Zone de Texte: Ma belgitude

Avec ma belgitude
Si loin de cette terre
Que je l’aimais si belle
Elle me faisait danser

Sur une piste d’étoile
Une simple farandole
Où chavirait mon âme
De cette terre mienne

Elle était la première
Riche et fière de sa laine
Cette Vesdre rivière
Et de son cœur prospère

Elle payait pas de mine
Mais je l’aimais quand même 
Verviers ma douce ville
Ma tendre belgitude 

Je me souviens bien d’elle
Je me souviens très bien
Je me souviens bien d’elle
Je me souviens très bien

Quelques marchands du temple 
S’invitèrent à la table 
Le gâteau en partage
De cette terre mienne

Nationale danger

 

Je suis né d’un père incertain

D’un lieu maudit et inconnu

Pataugeant dans une misère

En vendant du chiche aux noirs

Pour survivre à mon désespoir

De ma tronche dans le miroir

Chaque matin y a mon pain noir

Saveur chaussette du café noir

 

Le programme du lendemain

Etait celui passer la main

Sur les perles de mon front

Causée par la peur du front

Bataille perdue d’avance

Face à la terrible carence

Du socle de ma pauvre vie

De ce monde qui me nie

 

Extrême nationale danger

Extrême nationale danger

 

De l’hiver né opacité

Six heures avaient à peine sonné

Coup de boutoir avait claqué

Craque la porte il fallut fuir

V’la la force du désespoir

Il me fallait bien résister

J’allais pas comme ça dégager

Pour le bon plaisir de pépé

 

 

 

Génération de mes entrailles

 

Génération de mes entrailles

Que laisserais-je en héritage

Si ce n’est que toutes mes peurs

Terre dévastée par erreur

Sans jamais changer de cap

Vérité attendant le clap

Belle utopie sous intox

Sous les répétés coups de boxe

 

Puisque ce monde a l’air d’aimer…

Puisque ce monde a l’air d’aimer,

de croire et de prendre toutes

les vessies pour des lanternes.

Puisque ce monde a l’air d’aimer,

de croire et de prendre toutes

Les canailles pour des héros.

 

Je suis du Nord à l’hémisphère

Dégoulinant de ma richesse

Pollueur et sus arrogant

Telle la leçon d’un marchand

D’un vendeur de belle misère

Des éclats d’émeraude verts

A mon voisin de l’hémisphère

Du Sud écrasé par les guerres

 

Puisque ce monde a l’air d’aimer…

Puisque ce monde a l’air d’aimer

De croire et de prendre toutes

Les fadaises pour argent comptant

 

A l’aube de la nuit froide

Quand la lune revêt sa cape

Lorsque la lumière s’éveille

Le chérubin attend merveille

Mais il n’en est plus rien cette fois

La planète terre se meurt ma foi

Mentir pour cacher sa faute

Lui dire qu’il n’y a pas faute

La tête à l’envers

Tout le monde le sait

 

Tout le monde le sait déjà

Pour camoufler la vérité

Que cette époque a révélée

L’usage du débat truqué

Simplement pour ne pas dire

Que la mer est devenue  blonde

Que le ciel tombe sur nos têtes

Mais il faut surtout pas le dire

Puisque le monde entier se ment

Pour vendre son âme au diable

La terre a toujours été plate

Voilà pourquoi sans nul doute

Nous sommes au bord de l’abysse

Si près de Dieu et de l’enfer

Vers un aller sans un retour

Perdu dans les limbes obscurs

 

Tout le monde le sait déjà

Un jour le soleil s’éteindra

La glace figera la Terre

Elle emporta avec elle

L’imposture créée par  l’homme

Son pieux mensonge collectif

Celui de se persuader

Que le ciel et la mer sont bleus

Que la Terre tourne sur elle-même

Suspendue en apesanteur

Et qu’il représente à lui seul

L’avenir de l’humanité

Alors que la misère grandi

Dans cette indifférence

Au bénéfice d’un profit

A chaque jour plus aveuglant

Pas comme les autres

 

Rien ne nous distingue des peuples de la Gaule

Pourtant nous ne sommes pas comme les autres

Jules César salua un jour notre témérité

En l’honneur de notre vaillante fermeté

Pour défendre bec et ongle ce coin de terre

Enclavée dans les brumes venues de la mer

Aux couleurs gris camaïeu de l’automne

Chanté en hiver par un Flamand francophone

Sur une musique d’océan à marrée basse

Et de virtuoses mains sur chandelles de glace

Qui inspirent les joies de l’été dans nos cœurs

Abîmés par des batailles qui nous font peur

Tonner de mille milliards de mille sabords

Va falloir guerroyer une nouvelle fois encore

Dessiner ensemble une carte du ciel

Fabriquer une bière nouvelle au goût de miel

Pour pouvoir faire la fête aux vaillants soldats

Capable de défaire les pièges de Judas

Puisque l’espoir est le moteur de notre vie

Tel un fil d’Ariane qui nous tient et nous lie

Sur le fleuve en crue jette hardiment le pont

Et serre la main du frère  devenu con

Car nous ne sommes pas fait comme les autres

Puisque nous vivons les uns avec les autres

Puisque nous vivons les uns avec les autres

Sortie de secours

 

Il me venait l’idée d’un rêve

Les yeux fermés sur mes trêves

Dans le dédale  de mes ténèbres

Cachée au bout de la drève

Sous un bel arbre à prière

Un mini faisceau de lumière

Au reflet d’argent d’une rivière

A l’ombre de la lisière

Le furtif battement d’ailes

D’un papillon dans les airs

Cette sensation d’avoir l’air

Pressé de fuir le bois du cerf

Se précipiter comme un sourd

Vers la sortie de secours

 

Dans mon grenier à peine éclairé

Aux murs de pierres chaulées

Blanche jaunie par les années

Une table bancale poudrée

De poussière accumulée

Faute d’être utilisée

 

Dans mon grenier à peine éclairé

Une tabatière brisée

La verrière éclatée

La charpente affaissée

Une chaise de bois rongée

Par la vermine affamée

 

 

Elle Cécile L

 

Je ne sais presque rien d’elle

Sinon son nom d’elle Cécile L

L comme le village près de chez moi

Comme un boulevard de Bruxelles

C’est écrit sur sa blouse blanche

Mais son nom qu’elle importance

Elle devait soigner ma main malade

Qu’elle prit entre ses doigts de fée

Déterminer la blessure tenace

Un contact de peau à peau crucial

Puisque je sentis monté en moi

Une terrible bouffée de chaleur

Faut croire qu’elle perçu mon émoi

Elle déposa ma main sur le bureau

Jeta un regard furtif vers moi

Et appliqua sa main sur mon bras

Alors je levai la tête vers elle

Elle le bleu turquoise de ses yeux

Je me perdis dans cet océan

Submergé par une émotion grisante

Je n’ai pas osé prendre sa main

Mon interrogation était profonde

Je craignais de me m’éprendre

D’avoir imaginé un tas de choses

Une idylle avec Cécile L

Belle à faire mourir d’envie d’elle

Comme voir Venise et puis mourir

S’évanouir dans sa voix de tabac

Sensuelle  et rauque à la fois

Un court moment d’éternité

Peu à peu rattrapé par la réalité

D’un horaire de consultation

Je vis dans son œil naître sa peur

Suivi d’une longue hésitation

Et dans un sourire intimidé

Elle retira sa main de mon bras

Avant de dire que tout ira bien

Aux bonheurs de ses rêves

 

Petit Pierrot deviendra grand
Mais ne grandi pas trop vite
Devant la folie des hommes
Gardes ton âme d'enfant
La tête dans les étoiles
Accroché au croissant de lune
A la ritournelle d'un oiseau
Aux bonheurs de ses rêves

 

Au pied de la montagne

Tu as les mains dans la terre

Pour remodeler le monde

Sans guerre ni feu de haine

Glaise dans la fournaise

Statufiée pour l’éternité

Comme un vaccin de rappel

A la génération future

 

Sur le long chemin de pierre

Pieds nus comme un innocent

Tu danses encore et toujours

Devant les dieux des hommes

Qui se moquent du sacrifice

Du sang laissé sur le bas côté

Mais tu gagneras néanmoins

La mémoire des Justes

 

 

 

 

Petit Pierrot deviendra grand

Mais ne grandi pas trop vite
Devant la folie des hommes
Gardes ton âme d'enfant
La tête dans les étoiles
Accroché au croissant de lune
A la ritournelle d'un oiseau
Aux bonheurs de ses rêves

 

Accusé de la peste

Des maux de toute la terre

Car faut que le peuple exulte

On greffera sur ton visage

Le nez menteur de Pinocchio

Lynché sur la place publique

Souviens-toi de Gandhi

L’assassin est dans l’oubli

 

Lacéré par l’aveuglement

La chemise en guenille

Sur un lit de fleurs fraîches

Emmené par les justes

Vers ton dernier voyage

Un nuage cloué dans le ciel

Gronde sa colère noire

Dans un torrent de regret

 

 

 

 

Petit Pierrot deviendra grand

Mais ne grandi pas trop vite
Devant la folie des hommes
Gardes ton âme d'enfant
La tête dans les étoiles
Accroché au croissant de lune
A la ritournelle d'un oiseau
Aux bonheurs de ses rêves

 

 

Il me venait l’idée d’un rêve

Les yeux fermés sur mes trêves

Dans le dédale  de mes ténèbres

Cachée  au bout de la drève

Sous un bel arbre à prière

Un mini faisceau de lumière

Au reflet d’argent d’une rivière

A l’ombre de la lisière

Le furtif battement d’ailes

D’un papillon dans les airs

Cette sensation d’avoir l’air

Pressé de fuir le bois du cerf

Se précipiter comme un sourd

Vers la sortie de secours

 

 

Un beau gâchis quand même

L’élu était un traître

A défaut de requête

C’était la fin de la fête.

 

Ma belgitude en tête

Si loin de cette terre

Cette Vesdre rivière

Au quai de ma colère

 

Garde dans la mémoire

La courbe poétique

Le clapotis de l’eau

La musique des cloches

 

Je me souviens bien d’elle

Je me souviens très bien

Je me souviens bien d’elle

Je me souviens très bien

 

Verviers ma douce ville

Ne te fais pas de bile

Ne lâche rien à rien

Chiens ne méritent rien.

 

Elle payait pas de mine

Mais je l’aimais si belle

Blottie dans la vallée

La berge de la Vesdre

 

 

Si loin de cette terre

De cette ville mienne

Que je l’aimais si belle

Comme une belle perle

 

Si loin de cette terre

Je me souviens bien d’elle

Verviers ma douce ville

Ma tendre belgitude…

 

Je me souviens bien d’elle

Sous une pluie d’automne

Je me souviens bien d’elle

La brume monotone

 

Si loin de cette terre

Elle chavirait mon âme

Je me souviens bien d’elle

Verviers ma belgitude…

 

 

Puisque ce monde a l’air d’aimer…

Puisque ce monde a l’air d’aimer

De croire et de prendre toutes

Les infos pour vérité vraie

Puisque ce monde a l’air d’aimer…

de croire et de prendre toutes

les vessies pour des lanternes.

 

Un jour jaillira sans doute

De la bouche le mensonge

La vérité scientifique

Les trois coups de théâtre

Une nouvelle comédie

Une explication arrondie

Rien de plus normal sur terre

Tout va bien même sans lumière

 

Puisque ce monde a l’air d’aimer…

Puisque ce monde a l’air d’aimer,

de croire et de prendre toutes

les lanternes pour mirages

Puisque ce monde a l’air d’aimer…

de croire et de prendre toutes

les vessies pour des lanternes.

 

Génération de mes entrailles…

 

 

Désolé Monsieur le Président

Ma faute à moi est d’être né

Là-bas d’une mère abusée

Sur le chemin de son exil

Sur le bas côté de la route

Couleur dorée de ma peau

Elle ne vous plait guère je crois

Extrême nationale danger.

 

Extrême nationale danger

Extrême nationale danger

 

Mon père était de nulle part

Grand-mère de la Martinique

Fruit toujours du peuple banni

Sous la bannière des sans terre

Ni droite ni gauche ni centre

Extrême nationale danger

Cœur en écharpe tricolore

De larmes et de sang sillon

 

Extrême nationale danger

Extrême nationale danger

 

 

Dans mon grenier à peine éclairé

J’en ai bavé des années

A écrire des contes de fées

Des histoires enchantées

De ma pauvre vie libérée

Que j’ai toujours vu refusée

 

Dans mon grenier à peine éclairé

Il me venait de drôles d’idées

Réduire mes textes en fumée

Telle une fuite organisée

En apothéose saluée

De cette planète ravagée

 

Dans mon grenier à peine éclairé

Le son d’une cloche éloignée

Rappela mon âme écorchée

Aigri par une carrière ratée

Inspirant une plume acérée

Jusqu à la formule épuisée

 

Dans mon grenier à peine éclairé

L’ heure dernière écoulée

Faute d’une liane trop usée

La tentative fut avortée

L’espérance sitôt ruinée

C’était perpétuelle nuitée

 

 

Tout  le monde le sait déjà

Nous sommes au bout de notre route

Va bien falloir changer de cap

Amadouer dame nature

Lui implorer notre pardon

Réparer l’irréparable

Attester de notre amour

Le prouver chaque jour

Anéantir  les frontières

Laver le mensonge de l’âme

Etre digne de son accueil

Voir ce que d’autre ne voient plus

L’essentiel de notre vie

De notre bonheur arraché

Par la quête de l’égoïsme

Et qu’après moi y’a les mouches

 

Tout le monde le sait déjà

Notre liberté sous contrôle

C’est le début de notre perte

Un monde à l’avenir sinistre

Des lendemains tentés de sang

Qui seront aussitôt nié

Puisque tout le monde se ment

Pour vendre son âme au diable

 

 

Nous ne serons jamais fait comme les autres

Qui rêves de tout casser en monophonie

Alors que d’autres rêve en quadraphonie

Dans la tradition qui fut toujours la nôtre

Puisque nous ne sommes pas comme les autres

Mon Manneke à moi pisse sur le trottoir

Le bon péquet que Tchantchèt a aimé de boire

Et nos ministres entonnent la Marseillaise

En mangeant une frite moule mayonnaise

Sur l’une des plus belles places du monde

Où le bon roi Dagobert cache sa honte

Derrière une ritournelle surréaliste

Digne d’une célèbre toile de Magritte

Ce caillou en apesanteur à l’horizon

Qui menace d’anéantir notre raison

Ce chaudron d’où jaillit la potion magique

Cet antidote à notre fêlure tragique

Puisque nous rions de tous et de nous-même

Mille milliards de mille sabords quand même

Il va falloir se remuer le popotin, fieu

Restaurer le paradis jadis sous nos cieux

Fleurir la mémoire de nos anciens sacrifiés

Panser les plaies des vaincus et des humiliés

Et se dire que rien ne sera jamais vain

Face au pronostique du sage et du devin

 

 

Je ne sais presque rien d’elle

Sinon son nom d’elle Cécile L

L comme celui de la lune

Ou du cabinet d’un Ministre

Épris d’ivresse devant elle

De me laisser encore le temps

Le temps de la voir se lever

De la deviner sous sa blouse

Et sa robe bleue d’Irlande

Laine tricotée avec finesse

Paré d’un col liseré d’or

Dans sa démarche ondulée

Elle est vraiment très jolie

Que dire de plus je vacille

Ma tête cogne le soleil

Porte ouverte du paradis

Tapis d’ouate immaculé

Au fond des cieux la main de Dieu

Puisque c’est elle que j’attendais

Elle Cécile  L comme lumière

La main à nouveau dans la sienne

Que je lui accorde de bon gré

Elle me la prise avec ardeur

Faut surtout pas la secouer

Encore moins l’abandonner

Il en va de ma destinée

Pour moi la monde a changé

Les océans se sont versés

Et la terre s’est dérobée

Sous mes pieds immobiles

Ne l’abandonnez surtout pas

Non, jamais plus la même peine

Mais dans un sourire intimidé

Elle s’éloigna avec lenteur

Avant de dire que tout ira bien

Qu’il faut pardonner son geste

Un court moment de faiblesse

Petit bonhomme

 

Dis-moi petit bonhomme

Pas plus haut que trois pommes

A quoi rêves-tu la nuit

Sous ta couette le bruit

De tes petits sanglots

Fruit de tes gros bobos

 

Sans doute revois-tu là

Le film de l’au-delà

Où tu es dans les bras

De ta maman Sandra

Auréolée d’un voile

Belle comme une étoile

 

Je le comprends très bien

L’absence de ce lien

De ton cœur ravagé

Va te faire voyager

En quête d’un amour

Qui manquera toujours

 

La tête sur mon épaule

A l’ombre du grand saule

A mille lieux du blizzard

Y a pas de hasard

Tu espères le soleil

Une chaleur sans pareil

 

Un jour petit bonhomme

Tu deviendras un homme

Si tu le veux ma fois

Sans me copier tout’fois

Tu apprendras de moi

Le bon chemin pour toi

 

 

Dis-moi quand tu le veux

Accomplir ton vœu

Jouir d’une idée folle

Et prendre ton envol

Cet immense bonheur

D’une vie en couleur

 

C’est sûr petit bonhomme

Pas plus haut que trois pommes

Le temps passe très vite

Tu grandiras trop vite

Je serai fière de toi

Peut-être toi de moi.

 

Cette étoile qui brille

Dans cette galaxie

Est ton ange gardien

La nuit prie-la bien

Elle n’oubliera pas

De protéger tes pas

 

C’est ta maman du ciel

De ses beaux yeux de miel

Qui me l’a demandé

De ne jamais cesser

L’étreinte  éternelle

 D’un amour maternel

 

Tu vois petit bonhomme

De tes larmes en sommes

Lors d’un repas de roi

Un jour sera la joie

La fin de la bataille

D’une étreinte qui vaille

Nuit sans miroir

 

Un jour, être menteur

Si le monde le croit

Assoiffé de promesses

Au paradis terrestre

Une moquette de fleurs

Est un jour meilleur

Le soleil est de plomb

Coiffé d’un chapeau rond

 

Un jour être riche

Pour mépriser les gens

Cracher sur la presse

Le soleil et l’ivresse

Au rythme des notes

D’un juge à ma botte

Qui applique ma loi

Celle de Dieu avec moi

 

Un jour être trahi

Par son meilleur ami

L’école des menteurs

Celle des faux blagueurs

Des pilleurs de tombe

Et des vierges madones

Déguste son menu

Le filou parvenu

 

Un jour être ruiné

Pied nu dans la rue

Sans cœur à aimer

Ni famille à chanter

Sur un quai de gare

Sans fric et bagarre

L’œil au beurre noir

Et des nuits sans miroir

 

 

Un jour voir le monde

Cruel dans sa vérité

S’approcher du reste

Des miettes du reste

Et du cœur des sages

Assis sur la plage

Un banc d’éternité

Du pêcheur journalier

 

Un jour s’envoler loin

Au-delà des nuages

Tour de sérénité

Ôté de sa vanité

Escabeau des plaisirs

Du devoir secourir

Rien attendre en retour

Ce n’est pas un détour

 

Un jour être menteur

Si le monde le croit

Un jour être trahi

Par son meilleur ami

Un jour être ruiné

Pied nu dans la rue

Un jour voir le monde

Cruel dans sa vérité

 

Un jour s’envoler loin

Au-delà des nuages

Un jour s’envoler loin

Rien attendre en retour.

Un jour s’envoler loin

Au-delà des nuages

Un jour s’envoler loin

Rien attendre en retour.

Rêve

 

Accoudée à la rambarde

Je l'ai vue cheveux aux vents

Son regard tourné vers la mer

Avant de sonder mon regard
Que je n’ai jamais oublié

Elle hante ma tête et mon cœur
Bouleverse mes jours et mes nuits
Blâmant sans cesse ma réserve

Puisque désormais loin de moi

Comment lui dire que sans elle

Je ne suis rien dans ma vie

Tel un larbin déboussolé

Abandonné par son maître

Sur un voilier à la dérive

Loin des côtes de Lisbonne

De cette ville éternelle

Amante de la nostalgie

Des navigateurs aguerris

Voguant vers le nouveau monde

Pour la revoir cheveux aux vents

Son regard contemplant la mer

Envahi par le sentiment

D’une occasion perdue

Et les souvenirs d’un rêve

Sonho

 

Inclinando-se sobre os trilhos
Eu a vi com os cabelos no vento
Seu olhar voltou-se para o mar

Diante dos meus olhos sondar
E eu nunca mais esqueci
Assombra minha cabeça e meu coração
Chateando meus dias e noites
Sempre me culpando da minha reserva
Tão longe de mim agora
Como lhe dizer que sem ela
Eu não sou nada na minha vida
Como um fantoche confuso
Abandonado por seu mestre
Em um veleiro à deriva

Longe das costas de Lisboa

Esta cidade eterna

Amante de nostalgia

Dos navegadores experientes
Navegar para o novo mundo
Para revê-la os cabelos no vento
Seu olhar contemplando o mar

Invadido pela sensação
Uma oportunidade perdida
E memórias de um sonho

Révolution

 

Le peuple était endormi

Par des siècles de misère

De longues guerres et de famines

Priant pour la paix éternelle

Dans le brouillard du matin

Un jour du mois de septembre

Debout valeureux et fière

Face à l’armée du batave

Désireux de lui soumettre

Une volonté linguistique

 

Dans le charnier de la Place

Gisaient des hommes sacrifiés

Nombres valeureux mutilés

En larme face au désastre

Qu’offrait encore la brume

Avant qu’elle ne se dissipe

Au-dessus de la ligne de front

Sur le Parc Royal déserté

Par l’artillerie en fuite

Vers la terre des Pays Bas

 

Ô doux Jésus qu’elle fut la joie !

Cette liberté retrouvée

Après autant de décennies

Voire des siècles de soumissions

Des puissances étrangères

De pouvoir tracer lui-même

Le chemin de sa destinée

L’Histoire de ses blessures

Et entonner main dans la main 

L’hymne à son nouveau berceau

Écrit sur un coin de table

De la taverne l’Aigle d’or

Sous la plume de Jenneval

Acteur et poète français

Morts dans cette révolution

Allons enfants de la patrie

Fut relégué aux oubliettes

Au profit de la Brabançonne

« Et tu verrais tomber l'Orange
De l'arbre de la liberté »

 

Par le rêve et le courage

Malgré les obstacles sans nom

Bâtir le socle de l’union

Neuve version bercée d’illusion

De la Brabançonne chérie

Chantée d’une seule voix

Musique d’un peuple heureux
Invincible et audacieux
« Aura pour devise immortelle:
Le Roi, la Loi, la Liberté! »

Lumière

 

Dans un rai de lumière du petit matin

Assise en tailleur au sommet de l’escalier

De la maison juchée sur de vieux pilotis

Au bord d’une rizière couverte d’eau

Sur laquelle on admire le lever du soleil

Tu regardes passer l’attelage de boeufs

De son pas lent écrasé par la charge

Tu rêves d’une autre vie plus citadine

Le bras d’un homme autour de la taille

Et de l’amour qui te rendrait heureuse

 

Dans un rai de lumière du petit matin

Tu as regroupé quelques effets personnels

Dans un morceau de tissu servant de pagne

Tu es partie les pieds nus dans la poussière

Vers une destinée pour le moins incertaine

Laissant tes parents dans un grand désespoir

Dans l’inquiétude qui ronge les jours et les nuits

Et dans la ferveur de découvrir l’autre monde

Tu marches avec insouciante vers la métropole

Le macadam brûlant sous tes pieds innocents

 

Dans un halo de lumière d’une fin de nuit

Assise en tailleur au sommet de l’escalier

Devant la porte de ta minuscule chambre

Au centre d’un quartier des filles que l’on paye

Pour danser sur les comptoirs des bars de nuit

Tu rêves d’un autre monde et d’une autre vie

Celle que tu as délaissée au bord des rizières

Mais malgré la misère et la faim qui tenaille

Le rêve devenu peu à peu cauchemardesque

Te retient toujours sur le bas côté d’la route

Dans un rai de lumière du petit matin

Le vent fait murmurer les festons de papiers

Les prémices d’une fête à la gloire de Bouddha

 Assise sur le rebord d’un escalier d’un temple

Tu pries pour voir enfin surgir l’amour de ta vie

Au moindre petit bruit que tu crois déceler

Les yeux grands ouverts tournés vers la piste

Tu vois alors la poussière soulevée par les vents

D’où surgit la silhouette d’un bel inconnu

Qui s’arrête pour demander son chemin

 

Dans un rai de lumière du petit matin

Le bonheur installé te fait chanter les Dieux

Tu vénères l’amour de cet homme tombé du ciel

Mais tu crains aussi de tout perdre à la fois

En ouvrant les yeux à l’heure du chant du coq

Alors pour plaire à celui qui partage ta nuit

Tu danses les pieds nus jusqu’au petit matin

Ton corps épuisé offert à ce Dieu sans nom

Un méprisable aventurier de passage

Qui s’en partira sans demander son reste

 

Dans un rai de lumière du petit matin

Tu retourneras au bord de la rizière

Les pieds nus dans la poussière de la piste

Battre les épis en bottes pour la récolte

Aux cotés d’un homme qui t’aime en silence

Et que tu regardes pour la première fois

Dans un rai de lumière du petit matin

Fidèle à l’amour que tu lui apporteras

Il ne s’en partira jamais voir au-delà

Si les beautés éphémères sont mirages

Fleur d’Amazonie

 

Jolie fleur des Amériques   

Sous ta toilette opaline

Délicates épaules nues

Satinées à la cannelle

Et cheveux en cascades

Se dessine vertigineuse

Une très affolante chute

De tes reins irrésistibles

 

Ton pétillant regard affable

Respire la joie de vivre

Et de tes lèvres gourmandes

S’offre un doux goût de mielle

Aromatisé au girofle

Et bracelet à ta cheville

Juchée sur tes hauts talons

Tu vas et viens sur le globe

 

De tes jambes infinies

Que tu croises et décroises

Sans bas nylon ni culotte

Brute au fond des ténèbres

Mystérieuse perle de nacre

Invite à la découverte

Que l’homme en ce bas monde

N’écoute plus que ton souffle

De la fleur à l’effeuillage

Se découvre le tatouage

Qui orne tes belles côtes

Comme le serait un socle

Pour tes petits seins fermes

Ronds comme des fromages

Offert à l’appétit féroce

D’un amant plutôt sauvage

 

Captivé par le paysage

Et ta petite main qui guide

Vers la vallée vertigineuse

Les cascades et les rapides

Où seule la mort est petite

L’oubli de soi et des autres

Un léger bonheur en partage

Une éternité si fragile

 

Jolie fleur d’Amazonie

Déesse du fleuve mythique

Ton sourire est comme l’ivresse

Qui fait chavirer les têtes

Des hommes les plus coriaces

Qui reviendront à la source

De ton parfum de mangue

Pour se perdre une fois encore

Au-delà de nos rancœurs

 

Mon ami ne me laisse pas périr

Offre-moi une bouffée d’espoir

Et partage cette belle terre

Que nous avons gagnée ensemble

L’un au fond d’une fosse minière

L’autre dans un champ de betterave

Unis dans de longues souffrances

Des multiples invasions étrangères

Appétits féroces de Napoléon

A celui de Guillaume d’Orange

De la poudre des canons meurtriers

Qui coûta la jambe à l’un des nôtres

Mais qui nous offrit la liberté

De choisir notre propre destinée

Malgré nos perpétuelles différences

Puisque nous avons inventé ensemble

La richesse unique du compromis

De vivre l’un à côté de l’autre

A défaut de vivre l’un avec l’autre

Au grand regret du premier souverain

Mon ami ne me laisse pas mourir

Sur cette scène de théâtre

Berceau de notre révolution

Fierté d’un peuple courageux

Qui rêva à des jours meilleurs

Bien au-delà de nos rancoeurs

Puisque jadis l’un de nous fut prospère

Jalousé pour sa technique picturale

Et l’art de son florissant commerce

Bien avant l’éclosion de nos forges

Rage du feu au cœur du Pays Noir

Tant convoité par les envahisseurs

Que nous avons boutés hors de chez nous

A coup d’insoumissions et de refus

Du grain de folie qui nous appartient

Nous unis sur les chemins chaotiques

Pour un futur tout aussi poétique

Improbable mariage de raison

D’amour et de haine réciproque

Depuis la pose de la première pierre

Tous droits de traduction,

de reproduction et d’adaptation

réservé pour tous pays

 

© Christian Janssen

 

 Déposés à la Société des

droits d’auteurs Sabam

Belges Lettres

 

Tristesse face au désarroi

Du monde des livres sans roi

Confrérie d’éditeurs bidon

A genoux devant les tétons

Des innombrables Ministères

Où il n’y a aucun mystère

Sinon celui des comédies

Arts des cocktails et compagnies

Rond de jambe à s’encanailler

Pour quelques sous à grappiller

 

Que dire encore de ce constat

Armée d’auteur aux combats

Fusillé sur le champ d’honneur

Bien avant l’avis d’un lecteur

Du courrier postal au panier

Avant de se voir calomnier

Parfois plagié la belle affaire

Le quidam n’est qu’un pauvre hère

La presse entière kabbale

Le va-nu-pieds ne vaut que dalle

Poète amoureux du sublime

De la critique à la maxime

Exhibé comme une pépite

Louangé par un clan d’élite

Il finit quand même à la diète

Une vie aux repas de miettes

Esclave des belges Lettres

Une vache à lait à soumettre

Au bénéfice des imposteurs

De ces prétendus éditeurs

 

Mais qu’importe les lendemains

Du petit commerce des nains

Que toute l’année soit l’automne

Que cela ne nourrit personne

Une ivresse à la gueule de bois

Vagabondage du hors la loi

Le mépris affûte la plume

De la marée jaillis l’écume

Une prose prédicative

Témoin du monde à la dérive

Toujours

 

Elle peut quand même tout me faire

J’avoue que je n’en ai que faire

De son rire qui me lacère

Je l’aime tant que je peux m’y faire

De toute manière que puis-je y faire

Elle est mon socle et ma misère

Dès lors il n’y a qu’à s’y faire

Pardonner ce qu’elle aime faire

 

Pour elle trahir n’est pas trahir

C’est voyage, dédale et plaisir

De l’amant objet du désir

L’aventure à n’en plus finir

Que rien ne peut plus interdire

Elle se fiche bien du médire

De ce qui pourrait la punir

Des nombreux regrets à venir

 

Quand je lui avoue mes peurs

A la main mon bouquet de fleurs

Elle lave ses mains avec mes pleurs

Me regarde la bouche en coeur

Et affichant un air moqueur

Ma belle espérance se meurt

De la retrouver tout à l’heure

Au bénéfice de ses faveurs

Sans elle c’est comme le désert

La vie semble marcher à l’envers

Les chemins sont tous de travers

La nuit sanglote toutes mes prières

Et puis survient le rude hiver

Mon cœur gelé à la frontière

Mourir derrière la barrière

Faute de ses bras grands ouverts

 

*

Comme tu le vois je pleure toujours

La seule et même femme de toujours

J’y retourne encore et toujours

Vers celle qui me fascine toujours

Illusions

 

En se perpétuel revers

De mutinerie et de guerre

De rage et d’instinct animal

Qui ne perçoit plus rien de mal

Au sortir tout droit de l’enfer

Avec une gueule de travers

Et un aveuglement furieux

Face au désastre de ces lieux

De milliers de vies envolées

Et de générations brisées

Du peuple brimé en colère

Que plus personne ne tolère

 

Derrière une porte bien close

D’où surgit ce que l’on ose

Se dessine au bout du couloir

Une onde éternelle d’espoir

Les prémices d’une aurore

Sourde avant d’être sonore

La mélodie du courage

Entonnée par l’un des sages

Tout à la fois guide et rêveur

Architecte aussi bâtisseur

D’une démocratie illusoire

Le vice s’invite au pouvoir

Bonnes gens conservez la niaque

Brisez l’ivresse du cognac

Aussi violant qu’un ressac

Car la peau de l’ours est coriace

Tout aussi grogneur qu’un yack

Puisque de son air démoniaque

Il offre une coupe d’ammoniaque

Tel un nectar aphrodisiaque

Comme dans les tableaux orgiaques

Et les semblants paradisiaques

L’homme est un toxicomaniaque

Loin d’être un dandy de Balzac

Sandra

 

Sandra est sortie de mes nuits

De mes nuits les plus sombres

Arrachée un soir à la vie

Dans un salon de beauté

Sous les balles des truands

A Bahia de tous les saints

 

Peau d’ébène et sourire captif

Morphologie longiligne

Rien ne la privait de sa honte

D’être à la fois négresse

Analphabète et pauvre

Une favelada humiliée

 

Dans les collines de la ville

Elle s’évadait dans les ruelles

Pour échapper aux raquetteurs

Amis de mauvaises fortunes

Ces capitaines des sables

A qui elle avait vendu son âme

 

Dans son bidonville mal famé

Elle m’invitait parfois la nuit

Dans les estaminets pour camé

A partager sa double vie

Celle que je ne voulais par voir

Tant elle me faisait de la peine

 

 

 

Sandra est sortie de mes nuits

De mes nuits les plus sombres

Ma vie et mon cœur sont brisés

Elle était la femme de ma vie

La maman du fruit des ma chaire

Le moteur de mon bonheur

 

Et qu’importe tous ses défauts

Ils rythmaient le sens de ma vie

Jamais un jour sans surprise

Mais maintenant qu’elle n’est plus là

Pour m’emmener dans son monde

Se présente un vide abyssal

 

Car même si de ton vivant

Tu l’as bien souvent laissé seul

Eduardo ma chère Sandra

Notre fils te pleure avec moi

Moi loin de vous en Europe

Jamais nous ne t’oubierons

 

Sandra est sortie de mes nuits

De mes nuits les plus sombres

Arrachée un soir à la vie

Dans un salon de beauté

Sous les balles des truands

A Bahia de tous les saints

Le désespoir du juste

 

Face à ce monde radicalisé

Une arme destructrice dans les mains

Qui se revendique au nom de Dieu

Il y a le désespoir du juste,

De celui qui sauve les victimes

Au détriment de sa propre vie

 

Face à ces gourous radicalisés

Des paroles et des actes assassins

Qui détricotent les démocraties

Il y a la résistance en marche

De l’opprimé qui dit non au manant

Pour préserver sa chère liberté

 

Face à ces âmes radicalisées

Que les félicitées promises

Se jettent dans l’abime d’encre

Il y a la compassion du sage

La volonté d’une résurrection

Pour la mémoire en héritage

Je rêve de vous

 

Je rêve toujours de vous dans mes nuits blanches

Je rêve de vous en couleur, en noir et blanc

Je rêve de vous en deux et trois dimensions

Je rêve de découvrir le bout du monde

Je rêve de glisser mes doigts dans vos cheveux

Je rêve de vos yeux dans lesquels je me noie

Je rêve de fendre la mer de ma rame

Je rêve de voir murir votre petit ventre

Je rêve du fruit de nos éclats de rire

Je rêve de notre improbable amour

Je rêve de vous à chaque instant de ma vie

Je rêve alors de vous comme je respire

Je rêve de tous vos rêves les plus secrets

Je vous rêve en voyage sur la lune

Je vous rêve folle amoureuse de moi

Je vous rêve complice dans mes nuits blanches

Guerre de Dieu

 

Boire pour vaincre la peur

Qui s’abat sur les métropoles

En ces jours sinistres d’automne

Sous une gelée prémonitoire

D’un hiver couvert de neige

Qui annonce pourtant l’enfer

Du probable sentiment de guerre

Contre une armée des ombres

Venue d’un désert lointain

Accoutré d’étranges ceintures

Prête à offrir le feu du diable

Pour laver les âmes impures

De ces mécréants incroyants

Sans barbe ni voile d’Allah

Qui disent merde quand même

A la terreur des suicidaires

En trottant à travers les villes

Sous les contrôles militaires

Pour entonner en cœur vaillant

Un hymne à la liberté

Boire et déboire

 

Je bois pour écrire et j’écris pour boire

Un vice sans fin pas toujours joli à voir

Car au fond de mon verre le désespoir

Dans lequel je cherche sur moi le savoir

Une quête pathétique et dérisoire

Face à ce que je vois dans mon miroir

 Comme d’autres boivent l’amour perdu

Je bois pour aimer ce que je n’aime plus

Ces aventures au coin d’une rue

Qui abime l’âme et vous met à nu

A chaque nuit où le cœur n’y est plus

Sur le trottoir de ce bordel qui pue

Le bonheur est dans le premier verre

Et l’enfer est dans le fond de la bouteille

Avec la gueule de bois au réveil

Devant la misère de mon café

Le regard fatigué sur mon passé

Celle d’une vie perdue sur la terre

Donc je bois pour ramasser les morceaux

Et je cuve au quotidien mes déboires

Vivre mes rêves

 

Mais laissez-moi vivre mes rêves

Lâchez-moi un peu les baskets

Je veux croire à mes illusions

Que vaincra le pot de terre

Contre le fameux pot de fer

Rien n’est jamais définitif

Comme inscrit dans le marbre 

Pourquoi voulez-vous sans cesse

Ramener tout au négatif

Me prendre pour un doux rêveur

Un naïf né de la dernière pluie

Je sais ce que vaut la Justice

Un tas de fumier immoral

Mais dois-je pour autant me taire

Me soumettre à l’injustice

Pour la bonne et simple raison

Que je ne représente rien

Comment survivrais-je ensuite

Le matin devant le miroir

Devant ma face de couard

De ce poltron mal rasé

Ce pleurnichard tétanisé

Par la peur de perdre son slip

Prétextant mille et une excuses

Justifier son abdication

Et laisser ses rêves dehors

Se conformer sans protester

Sans engager une bataille

Certes perdue d’avance

Mais mourir avec dignité

La tête haute l’arme à la main

Pour ne jamais rien regretter

Hommage posthume

 

La nuit ils viennent me visiter

Dans mon sommeil profond

Sans doute pour me prévenir

Que quelque chose se trame

Mais de quoi je n’en sais rien

Ils ne disent rien mais je devine

Je crois qu’ils veulent m’aider

Ouvrir une porte de secours

Mon nom écrit en lettre d’or

Dessiner sur un arc-en-ciel

Comme à la fin d’un orage

Traversé depuis mon enfance

Ma tête collée à la porte vitrée

De mon dernier regard vers elle

Dans cette salle de réanimation

Où le sursis était bien engagé

Avec son cœur abimé par la vie

Derrière un respirateur bruyant

Et de bip bip d’un autre monde

De papa de retour de l’hôpital

Pour nous dire que tout était fini

Sans doute fini sauf un miracle

Qui aura lieu un peu plus tard

 

 

Rendant la vie plus supportable

Sans peur de se lever le matin

Avec la nouvelle d’un désastre

Excepté celui des prouts de papa

Que je comprends aujourd’hui

Au calendrier du même âge

Avec les intestins fragiles

Les ongles noircis par le labeur

D’ouvrier au volant d’un camion

Qui me faisait bêtement honte

Jurant de ne pas copier son destin

Lequel vous rattrape toujours

Ruiné et acculé par la misère

Je pleure sur le même chemin

Les yeux tournés vers le ciel

Implorant une miséricorde

Que mes parents n’ont pas eu

Et que j’aimerai leur offrir

Sans autre forme de procès

Tel un hommage posthume

Avant de les rejoindre un jour

Quelque part où il fera bon

Sans les avoir jamais trahi

Un homme en colère

Un soir du mois de mars

Vous sortez de chez vous

En claquant la porte

Pour respirer l’air frais

Au bord de la rivière

Écouter les clapotis

De l’eau en cascades

Sur les pierres polies

Et le chant lugubre

D’un hibou mystérieux

Oublier les misères

La vie au quotidien

Les ragots infernaux

Les cris de la mégère

L’odeur du pain brûlé

La vaisselle brisée

Les accusations fausses

Les reproches qui tuent

Et puis marcher, marcher

Le nez pointé au vent

Apaiser sa colère

Refaire le monde

Imaginer une autre vie

Larguer les amarres

Prendre le large

Voguer au gré du vent

Ne jamais revenir

Ne pas revoir l’enfer

L’injustice du monde

Les faux prédicateurs

Les règlements iniques

L’hypocrisie des lois

L’esclavage moderne

L’asservissement du peuple

Et l’inertie coupable

Faudrait mettre le feu

Réveiller l’agneau qui dort

Par l’obole corruptrice

Satisfait de son sort

De la tête hors de l’eau

 

 

A peine de quoi survivre

Pour pas se révolter

Oui, pour pas protester

Se conformer du peu

D’une vie de brebis

D’une vache laitière

D’une bête de somme

D’un idiot obéissant

D’un aveugle heureux

De la chaire à canon

D’être un objet jetable

Une matière marchande

Un produit recyclable

Du commerce odieux

Qui emmène tout droit

A l’irrespect du monde

Une injure à la vie

A la colère des pauvres

De ceux qui sont en bas

D’où jaillissent les cris

Là où les cœurs gémissent

Loin de la rédemption

Broyé par le rouleau

Contraint à faire silence

Devant l’arme du crime

La menace du puissant

Le futur incertain

Du lendemain chômeur

Du « marches où crèves »

Ce moule sociétal

Dicté par quelques hommes

Dont l’unique portée

Est le profit personnel

Un moule qui écrabouille

La dignité humaine

A laquelle s’accrocher

Contre vent et marée

Même si un soir de mars

Vous sortez de chez vous

En claquant la porte…

António Moura de Santarém

 

António Moura de Santarém

De son Portugal vissé au corps

Á un jour débarqué à Liège

Pour y mener une nouvelle vie

Loin du dictat violent de Salazar

Sans jamais trahir son amour

Pour cette terre tant chérie

Qu’il commémorait sans cesse

En tenant à bout de bras le Club

Des travailleurs portugais de Liège

Bien souvent au bord de l’implosion

Mais qui restait à chaque fois debout

Comme de perpétuelles renaissances

Avec une volonté qu’il puisait là-bas

Chaque année à la Saint-Martin

Ému et toujours au bord des larmes

Par la nostalgie de son enfance

De cette terre qui ne le quitta jamais

António Moura de Santarém

S’en est allé voir les pâquerettes

Et les membres du club de Liège

Sont aujourd’hui comme des orphelins.

 

mars 2017

Fagnardise.

 

Lors d’une balade fagnarde

Sous un soleil au zénith

Accompagné d’un papillon

Et du bruissement d’un oiseau

Tapis dans le feuillage d’un saule 

Je m’assis sur les caillebotis

Pour admirer la ligne d’horizon

Brisée par un pin tortueux

Parfait résumé de ma vie

Puis comme une douce caresse

Un vent maternel m’emporta

Et je me suis mis à pleurer

 

Spa 19 juillet 2017

Marraine

 

Marraine, un jour cela devait arriver

Je le savais, mais on espère toujours

On reste souvent un peu dans le déni

Votre sœur qui n’est autre que ma mère

A ma naissance vous avait choisie

Pour veiller sur moi le jour où…

Car c’est bien cela le rôle de la marraine

Mais les aléas de la vie jouent des tours

Des décennies nous avaient un peu séparés

Puis un jour votre sœur s’en est allée

Moi je m’envolais parfois vers le Brésil

Là où vous avez une partie de votre chaire

Et voilà qu’un jour on s’est retrouvé là-bas

Depuis lors on ne s’est jamais oublié

Comme une seconde maman devenue

Marraine tu fus, marraine tu resteras.

 

Aubel 26 juillet 2017