L'héroïne

PRODUIT : Héroïne

CLASSIFICATION : Dépresseur

Historique

 

1898 - Une substance miraculeuse vient d'être découverte par le chercheur allemand DRESER. Ce produit obtenu par acétylation du chlorydrate de morphine est tellement extraordinaire qu'on l'appellera "Héroïne".

"Substance dépourvue de propriété d'accoutumance, d'une manipulation très aisée et, par-dessus tout, la seule capable de guérir rapidement les morphinomanes", disait son inventeur, mais peut-être un peu hâtivement ?

Pourtant, la réputation de ce produit fut immédiate et son action sur les voies respiratoires était telle que l'on a cru très vite avoir définitivement vaincu la tuberculose. De plus, on l'a utilisé pour soigner de nombreuses affections dyspénéisantes, tel l'asthme, et pour traiter les insomnies.

Mais, bien vite, après avoir couvert de louanges ce produit nouveau, on dut déchanter et limiter son usage thérapeutique, et en France, de nombreux médecins en soulignèrent les dangers.

En 1910, aux Etats-Unis, on comptait environ 300 000 héroïnomanes, et finalement le produit fut interdit.

Cependant, le grand danger est venu très longtemps de l'ignorance des médecins qui continuaient à prescrire ce produit.

Certains disaient :"je considère ce produit comme un médicament à bien des points de vue admirable, ne fut ce que parce que grâce à lui, il y a un espoir de voir un jour la fin de la morphinomanie". Errare humanum est... perseverare diabolicum ! Heureusement, beaucoup ne persévèrent pas.

Mais il existait déjà une héroïnomanie thérapeutique et le mal avait fait son chemin.

L'héroïne fut ensuite totalement interdite à la fabrication et à la vente, et c'est alors qu'apparurent les grandes filières internationales de trafic, trafic de la matière première de base, fabrication illicite dans des officines clandestines et exportation ou revente au niveau national ou local du produit fini.

 

Transformation chimique

L'héroïne ou chlorydrate de diacétylmorphine est un alcaloïde de demi-synthèse obtenu à partir de la morphine par chauffage à reflux avec de l'anhydride acétique en milieu sulfurique. La fabrication illicite de ce produit est relativement facile et demande peu de matériel et quelques produits de base. Elle ne nécessite qu'un matériel très simple, flacons, ballons, cuvettes, mixer, et pompe à vide. En ce qui concerne les produits chimiques, seul l'anhydride acétique, dont le commerce est surveillé, pose certains problèmes d'approvisionnement aux trafiquants. Les autres produits, acétone, acide sulfurique, ammoniaque et noir animal, sont relativement faciles à se procurer. Facilement installables, les "laboratoires clandestins" ne restent généralement en activité que peu de temps, étant ensuite en sommeil pour quelque temps ou tout simplement déménagés.

Pendant de nombreuses années, la France a eu le triste privilège de posséder les meilleurs "chimistes" qui pouvaient fabriquer une héroïne excessivement pure titrant jusqu'à 90 % de pureté. Ces chimistes faisaient alors partie de ces réseaux français de trafiquants internationaux qu'on appelait la filière française ou "FRENCH CONNECTION".

 

Filières

Le travail acharné de nombreux policiers français ou étrangers, une collaboration très étroite avec la DRUG ENFORCEMENT ADMINISTRATION (DEA) des Etats-Unis et les magistrats permettaient de démanteler ces fameux réseaux. L'héroïne la plus pure du monde, "la marseillaise", disparaissait alors du marché clandestin.

Etait-ce à dire que le problème des drogues en France était terminé ? Certes non, car ce eut été sans compter avec l'acharnement des trafiquants de tous poils et de tous horizons. Effectivement, dès la fin de l'année 1974, le premier "passeur" chinois était interpellé à l'aéroport de Paris, porteur de quelques kilogrammes d'une autre qualité d'héroïne, l'héroïne n° 3 ou "BROWN SUGAR". La filière asiatique était née. Elle n'a cessé de croître depuis des années, malgré des coups de filets remarquables réalisés tant en France qu'en Asie, aux Pays-Bas et en Allemagne.

Cette filière chinoise est arrivée à ce moment là presque seule sur le marché laissé libre par la French Connection disparue.

 

Différentes variantes et modes d'usage

PRODUITS et ORIGINES :

L'héroïne n° 3 ou brown-sugar est traditionnellement utilisée comme drogue à fumer. Il s'agit d'une substance granuleuse de couleur brune ou grise, ressemblant à s'y méprendre à de la litière pour chats. Elle est obtenue à partir de l'héroïne acétylée à laquelle sont ajoutés les éléments suivants ou certains de ces éléments seulement, à savoir : strychnine, quinine, scopolamine, aspirine et caféine. La teneur en héroïne de ce brown-sugar est de 30 et 35 %. Cette héroïne très appréciée en Asie du sud-est et plus spécialement à Hongkong, doit être normalement fumée, mais en Europe, les toxicomanes prirent l'habitude de la prendre par injection intraveineuse après l'avoir réduite en poudre et acétylée par adjonction de jus de citron. L'héroïne n° 3 n'a pas connu, en France, une grande vogue chez les héroïnomanes qui lui ont toujours préféré l'héroïne n°4.

L'héroïne n° 4 désigne, en fait, la poudre blanche très fine et légère obtenue en poussant un peu plus le raffinage de la morphine. En effet, après acétylation, l'héroïne est ensuite chlorydratée puis lavée de ses impuretés et blanchie par une procédure faisant appel au charbon de bois ou au noir animal. Purifiée à l'éther, elle est ensuite mise à sécher sur des plateaux contenant de la chaux. Cette héroïne, souvent très pure, nous parvient surtout des laboratoires du "Triangle d'or" (aux frontières de la Birmanie, du Laos et de la Thaïlande), mais aussi du Liban, de Syrie et, de plus en plus, du Pakistan. La couleur du produit, sa finesse ainsi que sa pureté dépendent du pays d'où elle est originaire ; blanche en Thaïlande et très pure, blanche au Liban, elle sera brune ou beige en Syrie ou au Pakistan, ou encore en Iran.

De plus en plus, mais notre pays n'en est pas encore touché, le Mexique devient producteur d'une héroïne n° 4 de couleur brune qui est généralement écoulée sur le marché nord-américain.

 

REVENTE :

Cette héroïne n° 4 est plusieurs fois "coupée" avant son arrivée au niveau du toxicomane, chaque échelon du trafic ou du "deal" multipliant la quantité par adjonction de produits tels que lactose ou manicol ou talc, tout en faisant diminuer le taux de pureté et monter les prix. L'héroïne sortant des laboratoires pure à 90% sera injectée dans les veines de l'héroïnomane à 4 ou 5% maximum.

L'héroïne est le toxique le plus recherché par les toxicomanes en raison de son action euphorique très rapide et de son activité cinq fois supérieure à celle de la morphine.

 

MODES D'USAGE :

L'héroïne se prise, se fume, mais surtout s'injecte par voie sous-cutanée ou intraveineuse, cette dernière méthode étant la plus courante.

 

Effets (montée, descente, durée, tolérance, dépendance, surdose)

EFFETS DES OPIACES : MORPHINE ET SURTOUT HEROINE

La voie élective d'absorption est la voie intraveineuse. L'effet dominant est le flash : l'injection entraîne immédiatement un orgasme généralisé dont l'intensité dépasserait celle de l'orgasme sexuel. Cette acmé est suivie d'un état de sédation et de bien être euphorique. Elle se prolonge chez certains par un état de passivité et entraîne chez d'autres un désir d'activité.

La jouissance ressentie emmène à la répétition des prises. Les doses doivent être augmentées pour obtenir le même effet (phénomène de tolérance). Au bout d'un temps plus ou moins long, le plaisir s'émousse et le manque occupe le devant de la scène. Le sujet répétera la prise de drogue pour ne pas souffrir, pour obtenir un état de "normalité". La drogue fonctionne alors comme antalgique et antidépresseur.

Les dangers physiologiques sont dominés par le surdosage : l'overdose entraîne des comas de différents stades, ou la mort brutale. L'usage de la voie veineuse en l'absence d'asepsie se solde par la fréquence des abcès aux points d'injection avec risque de septicémie et par un nombre important d'hépatites virales.

Sur le plan psychologique, le sujet est entraîné dans une délinquance spécifique liée à la nécessité de se procurer le produit, il s'aliène alors dans un rétrécissement de son champ vital centré sur la recherche et l'absorption de la drogue.

Contrairement à l'idée généralement reçue, le surdosage ou overdose n'est pas le fait d'une dose trop importante d'héroïne, mais le fait d'une dose trop concentrée d'héroïne en pureté. Ce surdosage peut être accidentel, et cela dans la majeure partie des cas, mais également volontaire à but suicidaire si l'héroïnomane est en phase dépressive intense.

 

Divers

L'héroïnomane porte des traces de ses nombreuses injections intraveineuses. Il se produit une sclérose extensive faisant apparaître des stigmates indélébiles sur le tracé veineux. De plus, rétrécissement de la pupille, parler embarrassé, photophobie, démangeaisons et extrême maigreur s'installent très rapidement.

Enfin, l'héroïne crée une pharmacodépendance importante et les troubles de sevrage sont spectaculaires. C'est le "manque" ou "syndrome de sevrage" qui apparaît très rapidement lorsque le sujet n'a pas la possibilité de s'injecter la dose dont son organisme a besoin. Le corps humain fabrique des substances naturelles découvertes en 1975 : les enképhalines et endorphines. Ces substances jouent un rôle important dans la transmission des sensations douloureuses et dans leur contrôle naturel. Il semblerait que l'absorption massive de produit morphinique tels que l'héroïne et la morphine bloque la fabrication naturelle de ces substances endogènes, remplacées alors par des produits exogènes.

L'arrêt brutal de prise de drogue provoquerait une dépression de ce système enkèphaline-endorphine et les troubles du manque apparaîtraient alors accompagnés de sueurs, douleurs aiguës, contractures musculaires, hallucinations et anxiété dus au dérèglement de la production naturelle de ces produits cérébraux.

 

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Source : Stup.Net