ALBERT II : L'HOMME DE CONFIANCE

Comment les Belges voient-ils leur Roi ? L'institut de sondage MarketResponse vient de réaliser une enquête à ce sujet. Elle montre qu'après les événements dramatiques que le pays vient de traverser, les Belges ont conservé leur confiance en leur Souverain. Et réserve quelques surprises…

Voilà déjà deux ans et demi que le roi Albert II est monté sur le trône. Son règne débuta dans les circonstances dramatiques que l'on sait : la disparition brutale d'un roi adoré par son peuple, Baudouin 1er. Jour après jour, mois après mois, au fil des Joyeuses entrées dans les principales villes belges et de rencontres innombrables, la population a découvert la personnalité de ce nouveau Roi, qui ressemble à son frère par certains traits de caractère, mais qui en est aussi tellement différent. En novembre 1994, quelques mois après le début du règne d'Albert II, MarketResponse réalisa un premier sondage visant à déterminer comment les Belges appréhendaient la personnalité de leur nouveau Souverain.

A cette époque, nul ne pouvait imaginer que le règne d'Albert II serait marqué par l'une des années les plus noires que notre pays ait connues depuis un demi-siècle. En 1996, la population belge est en effet profondément ébranlée par ce qu'il est convenu d'appeler « l'affaire Dutroux » et son cortège de révélations et de scandales.

Après cette tempête qui fit descendre plus de 300.000 personnes dans les rues de Bruxelles, comment les Belges voient-ils encore l'Institution suprême, en l'occurrence le Roi. Et comment les Belges perçoivent-ils la personnalité d'Albert II, dont les qualités humaines furent mise à l'épreuve face aux parents de Julie et Mélissa, à ceux d'An et Eefje, ainsi que face à tous les parents d'enfants morts ou disparus ?

Le sondage de MarketResponse, réalisé par téléphone, auprès d'un échantillon représentatif de la population belge (452 personnes de plus de 18 ans) permet de répondre à ces questions et dresse un portrait psychologique du Roi, tel que nous le percevons. Cette enquête fut réalisée entre le 10 et le 14 décembre dernier.

Cette étude repose sur une grille d'analyse psychologique, bien connue des spécialistes, appelée « le modèle de Catell ». Cette grille, élaborée par le Britannique R. B. Catell, permet de réduire le profil psychologique de tout individu à seize traits de personnalité caractérisés par un couple de mots diamétralement opposés : par exemple, stupide et intelligent. Chacun d'entre nous perçoit immédiatement une personne donnée comme « plutôt stupide », ou « plutôt intelligente ».

Les enquêteurs ont donc demandé de situer le Roi Albert II selon les seize critères établis, tout en précisant à chaque personne interrogée qu' « aucune réponse n'est bonne ou mauvaise, seul votre avis personnel compte ». Nous verrons que les Wallons et les Bruxellois ne se sont pas privés d'émettre des critiques !

DE BON COTÉS…

Pour une immense majorité des Belges (plus de 90%), le roi Albert II donne l'image d'un être intelligent, sensible, équilibré et maître de lui.

Ce sont les Bruxellois et les Wallons qui sont les plus intransigeants quant à la vivacité d'esprit de notre Souverains (12% le trouvent « stupide » alors qu'ils sont moins de 4% du côté flamand). Les Bruxellois sont également les plus critiques à l'égard du « laisser aller » du Roi, puisqu'un Bruxellois sur cinq estime qu'il n'est guère maître de lui.

A l'unanimité, les Belges considèrent qu'Albert II est un être équilibré. Quel changement par rapport aux années 70, où une large partie de l'opinion publique considérait le prince Albert plutôt comme un être instable : on le disait même flambeur et noceur ! L'enquête de MarketResponse montre que cette image est complètement modifiée. Il est vrai qu'aujourd'hui, Albert et Paola se montrent comme des grands-parents parfaitement heureux dans leur rôle. Par ailleurs, Albert II semble assumer pleinement et sereinement son rôle de Souverain. Si l'on compare l'enquête de 96 à celle de novembre 94, on constate qu'il y a même une légère progression du nombre de personnes qui considèrent le Roi comme équilibré.

Près de 93% des personnes interrogées pensent que le Roi est un être sensible. Ce résultat n'est pas étonnant. Dans les affaires qui ont secoué la Belgique en 1996, le Roi a réussi à imposer son image de Souverain proche de son peuple, n'hésitant pas à s'investir personnellement dans certaines affaires, comme celles de Julie et Mélissa, ou An et Eefje. Il est même allé jusqu'à parler en son nom personnel, utilisant le « je » – une première ! – lors de son discours de Noël.

DIGNE DE FOI

Le Roi est-il digne de foi ? Il est particulièrement intéressant de répondre à cette question après les événements douloureux qui ont secoué beaucoup de nos certitudes et miné notre confiance dans les institutions belges.
Résultat: il n'y a que 12% de Belges à trouver que notre Souverain est davantage douteux que digne de foi. Les Belges font très majoritairement confiance à Albert II.

Cela dit, il ne faut certainement pas idéaliser et surestimer cette confiance faite au Roi. D'abord, parce qu'ici encore, des différences importantes se manifestent selon les régions : une fois de plus, les Bruxellois sont plus critiques : ils croient nettement moins que les Flamands le Roi digne de foi (72% contre 93% !).

En outre, l'enquête met bien en évidence que, parmi les gens qui pensent que le Roi est « douteux », se trouvent une majorité de jeunes (moins de 35 ans). En clair, il reste à Albert II à gagner la confiance d'une partie de la jeunesse, surtout du côté francophone.

Cette remarque est confirmée par celle concernant le caractère sociable ou réservé du Souverain. Nombreux sont ceux qui pensaient que le caractère jovial du roi Albert « passait bien » dans la population. L'enquête montre bien que ce n'est pas tout à fait le cas. Ce sont surtout les personnes plutôt âgées qui perçoivent le Roi comme quelqu'un de sociable (plus de 85% des plus de 55 ans). En revanche – et c'est une réelle surprise – pas moins de 30% des moins de 35 ans considèrent que le Roi est un être réservé, qui « passerait » donc moins bien chez les jeunes. Une indication qui est également confirmée par le fait que seulement 43% des jeunes de moins de 35 ans trouvent le Roi enthousiaste, la majorité l'estimant plutôt posé.

DE PLUS EN PLUS CRAINTIF ?

Certaines facettes de la personnalité du Roi prêtent davantage à controverse. Par exemple, 72% des Flamands considèrent qu'Albert II est plutôt crédule. En revanche, côté wallon, on estime qu'il est plutôt méfiant. Quant aux Bruxellois, ils sont d'un avis partagé, 54% le trouvant crédule. Il est curieux de noter que les femmes sont significativement plus nombreuses que les hommes (65% contre 56%) à penser que le Roi est crédule.

Dans le contexte des événements de 96, il est intéressant de souligner qu'un Belge sur deux considère qu'Albert II est quelqu'un de dépendant, un terme qui colle mal au titre de « Roi », mais qui traduit bien la réalité de la fonction royale en Belgique !

Là encore, ce sont les Bruxellois qui sont les plus critiques (ou les plus lucides) : ils sont 67% à estimer qu'Albert II est dépendant. Seules les personnes de plus de 55 ans se distinguent en considérant que le Roi est indépendant.

Cette notion de dépendance-indépendance complète bien une autre notion : le Roi est-il plutôt franc, ou use-t-il plutôt de diplomatie ? On le voit dans le tableau, 68% des Belges sont d'avis que le Roi est moins franc que diplomate. Ce qui étonne une fois encore, c'est l'avis très tranché des Bruxellois à ce sujet: 16% seulement pensent qu'il est franc (contre 38% des Flamands).

Le Roi est-il enthousiaste ? Ou s'agit-il de quelqu'un de posé ? Cette notion est extrêmement partagée, comme on peut le lire dans le tableau. Mais des différences significatives se dégagent en fonction des trois régions du pays. 58% des Flamands perçoivent Albert II comme une personne enthousiaste. Au contraire, 64% de Bruxellois et 57% des Wallons le trouvent plutôt posé.

Une autre notion divise radicalement la Flandre et la Wallonie: c'est la question de savoir si notre Souverain est plutôt craintif ou plutôt aventureux ? Alors que plus des trois quarts (78%) des Flamands le trouvent plutôt aventureux, un Wallon et un Bruxellois sur deux penchent pour son côté craintif. Ce sont surtout les jeunes francophones qui le trouvent craintif. Il faut signaler que le nombre de personnes jugeant Albert II comme plutôt craintif a significativement progressé en deux ans. En novembre 94, seulement une personne sur quatre estimait Albert II craintif. Aujourd'hui, plus d'une personne sur trois est de cette opinion.

DE PLUS EN PLUS INTROVERTI?

La comparaison entre l'enquête de 96 et celle de 94 est évidemment intéressante puisqu'elle met en évidence, non pas l'évolution psychologique du Roi, mais l'évolution de notre façon de percevoir son caractère.

Il est important de souligner que seuls 13 couples de mots sont repris dans le comparatif 1994-1996. Trois couples, qui auraient précisément été très intéressants au regard des événements survenus l'année passée, ont fait l'objet de modifications qui rendent la comparaison impossible : il s'agit de digne de foi-douteux, crédule-méfiant et diplomatique-franc. Dommage !

Pour le reste, on observe que les Belges considèrent de moins en moins le roi Albert II comme une personnalité extravertie. Progressivement, le Roi nous apparaît comme de plus en plus introverti, ce qui se remarque par une évolution des traits de son caractère vers la soumission (66,4% en 96 contre 61,7 en 94), vers le calme (59,5% contre 58,5%), vers le posé (49,1% contre 44,1%) et vers le craintif (34,3% contre 24,5%).

En conclusion, Sire, vous serez peut-être étonné que vous nous paraissez plus introverti qu'avant. D'un autre côté, vous serez heureux, sans doute, de savoir que nous vous percevons comme sensible, équilibré et intelligent.

Et surtout, Sire, sachez que nous vous savons digne de foi. Et ça, c'est le plus important dans la Belgique d'aujourd'hui.

Jean-Marc Veszely. www.soirillustre.be