriction des contacts sociaux) ne se justifie que dans une perspective thérapeutique et dans la mesure du possible avec laccord du patient.
2. Nomination de questions éthiques.
Outre les considérations légales, il reste des questions que le personnel soignant se doit de se poser.
Dans quels cas les moyens de contention physique sont-ils réellement nécessaires ?
Bien évidement dans le cas où le patient, de par sa pathologie, présente un danger pour lui ou son entourage, la décision dutiliser de tels moyens est alors simplifiée.
Quen est-il lorsquil sagit détats dagitation dérangeant le service ou de comportements susceptibles de choquer des visiteurs ?
(ex: un patient ayant une attitude trop exubérante dans le service est systématiquement mis à lisolement aux heures de visites.)
- De quelle façon le patient perçoit-il ces mesures de contrainte de sa liberté ?
Il est très rare quun patient demande ou même accepte de plein gré une mesure disolement ou de contention.
Sa première réaction est bien souvent de se demander de quel droit nous exerçons sur lui ce quil perçoit comme un acte hostile et agressif.
- Les restrictions de liberté naggravent-elles pas le comportement psychopathologique dans certains cas ?
Il est clair que dans de nombreuses situations le fait dêtre enfermé ou coupé de tout contact avec lextérieur est une source dangoisse et de révolte pour le patient, il nest pas certain suivant son état de conscience quil comprenne bien la raison de telles contraintes.
Son agressivité peut alors augmenter ou son état de confusion se détériorer. (ex: Un patient âgé et confus ayant une ceinture la nuit pour éviter des chutes.)
- Dans quelle mesure peut-on mettre sous moyens de contentions un patient qui nest légalement pas obligé daccepter des soins ?
En effet un patient qui par décision de justice est gardé dans un établissement psychiatrique (mesure de mise sous protection) a lobligation de se conformer aux ordres médicaux mais si ce nest pas le cas le patient en tant que libre arbitre a le droit de quitter létablissement en signant une décharge.
Que doit-on faire dans ce cas si un risque majeur de suicide est présent ?
3. Nomination des valeurs et intérêts personnels et professionnels.
Il est clair que la finalité dun traitement (et les mesures de contentions doivent être considérées comme telles) est sinon la guérison, tout au moins le soulagement des souffrances et des angoisses et/ou latténuation maximale des symptômes empêchants linsertion sociale.
Les intérêts à prendre en compte sont avant tout ceux du patient !
- Justification des actes posés.
- Respect du cadre légal.
- But thérapeutique.
Au niveau personnel, être en accord avec les mesures que lon est amené à mettre en oeuvre et/ou pouvoir en parler avec léquipe si celles-ci ne nous paraissent pas justifiées.
Pouvoir appliquer les moyens de contention en gardant un contact thérapeutique avec le patient: ne pas être une sorte de geôlier.
4. Nommer les valeurs et intérêts des principes de base.
- Appliquer les mesures de privation de liberté dans le respect du cadre légal.
Afin de respecter les règles collectives à ce sujet, notre responsabilité est engagée vis-à-vis de la loi.
- Pouvoir garder un rôle thérapeutique avec le patient, ne pas être assimilé à un gardien de prison.
Il est très important que le patient nous considère comme soignant malgré notre obligation de lui imposer des mesures contraignantes.
- Utiliser les moyens de contention un laps de temps minimum.
Être capable dévaluer le bien fondé du maintien des moyens de contention de façon objective sans faire état de nos affects (peur de lagression, commodité du service...).
- Ne pas faire de chantage à lisolement et donc ne pas considérer cette alternative comme punitive.
Réellement considérer lisolement (ou autre) comme moyen thérapeutique et non comme cachot.
- Essayer dans la mesure du possible dexpliquer au patient les raisons de lacte posé.
Il est important de verbaliser (lorsque cest possible) avec le patient la raison des mesures de privation de liberté.
5. Nommer les conflits éventuels.
- Il est parfois très difficile dêtre à la fois soignant créant un lien thérapeutique et exécutant dune mesure considérée comme hostile.
- Il nest pas toujours aisé dappliquer les ordres médicaux sans prendre en compte nos affects personnels.
(Ex: mettre de force une ceinture de contention à une personne âgée et confuse alors quelle vous supplie de la laisser partir parce que ses enfants ont besoin delle...)
6. Décider qui doit prendre la décision.
La décision est dordre médicale.
Il ne faut pas pour autant omettre que cest au nursing quincombe la tâche de faire les rapports au médecin et par la même de motiver ou non sa décision de mettre en oeuvre les mesures de contention physique.
De la même façon les ordres médicaux comportent souvent des directives « à choix multiples » de types:
- Isolement si signes dagressivité.
- Barreaux de lit si risques de chutes.
- Mettre les poignets de contentions si automutilation.
Sortie autorisée accompagnée du personnel...
Toute la responsabilité des mesures de privations de liberté nous est alors déléguée, il faut alors travailler en équipe et confronter les avis en présence.
7. Faire linventaire des lignes de conduites.
Positives.
- Considérer les moyens de contention comme outil thérapeutique.
- Respecter le cadre légal au sujet de léthique des moyens de contentions.
- Considérer avant tout lintérêt du patient.
- Motiver et verbaliser la mesure avec le patient.
- Réévaluer la mesure dès que possible.
- Prendre de préférence les décisions en équipe pluridisciplinaire.
- Etudier de façon objective la situation. (sans tenir compte de nos affects)
Négatives.
- Utiliser les moyens de contention comme punition ou pour exclure un patient dérangeant.
- Ne pas justifier la décision au patient.
- Laisser la situation séterniser par facilité.
- Briser le contact thérapeutique avec le patient.
8. Choisir une ligne de conduite.
Evidemment il faut agir de la façon la plus positive possible en veillant à ne pas tomber dans le piège de la facilité et/ou de lhabitude.
Le cadre légal rédigé par la commission déthique psychiatrique peut nous aider dans cette voie mais il est également nécessaire de poursuivre la réflexion plus loin en ayant comme visée première de centrer nos actions sur le projet thérapeutique propre à chaque patient.
9. Évaluation des résultats.
Il est certain que les mesures de privations sont nécessaires au traitement de certains patients ainsi quà la protection de la société mais elles doivent être utilisées de façon judicieuse et en connaissance de cause.
Si lon est réellement centré sur le patient et attentif au respect des quelques notions de liberté de lindividu, nous croyons quil est possible dutiliser à des fins utiles les moyens de contention physique.
Les résultats devraient alors être plus que positifs aussi bien pour les services psychiatriques que pour la vision que lon peut en avoir de lextérieur.
Bibliographie :
Perspectives n° 19
Octobre 1991
Issn 0773-4344
Un manifeste personnaliste
Carl Rogers
Ed Dunod
Isbn 2-04-016975-x
Ethique et psychiatrie
Fascicule édité par le Ministère de laction sociale en 1994.
Sous la direction de M Willy Taminiaux.
Ressources on-line de lUlb
Département des ressources bibliothécaires de lUlb sur le web.
Adresses : http ://bib1.ulb.ac.be/
http ://bib1.ulb.ac.be/bio_ethique
http ://bib1.ulb.ac.be/droit
Département psychologie.
Adresse :http ://www.ulb.ac.be/psycho/fr/fr-psycho.html
Analyse et gestion des conduites agressives
Pham hoang thierry
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