COACHING ET THERAPIE

 

" Avec le nom survient la division. " Lao-Tseu

 

Ceci n'est pas la vérité

Des résultats attendus

Méthodes et outils : des étiquettes à foison

 


 

Ceci n'est pas la vérité

"La croyance que je considère comme vraie est celle qui me permet de faire le meilleur usage de ma force, et me donne les meilleurs moyens de transformer mes vertus en actions."

 

André. GIDE

 

 

 

 

Lorsqu'il entre dans le très fonctionnel bureau de la DRH, Jacques ressent de nouveau cette gène aussi imprécise que profonde qui lui ôte fréquemment la plupart de ses moyens. Encore une fois, il aura du mal à trouver les mots justes, et ce n'est qu'en ressortant tout à l'heure que l'inspiration lui viendra ... trop tard.

Pendant que Jacques revit cette scène bien connue, je lui suggère de prêter attention à ses pensées, aux images qui lui traversent l'esprit et à ce qu'il se raconte. A le regarder, j'ai l'impression que sa difficulté s'accroît. Il me dit se retrouver, petit gamin, face à cet instituteur intransigeant et sévère qu'il redoutait tant, certain de ne pas savoir répondre.

Coaching ou thérapie ? A cet instant précis, ni Jacques, ni moi n'avons cette question en tête. Nous sommes dans notre " travail ". Pourtant celui-ci se situe dans un cadre dont certains éléments ont été précédemment explicités, mais dont d'autre resteront implicites. Dans mon expérience ce contexte fait la différence, car cette scène, extraite d'une session de coaching, pourrait tout aussi bien sortir d'une séance de thérapie.

 

 


 

 

J'ai commencé mes métiers d'accompagnement en 1982, comme psychothérapeute installé en libéral. Après des études de psychologie clinique, un stage hospitalier, une thérapie personnelle (en groupe et individuelle), de multiples séminaires de développement personnel et divers formations méthodologiques (Programmation Neuro Linguistique, hypnose classique et ericksonienne, techniques de psychologie humaniste et transpersonnelle ...), j'ouvre mon cabinet au cœur de Paris, non loin de son ventre.

Comme la plupart de mes confrères, je perçois, après quelques années de développement, que ce métier ne peut me suffire sur le plan financier. Fort d'une large expérience de l'entreprise, je profite du marché que la Programmation Neuro Linguistique commence à créer dans le milieu de la formation professionnelle pour m'y introduire comme consultant-formateur, puis très vite comme " coach ".

Depuis quelques années, j'effectue également un autre type d'accompagnement, celui des personnes en fin de vie.

 

 


 

 

J'ai tenu à préciser ce parcours, car ma connaissance des deux milieux m'incite à croire qu'il n'y a ni deux psychothérapeutes semblables, ni deux coaches identiques. L'exposé de mon cheminement est un moyen de faire percevoir certaines des particularités de mon expérience.

Il en résulte que ce qui suit est une réflexion issue d'une pratique singulière et d'un regard personnel. Bref, comme dirait l'autre (Pour les PNListes ceci est une référence à des propos de Richard Bandler co-créateur de cette approche.) : je n'ai aucune vérité à vous offrir. Ceci étant dit vous pouvez donc ajouter à chacune de mes phrases les commentaires " selon mon expérience ... " ou " de mon point de vue ... " ou toutes autres variantes.

 

 


 

Des résultats attendus

"Notre pensée crée des problèmes que le même type de pensée ne peut résoudre."

 

Albert. EINSTEIN

 

 

 

Coaching et thérapie sont tous deux motivés par une attente de résultat, mais : qui attend quoi ?

Acteurs en présences

Une psychothérapie pour adulte, en cabinet privé, est demandée - dans la presque totalité des cas - par le patient lui-même.

Lorsque j'ai transféré mon cabinet en banlieue parisienne, je me suis présenté aux médecins de ma commune. L'accueil à été, dans l'ensemble, courtois et attentif. Néanmoins la plupart m'ont tenu ce langage : " Bien sur, je perçois chez nombre de mes patients un facteur psychologique (Certains dirent plutôt : " ... de stress ") dans leur pathologie. Une aide dans ce domaine ne pourrait que leur être profitable ... Mais dès que je prononce le mot " psy ", il me rétorque " mais, je ne suis pas fou docteur ! " "

Ce commentaire est significatif de l'attitude de la plupart de nos concitoyens face à la psychothérapie, voir même souvent face aux psychologues quel que soit le cadre de leurs interventions.

Pour beaucoup, allez voir un psy, implique de se reconnaître " malade de la tête ". Comme ils abandonnent leur corps au médecin, ils craignent (et/ou espèrent) devoir livrer leur esprit au Psy.

Seuls ceux qui dépassent ces fantasmes - ou au moins la peur qu'ils engendrent - feront une démarche psychothérapeutique. Ils seront alors à la fois le commanditaire et l'acteur de ce travail. Le psychothérapeute sera un guide sur ce chemin. Comme un guide de montagne, il jouera le rôle de l'expert maîtrisant sa technique, connaissant certains des pièges de la route, et chargé de vous accompagner vers vos objectifs, à votre rythme.

Le contexte d'un coaching est quelque peu plus complexe, car il implique de trois à six personnes.

La configuration minimale correspond à une demande de coaching formulée par un cadre (généralement supérieur) pour lui-même, directement à un consultant indépendant. L'entreprise paiera la facture.

La conformation la plus complexe implique la personne qui va faire le travail (je l'appellerai " le sujet "), le commanditaire de l'action ( souvent le responsable hiérarchique), le prescripteur du cabinet de conseil ( DRH ou responsable de formation), le responsable ou le commercial de ce cabinet, et le consultant qui animera le travail. L'entreprise paiera la facture.

Dans un tel schéma, les attentes et motivations sont multiples, pas toujours cohérentes, parfois même opposées.

Que veut le sujet du coaching ? Quelle est sa réelle motivation ?

Que veut le responsable ?

Le commanditaire, ainsi que le commercial du cabinet, veulent que le demandeur soit satisfait.

Et le coach, quelle est sa priorité ?

 

Solange était responsable de la communication interne d'une grande entreprise.

Certaines difficultés relationnelles avec son équipe ont amené son responsable à lui proposer un coaching.

Ces difficultés étant présentées comme un frein à une promotion espérée depuis trois ans, Solange attendait beaucoup de cette action.

Au cours des trois mois que dura ce coaching de sept sessions, la relation de Solange avec son équipe évolua très positivement. Tant et si bien que deux mois après la fin du coaching la promotion tant attendue arriva.

Pourtant entre temps autre chose était survenu. Durant une séance, Solange réfléchissait à ses motivations professionnelles et à leur place dans son projet de vie, lorsque jaillit la reconnaissance que l'intention la plus forte ne venait pas d'elle et s'opposaient à son projet de vie. Depuis vingt ans sa vie s'organisait pour répondre à un défi lancé par son père, il y a bien longtemps.

Quelques mois plus tard, je reçus un faire-part de naissance.

 

 


 

Demande et intervention

Les demandes de coaching tournent toutes autours de volontés d'amélioration des résultats professionnels.

Pour le sujet responsable - conscient que ces résultats dépendent essentiellement de lui - l'attente s'exprime souvent en termes de demandes de compréhension, de changements comportementaux, parfois en termes de dépassement de difficultés émotionnelles. Les liens de causalité semblent logiques et rationnels. Le coach est vécu comme un expert qui vient aider, voir conseiller.

Compte tenu de ces éléments et du cadre de l'intervention les réponses apportées se situent souvent au niveau d'un partage d'expériences, d'une prise de recul, ou d'un recadrage des représentations - travail passant donc essentiellement par un échange verbal, au contenu, lui aussi, apparemment logique et rationnel.

 

Les demandes de thérapies que j'ai eues à connaître, s'exprimaient parfois en termes de difficultés comportementales mais surtout sous forme de souffrances ou de peurs, voir de crises existentielles.

Souvent, les relations causales n'étaient pas élaborées et lorsqu'elles l'étaient, c'était fréquemment sous forme de pensée magique. Le thérapeute est vécu, pour beaucoup, comme une sorte de magicien dont le pouvoir doit produire la guérison (De part le nom même de " thérapeute ", la fonction est enfermée au départ dans une représentation issue du rapport des patients aux médecins : " c'est le thérapeute qui sait ". Les médecins ont longtemps entretenu cette croyance, beaucoup continuent. La plupart des psy démythifient ce " supposé savoir ".).

Dans ce cadre, le travail - après un repositionnement de la relation - pouvait être beaucoup plus varié et intégrer notamment des méthodes corporelles et émotionnelles (bioénergie, gestalt) voir des procédures de changements de niveaux de consciences (relaxation, hypnose). Ces méthodes ont suscité l'élaboration de théories riches et variées pour tenter d'expliquer leurs effets.

 

L'entreprise et ses responsables se veulent conscients, logiques, rationnels. Bien sur il n'en est rien, ou si peu ... ou si rarement.

En conséquence, toute intervention risquant de révéler ce mythe est vécu comme insupportable. Ainsi il m'a toujours semblé inconcevable, dans le cadre d'un coaching et compte tenu du référentiel des personnes que j'avais en face de moi, de proposer un travail provoquant - volontairement et ouvertement - soit une modification de l'état de conscience soit une décharge émotionnelle. Deux états nécessitant un certain abandon du contrôle de soi, véhiculant bien des craintes et débouchant souvent sur des expériences peu rationnelles.

Dans le même esprit, les références à la vie privée, et surtout à l'enfance - source de bien de nos comportements d'adultes - sont dans ce cadre à manier avec une relative prudence.

Bernard vient de prendre la responsabilité de l'équipe au sein de laquelle il travaille depuis plusieurs années. Le challenge est délicat. Il va remplacer un cadre très apprécié, et va animer l'équipe dont voici quelques jours il était l'un des membres ; tout cela dans un contexte de fort accroissement de la productivité.

Il n'a aucune expérience de management et son propre supérieur hiérarchique est peu disponible. Ma mission est donc de le former à ce nouveau rôle, de le soutenir et de l'accompagner dans les premiers mois de sa prise de fonction.

Naturellement doué pour la communication interpersonnelle, très positif, motivé, créatif, il s'approprie vite les outils et modèles de base de l'animation d'une équipe et semble se faire apprécier dans ses nouvelles responsabilités. Ses principales difficultés apparaissent au niveau de quelques situations relationnelles délicates.

Ainsi ce matin il évoque une nouvelle répartition des taches qu'il a conçue et préconisé dans l'équipe. Son assistante trouve " dégradant " de devoir effectuer quelques taches incombant jusque là aux gestionnaires. Bernard et moi échangeons autours de plusieurs modèles de management ( style de leadership, prise de décision ...) et d'outils de communication (questionnement, reformulation, recadrage ...).

A un moment de cet échange, Bernard dépeint précisément la polémique avec son assistance. A ce moment, et durant un quart de seconde, je crois voir passer dans son regard une forte agressivité. Alors que je l'interroge sur ce qu'il ressent, il évoque une " irritation ". Je l'engage et l'aide prudemment à aller plus loin dans l'acceptation et le vécu de ce ressenti. Dépassant une grande crainte, Bernard perçoit sa violence, mais éprouve de la difficulté à la verbaliser dans toute son ampleur. Ainsi, il me dit son envie de " repousser " son assistante, et mime un geste que je perçois comme extrêmement dur. Il évoque alors certains jours, ou l'intempérance de son assistante la rend querelleuse. Là encore, le discours - très rationnel - ne correspond pas à l'émotion que je discerne. Mis face à cette incongruence, Bernard me parle de son père, qui rentrait soûl certain jour. L'émotion se révèle, devient tangible.

 

Dans une séance de thérapie nous aurions immédiatement travaillé sur la relation de Bernard avec son père, et plus précisément avec l'alcoolisme de celui-ci. Dans le cadre du coaching, j'explicite simplement l'enchaînement des représentations qui conduit parfois Bernard à une émotion sans doute disproportionnée face à son assistante, puis l'aide à désactiver le lien entre la perception de celle-ci et ses souvenirs douloureux.

Allons plus profond

Les demandes formulées dans le cadre d'une entreprise, et augurant une action payée par elle, visent souvent la mise en conformité de l'attitude du sujet avec le comportement idéal conçu par l'entreprise, ou son représentant, pour la fonction qu'il occupe. En dépit des discours bienveillants, le bien-être du sujet est en conséquence très secondaire. Son efficacité et sa productivité sont généralement les critères principaux d'évaluation de l'action. Il s'agit donc de faire rentrer l'individu dans un modèle préexistant, défini par une culture de la société et de l'entreprise.

Les demandes de thérapies visent au contraire d'entrée le bien être du sujet, son accession à l'autonomie et à la souveraineté sur sa vie. En ce sens, l'action va toujours tenter de mettre à jour, souvent de confronter et dissoudre les conditionnements qui apparaissent comme source de la souffrance ou des limitations.

Si quelques-uns de ces conditionnements sont reconnus comme " anormaux (C.F. les manuels de psychopathologie.) " dans notre culture, la plupart sont des déterminations créées par cette même culture et les structures du pouvoir dominant afin de rendre " normaux (c'est à dire conforme à la norme établie.) " les individus, membre de cette culture et ceux que les agents du pouvoir veulent coloniser. Souvent le thérapeute s'il a lui-même emprunté le chemin du déconditionnement, va devoir y accompagner son client. Il sagit donc ici de l'aider à se désidentifier de certaines représentations, de certains schémas de pensée.

La sémantique générale et la P.N.L. de par leurs outils puissants d'analyse du langage et de ses transformations sont ici des outils de choix.

 

 


 

Méthodes et outils : des étiquettes à foison

Les mots et la magie étaient au commencement une seule et même chose, et même aujourd'hui les mots ont conservé quelque chose de leur pouvoir magique (...). Les mots appellent les émotions, et sont les moyens universels qui nous permettent d'influer sur nos congénères.

 

Sigmud FREUD

 

 

 

Coaches et psychothérapeutes :

Les coaches comme les psychothérapeutes ont individuellement des styles et des compétences souvent fort différents parfois très éloignés.

Ainsi, les psychothérapeutes auront

"

    •  Analyse Transactionnelle
    • Bioénergie
    • Gestalt thérapie
    • Hypnothérapie
    • PNL
    • Psychanalyse
    • Psychosynthèse

"

    • Rebirth
    • Respiration holotropique
    • Rêve éveillé dirigé
    • Sophrologie
    • Thérapie primale
    • Thérapie systémique
    • Thérapie comportementale

 ... pour n'en citer que quelques-unes, parmi les plus utilisées.

Les coaches sont parfois des psychothérapeutes qui se tournent vers l'entreprise afin d'élargir leurs activités. Plus souvent il s'agit de cadres d'entreprise sensibilisés, par leur propre parcours, au développement personnel, et qui acquièrent une ou plusieurs méthodologies leur permettant de structurer une relation d'accompagnement.

L'AT, l'analyse systémique et la PNL, déjà citées, mais aussi la sémantique générale, le Process Communication Management ou la formation Gordon font partie des approches les plus utilisées.

Dans tous les cas une bonne connaissance des principaux concepts, modèles et méthodes du management des hommes est nécessaire.

 


 

Coaching, conseil, ou formation individualisée.

En fait, la terminologie est aujourd'hui aussi floue que complexe. Des personnes créent un métier adapté à leurs compétences, leurs motivations et leurs convictions. Des métiers cherchent une dénomination.

Bien avant le coaching, le conseil avait déjà sa place à la périphérie de l'entreprise. Aujourd'hui semble se dessiner une distinction, plus ou moins mouvante, entre :

 

 


 

Développement personnel, ou thérapie

La thérapie reflète une semblable mouvance :

La psychothérapie est destinée à guérir les troubles psychiques ou psychosomatiques par des méthodes psychiques (D'après la définition du " Robert ") ; à moins qu'elle ne soit que " de soutien ". Elle peut être "brève ", c'est à dire limitée à quelques séances, ou ne pas annoncer sa durée.

Le développement personnel est à la psychothérapie ce que la gymnastique ou le sport de loisir sont à la kinésithérapie - c'est à dire une activité destinée à nous aider à développer nos capacités mentales, émotionnelles et spirituelles, hors de toute catégorisation nosographique.

 

 


 

Nous vivons une époque formidable ...

La confusion des noms, des titres, et des méthodes m'apparaît aujourd'hui à son comble avec le mélange des genres.

Echantillon radiophonique :

" Le coaching est une nouvelle thérapie du bien portant. Bien qu'étant en bonne santé psychologique, on vit parfois des moments difficiles ou on a besoin d'aide et de conseils, sans avoir envie de s'allonger pour entreprendre une analyse sur des années. Sans s'intéresser au passé ni à nos traumatismes de l'époque de nos couches culottes, avec le coaching on essaye plutôt d'analyser le présent et de préparer le futur. Un thérapeute qui va jouer le rôle du meilleur ami, qui va dire des choses que personne n'ose vous dire, vous écoutera, vous provoquera, vous demandera peut-être entre chaque séance de lire, de faire du sport ... " (Yolaine de la Bigne sur France infos, le 22 janvier 1999, dans son émission : " QUELLE EPOQUE EPIQUE ! ")

Aujourd'hui donc apparaît le " coaching des particuliers ". Des psychothérapeutes s'exonèrent d'une relation trop connotée par le domaine médical. Ils proposent un accompagnement centré sur la réalisation d'objectif personnel.

De nombreux psychothérapeutes utilisant des approches récentes, fortement démarquées de la psychanalyse, travaillaient déjà dans cet esprit, hors de toute référence à une psychopathologie.

Aussi cette évolution est-elle, en première intention, une action marketing : les méthodes changent de titre. Ainsi la " Time line therapy ", avatar de la PNL, dévoile le " Time line coaching ", et de la " Provocative therapy " de Franck Farrely émerge le " Provocative coaching ".

L'intérêt de ce " re-looking " est certain. En un temps ou on se doit d'être dynamique, performant, compétitif ... sous peine d'être laissé sur le bord de l'autoroute, les évocations de maladie mentale qui entachaient une démarche psychothérapeutique sont transmutées par les allégories sportives du coaching.

 

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Source et auteur : ALAIN LEFEBVRE-LOWINSKI   -   E-Mail :lefebvre_alain@hotmail.com