LA PARTITION SZONDIENNE DU SEXUEL : CHANGE ET ECHANGE

Jean KINABLE

Il est convenu que le titre donné à un exposé ait pour mission díapporter une double précision quant à son propos : en annoncer le sujet tout en délimitant déjà également son objet. Mais síagit-il bien là de deux propositions si pas indépendantes du moins différentes, alors que ces deux termes "objet" et "sujet" peuvent síemployer, dans de nombreux usages, tels des synonymes susceptibles de se remplacer quasi indifféremment et díéchanger légitimement leur place ? Mais justement cette nuance de langage níest-elle pas díautant plus indiquée quand il est question de ce vecteur de la vie des pulsions dont nous avons pris líhabitude, au sein du Centre díÉtudes Pathoanalytiques, de considérer quíil nous propose un démontage des termes mêmes suivant lesquels la question de lí objet est susceptible de se poser et de síarticuler en référence à la dialectique de la pulsion? Schotte (1993) le rappelait au colloque de Budapest en déclarant que ´la catégorie de líobjet est la catégorie dominante du deuxième registreª (du système szondien des pulsions) (p.17). Ainsi donc la problématique de líobjet en psychanalyse ressortirait électivement de ce registre de la systématique szondienne, laquelle nous proposerait une analyse des racines (ou des ressorts) du fonctionnement desquels procède líélaboration de líobjet : son instauration dans la dynamique de la pulsion; sa trouvaille-retrouvaille; son choix dans la vie sexuelle (érotico-agressive/amoureuse-haineuse); sa détermination díun mode de relation dit "relation díobjet"; etc. Bref, líobjet, il en est question, en psychanalyse freudienne et post-freudienne, sous une diversité díoccurrences dont le disparate en appellerait volontiers à des tentatives de mise en ordre et à une démarche díexamen de la question de savoir si et comment toutes ces occurrences ont partie liée entre elles, dans une éventuelle communauté díorigine les faisant ressortir de et à la pulsion sexuelle.

Puisque quelques réflexions seront proposées en ce sens, il convient de commencer par discerner le sujet et líobjet de la présente démarche. Ces deux mots, comme tels, ne diffèrent que par les prépositions

: "ob" qui signifie, en première instance, "devant" tandis que "sub" signifie "sous"; en líoccurrence ce qui se trouve alors sous-entendu, cíest quíil síagit de positions par rapport à soi : devant soi et sous soi. Pour opérer cette nuance, souvenons-nous de la distinction suggérée par Lalande (1968) disant, à propos díune discussion, que le sujet en ´est simplement ce dont elle traite; líobjet est le but quíon síest proposé en líinstituantª (p. 1069). Le sujet de notre rencontre síest énoncé comme "les versions du sexuel". Dans ce thème général, le sujet plus particulier qui míest imparti est la version spécifique quíen propose la conception szondienne telle quíelle résulte, díune part, de son insertion au sein díun système des pulsions plus large, comprenant trois autres registres, díautre part, díune décomposition de la pulsion en cause en quatre tendances-racines élémentaires, chacune susceptible de jouer sa partie propre, sui generis, suivant diverses logiques combinatoires possibles et de connaître ainsi des destinées variables dont dépendent les figures de la sexualité. Cíest bien là ce quíévoque le terme de "partition". Il suggère également que mon sujet se déterminera en faisant la part de questions dont il ne traitera pas, malgré leur importance. Ce découpage se fera par rapport à un double arrière-plan qui, bien que concerné, restera en attente díapprofondissement. Díun côté, en me concentrant sur quelques unes des indications szondiennes intéressantes à développer, je laisserai trop peu abordée leur confrontation avec díautres conceptions issues du mouvement analytique, même là où je míy réfèrerai. Díun autre côté, cette dite "partition szondienne du sexuel" ne prend toute sa portée et sa pleine signification que ressaisie dans son rapport díappartenance au schéma díensemble des pulsions avec lequel elle forme système et entre en dialectique. Sur ce point également le découpage de mon sujet ne pourra que laisser à désirer. Quant à mon objet (ou objectif), il est díenvisager dans quelle mesure cette partition concerne les processus de traitement díune problématique humaine fondamentale quíil est légitime et pertinent de définir comme celle "du change et de líéchange". Autrement dit, telle serait une manière de formuler un enjeu essentiel, décisif, de la partie qui est appelée à se jouer grâce à et à travers ces facteurs de choix que Szondi a définis dans sa mise en schéma de la pulsion sexuelle (ou du sexuel dans la pulsion).

 

Attardons-nous un instant sur le terme de partition. Et tout díabord disons quíil suggère bien líune des opérations essentielles à laquelle correspond la mise en système (et en un système structural et dialectique) de líensemble, prétendument exhaustif, de tous les dynamismes pulsionnels. Partition exprime une opération de division et de partage portant non seulement sur cet ensemble mais, du même coup, sur líensemble de la psychopathologie, dès lors qualifiée de pulsionnelle, et par voie de conséquence, en bonne logique pathoanalytique, sur líensemble des registres fondamentaux de líexistence ou des domaines constitutifs de la condition humaine. Une fois ces registres départagés les uns des autres et une fois chacun de ceux-ci démonté dans ses mécanismes constituants, tout un travail de répartition, voire de redistribution des matières selon ce tableau se trouve engagé aux fins díattribuer à chaque vecteur les faits psychiques et les concepts théoriques qui relèvent de sa compétence. Ainsi se précisent tant les spécificités et les distinctions que les articulations entre ces vecteurs. Le registre qui nous occupe est habituellement désigné comme le deuxième. Cette qualification síentend notamment dans un sens logique mais aussi génético-historique : il síengendre et se met en place en second, sur fond et à partir díun registre plus primordial, celui du contact. Ce qui implique donc que la partie spécifique qui síengage en ce vecteur second reste dans la dépendance du sort réservé à la manière de traiter la problématique primordiale du contact et de négocier le passage au sexuel. Dès lors également il devient parfaitement concevable que des troubles cliniques, dont le registre de manifestation se situe à líévidence dans la sphère de la sexualité, doivent síinterpréter comme relevant díabord et avant tout díune pathologisation du contact, par exemple díune logique psychopathique voire psychosomatique. Les indications szondiennes en ce sens (par exemple lorsquíil réfère le donjuanisme ou la nymphomanie à líactualisation maniaque du besoin d+ , telles des figures de "Haltlosigkeit" ) semblent anticiper sur des travaux plus récents comme ceux où une J. Mac Dougall (1993) parle de "sexualité addictive" au sens où cíest la pratique sexuelle qui fait office de moyen toxicomaniaque.

Comme pour chacun des registres, la partie qui se joue en ce deuxième vecteur, à un ou à plusieurs joueurs, est une partie carrée. Dire que Szondi nous en fournit la partition peut síentendre dans plusieurs sens, notamment en songeant à líusage de ce terme en musique. Premièrement, les formes et figures de la psychopathologie sexuelle que líon est amené à discerner phénoménologiquement seraient à déchiffrer, dans leurs processus de composition interne, comme autant de variations sur les mêmes motifs problématiques essentiels, mais suivant des principes et des logiques de structuration díordres différents. Cette partition des formes de destinée de la sexualité et le schéma díanalyse qui en est ainsi proposé permettent de dégager, étant entendu que le sexuel est affaire de choix, non seulement quels sont les facteurs de ce choix mais également sur quoi portent ces choix. Deuxièmement donc, ce système de facteurs établit quelles sont les parties en présence, engagées dans le procès de toute destinée sexuelle, et selon quelles modalités ces participations peuvent exécuter leur partie pour former diverses figures ou "clivages". Troisièmement et finalement, síil revient à chaque homme de faire son jeu, en matière de sexualité, à partir du quatuor díinstruments que représentent les radicaux vectoriels, cependant líexécution et líinterprétation du drame ainsi composé devront síentendre comme la mise en oeuvre de quelque scénario dont la partition écrite relève de ce quíon appelle le fantasme. Sur ce point également, la partition szondienne fournit une clé de lecture pour en déchiffrer les enjeux.

 

Ces précisions apportées, le développement de mon thème se fera en deux étapes. En un premier temps, dégager certaines lignes de force de líorganisation szondienne du champ des psychopathologies sexuelles permettra díexpliciter quels sont les enjeux en cause dans la dramatique du vecteur. Ensuite, en reparcourant le circuit des mécanismes de ce vecteur, ceux-ci seront envisagés en tant que dramaturgie des procédures díélaboration de ces enjeux.

 

 

 

ENJEUX DU SEXUEL

 

La nosographie szondienne distribue les formes morbides de la sexualité en les répartissant sur deux axes, consacrant ainsi une dualité essentielle entre deux ordres fondamentaux de pathologisation possible du sexuel. En première instance on peut dire que cette distinction correspond à celle entre inversion et perversion, distinction dont est porteur le duo des facteurs propres au vecteur (h et s). Jíai déjà eu líoccasion de développer dans un texte antérieur (1991) toutes les implications du terme de "version", si pertinent pour signifier ce que sont les destinées spécifiquement sexuelles. Les indications auxquelles je voudrais míattacher ici sont celles que nous fournissent les préfixes utilisés pour les discerner. Mais auparavant rappelons brièvement sur quoi portent les choix en instance de se déterminer ou díen rester à quelque forme díindétermination. Si ces choix sont en cause dans níimporte quelle version de la sexualité, cíest leur importance relative, líun pouvant devenir déterminant pour les autres, et cíest líoption ou la prise de position à laquelle ils donnent lieu qui seront décisives pour spécifier la teneur de chacune de ces versions. Resoulignons également, au passage, que si Freud, dès ses "Trois essais sur la théorie sexuelle", nous donne à entendre les choix dont il síagit, cíest à travers la distinction quíil proposait , de prime abord, entre trois types díhomosexuels.

 

 

Sexuel au choix

 

Si le sexe doit faire líobjet díun choix, ce choix du sexe est triple : 1 celui du partenaire dans et pour une relation díobjet sexuelle; 2 celui du sujet lui-même dont líidentité monosexuée doit síattribuer dans une relative conformité au genre díappartenance, tel que certains attributs spécifiques prétendent le définir, mais ceci à partir díune bisexualité originaire ou díune androgynie psychique; 3 enfin, celui díinvestir líune ou líautre pratique díexercice effectif, en acte, de líactivité sexuelle, en elle-même et pour elle-même, en tant que mode díaccès électif au plaisir et de réalisation préférentielle de quelque scénario fantasmatique . Freud ne manquera pas díinsister sur la nécessité de distinguer rigoureusement ces trois ordres de choix, notamment de faire la différence entre le choix díobjet et le choix díune certaine manière díêtre soi-même, de síidentifier, de síéprouver, de prendre position et de tenir un rôle selon les attributs propres aux modèles de la masculinité-féminité. Ainsi dans le passage suivant, extrait de son texte de 1920 sur la "psychogenèse díun cas díhomosexualité féminine" (1973, pp. 268-269) : ´La littérature de líhomosexualité a coutume de ne pas séparer assez nettement les questions du choix díobjet díune part et du caractère sexuel ainsi que de la position sexuelle díautre part, comme si la décision sur líun des points était liée díune manière nécessaire à líautre. Líexpérience montre pourtant le contraire : un homme présentant díune manière prépondérante des caractères masculins, et qui montre aussi le type masculin de la vie amoureuse, peut cependant être un inverti du point de vue de líobjet, et níaimer que des hommes au lieu de femmes. Un homme dans le caractère duquel les traits féminins líemportent díune manière aveuglante, qui va jusquíà se comporter comme une femme dans líamour, devrait être aiguillé par cette position féminine vers líobjet díamour masculin; mais il peut malgré tout être un hétérosexuel, et ne pas montrer plus díinversion du point de vue de líobjet quíun individu absolument normal. La même chose vaut pour les femmes : chez elles non plus caractère sexuel psychique et choix díobjet ne sont pas unis par une relation fixe de coïncidence. Le mystère de líhomosexualité níest donc pas du tout aussi simple que ce quíen dit la présentation à usage populaire quíon se plaît à en donner : une âme féminine, vouée par conséquent à aimer les hommes, par malheur tombée dans un corps masculin, ou une âme masculine, irrésistiblement attirée par les femmes, hélas bannie dans un organisme féminin. On a affaire plus tôt à trois séries de caractères :

Caractères sexuels somatiques Caractères sexuels psychiques

(hermaphrodisme physique) (position masculine/féminine)

Mode du choix díobjet

qui jusquíà un certain point varient indépendamment les uns des autres et sont susceptibles, chez les différents individus, de permutations diverses. La littérature a empêché díy rien comprendre en poussant tendancieusement au premier plan, pour des motifs pratiques, le comportement venant en troisième lieu et qui seul frappe le profane, je veux dire le choix díobjet, tout en outrant la fixité de la relation existant entre ce troisième point et le premier.ª [nous soulignons le terme "permutations" dont líimportance sera développée infra].

 

Si ces choix concernent bien des enjeux différents, ils níen sont pas pour autant complètement indépendants líun de líautre et ils gardent partie liée entre eux. Ainsi par exemple, toute mise en pratique engage toujours également un certain rôle de sujet et une certaine fonction díobjet, tels quíils se déterminent par le type díaction pratiquée. Líintéressé peut síen faire líagent ou le patient, le sujet ou líobjet. La problématique de son identification peut se traiter en tant que et pour autant quíelle résulte du fait díavoir à son actif telle conduite sexuelle. Son identité peut chercher à síassurer díune certaine mise en oeuvre de soi dans telle pratique, où sont adoptés telle position et/ou tel rôle. Cependant líun de ces trois choix peut líemporter sur les autres en les subordonnant à ses finalités, voire en les excluant. Le choix díobjet ou du sujet peut ne donner lieu à aucune mise en pratique. Mais quíun triple choix se trouve donc en cause et en procès signifie que líobjet, le sujet et líaction ont à se sexuer et à se sexualiser. Toute version de la sexualité sera à analyser du point de vue des solutions adoptées quant à ces trois options à prendre. Bref si les enjeux de la sexualité doivent faire líobjet díun choix processif, díune progressive manière de se déterminer à leur égard, díune prise de position élective entre variantes possibles, ce choix sexuel ou du sexe portera tout à la fois sur ces trois plans : sur quelquíautre, partenaire visé comme objet; sur soi-même comme sujet; sur les pratiques díune action spécifique en quête de satisfaction.

 

La référence à la systématique szondienne nous invite à rapporter la problématique du choix díobjet et celle du choix du sujet au facteur h , celui du vecteur qui est considéré comme le facteur directeur, tout en attribuant le premier choix à la position initiale (h+) et le second à la position finale (h-). Ce facteur du sexuel, Szondi le conçoit en affinité élective avec le facteur p du moi : celui selon lequel se pose la question de líêtre et des idéaux díêtre. Díautre part, la problématique du choix díune mise en pratique dans une relation díobjet est rapportable au facteur s considéré comme médiateur, lui-même ressaisi dans son rapport structural avec le facteur moiïque qui situe la dimension de líavoir (k). Et Szondi répartit les perversions en "introjectives" (k+) et en "destructives" ou "négatrices" (k-).

Par ailleurs, dire que ces choix sont processifs, ce níest pas seulement prendre en compte ce rythme temporel díinstauration historique de la sexualité, lequel se produit en deux temps ainsi que Freud lía décrit (en disant quíentre la sexualité infantile et la résurgence pubertaire, allant vers la sexualité adulte à travers líadolescence, intervient une phase de latence suite à un refoulement à líissue de la dramatique oedipienne). Mais en outre, nous pouvons considérer que les trois choix en question sont appelés à se succéder dans le temps. Ici, à nouveau, nous pouvons prendre modèle sur les destinées de líhomosexualité et nous inspirer díétudes menées à leur propos. Certaines recherches empiriques sous forme díenquêtes ont adopté une perspective historique quant au développement progressif de líhomosexualité. Elles mettent notamment en évidence un constat particulièrement intéressant pour notre propos, à savoir un décalage temporel entre trois moments successifs : 1 líâge où, pour la première fois, síéprouvent à líétat manifeste, vis-à-vis díautrui, les tendances, les émois ou les désirs orientés homosexuellement; 2 líâge où se produit une première expérience de relation homoérotique effective, sous quelque forme de pratique que ce soit; 3 líâge où líintéressé prend conscience, de façon décisive, quíil lui faut se reconnaître comme étant homosexuel cíest-à-dire également se reconnaître comme différent de la majorité, soit donc líâge où il síavoue à lui-même son orientation en se décernant cette identification de soi. Cíest dans cet ordre-là que se succèdent ces trois moments chez le garçon tandis que chez la fille, les deux derniers moments tendraient à síintervertir. En outre, le garçon serait plus précoce que la fille. Citons les conclusions sur ce point díune enquête faite en France (J. Cavailhes et alii, 1984) : ´On peut essayer de comprendre le cheminement type díun homosexuel et díune lesbienne à partir des âges moyens constatés. Bien entendu le fait quíil síagisse là de moyennes implique que le schéma ne peut síappliquer à tous. Le jeune homosexuel voit son désir le porter vers un autre garçon vers 14 ans et demi; un an plus tard il constate que son orientation sexuelle est différente de celle de la majorité. Il a son premier rapport homosexuel vers 17 ans avec un partenaire un peu plus âgé; quelque fois il aura eu un peu avant son premier rapport hétérosexuel; cíest à 18 ans passés quíil se dira "je suis homo" et en parlera à quelquíun díautre.

La jeune lesbienne commence à ressentir un désir pour une autre fille vers 16 ans; elle aura pourtant souvent un premier rapport hétérosexuel à la même époque. Vers 17 ans elle constatera quíelle est différente de la majorité de ses copines au plan de líorientation sexuelle mais cíest seulement à 19 ans quíelle va en parler à quelquíun, avoir son premier rapport homosexuel avec une compagne de deux ans son aînée et se dire "je suis lesbienne".

Globalement le jeune homosexuel aura plus de mal à assumer son homosexualité que la jeune lesbienne qui la vivra presque toujours positivement.ª (pp.40-41). Cette chronologie génétique qui serait observable cliniquement, il paraît intéressant de la mettre en rapport avec le temporalité propre au circuit du vecteur sexuel, laquelle fait se succéder la position initiale h+ à laquelle fut référée la question du choix díobjet, le facteur s auquel síest vue attribuée la question du choix des pratiques et la position finale h- où síimpose la question de líimplication du sujet et de son identification.

 

 

Invertir - Pervertir

 

Revenons-en à présent aux indications contenues dans la discrimination opérée par Szondi entre les inversions et les perversions. Cette distinction fondamentale fonctionne comme principe de répartition des diverses formes de la psychopathologie sexuelle. Pour líévoquer rapidement, au risque díêtre trop sommaire, disons que du côté des inversions se retrouvent líhomosexualité ainsi que la bisexualité ou autres ratés de la monosexuation, mais aussi ce quíon appelle la sexualité contraire qui vient contrer le sexuel, voire le neutraliser. A cet ensemble appartient également le travestisme et nous pourrions y ranger le transsexualisme dans les deux sens où peut síentendre ce préfixe "trans-" : soit le passage díun sexe à líautre, soit líoutrepassement, le passage hors sexe. Cíest finalement en ce registre que Szondi localise ces aberrations du choix díobjet que sont la pédophilie, la gérontophilie, la zoophilie ou la nécrophilie. Du côté des perversions seront rassemblés tant le fétichisme que les versions qui síarticulent selon ces couples díopposés majeurs dont Freud avait consacré líimportance en ce domaine, couples au sein desquels síobservent divers "renversements dans le contraire" et pour lesquels le sadomasochisme síavère paradigmatique. Dans líorganisation de ce champ en fonction des deux radicaux du facteur de líavoir dans le moi, les perversions introjectives comprennent le fétichisme et le masochisme, les perversions négatrices, le sadisme et líexhibitionnisme. Cependant le voyeurisme et líexhibitionnisme impliquent également le facteur hy du vecteur paroxysmal, tout comme la gamme des pratiques perverses peut síétendre à tous les besoins du schéma pulsionnel, à líexclusion du vecteur du moi.

Ce que ces propositions nous donnent à penser, en nous invitant à les prolonger, cí est que cette distinction situe deux principes de variation possible des versions du sexuel, soit encore des procédures spécifiques de pathologisation dont une indication nous est fournie à travers la différence des préfixes "in"- et "per-" . Analyser ce que signifie invertir le sexuel et quels en sont les mécanismes, et faire de même en ce qui concerne son pervertissement, nous en apprendra sur la dramaturgie propre à ce vecteur.

 

Commençons par les processus de pathologisation qui consistent à pervertir le sexuel.

Le verbe latin "pervertere" signifie mettre sens dessus dessous, renverser de fond en comble. Le préfixe "per-" indique líidée díun mouvement qui va jusquíau bout, jusquíà un point extrême où se produit alors un renversement du sens. Tel est ce mode díaltération : cíest par excès et extrémisme que survient la métamorphose classiquement entendue comme changement du bien en mal, du bon en mauvais, comme le bouleversement destructeur des lois ou la dénaturation de ce qui en soi, par nature, níest point morbide. Puisquíil est question ici de mise en pratique dans un recours à líagir, la morbidité de líaction est moins une affaire de contenu de líactivité (en elle-même et du point de vue de líobjet et du but), mais bien plutôt la place démesurée quíelle prend et ses modalités de réalisation. Semblablement, puisque líactivité dramatise des scénarios fantasmatiques, la morbidité ne consiste pas non plus dans le contenu même du fantasme en cause, mais dans ce que ce mode de réalisation implique comme transgression des rapports fantasme-réalité et comme usage de la réalité.

En latin, le préfixe "per-" a pour sens : de part en part, complètement. Dans une étude consacrée à la racine "per", H. Maldiney (1982) développe que sa signification implique líidée díun mouvement díavancée se poussant et se tournant vers une visée lointaine, mouvement de se porter en avant et hors de soi en direction de quelque destination. Mais de plus, ajoute-t-il, elle indique líidée díun excès, díun "très", voire díun "trop" (par comparaison avec autre chose ou relativement à autre chose), ou encore líidée díune intensification littéralement ex-orbitante jusquíà passer outre et passer la mesure. Et la mise en pratique prend cette fonction díoutrepassement. Nous retrouvons líidée freudienne (présente dès les "Trois essais" ) que le pathologique consiste en líexacerbation disproportionnée, démesurée voire exclusive, fanatique, passionnelle ou compulsive, de líune des tendances pulsionnelles (comme celles dites partielles de la sexualité infantile) au détriment díautres avec lesquelles cette tendance serait appelée à devoir se combiner et síarticuler (au titre de composantes díun tout, en instance díorganisation et de hiérarchisation). La suraccentuation de líune de ces composantes síopère contre díautres, les excluant en prenant toute la place et en emportant le morceau, tenant lieu de et remplaçant toute autre forme de procès dialectique. Ainsi se produit une isolation au détriment díun régime et díun système de fonctionnement díensemble qui aurait établi une juste proportion et une mesure réciproque des diverses composantes entre elles et les unes par rapport aux autres, devenant ainsi constituantes. Ainsi la version perverse oscille-t-elle entre la transgression par débordement, à la limite de toute mise en forme régulatrice, et la fixation qui impose líexclusivité contraignante contre líintégration, ainsi que líimmobilisation díun déroulement qui aurait eu à se poursuivre. De telles fixations ont parfois été appelées "arrêt sur image", elles sont aussi un arrêt à un moment isolé : celui-ci níest plus la phase transitoire díun parcours, mais il se trouve retranché, soustrait à un processus en devenir auquel cette fixation vient mettre un terme. Toute cette opération a pour sens de correspondre à une stratégie défensive. Cíest une voie de détour (perversion veut aussi dire dévoiement ou déviance) pour échapper, se dérober ou se refuser à quelquíangoisse, quíil síagisse díangoisse plus primordiale susceptible de faire retour ou díune angoisse en instance de poindre là où le parcours vous acheminerait. On a pu y voir une tentative de refermer, de boucler sur un bien garanti (appartenant au prégénital que líon sauvegarde) et sur une assurance tout risque, ce qui síouvrait sur une quête aventureuse et risquée, où rien jamais ne paraîtrait acquis de façon aussi assurée. Et la perversion de correspondre à un fonctionnement en circuit fermé qui est un court-circuit, coupant court dans un cursus dont le circuit aurait à se poursuivre. Il tourne court dans líimmédiat díune satisfaction se voulant toujours garantie. Une autre façon de formuler les choses, chez Freud, est de considérer que la fixation à des buts normalement préliminaires fait perdre à ceux-ci leur fonction apéritive : cíest-à-dire, littéralement, de frayage puisque "aperire" veut dire ouvrir. Dans la perversion, líapéritif (qui est censé ouvrir líappétit pour une suite díautres réjouissances) vient les remplacer absolument : tout le repas síy absorbe. A une organisation díensemble se substitue ainsi exclusivement ce qui normalement devrait síy intégrer à titre de préparatif. Quíun préliminaire devienne seule finalité ne se produit que par défense et comme mesure de sauvegarde au bénéfice souvent de líautosuffisance díun autoérotisme anobjectal, prégénital, voire du narcissisme.

 

Abordons maintenant les processus de pathologisation par inversion. La spécificité se marque dans le préfixe "in-". Or invertir peut prendre deux directions de sens méritant díêtre distinguées : celle du verbe inverser et celle du verbe intervertir. Ainsi peut-on considérer que ce préfixe se charge, en líoccurrence, díune double signification. Díune part, celui díune certaine négativité et contradiction : ainsi parle-t-on aussi de la sexualité invertie comme díune sexualité contraire, voire reniée. Peuvent se voir récusées la nécessité ou les implications tant du choix díobjet que du choix de sujet, tant la sexuation de líun ou de líautre que la sexualisation de la relation de líun à líautre. Díautre part, celui de la préposition "inter" qui évoque une distinction établie par une répartition de positions relatives et un jeu de permutation entre elles, soit les variations sur le choix díobjet entre soi et autrui, le même et líautre, le semblable et le différent, le partenariat ou le jeu en solitaire (la masturbation) dans la partie à jouer.

Prenons tout díabord le processus díinvertir au sens díeffectuer une négation ou díaller à contre-courant, de contrer, de faire le contraire ou de síopposer. Si "invertere" signifie retourner, on peut líentendre au sens de rebrousser chemin, de faire retour au point de départ, voire en deçà, de reparcourir en sens inverse ou díaller à contresens díun développement. On ne peut en rester ici à líacception banale selon laquelle líhomosexuel se trouve décrit comme inverti parce quíil ferait le contraire de líhétérosexuel dans ses choix díobjet, voire de son modèle indentificatoire de genre. Cíest cependant bien de la problématique du choix díobjet dont il síagit et de líimportance ou de líimpact que prend, dans et pour líorganisation de la pulsion sexuelle, líintervention díobjets qui deviennent des pôles díorientation de par leur pouvoir de séduction ou de répugnance, introduisant du fait même à un mode de fonctionnement, tout à la fois et líun à travers líautre, de líobjectalité et sous le régime de la séduction. Dès lors quíun pôle de centration intervient et est constitué, posé comme tel, en ob-jet, au devant de soi, cíest lui qui va donner une tournure déterminée à la poussée des pulsions sexuelles, tout en leur révélant à elles-mêmes en quoi elles consistent . La structuration qui síinstaure est celle díune direction orientée par un en-face ailleurs, au-delà, polarisée par ce qui fait figure díêtre son objet díélection. La séduction exprime líintroduction díune direction axée sur un objet de perspective en vue duquel se produit tout le mouvement díavancée ou de recul qui anime la vie sexuelle. A partir du moment où il y a ainsi une orientation en direction díun objet díélection, comme celui auquel on aspire pour sa propre délectation, cette structuration en rapport à des objets (qui vont se différencier en pôles díattraction excitante ou díaversion répulsive, de concentration de líintérêt ou du désintérêt, voire du dégoût et du rejet), cette structuration implique dès lors du même coup leur antipôle, là où síengendre cette mouvance. Le mouvement dont le sens síinverse est donc celui de tourner. Or on dit aussi que líon peut tourner fou, justement sans la moindre orientation. Cette polarisation sur líobjet permet de tourner en se tournant vers, de prendre tournure en se dirigeant selon une direction déterminée et déterminante. Au sens le plus radical, inverser ce mouvement, cíest faire retour du pôle à líantipôle. Le mouvement se fait alors "retournement sur la personne propre" (comme destin de la pulsion) ou repli sur soi-même, retrait en soi-même (comme destin de la libido dans le narcissisme), voire encore réduction de líobjet total à líobjet partiel. Et finalement, à líextrême, il peut en revenir à une anobjectalité où il níy a plus díautre objet que celui de la pulsion.

Que líinversion puisse également consister à intervertir, quíest-ce à dire ? Une autre dimension de cette structuration nous est indiquée par le préfixe "inter" correspondant à la préposition "entre". Celle-ci exprime deux choses : díun côté, une répartition de positions discernées mais relatives les unes aux autres et les unes à líégard des autres, positions situées en des lieux distincts mais en rapport líune vis-à-vis de líautre ou par rapport à une référence commune; díun autre côté, "entre" exprime la relation comme telle et ce quíil y a de mutuel et réciproque dans ce qui se passe ou síéchange de líune à líautre de ces positions. Cíest justement là où il est question de positions relatives (dans une certaine structuration des rapports entre plusieurs éléments devant se relier les uns aux autres selon un certain ordre) que líinterversion est une opération qui dérange ou renverse cet ordre. Intervertir signifie déplacer, changer en renversant ou en retournant líordre primitif, cíest permuter. Que des interversions se produisent entre les sexes, celles-ci concernent, díune part, le choix díobjet et les modèles qui y président, le fait que "prendre pour objet" peut se porter sur soi ou sur líautre; díautre part, le choix de sujet, líidentité pour laquelle líintéressé se prend, líidentification à un rôle ou à une position relationnelle vis-à-vis díautres.

Ainsi la permutation peut-elle opérer sur deux niveaux de relation. Tout díabord líinterversion peut se produire entre les autres par rapport à soi-même, entre leurs rôles vis-à-vis de moi. Ainsi le modèle normatif quíest la structuration oedipienne connaîtrait-il une variante dite "invertie" que Freud appelle le "complexe négatif" : le rôle du rival (auquel síidentifier) et le rôle díobjet convoité (à posséder sexuellement), le rôle díobjet díamour et celui díobjet dont on souhaite prendre la place, ou sur le modèle duquel on désire síidentifier soi-même, sont intervertis dans une inversion entre le personnage masculin et le personnage féminin, ou entre le père et la mère. Mais cette structuration triadique ne relève pas de ce vecteur et les pathologies de celui-ci sont le plus souvent autant de manières díéluder cette problématique oedipienne. En revanche, ce qui ressortit spécifiquement à ce vecteur cíest líinterversion entre líautre et soi-même. Ainsi parle-t-on díintervertir les rôles lorsque líun prend, vis-à-vis díautrui, le rôle ou la position quíun autre aurait eu (ou aurait dû avoir) à líendroit de líintéressé. Un tel mécanisme peut se reconnaître dans líidentification à líagresseur, dans le passage de séduit à séducteur ou díaimé à amant. A propos de ce passage, on pourrait même considérer que le circuit du vecteur sexuel nous en retrace la trajectoire et les étapes du parcours. Un tel mécanisme se retrouverait également dans cette forme díamour pédérastique où líon adopte à líintention díun enfant (ou díun adolescent) le rôle quíaurait eu sa mère à son égard, ainsi que Freud lía analysé à propos de líhomosexualité de Léonard de Vinci. Cíest aimer à son tour, ainsi quíon a été aimé par sa mère, un enfant qui tient donc le rôle qui avait été imparti au sujet, pris en objet de líélection maternelle, mais rôle que le sujet abandonne en líattribuant à cet enfant pour síapproprier celui quíavait líautre à son égard : il se fait líagent actif de ce dont il aurait été líobjet passif et le sujet patient. Ce mécanisme est également celui selon lequel se tente le dépassement díun traumatisme subi en le rejouant activement. Ce même mécanisme pourrait tout aussi bien se repérer comme à líoeuvre dans la reconnaissance de soi dans le miroir et líinstauration du narcissisme spéculaire : líintéressé ne se prend pour celui-là dans le miroir que dans la mesure où il y apparaît tel líobjet du désir maternel et il ne síéprend ainsi de soi, dans cette image, de ce moi-objet, quíen líaimant à son tour et par ricochet, à la manière dont líautre líaime. De telles interversions de rôle entre soi et líautre, tout autant que entre sujet agent et sujet patient de líactivité sexuelle, peuvent se jouer suivant divers scénarios, par exemple sadomasochistes. A la limite, líinterversion complète aboutit à la situation de Narcisse qui nía díautre objet díamour que lui-même, prenant toute la place qui aurait pu être réservée à autrui. Ce retournement/remplacement consiste à se détourner de tout autre pour ne se tourner que sur soi, à níavoir díautre pôle díaimance ou díattraction que soi-même. Il peut se produire éventuellement par personne interposée : celle díun semblable participant de la mêmeté et non de la différence ni de líaltérité. Ce que Freud appelle le choix díobjet narcissique : líobjet níest choisi et investi que comme double de soi-même ou comme reproduction de líimage de soi.

 

 

DRAMATISATION DU SEXUEL

 

Ces quelques enjeux du vecteur qui nous occupe étant mis en évidence, venons-en à sa dramaturgie même telle quíelle va se nouer et se dénouer suivant les dynamismes pulsionnels en jeu. Deux points sont à considérer : díune part ce quíon pourrait appeler la règle du jeu et díautre part la définition des facteurs de ce jeu.

 

 

Change et échange

 

Pour formuler cette règle (au sens aussi díun principe de fonctionnement fondamental et fondateur) je parlerais volontiers, en reprenant les termes proposés par la seconde partie de mon titre, díune loi du change et de líéchange, tout comme le vecteur contact se caractériserait, lui par une loi, dont jíai parlé ailleurs , telle une loi de partage et díappartenance. Tout ce qui vient díêtre développé au sujet des axes et principes de formation des versions du sexuel le suggère déjà en pouvant síentendre telles des variations sur líéchange. En outre, ces processus prennent également une portée économico-commerciale : celle díopérations de versement ou de virement díinvestissements pulsionnels, díintérêts libidinaux et de valeurs narcissiques. Les actions de virer et de verser (dont est issu le substantif "version" qui est le commun dénominateur de toutes ces formes de la sexualité qui ont été évoquées) correspondent à des mouvements de fonds, capitalisés ou mis en circulation, portés au crédit de líautre ou de soi-même, versés au compte de líobjet autre ou de la personne propre. Pour pouvoir síengager en misant ses parts díinvestissement, encore faut-il quíau préalable líintéressé dispose du change, bénéficie de gages de valeur et se rende dépositaire de líagence même díinvestisseur. Le sens de líinstauration-restauration du narcissisme est également celui de pourvoir à cette condition.

Si le change et líéchange évoquent, tous deux, une opération de substitution ou de remplacement (laquelle peut síeffectuer dans le sens díun renoncement ou díune persistance-restitution) cependant une différence les distingue : change exprime líaction de changer une chose contre, pour ou par une autre, voire la substitution díune chose à une autre à la même place, ou la permutation díune chose díune place à líautre; échange signifie líaction de donner une chose et díen recevoir une autre en contrepartie. Ce qui est spécifique à líéchange, par contraste avec le simple change, cíest quíil suppose líintervention de deux personnes distinctes líune de líautre, donc la condition structurale de líentre-deux, de la séparation de líun et de líautre, ainsi que le principe de réciprocité et de mutualité. Líéchange présuppose, comme condition de possibilité, líétablissement díune altérité et le fait díavoir à se produire avec quelquíun díautre que soi. Líarticulation entre le change díobjets et líéchange entre sujets, Freud en a repéré le moment inaugural, dont jíai pu dire ailleurs (1991) quíil me semblait situer également le seuil critique de passage díune logique contactuelle à une logique sexuelle ainsi que líintroduction au régime de líobjectalité. On peut, en effet, lire en ce sens ce passage des "Trois essais" où Freud évoque, telle la perte de líobjet, le moment où le nourrisson reconnaît le sein pour ce quíil est, à savoir líobjet devenu partiel appartenant à líobjet total que devient la mère reconnue comme personne à part entière, donc à part de soi-même. Dès lors il síavère que jouir du sein se fondait sur un don et consistait à le recevoir de la part de líautre qui le prêtait à son gré, selon son désir. Pour pouvoir encore en disposer, sans plus jamais pouvoir emporter le tout du morceau, il síagit maintenant de le demander, de le négocier, de courir les risques de líéchange : ceux díune entente mutuelle et réciproque. Pour en jouir désormais, il faut le demander. Or justement, demander est líune des façons díexprimer la tendance initiale (h+) du vecteur S .

Mais ainsi que líattestent diverses figures de la psychopathologie sexuelle, cette articulation du change et de líéchange peut connaître des formes de dislocation ou des tentative de réduction des distinctions à líoeuvre. Ainsi par exemple, díobjet total, la personne de líautre peut se faire ravaler ou rabaisser (pour reprendre un terme utilisé par Freud dans líune de ses "contributions à la psychologie amoureuse" ) du titre de partenaire au statut díun éventaire díobjets partiels pour des buts tout aussi partiels, ou díun découpage en morceaux choisis comme instruments de mon bon plaisir pour ma seule satisfaction. Líécrivain homosexuel R. Camus líévoque en une formule plaisante dans son journal lors díun séjour à la villa Médicis. En voici un extrait où il stigmatise les pratiques des autochtones : ´Les Romains ont une sexualité tout "analytique" de figures répertoriables isolées (je tíencule, tu míencules, je te suce, etc.), qui jamais ne se fondent en líeffusion qui est tout ce que jíaime. Ils font líamour comme jadis on se lavait à la campagne, par petits morceaux : jíaime mieux prendre un bain. Sexualité díau-dessous de la ceinture, qui non seulement paraît níêtre liée à aucune sympathie, aucune chaleur, aucun humour, mais même, très fréquemment, se double díune sorte díanimosité pour le partenaire, nécessaire et fâcheux instrument díun plaisir qui ne lui donne aucun droit.ª (1989, p. 321). Dans le sens de cette animosité, ailleurs (1987, p. 385), il dénonce ´cette affreuse sexualité de la haine de soi qui règne ici, et du mépris de líautre, et de líhostilité à son endroit parce quíil est comme soi, cíest-à-dire comme on ne veut pas être.ª Par ailleurs, autre avatar pathologique : la relation duelle peut se produire sur le modèle narcissique du rapport spéculaire où líun se redouble en líautre son semblable. Le mythe de líandrogyne díAristophane illustre un partenariat de líordre du complément où chaque un, moitié de líautre, síen complète pour faire un-à-deux et pour ensemble níêtre quíun, ou inflativement les deux-à-la-fois, restaurant par là même quelque chose de líunion fusionnelle incestueuse des origines. Traiter líautre en complément díobjet pour la mise en pratique des actions spécifiques propres à me satisfaire revient à supprimer líaltérité foncière díautrui. La situation de séduction, tel son prototype quíest le rapport mère-enfant, peut se boucler sur ce duo à líexclusion de toute instance tierce, en se fermant à toute structuration triadique.

 

 

Drame en quatre "actes"

 

Venons-en aux facteurs pulsionnels selon lesquels se joue cette partie carrée et se traitent donc les problématiques en cause.

A líinstigation de J. Schotte, nous avons pris líhabitude de ressaisir le sens des tendances, ou motions, pulsionnelles élémentaires par des verbes díaction à líinfinitif, aptes à dire les dynamismes processuels, sans déjà préjuger des voix actives, passives ou pronominales selon lesquelles ils tendent électivement à síactualiser. Sans préjuger davantage de ce quíil en advient du sujet et de líobjet dans leur mise en oeuvre. En effet, le fonctionnement de ces verbes est díabord saisissable en deçà de leur articulation éventuelle à des compléments objectaux et de leur attribution à un sujet. Par rapport au processus verbal en cause, le si bien dit inter-essé, partagé et distendu entre tensions en sens divers, pourra être sujet à, sujet de, ou objet de la part díun autre sujet, comme il pourra passer díune position à líautre. Ce même verbe est susceptible de síeffectuer sous les espèces soit díun procès en cours, díune tendance en mouvement, soit díune position établie, fermement campée, contraignante, díune situation stabilisée et immobilisée. La personne peut en être líagent, le siège ou la proie passive, voire líagi en automate, machine sous influence activée par les machinations díagences étrangères. Les registres distincts de manifestation où se dramatise cette action peuvent se diversifier et se discerner, allant des comportements extérieurs de mise en acte aux interactions interpersonnelles, de líespace du jeu ou des créations culturelles à lí "autre scène" proprement mentale et aux divers lieux de la topique intrapsychique. Mais ces registres eux-mêmes sont susceptibles de séparation autant que de recouvrement, voire de confusion.

 

Entamons donc notre parcours du circuit par la radical h+. Un verbe majeur pour formuler ce dynamisme est celui de "demander". Demander cíest prendre acte de cette loi du change et de líéchange en faisant des avances à líautre en vue díen obtenir ce quíil est censé pouvoir accorder. Cíest également prendre part au jeu de la séduction induit par líautre et mettre en gage des valeurs díordre narcissique. Demander níest jamais que déjà répondre à une offre présupposée de la part du destinataire. La position inverse complémentaire, inscrite à líarrière-plan théorique et laissée à líautre, est celle du don (h-). Chez le tout petit le destinataire de líappel prend volontiers la figure du fantasme de la mère toute-puissante, dispensatrice à son seul gré de tous les biens et de tous les plaisirs, figure qui ne manque pas díêtre anxiogène. Comme lía bien analysé P. Aulagnier (1968), la demande ne survient quíen raison díune offre préalable et ce préalable est logique autant que chronologique. A líorigine, cíest la mère qui, outre son rôle de séductrice attitrée, interprète (et líon sait de quelle violence peut se charger une telle interprétation selon cet auteur) les cris de son "infans" comme une demande qui la concerne. Et cette interprétation ne peut que dépendre de son désir à elle, désir dont elle investit ce maternage, désir dans lequel líenfant se trouve díemblée capté, au risque díen rester captif. M. Schneider (1981) développe cette situation comme suit : ´ Où situer líimpuissance et la détresse de líenfant ? Ce serait réduire considérablement la gravité de cet état de dépossession radicale que díinterpréter líimpuissance en la situant uniquement sur un registre pratique : líimpossibilité pour líenfant de síallaiter lui-même. Dans la mesure où líenjeu níest pas seulement la satisfaction, mais la "compréhension mutuelle", il faut voir líenfant comme privé non seulement de la nourriture devant être apportée de líextérieur, mais tout aussi bien de la signification éventuellement attachée à ses cris. Selon la lecture effectuée par líentourage, les cris pourront être porteurs des significations les plus diverses (...). Faut-il dire que, selon ces diverses interprétations, le cri de líenfant se trouvera compris ou incompris ? Ce serait prêter à cette manifestation originelle de vie une signification spécifique, comme si, faute díêtre propriétaire díinstruments, le nouveau-né était tout au moins propriétaire de significations préformées. Or il est possible que cette pseudo-signification soit injectée du dehors à líenfant, promu comme porteur díaffects différenciés, de messages qualifiés, alors que le cri originaire peut être volonté pure díarrachement à soi, gesticulation éperdue pour síôter à soi-même la faculté díéprouver. Apaiser líenfant, ce níest pas répondre à son appel, mais lui prodiguer, par un effet de choc en retour ou díaprès-coup fondateur, un appel différencié, un affect pourvu díun visage propreª (p.191). Dans cette dite injection du dehors ou ingérence intrusive et inductrice peut se reconnaître à nouveau la structure de la séduction.

Au delà de ce prototype, P. Aulagnier (1968) énonce cette règle générale que tout demandeur ´formule une demande conforme à líoffre, non pas [nécessairement] dans une tentative consciente de séduction, mais pour la raison majeure que toute demande (quíon attende en réponse le oui ou le non) implique, chez le demandeur, la connaissance (imaginaire) de ce quíest líobjet de désir de celui à qui elle síadresse. La vérification du bien-fondé de cette connaissance est la fonction même de la demande.ª (p. 25 ou 163). Etre en demande, tout en restant dans líattente, ou se porter demandeur à líadresse de líautre, cíest solliciter son intérêt selon le voeu de faire de ce qui me regarde ce qui devrait le regarder : cíest líen saisir, le faire me regarder en et pour ce qui me concerne, afin quíil me prenne en considération quant à ce qui míintéresse. Cíest donc se proposer en objet pour líautre dans la tentative et la tentation séductrices de se conformer à líoffre supposée de líautre, mais aussi désirée de sa part; cíest se présenter en objet de son désir présumé, tel quíon se le représente imaginairement, en désirant en être líunique objet, donc irremplaçable, chéri de tout son amour.

Que, au fait même de demander, préside un fantasme de séduction, quíil síagisse díun fantasme originaire, celui de la série des fantasmes originaires freudiens que nous estimons congénial avec ce vecteur, cela rejoint líhypothèse de Laplanche et Pontalis qui proposent (1967) díy voir ´la traduction díune donnée fondamentale : le fait que la sexualité de líenfant est tout entière structurée par quelque chose qui lui vient comme de líextérieurª soit donc ´une donnée structurale qui ne pourrait être transposée historiquement que sous la forme díun mythe.ª (p. 439). Rendant compte de líénigme de líapparition de la sexualité, il est significatif que ce fantasme la figure telle líintervention díun objet extérieur qui síimpose à líintéressé de façon intrusive et introduit en lui cette sexualité. Celle-ci ne deviendrait véritablement telle, ne se constituerait en vie sexuelle du sujet, quíavec líintervention de ces pôles díattraction : quíavec une structuration en un monde díobjets où se pose, dès lors, la question du choix díobjet, tout en instaurant tant le désir díêtre líobjet élu díun autre, díêtre désiré par et pour un autre, que le désir díun autre comme objet élu pour soi. Et ce níest quíen fonction et à la mesure de ce double désir que líintéressé pourra síinvestir comme objet díamour pour lui-même, à la façon dont il líest pour líautre, première façon de síobtenir lui tel un moi. Le propre de la sexualité serait donc de se vivre et de se révéler, de prime abord, à partir de líautre, de líeffet quíil me fait, de líaction et du pouvoir quíil exerce sur moi (action allant de líattraction à des actes concrets). Cette expérience est représentée en fantasme comme celle díune sujétion à une action dont un autre est le sujet et dont soi-même constitue líobjet. A cet agent autre, líintéressé pourra alors prétendre síidentifier à son tour pour reprendre líaction à partir de soi, à la place de líautre, en se positionnant au lieu de líinitiative, ne fût-ce quíen commençant par solliciter au moyen de sa demande . Si le fantasme originaire de séduction exprime bien un mode de structuration, celui de líobjectalité et de líobjectification, cette structure de la séduction nous révèle la forme selon laquelle síarticule un double rapport tant à líautre quíà soi. En effet, díun côté, la séduction concerne un rapport à líaltérité et ceci dans un double sens : 1 rapport à un autre que soi, à autrui qui a la puissance díagir sur soi telle une agence étrangère; 2 rapport à autre de soi, à ce qui vient altérer ego en le sexuant et en le sexualisant (et nous serions renvoyés ici à ce conflit que Freud a repéré comme se jouant entre le moi et la sexualité, entre les pulsions díautoconservation du moi et les pulsions sexuelles, de sorte quíil síagira pour le moi de síapproprier cette sexualité et de síy approprier introjectivement). Díun autre côté, la séduction est aussi articulatoire díun rapport à soi dans la mesure où ce rapport peut se qualifier de narcissique : líinvestissement de soi comme objet díamour, le stade du miroir, líidentification au modèle du semblable se produisent selon cette même structure.

 

Passons au deuxième dynamisme pulsionnel symbolisé par s- . Comment le définir ? Donnons-nous tout díabord quelques repères consacrés par líusage. Szondi parle díun besoin de passivité et le désigne comme le ressort de la position masochiste. Il líinscrit dans le système tel un radical à part entière, sui generis, antagoniste de la racine du sadisme et tendant en sens contraire. Cette inscription tranche donc le débat díune dérivation éventuelle de líun des contraires à partir de líautre. S. Déri (1991) observe cette réacton s- chez ´les enfants qui sont "trop" gentils et qui essayent trop de plaire aux adultesª (p.67). Plaire : se faire objet, cause, source et instrument de plaisir. J. Mélon (1990) formule la mouvance du radical et son entreprise par le verbe subir. Une proposition plus ancienne de J. Schotte (1972) remonte à líaube de la théorie des circuits et se montrait soucieuse díinscrire ce mécanisme dans la dialectique de la demande et du don. Il avait suggéré le verbe refuser. Ce choix síargumentait de ´líobservation courante, que les patients les plus taiseux quíon puisse avoir en analyse sont ceux qui ont S0- , cíest-à-dire les masochistes dans le langage psychiatrique, mais dans le langage pulsionnel ce sont ceux qui vous refusent la parole, qui vous refusent la leur et la vôtre en même temps, ils ne réagissent absolument pas, ils font boule sur eux-mêmes (...). Le refus se trouve dans un certain rapport avec la fonction s- .ª (pp. 171-172). Pointons déjà ici une possible contradiction dans le fait de définir cette fonction à la fois par "subir" et par "refuser", dans la mesure où líune des acceptions de subir est : accepter, supporter. De même lorsque J. Mélon formule le sens du clivage diagonal h+s- par le verbe "languir", remarquons que celui-ci est également susceptible díexprimer une attente impatiente de ce dont on éprouve vivement le désir, soit une façon de se consumer díimpatience et cette non patience nie aussi, ou récuse, un certain subir. Des développements ultérieurs de la théorie nous conduiraient à devoir envisager cette position comme la plus proprement sexuelle, actualisant les spécificités du vecteur "au carré" en quelque sorte, mais aussi comme un temps, dans le parcours du circuit, de retournement sur la personne propre. Aussi ce processus se déroulerait-il électivement à la voix moyenne. En référence à la structure de la séduction, cette position paraît bien oeuvrer dans le même axe (ou la même direction de sens) que la demande et contribuer à un certain accomplissement de líentreprise en cause. Mais cette position síinscrit également dans líaxe vertical díune autre orientation : ce point díaboutissement est aussi un pivot à partir duquel síopère un renversement de sens et de direction, en quoi nous retrouvons le sens premier de pervertir.

Subir (littéralement aller, ou venir, sous) peut síentendre comme consacrant, par consentement ou reprise à son compte, ce sort imparti dans la séduction : à savoir cet état díobjet sur lequel síexerce líaction et le pouvoir díune agence étrangère, objet dont la puissance propre consisterait en celle de supporter, díendurer, de recevoir, de résister (ce qui peut síentendre aussi au sens de faire de la résistance active ou par la force de líinertie). Se soumettre de soi-même, síassujettir en adoptant une attitude passive, très activement soutenue, ou la fonction de patient, se proposer en objet pour líautrui, voilà qui paraît bien accomplir une intention de la demande. Par consentement, disais-je, cíest-à-dire en síoffrant à cette fin mais dans une visée auto-appropriative. Souvenons-nous que Szondi fait du masochisme une perversion introjective. Mais agir ainsi, en quoi est-ce aussi se faire agent dans et de la séduction ?

Séduire, étymologiquement, veut dire mener à part et à líécart. De là il síemploie pour dire : 1 détourner pour dévoyer ou pervertir, abuser, égarer; 2 gagner quelquíun à ses propres fins, avec líintention de créer líillusion, en employant tous les moyens de plaire, et la conquête en cause consiste à appâter, attirer dans ses filets; 3 finalement líidée de créer ou díentretenir líillusion disparaît devant la toute-puissance du plaire et le charme suffit pour attirer et captiver. Séduction signifie tout à tour détournement et ascendant ou prestige. Or ce recours à líillusion, à la tromperie (dont un enjeu essentiel est la puissance de pouvoir ou non síen passer, díen surpasser la nécessité) peut se formuler par líexpression "donner le change" à quelquíun. Ce qui signifie líinduire en erreur en lui faisant prendre une chose pour une autre, ou pour ce quíelle níest pas. Nous retrouvons donc le mécanisme de la substitution. Líorigine de líexpression est tout à fait intéressante : il appartient au vocabulaire de la chasse où il désigne un comportement à líactif.... de la proie justement. Cl. Duneton (1978) líexplicite en ces termes : ´Parmi les ruses dont dispose la bête pour essayer de sauver sa peau, détours, retours sur la piste, traversées de rivières, etc, líune des plus subtiles est le "change" [citant Furetière] : "change, en terme de vénerie, se dit quand des chiens qui poursuivaient un cerf ou quelque gibier, le quittent pour courir après un autre qui se présente devant eux. Un vieux cerf donne le change et laisse son écuyer à la place. On le dit aussi du lièvre lorsquíil se dérobe des chiens et leur donne à courre quelque autre lièvre que lui. (...) On dit figurément quíun homme a pris le change, quíon lui a donné le change, quand on lía fait quitter quelque bonne affaire pour en poursuivre une autre qui lui est moins avantageuse". [Et Cl. Duneton de commenter :] Pratique courante, assurément. Mais il faut reconnaître que líon peut quelque fois "gagner au change" !ª (p. 135).

A propos de s- Szondi parle de "don de soi", S. Déri de mise au service et à disposition, et cette tendance à se livrer et síexposer ne manque pas de connotations persécutives ni díangoisse paranoïde. Cependant plutôt que de don, il vaudrait mieux parler díun "se prêter" car il comporte une part corrélative de résistance, de repli ou retrait ou recul ou retranchement en soi, autocentrés, voire même díenfoncement au dedans de soi, en sa substance propre. Le pouvoir de síoffrir est aussi celui de se refuser. "Subir" situe en position díavoir à recevoir mais suppose aussi la capacité de supporter et la possibilité díaffirmer/opposer une fin de non-recevoir. Le prêt díun objet à líusage de líautre appartient sans doute au registre de líéchange de bons procédés, mais il níest que temporaire et il implique une restitution, líobligation de rendre. Se prêter à quelquíaction par líautre ou se prêter en objet pour quelquíusage ou désir de sa part, cíest une mise à disposition limitée dans le temps et corrélative díune réserve soustraite à son empire. Se prêter en objet revient à se refuser en tant que sujet. Cíest aussi se dérober en síassurant, jusque dans líépreuve endurée et par elle, de cette part de soi à jamais inaliénable. Síy expérimente et se prouve ce dont líautre, et donc nul autre que soi, níaura jamais le pouvoir de síapproprier : ce qui dans la plus complète dépossession de la condition díobjet reste au seul pouvoir du sujet. Ce plaisir de subir confirme líexercice díun pouvoir propre. Si la position de demandeur vous met au pouvoir díun autre censé capable díaccorder ce qui lui est demandé et tend à líattitude de síen remettre aux pouvoir et bon vouloir de cet autre, obtenir satisfaction de lui se fait aussi la manifestation díun pouvoir exercé sur lui.

 

En passant à la position antagoniste, il importe tout díabord díinsister sur le couple díopposés quíelle forme avec son contraire. Cette corrélativité interne en fait des positions interchangeables qui peuvent se distribuer de façon inverse entre soi et líautre, entre sujet et objet de líaction, entre action agie à la voie active et à la voix passive, finalement entre dramatisation en acte dans la pratique effective et celle sur la scène du fantasme. Dans ces interversions oeuvrent des processus identificatoires. Rappelons quelques propositions freudiennes sur ce thème. Extraites tout díabord des "Trois essais" (1962) : ´Un sadique est toujours en même temps un masochiste, ce qui níempêche pas que le côté actif ou le côté passif de la perversion puisse prédominer et caractériser líactivité sexuelle qui prévaut.ª (p. 46). En ce qui concerne la portée pathoanalytique de ce couple : ´Le sadisme et le masochisme occupent, parmi les autres perversions, une place spéciale. Líactivité et la passivité qui en forment les caractères fondamentaux et opposés sont constitutifs de la vie sexuelle en général.ª (p. 45). Dans "Pulsions et destins des pulsions", Freud (1968) écrit que là où il y a comportement masochiste, ´le moi passif se met fantasmatiquement à la place de líagent, place qui est maintenant cédée au sujet étrangerª (p.27). Tandis que là où il y a comportement sadique ´en infligeant des douleurs à díautres, on jouit soi-même de façon masochiste dans líidentification avec líobjet qui souffre.ª (p.28). En ce passage de s- à s+ J. Mélon (1990, p.112) repère un ´saut du narcissisme à líobjectalitéª, díune séduction autocentrée à une séduction allocentrée, díun "être séduit" et "se faire séduire" à la mise en oeuvre díun "avoir à conquérir" en acte, où la part de la séduction pourra connaître diverses vicissitudes. On y verra aussi la reprise à son compte de líinitiative de líentreprise. Les propositions de définition de la tendance s+ utilisent le verbes "dominer" (J. Mélon) ou "prendre" (J. Schotte) mais prendre tel quíil síutilise dans la construction où il síagit de "prendre (un être ou une chose) à ... ou par ..." donc díexercer une emprise prédatrice, ou une mainmise accaparante ou manipulatrice, sur ce qui en devient ainsi líobjet. Tentative de síemparer complètement de líobjet total par quelquíobjet partiel, en líexpropriant de son altérité ou de sa différence foncière díautre sujet. Il síagit díexercer une prise (donc un certain pouvoir qui prétend au totalitarisme) sur ce qui síen trouve ainsi traité en objet, pris comme objet, objectifié et réduit à cette objectité, maniable et malléable à loisir. Cíest donc prendre au sens de "prendre quelque chose à quelquíun" ou de "prendre quelquíun à quelque chose" (les propres pièges du prédateur) ou "par quelque chose" (les fragilités, les sentiments... de celui qui se fait avoir). Cíest également prendre quelquíun au point de le ravir à lui-même, de líarracher à soi, de le déposséder de lui-même : le prendre en objet revient à le destituer comme sujet. Cíest aussi le prendre pour... : pour certaines visées et certains usages propres au prédateur, pour certaines pratiques que ce dernier se propose díeffectuer sur et au moyen de cet objet.

Si nous revenons, un instant, de ce point de vue, sur la position s- , celle-ci correspond à une façon de se positionner, ou de se montrer, comme non-preneur (façon de síafficher : dans le profil classique du masochisme, s- est corrélatif de hy+). Se contenter de recevoir le don (faire en sorte díavoir à le recevoir, en provoquer líavance) peut être une façon de se refuser à répondre, ou à se proposer en demandeur tout autant quíen preneur. Ceci rejoint aussi ce qui a été dit sur le fait que se prêter en objet à/pour líautre peut prendre le sens de se réserver ou de se refuser en tant que sujet. Façon de se prêter pour ne rien donner soi-même, de se prêter à ce que ce soit líautre qui prenne, de lui-même, ce que lui désire et selon son désir, mais tout en démontrant bien soi-même que líon níy est pour rien : tout est líaffaire de líautre... suscité à cet effet.

Revenons à la réaction s+ comme facteur pulsionnel díemprise. Emprise síemparant par force en dépossédant líautre, on peut y reconnaître ce que Freud appelait "Bemächtigungstrieb". R. Dorey (1981) précise la signification de líemprise dans les termes suivants : ´Le premier sens repérable est celui qui (...) évoque líidée de prise, de capture ou encore de saisie. Cíest díailleurs la signification ancienne du mot emprise, lequel, au XVIIe siècle, en langage juridique, désignait líaction de prendre des terrains par expropriation; plus spécialement encore, il était utilisé pour rendre compte díune atteinte portée à la propriété privée à la suite díun acte administratif illégal. Au niveau interpersonnel il síagit donc díune action díappropriation par dépossession de líautre; cíest une mainmise, une confiscation représentant une violence infligée et subie qui porte préjudice à autrui par empiètement sur son domaine privé, cíest-à-dire par réduction de sa liberté.

La deuxième dimension, inséparable de la précédente et qui pourtant doit en être clairement distinguée est celle de la domination (...) ce deuxième courant sémantique fait référence à líexercice díun pouvoir suprême, dominateur, voire tyrannique par lequel líautre se sent subjugué, contrôlé, manipulé, en tout état de cause maintenu dans un état de soumission et de dépendance plus ou moins avancé.

Enfin, un troisième type de signification (...) [concerne] líinscription díune trace, líimpression díune marque. Celui qui exerce son emprise grave son empreinte sur líautre, y dessine sa propre figure. (...)

Dans la relation díemprise il síagit toujours et très électivement díune atteinte portée à líautre en tant que sujet désirant qui, comme tel, est caractérisé par sa singularité, par sa spécificité propre. (...) Líemprise traduit donc cette tendance très fondamentale à la neutralisation du désir díautrui, cíest-à-dire à la réduction de toute altérité, de toute différence, à líabolition de toute spécificité; la visée étant de ramener líautre à la fonction et au statut díobjet entièrement assimilable.ª (pp. 117-118).

Repensons également à la logique évoquée plus haut díun fonctionnement où la dualité se boucle sur elle-même jusquíà reconstituer un être-un-à-deux et cela par exclusion de toute référence à un tiers et par blocage sur la voie de la reconnaissance de la structuration triadique comme condition de possibilité du lien (amoureux), structure qui síimposerait avec la mise en place du triangle oedipien. De ce point de vue, ce rapt de líautre à lui-même peut síentendre également telle une soustraction à toute autre référence possible díautrui à un tiers (dans une relation díappartenance, de filiation ou de partenariat) rapport au tiers vis-à-vis duquel on se retrouve en position de rivalité. Comme líon sait, pour pouvoir convoler en justes noces, il síagit de demander la main non seulement à líintéressée mais aussi à son père. Ces accordailles consacrent sans doute la séduction du prétendant mais elles articulent une triple donation : si la sollicitée se donne, on la reçoit également de son père (auquel il appartient díaccorder ou de refuser, selon une loi díéchange) et on líobtient contre tout autre compétiteur potentiel. Conquérir líautre comme partenaire ne se joue donc pas seulement à deux mais revient à líobtenir par rapport à et auprès des pairs et díun père. La conquête líemporte sur ces rivaux que sont aussi bien le père oedipien, les autres prétendants qui le relaient, les modèles idéaux de partenaire dans le chef de líintéressée, que finalement celui qui représente líinstance qui autorise et légitime, en exerçant le droit díaccorder ou de refuser. Arracher líautre à lui-même et à sa condition de sujet, dans sa réduction à líobjet, consiste aussi en un rapt qui récuse, du même coup, líexistence du tiers et de la triangulation.

Selon Szondi cíest à líintervention du facteur moiïque de líavoir (k) et à son destin spécifiquement pervers que le sadique doit que ce besoin díemprise síexerce et se pratique selon une exigence extrême de concrétude factuelle, de certitude tangible, de réalisation matérielle, díactualisation sur un matériau malléable et manipulable à souhait, totalement conformable à mon seul gré. Tandis que cíest la position négative dans ce facteur (k-) qui lui donnerait líorientation destructrice caractéristique. Ainsi le Marquis de Sade écrit-il cette déclaration de Bressac à Justine : ´ Le pouvoir de détruire níest pas accordé à líhomme; il a tout au plus celui de varier les formes, mais il nía pas celui de les anéantir. Or toute forme est égale aux yeux de la nature; rien ne se perd dans le creuset immense où ses variations síexécutent : toutes les portions de matière qui y tombent en rejaillissent incessamment sous díautres figures (...). Et quíimporte à sa main créatrice que cette masse de chair, conformant aujourdíhui líindividu bipède, se produise demain sous la forme de mille insectes différents ? ª J. Chasseguet-Smirgel (1984) a proposé une lecture de líoeuvre sadienne en líenvisageant telle une entreprise de transmutation de la réalité par rupture de toutes les limites, par mélange des catégories, par suppression de tous les codes et des systèmes de classe, par abolition des différences entre parties du corps, entre sexes, entre générations, entre règnes du vivant etc., par destruction des formes instituantes ainsi que des corps constitués, ceci dans une entreprise visant à tout réduire à líétat de matériau, alors malléable à souhait, aux fins díune tentative démiurgique qui soit en mesure díopérer toutes les transformations imaginables au gré du désir.

 

Finalement pour définir la position h- nous en resterons à deux brèves indications. La série de verbes síinscrivant dans la ligne du "demander" conduit à proposer celui de "donner", tandis que par contraste avec s+ selon líaxe diagonal on pourrait parler de maîtrise et non plus díemprise, en entendant maîtrise au sens de la maîtrise de soi ou du maître du jeu. Plutôt quíau démiurge de type sadien, cíest à líauteur créateur quíon aurait affaire. En langage kleinien, en passant de s+ à h- on passerait de líavidité à la réparation, on pourrait dire aussi à la réhabilitation narcissique.

A líautre extrême du circuit sexuel, dans un contre-investissement de la position de demandeur, par refus de reconnaître la nécessité de demander, donner peut prétendre signifier ne rien avoir à demander mais, au contraire, avoir tout à offrir et jouir de la puissance de dépenser. Ce qui correspond à une manière de se faire sujet pour un autre, lequel devient líobjet de sa générosité et le bénéficiaire de ce que líon a à lui donner, tout en ayant en son propre pouvoir de le faire. Occuper cette position peut correspondre à une manière de jouer, avec magnificence, les grands seigneurs cíest-à-dire de síattribuer, à son tour, le rôle quíavait la mère dispensatrice toute-puissante de tous les biens. Ces cadeaux et ces bienfaits sont susceptibles díobliger le bénéficiaire, de se líattacher et de se líassujettir en tant que redevable et endetté. Distribuer ainsi, en donateur toujours capable de dépenser pour son compte et de dispenser aux autres, cíest aussi, à la fois, refuser díavoir à dépendre de líautre, à lui devoir quoi que ce soit, mais rendre díautres dépendants de soi. Un tel don ne síinscrit plus dans une loi díéchange mais se veut plutôt une tentative de líannuler ou de níy occuper quíune position de maîtrise, de détachement à líégard de ses possessions, de souveraineté régnant au-dessus de la loi. Ainsi dispenser ses bienfaits nía rien díun partage ni díun engagement dans la réciprocité : prendre la position díun distributeur unilatéral et tout-puissant dispense du même coup díavoir à recevoir. Líendettement et la redevabilité sont mis à sens unique : cíest la condition du seul bénéficiaire, lequel se retrouve ainsi inféodé. Cíest récuser la loi de réciprocité qui préside à líéchange ainsi que M. Mauss (1968) lía mise en évidence dans son "Essai sur le don" en partant de líanalyse de cette forme de donation si singulière quíest le "potlatch". Il montre que líapparente gratuité de cette maîtrise généreuse donne le change quant au système díobligations où síinscrit un tel don. Il considèrera quíune loi de réciprocité y préside, telle que síarticulent líobligation de donner corrélative de líobligation de recevoir laquelle doit elle-même se renverser dans líobligation de rendre, ce qui fait tourner tout le système de líéchange. Ainsi donc líimpératif de rendre (et toute cette partie síest ouverte, rappelons-le, par líobligation de rendre, de rétrocéder le sein à qui de droit comme légitime propriétaire) exprime la réciprocité entre donner et recevoir : síil y a lieu de rendre, cíest quíil y a eu au préalable un déjà donné quíon a reçu. Demander cíest se retrouver pris et engagé dans un tel système dont le principe de fonctionnement est la loi de réciprocité ou de líéchange. Mais pour que le jeu ne se boucle pas sur lui-même, encore faut-il que líobligation de rendre níenferme pas dans une dette à líégard de la donatrice-séductrice des origines mais síouvre sur la triangulation oedipienne autant que sur líexogamie.

Donner peut également marquer un certain dépassement du narcissisme en tant quíacte fondamental de reconnaissance mutuelle. P. Kammerer (1992) cite cette observation de N. Yvert à propos des bébés ´que leur plaisir cíest de donner et quíil leur est nécessaire díavoir quelquíun qui peut recevoir avec bonheur ce quíils ont à donnerª (p.59). Lui-même écrit : ´Cíest par la possibilité de donner à son tour à ceux qui líaccueillent que líenfant, contraint par son histoire à être assisté, échappera à líhumiliation, sauvera líestime de lui-même car elle passe par la place à accepter et à garder dans líéchange. Si la condition díassisté ne lui a donné aucun "savoir-faire", aucun "pouvoir-faire" pour les autres, líimage qui lui sera renvoyée par ceux-ci sera négative. Il devra síen défendre par la revendication ("encore plus díassistance !") sur un fond de persécution lié au sentiment díincapacité et díimpuissance personnelle.

Le don est peut-être ce qui nous préserve le mieux des souffrances de la perte. Pardonner, cíest perdurer en donnant, et cíest plus supportable, pour le narcissisme, de vivre dans le don et dans le pardon que dans la dépossession et líabandon qui laissent en proie à líavidité.ª (p. 70).

Parler de maîtrise peut síentendre au sens de celle que tente, par son jeu, líenfant à la bobine pour parvenir à supporter et à surmonter une situation de traumatisme à subir, en se faisant líauteur de líinvention díune élaboration propre astucieuse. Pour la différencier nettement de líemprise, R. Dorey (1981) propose ´que líactivité de maîtrise est assimilable au fonctionnement díun système ouvert, adaptatif, producteur de différenciation alors que la relation díemprise sur líobjet est analogue à un système clos, homéostasique, à visée conservatrice. Pour quíil y ait maîtrise, il faut quíil y ait renoncement à líobjet originairement satisfaisant, donc aptitude à la reconnaissance de líautre en tant quíautre. A líopposé, líemprise apparaît comme líexact contraire du renoncement puisquíelle est domination et appropriation totalitaire de cet objet, ce qui suppose (...) que líautre comme tel soit nié. (...) la relation díemprise apparaît chaque fois que la maîtrise síavère impossible ou du moins trop coûteuse pour líéconomie psychique du sujet.ª (pp. 138-139).

 

Au terme du parcours annoncé, bien des questions restent en suspens et en appelleraient à la poursuite de la démarche dans plusieurs directions : non seulement continuer líexploration du sens des radicaux pulsionnels, à travers ces ressorts du drame en acte quíexpriment des verbes pertinents (ainsi que nous avions pu nous y employer également à propos du contact ó cfr. Kinable 1984, pp. 154 à 241); mais aussi en venir à examiner le déploiement de ces significations en fonction de líarticulation de ces processus entre eux, selon les formes de composition possibles que figurent les "clivages" répertoriés. Pour procéder à un tel examen síimposerait la reprise des formulations si parlantes proposées par J. Mélon (1990, cfr. leur mise en tableau p. 72). En outre, dans la ligne, seulement évoquée, de cette issue de la dramaturgie en cause susceptible de se bloquer dans quelque fermeture sur elle-même ou de se dépasser dans une ouverture à un autre registre, nous serions invités à analyser davantage ce quíon pourrait appeler le "passage au vecteur P". Mais en guise de conclusion, ne faudrait-il pas considérer quíune telle dialectique díouverture-fermeture est décelable dans la tension même entre change et échange ? Il síagirait ici de penser plus avant le rapport entre ces deux processus, ressaisis dans leurs logiques spécifiques, pour montrer en quoi ils diffèrent fondamentalement. Dès lors, toute tentative de ramener líéchange au change pourrait bien síavérer consister en un... pervertissement. Reprendre la problématique du don (essence de líéchange) dans cette perspective serait tout à fait indiqué , en síinspirant notamment des travaux de J.T. Godbout (1992). Pour notre propos paraît particulièrement suggestive líinsistance mise par cet auteur à marquer comment la logique du don, au principe de líéchange, ne peut se réduire à celle de líinteraction marchande, conforme à la seule règle du change. Ainsi invite-t-il à ´concevoir le don comme formant système, et ce système níest rien díautre que le système social en tant que tel. Le don constitue le système des relations proprement sociales en tant que celles-ci sont irréductibles aux relations díintérêt économique ou de pouvoir. ª (p. 23). Or, ´ce qui caractérise la modernité, ce níest pas tant la négation des liens (...) que la tentation constante de les réduire pratiquement à líunivers marchand ou alors de penser les liens et le marché de façon isolée, comme deux mondes imperméables, mais dont le premier, au contact avec le second, est toujours contaminé et finalement soumis à lui. On níarrive pas à les penser ensemble. (...) La seule façon pour la modernité de "sauver" les liens de leur soumission à la production marchande semble être de les évacuer de toute circulation de biens, de les isoler dans un lien à líétat pur. (...) Le modèle marchand a continuellement un double statut : celui díêtre un des deux modèles, mais celui díenglober aussi les deux, díêtre le méta-modèle de référence, car même quand on parle de la pure sphère des liens affectifs où aucun bien ne doit circuler, on a encore tendance à décrire le lien comme un bien.ª (pp. 231 à 233).

 

 

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