« AUX
FRAIS DE LA PRINCESSE » ?Journal des procès N° 448 – 13/11/2002
Les visites aux sinistrés lors des inondations ou aux enfants malades dans les hôpitaux, c’est usé. La monarchie belge cherche de nouvelles astuces pour s'attacher la sympathie de ses « sujets » dont beaucoup se laisse séduire par les sirènes de l'infidélité républicaine. On a vu récemment la reine Paola « s'auto interviewer » (elle faisait les questions et les réponses ... ) puis distribuer ses confessions aux journaux qui, pour la plupart, fidèles à l'allégeance traditionnelle de la presse belge au trône, se sont empressés de les publier sans le moindre commentaire critique ...
On a vu aussi le prince Laurent jouer ostensiblement les secouristes après un spectacle de Tintin.
Autre offensive de charme : la famille royale a décidé d'inviter chaque année, au palais de la Nation, des centaines de quidams qui, côtoyant quelques vedettes, ont l'impression d'être traités comme des grands de ce monde.
Après s'être reposée pendant des lustres sur un régime de dévots ( on aime son roi comme on aime son Dieu), la monarchie s'appuie-t-elle désormais sur un régime de courtisans, voire de pique-assiette ? Le procédé a superbement réussi avec les fiançailles (si longtemps attendues…) du prince héritier. Désormais, c'est chaque année qu'à l'occasion de sa « fête », la famille royale invitera un petit millier de citoyens à venir lui lécher les brodequins au son des flonflons et de l'accordéon (ou de l'harmonica de l'inusable Toots Thielemans) ! Qui paye le champagne, les petits fours, le service, les musiciens, la securité ? Pour mille personnes environ (invitants et invités), l'addition doit être salée ! Certes, c'est beaucoup moins coûteux qu'un banquet avec les gens du gotha, mais tout de même… Si des sondages de pacotille (qui les commande ?) relancent régulièrement l'antienne que « les Belges sont attachés a la monarchie », on oublie de dire aux 1000 ou 1200 citoyens sondés, prétendument représentatifs, ce que nous coûte l’institution monarchique à l'allure aussi paternaliste qu’insipide, incolore et inodore, mais à l'influence aussi efficace qu'occulte. Efficace, oui, car quel homme politique oserait ouvertement déplaire à « Sa Majesté », sachant qu'il risquerait ipso facto de perdre toute chance de devenir « son » ministre ?
Il faut tordre le cou à cette rumeur qui voudrait que la monarchie coûte moins cher au contribuable belge qu'une république. Bien sûr, il faut éviter les comparaisons avec des républiques quasi monarchiques qui font de leurs présidents des sortes de pharaons pour des raisons d'orgueil national : la plupart des républiques européennes (l'Allemagne, l'Italie, le Portugal, etc.) ont des présidents « modestes », sans que leur stature n'en souffre. Au demeurant, rien n'oblige de remplacer la couronne par un fauteuil présidentiel : on peut très bien attribuer les pouvoirs du roi au gouvernement et ses tâches de représentation au président du Sénat, par exemple, qui deviendrait chef de l'Etat (comme c'est le cas en France en cas de décès du président).
Si les frais de représentation et de protocole (par exemple pour l'accueil des chefs d'Etats étrangers) resteraient identiques, on ferait, en se passant de monarque, une substantielle économie. On prélève en effet chaque année sur les impôts des Belges à peu près 7.000.000 d'euros (280 millions de francs) rien que pour le roi et son « aréopage ». Les trois enfants du roi se partagent quant à eux chaque année une mâne de 1.500.000 euros. Comme toutes ses dépenses sont prises en charge par la collectivité, le roi petit faire fructifier tranquillement sa fortune personnelle, laquelle, sans atteindre celle de la reine d'Angleterre, est néanmoins un outrage à la misère dans laquelle vivent certains de ses « chers concitoyens ». Les suppôts de la monarchie (que celle-ci rétribue en en faisant des baronnets) utilisent sans vergogne les métaphores de « ciment de la Nation » et de « symbole d'unité ». Le ciment s'effrite et coûte cher ! Quant au symbole d'unité du pays, un président peu sans grande difficulté le devenir en se plaçant « au-dessus de la mêlée » pour peu qu'il soit bilingue. Jadis, on susurrait outre-Quiévrain que le roi des Belges, c'était… Eddy Merckx ! Que reste-t-il comme argument Pour maintenir la monarchie ? Elle aurait un fondement démocratique parce qu'elle a été voulue par les élus du peuple en 1831 ? C'est risible ! A cette époque, l'électorat n'était composé que de quelques notables : ni les petits paysans, ni les artisans, ni les ouvriers, ni les femmes, ne votaient ! Pour la mise en place d'une république, un argument suffit à balayer toutes les allégories monarchiennes : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droit » (article ler de la Déclaration universelle des Droits de l'homme ).
Des citoyens « Plus égaux que les autres », par le seul hasard de la naissance, c'est, non seulement anachronique et ringard, mais contraire aux droits de l'homme ! Fermons le ban.
Jean-Marie Dermagne
Avocat
Membre du Cercle républicain (C.R. K.)