Lors de plusieurs discussions sur Internet, j'ai pu lire
que certaines personnes pensent que Civiello est un excellent
illustrateur, mais en BD, ce serait à revoir. C'est une
odée qui se défend parfaitement, je l'admet.
Civiello illustrateur
L'on
ne peut que rester bouche-bée face au dessins qui illustrent
le "Livre des Apprenties Sorcières", c'est
incontestble. Le travail de Civiello représente parfaitement
ce que l'on pouvait attendre de lui. Ces dessins sont en effet
doté d'une certaine magie, aussi bien quand ils sont
mis en couleur que quand il s'agit de crayonnés.
Vu que j'évoque déjà ces dessins dans
un article consacré
au livre, je ne m'attarderai pas d'avantage là dessus.
Par ses nombreux ex-libris, Civiello
nous montre aussi son talent d'illustrateur. Je me souviens
d'ailleurs d'une boutique BD où ils affichaient fièrement
(et on les comprend) que l'album (Le
Roy sans Cœur) était accompagné d'un
"magnifique ex-libris". Plusieurs autres albums étaient
accompagnés d'ex-libris, mais ces ex-libris ne bénéficiaient
pas (parfois à tort) du terme "magnifique".
C'est vrai que voir un ex-libris de Civiello est toujours un
pur bonheur.
Mais
le travail d'illustrateur de Civiello ne s'arrête pas
là. On peut citer les dédicaces,
qui peuvent, sans crainte pour la plupart, rivaliser avec certaines
illustration qui accompagne des livres. Citons pour terminer
les autres travaux, qu'il ne faut pas oublier. Par exemple,
Civiello a réalisé une splendide affiche à
l'occasion de la sortie du premier volet du Seigneur des Anneaux
en 2001 (plus belle que celle du film amha), et une couverture
en 2002.
Civiello illustrateur? Il me semble que plus rien n'est à
prouver ! Civiello rivalise avec les meilleurs.
Mais à part ça, la BD?
Bien sûr, la BD, c'est pas une suite d'illustrations,
loin de là. Aussi, un bon illustrateur n'est pas nécessairement
un bon dessinateur de BD. Maintenant, est-ce le cas de Civiello?
C'est sûr, au début, dans Igguk
surtout, le découpage des scènes n'est pas terrible.
Inutile de le nier. C'est ce qui fait que beaucoup diront ou
on dit que "c'est beau, mais c'est embrouillé".
Mais cela est-il un défaut que Civiello ne parvient pas
à corriger au long des albums? Non, que du contraire,
ça évolue plus que positivement. Je propose de
citer Civiello à ce sujet, car ses propos reflètent
bien l'impression que j'avais...
"Lorsque j'ai début La Graine de Folie,
je réalisais mes planches au feeling, comme ça
me venait... Je privilégiais les belles images, certainement
au détriment de la fluidité du récit.
[...]
Je cherche toujours à réaliser de belles images,
mais je pense à les faire coïncider avec les besoins
de l'histoire. [...]
Il est vrai que je me suis souvent égaré dans
des directions différentes, sans toujours respecter les
bons critères... Une page de BD doit faire circuler
une information avec un sens, c'est ce qui permet au lecteur
d'avoir une bonne compréhension de cette planche. [...]
Pour les cadrages, Thomas (Mosdi) me propose différents
choix que je peux accepter ou pas. Le plus souvent, je colle
assez didèlement à ce qu'il me décrit"
Plutôt que d'ajouter quelque chose à ces propos,
ce qui risque de faire répétition, observons plutôt
ce qui se passe dans ses BD's :
Autant
vous prévenir tout de suite: je n'ai jamais eu la prétention
d'être un expert en découpage, cadrage ou quoique
ce soit !
J'ai choisi cette planche pour une raison bien simple: je n'ai
pas bien saisi l'action à la première lecture.
J'ai du m'y attarder pour mieux comprendre.
En fait, j'ai l'impression que la situation n'est pas assez
explissite. J'entends par là qu'il y a trop de sous-entendus,
évident pour l'auteur, moins pour le lecteur: Prenons
pour exemple la case 6: sur quoi frappe Igguk? Les trolls ou
l'arbre? Et les trolls? D'où viennent-ils? Pourquoi Igguk
ne les a pas vu avant? Par quoi étaient-ils cachés?
Tant de questions, qui trouvent facilement réponse grâce
à un regard plus attentif, mais qui ne devraient pas
être en BD.
Avant de passer à une planche du Roy sans cœur,
je précise que Igguk reste très agréable
à lire malgré le défaut mis en avant ici.
J'ai
chosi cette planche parce que j'ai particulièrement apprécié
le découpage d'une scène pourtant très
simple, assez futile.
En effet, même si la "caméra" tourne
pour mieux s'éloigné tout au long de la planche,
le gros plan, fort utile pour suivre le texte, ne gêne
nullement.
De plus cette scène essentiellement basée sur
du texte conserve une "certaine quantité de mouvement"
qui ne déplait pas.
Enfin, malgré le net progrès du découpage,
les dessins sont tout aussi somptueux qu'avant.
A noter d'ailleurs que les personnages sortent mieux des décors,
ce qui facilite la compréhension de l'action.
Conclusion:
Si j'admet volontier que les tout premiers albums ne bénéficient
pas d'un découpage à la hauteur du dessin, il
faut considérer qu'il s'agit là de premiers
albums d'un jeune auteur, formé, à
la base, comme illustrateur. L'arrivée d'un scénariste
(Mosdi) est sans doute des plus bénéfiques puisque
Civiello a maintenant des indications quant au découpage.
Civiello est donc sans conteste un excellent illustrateur.
Mais les progrès qu'il a déjà accomplits
en BD sur seulement 5 albums laissent augurer du meilleurs pour
ce jeune auteur qui, sans nul doute, est plein d'avenir
08/03/2003 |