A l'opposé des médias britanniques, la presse belge, qu'elle soit flamande ou francophone, est toujours resté discrète sur la vie privée de la famille royale. Mais les mentalité évoluent.
De l'annonce du mariage prochain du prince héritier à la révélation de l'existence d'une fille cachée du roi Albert II, la famille royale belge s'est brusquement retrouvée à la Une de nombreux journaux. Entre nécessité d'information et respect de la vie privée des souverains, la limite
est souvent floue.
« Il est interdit de porter des attaques contraires à ce que la terminaison juridique appelle les bonnes mœurs ». C'est ainsi que Christian Laporte, journaliste au quotidien Le Soir, définit les limites à ne pas dépasser lorsque l'on écrit sur un membre de la famille royale.
Mais il n'en existe pas d'autre. « La limite à ne pas franchir est assez difficile a palper » ajoute Pierre Mertens, auteur du livre Une paix royale (éd. du Seuil), qui lui a valu un procès en diffamation intenté par la deuxième femme du roi Léopold III (règne de 1934 à 1951).
Globalement, le sentiment qui prévaut est celui d'une certaine retenue des médias belges, toute tendance confondue.
Une retenue surtout palpable durant le long règne du Roi Baudouin (1951-1993). « La monarchie belge est originale », continue Pierre Martens, « elle est très différente de celle d'Angleterre où l'on peut apparemment tout dire. Ce n'est pas le cas ici, la famille royale
représente pour beaucoup le ciment de l'unité nationale ». Toucher au roi ou sa famille, c'est alors toucher au sentiment national. « Durant le règne de Baudouin, il n'y avait presque rien à dire, car le roi ne menait pas une vie très tapageuse », s'amuse Alain Berenboom, avocat de Pierre Mertens
et professeur de droit à l'Université Libre de Bruxelles.
De plus, le Palais Royal communique peu, pour des raisons politiques. « Les membres de la famille royale ne donnent presque jamais d'interview, ou alors sur des thèmes très précis », explique Christian Laporte. « De par la Constitution, notre roi règne mais ne gouverne pas. Il
est politiquement irresponsable. Tout ce qu'il dit doit être confirmé par un ministre. Si bien que, quand un membre de la famille royale nous dit quelque chose, c'est souvent en « off ».
Un état de fait de plus en plus critiqué. « Le roi a bien sûr le droit à une vie privée. Mais selon la jurisprudence, la vie privée d'une personnalité publique est plus restreinte que celle de l'homme de la rue », analyse Alain Berenboom. « De plus, je pense que le droit à
l'information doit permettre aux citoyens d'avoir une image complète, réelle, de ceux qui les gouverne ». Dans un pays dont le roi célèbre volontiers les valeurs de la famille, la révélation qu'il a une fille cachée apparaît alors comme légitime. « Le lendemain de cette révélation, l'éditorial
du Soir insistait sur le fait qu'il serait préférable que l'on connaisse la vérité », se souvient Christian Laporte, « car il pourrait y avoir une discordance entre les valeurs prônées par le roi et le fait qu'il ait une fille cachée ». Il est à noter qu'à ce jour, le Palais royal n'a
pas souhaité commenter ce qu'il appelle des « ragots ».
Faut-il pour autant codifier ce qui peut-être divulgué et ce qui ne le peut pas ? « C'est impossible, il faudra voir au cas par cas. C'est à le jurisprudence de décider » répond Alain Berenboom. Et aux journalistes de s'adapter.