La colère du Roi.

Télépro N° 2485 du 18/10/01

Accusé dans un livre, indigne, Albert Il se défend en justice.

C’est jeudi 18 octobre que le Tribunal des référés de Paris devait rendre son ordonnance dans l'action qui oppose Jean Nicolas et la maison d'édition Flammarion à l'État belge et Albert II. En cause, un livre qui accuse le Roi d'avoir participé à des parties fines et saboté l'enquête sur les réseaux pédophiles.
De mémoire de conseiller au Palais royal, on n'avait jamais vu ça : « C'est la première fois qu'un souverain belge entame une action en justice », confirme-t-on à Laeken. L'affaire, il est vrai, est peu commune. Elle n'a rien d'anecdotique. On aurait mal compris que le Roi ne réagisse pas à la campagne de diffamation menée par l'ex-« journaliste » belge Jean Nicolas, et relayée - par défi ou imprudence ? - par une grande maison d'édition française, Flammarion.
Pour rappel, Jean Nicolas, poursuivi dans différents dossiers pénaux, a truffé son dernier livre – « Dossier pédophilie : le scandale de l'affaire Dutroux » - d'accusations graves à l'égard de l'État belge et de ses représentants : la Belgique serait totalement gangrenée, dirigée par des « pédocriminels » et des escrocs. Le Roi, qui a pourtant pris position à plusieurs reprises contre les faits de maltraitance envers les enfants, aurait pris part à des parties fines et fait avorter l'enquête…
Le palais de Laeken, dont la discrétion est pourtant proverbiale, a immédiatement réagi, rappelant que l'auteur est actuellement poursuivi à Neufchâteau pour 62 préventions et que son livre ne fait rien d'autre que proférer « des accusations grotesques à l'adresse de notre pays, allant même jusqu'à porter atteinte à la personne du Roi ». Le Palais s'étonne aussi de la naïveté, voire de l'inconscience, de l'éditeur français qui « se discrédite en publiant des allégations faites par des fabulateurs à la recherche de sensationnalisme ».
Il n'y aurait pas, estiment les représentants de la Maison royale, de révélations fracassantes à attendre de Jean Nicolas : l'auteur se serait contenté de compiler des rumeurs, bruits de couloirs et calomnies maintes fois dénoncées par les principaux concernés, mais aussi par la justice. Le gouvernement est, lui aussi, monté au créneau, évoquant « une atteinte inacceptable à la dignité de notre pays et de ses habitants » et rappelé que l'affaire Dutroux n'a, hélas voudrait-on dire, rien de typiquement belge : « Les conclusions de l'effroyable dossier Dutroux ont justement permis à notre pays d'aller plus loin que n'importe quel autre État dans la répression et la prévention de ce fléau ».
Peu enclins à transformer Jean Nicolas en martyr, les intervenants belges, à l'audience qui se tenait jeudi 11 octobre au Tribunal des référés, n'ont pas sollicité l'interdiction de vente de l'ouvrage mais, simplement, et de manière plus efficace, l'insertion d'un démenti dans chaque volume encore présent en librairie. Sous peine d'une astreinte de 150 euros par infraction constatée.
Alors que l'avocat du Roi rappelait le passé judiciaire de Jean Nicolas et démontait toutes les allégations contenues dans son livre (« Ce n'est qu'un amalgame de rumeurs qu'on veut faire passer pour des vérités »), celui-ci laissait ses défenseurs crier au scandale : « Lorsque les puissants ne veulent pas entendre le message, il s'attaquent au messager ! » La maison Flammarion a, quant à elle, répété que le Roi des Belges est en France, « une personne physique comme une autre ». Interprétant à sa façon le code de déontologie des journalistes, elle a rappelé que le nouveau champion de la maison Flammarion avait, en envoyant un long courrier au Roi, « donné la parole à toutes les parties ». « Il est trop facile de demander l'insertion d'un communiqué a posteriori », a-t-il poursuivi, avant d'être rappelé à l'ordre par le procureur. Le tribunal devait se prononcer jeudi 18, mais, c'est le plus important tout porte à croire que l'affaire sera aussi bientôt jugée sur le fond.

Joël MATRICHE

QUI EST JEAN NICOLAS ?

D'origine luxembourgeoise, il fut à l'origine, avec quelques confrères, des révélations sur le rôle d'Edith Cresson à la Communauté européenne. Bien vite pourtant, il multiplia les prises de position fantaisistes, sacrifiant sa crédibilité sur l'autel du sensationnalisme. Son précédent livre « L’Europe des fraudes », a d'ailleurs été retiré du marché belge car calomnieux à l'égard d'un haut fonctionnaire européen. Auto-promu rédacteur en chef d'un journal à scandales (L'Investigateur), plus coutumier de la gazette des tribunaux que des rubriques littéraires, l'homme est actuellement poursuivi à Neufchâteau pour 62 chefs d'accusation : coups, menaces, escroqueries…