Les Habsbourg

Soirée thématique : « Les Habsbourg », Arte, 20 h 45.

Tant crie-t-on Noël que Sissi vient… Sur Arte aussi, les Habsbourg sont de la fête. Et ils sont partout, même chez nous !
Il y a le sapin, la crèche, le foie gras, les huîtres, les bisous sous le gui et… Sissi : les fêtes de fin d'année ne seraient pas vraiment ce qu'elles sont si l'une ou l'autre chaîne de télévision ne ressortait de sa cinémathèque la sirupeuse et délicieusement désuète série des contes de fée en culotte de peau, grandes chopes de bière brassées selon les principes du « Reinheitsgebot » et valses viennoises sur la vie peu banale d'Elisabeth de Wittelsbach qui devint impératrice d'Autriche avant de tomber sous les balles d'un anarchiste.
Pas vraiment de surprise, ici : TF1 répond, comme il se doit, présente à l'appel. Arte, la chaîne franco-allemande, a eu une idée un peu plus ingénieuse : en ce lendemain de Noël, toute la soirée sera consacrée à la dynastie des Habsbourg qui fait de nouveau beaucoup parler d'elle depuis ce mémorable 9 novembre 1989 : la chute du mur de Berlin avait alors ouvert une fameuse brèche dans l'ancien empire communiste.
C'est que d'aucuns se sont mis à rêver d'une restauration de la plus européenne des dynasties, qui avait sombré au lendemain de la Première Guerre mondiale… dans cette partie centrale et orientale du continent.

HABILES AUSSI EN AFFAIRES

Il faut dire que contrairement à d'autres familles régnantes dont le départ du trône fut vraiment synonyme de déclin, les Habsbourg ont gardé, si on ose dire, la main… en se reconvertissant notamment dans le monde des affaires. Autre élément qui pouvait faire croire à un retour possible : la politique de présence tous azimuts d'Otto de Habsbourg, infatigable animateur du Mouvement paneuropéen sous la bannière de la CSU bavaroise et qui peut de fait revendiquer la succession de la lignée, étant le descendant direct du dernier couple impérial d'Autriche-Hongrie. La seule évocation de son nom soulève des débats parfois passionnés et fort contradictoires.
C'est que d'aucuns lui prêtent depuis toujours de très noirs desseins. N'ayant jamais caché ses faveurs pour une Europe (« sociale ») chrétienne, on suspecte ce supporter de Charles-Quint (un de ses ancêtres, « qui régnait sur un empire où le soleil ne se couchait jamais ») d'agir en coulisses et de tisser une toile d'araignée internationale truffée de chevaliers de la morale proches des thèses de la droite plus radicale.
Force est de constater que l'Archiduc (qui fit ses études à l'université catholique de Louvain) n'a cessé de jouer le jeu démocratique ayant renoncé définitivement au trône d'Autriche en 1961. Cinq ans plus tard, il était finalement autorisé à fouler son sol natal, mais il finit par opter, plus tard encore, pour la nationalité allemande. Et lorsque l'Europe centrale put, enfin, regoûter aux plaisirs (parfois passagers, il est vrai) de la démocratie, l'Archiduc ne se mit guère en avant.
Plus étonnant, encore qu'on puisse dire que le maintien d'un bloc communiste renforçait son « fonds de commerce » : dans une interview parue, il y a deux ans dans « Le Soir illustré », l'Archiduc-député exprimait de grandes craintes de voir l'Europe se retrouver en guerre après la rupture de l'équilibre de la terreur… A vrai dire, il ne se trompait guère, du moins pour certains pays de l'ex-URSS, et il avait déjà, comme nous, sous les yeux les tragiques péripéties de la crise yougoslave…
L'Histoire des Habsbourg se confond aussi avec celle de notre pays. Non seulement parce que plusieurs d'entre eux dirigèrent nos contrées mais aussi parce que les Saxe-Cobourg de Belgique contractèrent plusieurs unions avec des descendants de la grande dynastie européenne.

DE CHARLOTTE À ASTRID

Ainsi, au siècle dernier, la princesse Charlotte, fille de Léopold Ier épousa Maximilien de Habsbourg. Ce qui commença aussi comme un conte de fées – décidément… – se termina tragiquement au Mexique. Le premier roi des Belges ne put refuser une main habsbourgeoise à sa fille, alors que personnellement, il eût préféré la donner à un prince allemand ou au roi du Portugal. Le couple se retrouva à la tête de l'empire du Mexique, et aurait pu lui donner un grand destin si Maximilien ne s'était enlisé dans les délices du pouvoir : préférant lutiner dames de noble extraction et simples filles de jardinier, il ne s'occupa guère de son Empire. Quant à Charlotte, elle sombra peu à peu dans la folie. Laurence van Ypersele, déjà auteur d'une magistrale analyse sur le mythe d'Albert Ier a étudié la correspondance de l'impératrice, montrant que son égarement n'avait d'égal qu'un certain talent, – ce qui est, sans doute, le fait des (grands) créateurs…
Aujourd'hui, un Habsbourg se tient à nouveau au pied du trône de Belgique. Le prince Lorenz, puisque c'est bien de lui qu'il s'agit, époux et père modèle, banquier – et sympathisant, dit-on, de la catholicité la plus militante – répond suffisamment parfaitement au portrait-robot du gendre idéal pour être le prince consort d'une deuxième reine Astrid. Et, de fait, la fille d'Albert II pourrait prétendre au trône si Philippe y renonçait. Simple hypothèse d'école pour le moment, l'héritier direct ayant confirmé son intention d'aller lui aussi jusqu'au bout. Mais sait-on jamais ?

CHRISTIAN LAPORTE