30 Septembre

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22 septembre 2005

Bonsoir ami(e)s des saint(e)s, qu'ils soient Celtes ou non, d'ici ou d'ailleurs!

En Belgique, SAINTE , depuis des siècles à l'honneur des Autels. Vies en fin de message.
Post-Schisme : Dans l'ancienne abbaye cistercienne de Villers-en-Brabant, le bienheureux Guillaume de Bruxelles
Nous avons au calendrier byzantin (datation grégorienne), en plus d'une partie des saints ci-dessous :
saint Grégoire l'Illuminateur;(Etc.)

Que Notre Seigneur Jésus-Christ, qui est béni dans Ses saintes et saints, par leurs prières, nous fasse miséricorde.

To: "[celt-saints]"<celt-saints@yahoogroups.com>
From: emrys@globe.net.nz>
Date sent: Wed, 29 Sep 2004 14:00:13 +1200
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Subject: [celt-saints] 30 September

Saints Celtes et anciens saints Anglais - 30 Septembre
(traduction personnelle http://www.amdg.be )

=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=
* Saint Honorius de Canterbury
* Saint Midan d'Anglesey
* Saint Enghenedl du Pays de Galles
* Saint Lery de Bretagne
* Saints Tancred, Torthred, et sainte Tova
=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=

Saint Honorius de Canterbury, évêque
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Né à Rome, Italie; mort à Canterbury, Angleterre, le 30 Septembre 653.
Saint Gréggoire le Grand (3 septembre) choisissit le moine Honorius pour l'évangélisation en Angleterre à cause de sa grande vertu et de son érudition. Honorius succéda à saint Justus (10 novembre) comme archévêque de Canterbury, fut consacré à Lincoln par l'évêque saint Paulin (10 octobre). Il reçut le pallium envoyé de Rome par le pape Honorius 1er, avec une lettre de ce dernier dans laquelle il statuait que s'il advenait au siège d'York ou de Canterbury de devenir vacant, c'est l'archévêque survivant qui consacrerait le successeur dûment élu de l'autre siège.

Durant l'épiscopat d'Honorius, la Foi se répandit dans l'île et s'enracina dans nombre de coeurs. Il choisissit et forma avec soin son clergé pour s'assurer de leur confirmité à l'Evangile (Bonniwell, Husenbeth).


Saint Midan d'Anglesey
(Nidan)
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Mort vers 610.
2 de ceux qui accompagnèrent Kentigern à son retour de Cwymru (Pays de Galles) vers Strathclyde étaient Saint Nidan et Saint Finan. Nidan est toujours commémoré au Pays de Galles, ayant son nom rattaché à la paroisse de Llanidan dans le Menai Strait à Anglesea.

Nidan était le petit-fils de Pasgen, fils d'Urien Rheged, et donc cousin de saint Kentigern qui était fils d'Owain, un autre fils d'Urien. Ceci pourrait suggérer qu'il aurait été un des compagnons de Mungo lorsqu'il partit pour le Pays de Galles afin d'échapper aux dangers qui menaçaient sa sécurité dans le royaume de Strathclyde. On rapporte aussi que Nidan suivit son maître comme abbé de l'Andat (communauté de parents) à Kynor près d'Huntly.

Il y a 2 églises portant le nom de Nidan, à Strathdon et Midmar, et sont de toute évidence d'origine ancienne. Toutes deux, et c'est intéressant, se trouve près ou font partie d'un implant d'origine Normanne. Il y avait une chapelle dans l'enceinte du fortin Norman à Invernochty qui est connue pour avoir servit d'église paroissiale fort longtemps durant. Cependant, le monticule est connu comme Doune d'Invernochty - "doune", terme Celte "dun", "fortin", qui nous indique que c'était un point fort des Pictes longtemps avant que les Anglo-Normans ne s'infiltrent à Alba. Il est tout à fait probable qu'alors ce fortin soit devenu un point d'attrait irrésistible pour les missionnaires qui vinrent avec Kentigern et qui cherchèrent à fonder leurs églises au sein des importantes fondations Pictes. A Midmar, l'église se trouve un peu à l'est d'un monticule connu comme le Cunningar, qui servit comme centre d'administration de cette partie de la province Picte de Mar, connue comme Midmar.

Un peu au nord de ce site, on trouve un très ancien cercle de pierres druidiques (*), avec sa pierre allongée. Visiblement, c'était un important centre de population pour les tribus Pictes locales et aura tout naturellement été un centre d'intérêt particulier pour les oeuvres missionnaires de Nidan. De la même manière, saint Finan, le collègue de Nidan, établit une église dans un important centre d'administration de la province à Migvie, d'où Cromar était gouverné.

Pour une carte et quelques photographies, veuillez consulter le site internet suivant :
http://www.cushnieent.force9.co.uk/stnidan.html


Tropaire de saint Midan ton 8
Parmi les ornements de saints d'Anglesey,/
Ta vertueuse vie brille pour illuminer ces îles, O père Midan./
Nous te prions d'intercéder auprès du Christ notre Dieu/
Afin que Sa Miséricorde, et non pas notre faiblesse, puisse prévaloir pour que nous soyons sauvés.





Saint Enghenedl du Pays de Galles
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Mort au 7ième siècle. On ne sait plus rien de la vie du saint Gallois Enghenedl, à qui une église est dédiée à Anglesey (Bénédictins).


Saint Lery de Bretagne, Abbé
(Leri, Lery)
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Né au Pays de Galles, 7ième siècle. Saint Laurus émigra vers la Bretagne, où il devint abbé-fondateur du monastère qui portera plus tard le nom de Saint-Lery sur la rivière Doneff. Il savait comment tout rendre à Dieu (Bénédictins,
Encyclopaedia).


Saints Tancred, Torthred, et sainte Tova, ermites
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Morts à Thorney, Cambridgeshire, Angleterre, en 870. On ne sait plus grand chose de ces ermites de Thorney, sinon que Tancred et Torthred étaient des hommes, et Tova une femme. Selon le Pseudo-Ingulph au 12ième siècle, qui peut s'être basé sur des textes plus anciens (mais perdus), ils furent martyrisés par les envahisseurs Danois. Ils étaient vénérés à leur tombeau à Thorney avant la fin du premier millénaire. Leurs corps furent transférés par Saint Ethelwold (1er Août) (Farmer).

Sources:
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Benedictine Monks of St. Augustine Abbey, Ramsgate. (1947). The Book of Saints. NY: Macmillan.
Encyclopaedia of Catholic Saints, September. (1966). Philadelphia: Chilton Books.
Farmer, D. H. (1997). The Oxford Dictionary of Saints. Oxford: Oxford University Press.
Husenbeth, Rev. F. C., DD, VG (ed.). (1928). Butler's Lives of the Fathers, Martyrs, and Other Principal Saints. London: Virtue & Co.



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Ajouts personnels :

(*) "pierres druidiques" : rappelons tout de même qu'il n'y a que chez Astérix et Obélix que les Celtes (Gaulois en l'occurence) ont quelque chose à voir avec la pose de ces pierres. En réalité, comme démontré par l'archéologie, les "religions de mégalithes" remontent à plusieurs milliers d'années.. avant les Celtes.. Que les druides aient fait de la récupération de lieux de cultes tombés en désuétude - et dont la plupart avaient perdu une grande partie de leurs caillasses, comme on a bien pu le voir à LocMariaKer cet été (12/08/2004), c'est très explicite & loin des mythes païens - c'est une chose; la récup' est habituelle ici bas. Mais que ça soit une oeuvre de leur part, ça relève de la fumisterie totale. Comme croire aux "vertus" de cailloux sur lesquels on a massacré des humains ne relève de rien d'autre que le New Age et des sectes. JMD




traductions personelles (c) : http://www.amdg.be ;


Du Synaxaire Copte Orthodoxe :
http://www.copticpope.org
http://www.copticcentre.com/synaxarium.pdf
http://www.mycopticchurch.com/saints/
Tobi 23, 1721 AM


Jeudi 30 Septembre 2004 - 20 Tout 1721
1. Départ du pape Athanase le Second, 28ième patriarche du Siège de Saint Marc.
2. Martyr de sainte Melitina la Vierge.
3. Départ de sainte Theopista.

1. En ce jour de l'année 512apJC, le juste père saint Athanase 2, 28ième patriarche du Siège de Saint Marc, partit. Ce père fut le serviteur des églises d'Alexandrie. Quand le saint père Abba Pierre 3 partit, les évêques, les anciens et le peuple agréèrent pour l'ordonner patriarche car il était connu pour sa Foi Orthodoxe et son érudition.
Il était un homme pieux, remplit de l'Esprit-Saint et de Foi. Quand il devint patriarche, il guida à merveille le troupeau du Seigneur Christ, et il le protégea des loups qui rodent avec ses enseignements et prières.
Il se tint sur le trône épiscopal durant 3 ans et 9 mois, puis partit en paix.

2. En ce jour aussi, nous commémorons le martyr de sainte Melitina la Vierge.


Puisse son intercession être avec nous, et Gloire soit à Dieu à jamais. Amen!






Du site de l'Eglise Orthodoxe Serbe en Amérique du Nord
http://www.westsrbdio.org/prolog/prolog.htm

http://pomog.org/ochrid.html
( site de l'Eglise Russe Hors Frontières aux USA, calendrier julien )



Saint Nicolas Velimirovitch, évêque d'Ochrid, Serbie (+ 05 mars 1958), rescapé de Dachau puis des persécutions communistes, auteur de ce Sanctoral "Prologue d'Ochrid".



Du site de l'Eglise Orthodoxe Russe en Amérique du Nord
http://ocafs.oca.org/


Saint Michael, premier métropolite de Kiev (+ 992)

Saint Michael le premier métropolite de Kiev était, selon la Chronique Joakimov, Syrien de naissance, mais d'autres Chroniques disent qu'il était Bulgare ou Serbe. En 989, il arriva à Korsun avec d'autres clercs pour le saint prince Vladimir (15 Juillet), pas longtemps après l'acceptation du saint Baptême par ce dernier (988). Le sort qui était échu au premier métropolite de l'Eglise Russe était un service difficile mais plein de grâces. Il accomplit avec zèle des tournées dans le Pays Russe nouvellement illuminé, prêchant le Saint Evangile, baptisant et enseignant le peuple nouvellement illuminé, fondant les premières églises et écoles religieuses. A Rostov, il établit la première église en bois en l'honneur de l'Uspenie / Dormition de la Très Sainte Mère de Dieu, et y installa comme évêque Théodore le Grec. Saint Michael fut un sage et doux, mais aussi strict hiérarque. L'Eglise Russe a conservée la mémoire des actes méritoires du saint : dans le Synodikon des cathédrales de Novgorod et Sophia de Kiev, il est appelé avec justesse l'initiateur.

Saint Michel mourrut en 992, et fut enterré à l'église Desyatin-Tithe de la Très Sainte Mère de Dieu à Kiev. Vers 1103, sous l'higoumène saint Théoctiste (par la suite évêque de Chernigov, 5 août), ses reliques furent transférées à la Caverne Antoniev, et le 1er octobre 1730, dans la Grande Eglise des Cavernes. En relation avec cet évènement, on établit sa mémoire au 30 septembre, et aussi 15 juillet - le jour de son repos. Auparavant, sa mémoire était au 2 septembre, ensemble avec les saints Antoine et Théodose des Cavernes. On en trouve la preuve dans l'Office qui lui est dédié : dans le second verset des "Louanges" de saint Michael, on chante ceci : "Les premiers passages de l'an neuf ayant commencé, nous t'offrons à toi ces premiers cantiques, O bienheureux, pour avoir été le premier commencement de la hiérarchie dans la Terre Russe".







Textes à traduire plus tard :

Hiéromartyr Grégoire l'évêque de la Grande Arménie, Egal-aux-Apôtres et Illuminateur de l'Arménie (vers 335)


Tropaire de saint Grégoire l'Illuminateur, Apôtre de l'Arménie, ton 4
A ta manière un participant
Et en ton siège un successeur des Apôtres.
Tu découvris
You discovered action an entrance into visions,
O inspiré de Dieu.
C'est pourquoi répandant la Parole de Vérité
Tu souffris pour la Foi jusqu'au sang.
O évêque et martyr Grégoire,
Prie le Christ notre Dieu
Afin que nous soyons sauvés.



Saint Grégoire, abbé de Pel'shme, Thaumaturge de Vologda (+ 1442)

Martyres Ripsimia et Gaiania et 35 saintes vierges et 70 hommes martyrisés avec elles en Arménie (4ième s.)





Dans le livre "Saintes et Saints de Belgique au 1er millénaire", nous trouvons à ce jour :
http://www.amdg.be/amdg12.html "sanctoral Belgique"
[je ne placerai ici des vies de saint(e)s tirées de ce livre que de manière exceptionnelle : il vaut l'achat!]








Dans le livre en néérlandais "Vergeten Helden", volume "september", nous trouvons à ce jour:
http://www.amdg.be/ed-pervijze.html




D'après le sanctoral des RP Bénédictins, éditions Letouzey & Ané 1936, on trouve entre autres :




Textes à corriger plus tard :





D'après les Petits Bollandistes, 7ième édition, Bar-le-Duc 1876, entre autres :

p.538-540

Saint Léopard, martyr, l'un des officiers de la maison de Julien l'Apostat, qui eut la tête tranchée à Rome, et dont le corps fut dans la suite porté à Aix-la-Chapelle. 362.
Léopard, romain d'illustre naissance, et chambellan de Julien l'Apostat (331-363), embrassa la Foi par le conseil du Valentin, prêtre, qui lui enseignait les belles-lettres, et reçut le saint Baptême. Julien ayant voulu se faire rendre les honneurs divins, il refusa de lui offrir de l'encens et fut condamné au supplice des verges. Comme sa constance n'en était pas ébralnée, il eut la tête tranchée, le 30 septembre 362. Valentain alla ensevelir le corps du martyr à 30 milles de Rome, à Ultricola. Plus tard ce même corps fut porté à Aix-la-Chapelle et déposé dans la grande église de la Sainte-Vierge construite par l'empereur Charlemagne. Saint Léopard est un des principaux patrons de cette église, où il est entouré de la pieuse vénération des fidèles. -- Propre de Cologne.

A Rome encore, sainte Sophie, veuve, mère des saintes vierges Foi, Espérance et Charité. 138. Sophie, matrone romaine, peut être comparée à la mère des Machabées; après avoir élevé ses filles dans la piété et l'amour de Dieu, elle sut les encourager au martyre et mourir après elles. Le martyrologe romain indique au 1er août la fête des saintes Foi, Espérance et Charité (voir la note 2 à ce martyrologe, tome 9, page 175). On représente sainte Sophie rendant le dernier soupir sur le corps de ses saintes filles.

En Limousin, saint Victurnien (Vertunien et Victôre), ermite. Il naquît, dit-on, en Ecosse, d'une famille dans laquelle la piété était héréditaire. Parvenu à l'adolescence, désireux de servir Dieu avec toute liberté, il quitta généreusement son pays et ses parents, et passa dans l'Aquitaine pour y chercher un lieu où il pût se dérober entièrement à la vue des hommes. Un désert affreux, remplacé aujourd'hui par une riche et fertile vallée au milieu de laquelle s'élève gracieusement le bourg de Saint-Victurnien (Haute-Vienne, arrondissement de Rochechouart, canton de Saint-Junien), fixa son choix. Après y avoir mené, durant de longues années, une vie pleine de vertus et de bonnes oeuvres, une vie plus angélique qu'humaine, il s'y endormit dans le Seigneur, accablé de vieillesse et rayonnant de vertus. Son corps fut inhumé dans le bourg qui porte son nom, et où il est honoré de nos jours encore par un grand concours de peuple. 7ième s.
On célèbre, le 15 octobre, l'invention de ses reliques, mais on ignore à quelle époque elles furent trouvées. La fête qui attire le plus de fidèles au bourg de Saint-Victurnien est celle de l'Ascension. Ce jour-là, les paroissiens de Cognac (Haute-Vienne, arondissement de Rochechouart, canton de Saint-Laurent-sur-Gorre), se rendent à l'église de notre saint et escortent son buste pendant la procession. Peut-être cet usage vient-il de ce que leur église n'aura été dédiée qu'en vertu de quelque concession de reliques à eux faite par les habitants de Saint-Victurnien, qui auront exigé cette marque annuelle de reconnaissance; ou de quelque voeu fait anciennement par les habitants de Cognac, à la suite de quelque grande faveur due à l'intercession du Saint. Son tombeau se voit actuellement sous le maître-autel de son église; avant la Révolution, son chef était renfermé dans un buste d'argent. -- De Reignefort, "Vies des Saints du Limousin".


SAINT LERY, PRÊTRE ET ABBÉ, au diocèse de Vannes (7ième s.)
Breton de naissance, Lèry naquit de parents Chrétiens qui lui firent commencer ses études religieuses aussitôt qu'il fut en état d'en apprendre les premiers éléments. Il y fit de grands progrès, et, pour suivre les attraits d'une grâce particulière qui l'appelait à une plus haute perfection, il quitta ses biens et sa famille et se dirigea vers une terre où il espérait n'être connu que de Dieu. Il y bâtit un petit monastère qui a depuis porté son nom, et a donné naissance au village de Saint-Léry (Morbihan, arrondissement de Ploërmel, canton de Mauron). Là il mena une vie toute céleste et se rendit utile à tout le pays des environs par ses sermons, ses exemples, et les miracles dont il plut à Dieu de récompenser ses prières et la foi de ceux qui s'adressaient à lui.
Dans la suite, quelques disciples se présentèrent à Léry, et demandèrent à marcher sous sa conduite dans les voies du Salut; ils trouvèrent en lui un fonds inépuisable de foi, de confiance en Dieu et de zèle pour le Salut du prochain; avec eux, le saint abbé commença à travailler au Salut des Bretons, et particulièrement de ceux du diocèse d'Aleth (ville détruite dont les ruines se voient entre Saint-Malo et Saint-Servan) ; de nombreuses conversions furent le fruit du zèle des généreux missionnaires.
Après avoir fourni une longue carrière, saint Léry tombra malade et s'éteignit le 30 septembre, on ne sait au juste en quelle année. Son corps, enfermé dans un tombeau de pierre, fut déposé dans son ermitage; à l'époque de l'invasion des Normands, ses reliques furent transportées à Tours, et allèrent enrichir l'abbaye du Saint-Julien. En 1407, ces sacrés ossements furent tirés d'une châsse de bois presque vermoulue, et replacés dans une autre d'argent ; on les y conserva avec respect jusqu'à l'année 1562, époque à laquelle les Protestants, s'étant emparés de Tours, pillèrent les églises et emportèrent de celle de Saint-Julien 5 châsses d'argent, au nombre desquelles se trouvait celle qui renfermait le corps de saint Léry et qu'ils détruisirent.
L'ancien calendrier de l'abbaye de Saint-Meen (S.Melanus), au diocèse de Rennes, marque la fête de saint Léry, abbé, au 30 septembre, à 12 leçons. Ce Saint n'est maintenant honoré dans aucun diocèse de Bretagne, et ne paraît recevoir de culte que dans le village qui porta son nom. Son tombeau se voit encore dans l'église paroissiale. Il est élevé de 3 pieds au-dessus du sol, et, sur la pierre qui le couvre, est sa statue qui le représente vêtu d'une chape, tenant une crosse de la main droite et un livre de la gauche. Sur le rebord de la pierre tumulaire, on lit ces mots, écrits en lettres gothiques : "Cy fut mis le corps de Monsieur saint Léry". A la partie inférieure du tombeau se trouve une suite d'arcades en ogive, avec la figure d'un religieux entre chaque colonne. Tout le monument est en pierre: nous ne savons à quel siècle il appartient.
Extrait des "Saints de Bretagne", par Dom Lobineau.



SAINT GRÉGOIRE L'ILLUMINATEUR, ÉVÊQUE ET CONFESSEUR, APÔTRE DE L'ARMÉNIE (+ vers 323)



Grégoire, issu de la famille royale des Arsacides (dynastie des rois Parthes, fondée, l'an 255 avant Jésus-Christ par Arsace 1er, et remplacée, l'an 226 de notre ère, par celle des Sassanides), fut le premier, après l'apôtre saint Barthélémy, qui prècha l'Evangile dans l'Arménie, sa patrie. Ayant échappé au massacre de sa famille, il fut porté, tout enfant, à Césarée de Cappadoce (aujourd'hui Kaïsarieh, sur l'Halys) où il fut élevé dans la Foi Chrétienne et reçut le Baptême. Dans la même ville s'était réfugié Tiridate, fils de Chosroès, roi d'Arménie (213-238), tué traitreusement par Anach, père de Grégoire, à l'instigation de l'usurpateur Ardachès Sassan, et dépouillé de son royaume par les Perses. Connaissant le crime commis par son père, Grégoire se donna comme esclave à Tiridate, et plus tard il rentra avec lui en Arménie quand les Romains lui eurent fait rendre son trône. Tiridate voulut forcer Grégoire à honorer les idoles, et il employa contre lui tous les genres de supplices. Il le fit jeter dans un cachot fort étroit, lui mit un baillon, le suspendit avec une corde qui lui serrait fortement la poitrine; le Martyr demeura en cet état durant 7 jours. Il subit encore une seconde suspension, attaché par un pied, la tête en bas, respirant l'odeur infecte du fumier qu'on avait apporté exprès, pendant qu'on le frappait à coups de bâtons mouillés. Durant ce supplice, Grégoire priait Dieu pour le Salut de tous les peuple, en particulier pour le Salut des Arméniens. Le roi admira ce courage et redoubla ses cruautés. Il fit apporter des planches et des cordes noueuses, et comprimer les pieds du patient jusqu'à ce que le sang jaillit par les extrémités des pieds. Grégoire eut encore le visage meurtri de nombreux soufflets, la tête serrée dans un étau, et les narines remplies de sel et de vinaigre ; il endura tous ces tourments et plusieurs autres, et le roi s'étonnait grandement qu'il fût demeuré vivant.
Cependant un des satrapes de Tiridate lui apprit que ce Grégoire était le fils d'Anach, le meurtrier de Chosroès. Cette découverte mit le comble à la fureur de Tiridate; il fit transporter Grégoire à Artaxat, château-fort de la province d'Ararat, les fers aux mains et aux pieds, et la corde au cou, et là, il le fit jeter dans une fente de rocher, résolu de l'y laisser périr. Cependant Dieu le délivra de ce supplice comme de tous les autres, et à la fin, Tiridate, vaincu, ouvrit les yeux à la lumière de la Foi et reçut le Baptême des mains de Grégoire lui-même. Celui-ci, ayant enfin la faculté de prêcher l'Evangile en Arménie, convertit presque tout ce peuple et y fonda un grand nombre d'églises. Suivant Eusèbe, Maximin Daïa, alors César en Orient, qui avait juré une haine irréconciliable au Christ, fut très irrité de le voir faire autant de progrès en Arménie; il vint attaquer ce pays, mais il fut repoussé et obligé de se retirer avec confusion. C'est la première guerre de l'Histoire où combattre la Foi fut le motif de l'agression.
Saint Grégoire fut sacré évêque par Léonce de Césarée. Ce fut Tiridate lui-même qui l'envoya vers ce prélat, pour qu'il reçût de ses mains l'onction épiscopale. De retour dans sa patrie, il continua ses travaux apostoliques avec un nouveau zèle; il porta aussi le flambeau de la Foi chez plusieurs nations barbares, près de la mer Caspienne, et pénétra jusqu'au mont Caucase. Nous apprenons d'un historien Arménien (Moses Chorenensis) que, s'étant retiré dans une cellule à Mania, qui est dans la province de Daranalia (Haute-Arménie), il y finit ses jours vers le temps où Constantin le Grand se rendit maître de l'Orient (315-323). Des Chrétiens, obligés de s'enfuir d'Arménie, apportèrent son corps en Italie; son chef fut déposé à Naples avec les chaînes qu'il avait autrefois portées, un de ses bras se trouve dans la cathédrale de Nardo (Terre d'Otrante).
On représente saint Grégoire :
1) ayant une vision que domine la Croix et qui lui fait comprendre que l'Arménie et tout le monde romain vont trouver la paix dans le triomphe du Christ.
2) ayant à ses côtés un sanglier ou porc couronné; une légende, rapportée par Métaphraste, prétend en effet que Tiridate, en punition de sa barbarie, fut changé en pourceau.
Propre de Rome, complèté avec Godescard, les Acta Sanctorum, le père Cahier, etc.



SAINT JÉROME (+ 420)

[ oeuvres de saint Jérôme en français sur le site de l'abbaye Saint-Benoît, en Suisse :

http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/jerome/index.htm

Bel article : saint Jérôme, traducteur de la Bible
http://stmaterne.blogspot.com/2006/10/saint-jrme-traducteur-de-la-bible.html

Dans le calendrier byzantin il est fêté au 15 juin ]

SAINT JERÔME DE STRIDO, PRÊTRE ET DOCTEUR DE L'ÉGLISE (+ 420)
évêque de Rome : Saint Boniface 1er - Empereur d'Orient : Théodose 2.

La qualité de très-grand docteur ne peut être refusée à saint Jérôme; l'Eglise romaine la lui accorde solennellement dans l'oraison de son Office, comme une différence particulière pour le distinguer des autres Pères qui ont défendu ou enrichi l'Epouse de Jésus-Christ par leurs écrits. Il naquit dans la ville de Strido, sur les frontières de la Dalmatie et de la Pannonie, ou Hongrie. Son père se nommait Eusèbe. Il eut aussi un frère appelé Paulinien, qui vint au monde lorsque Jérôme était déjà dans la Syrie, et une soeur dont on ignore le nom ainsi que celui de sa mère. Il parle encore, dans son Epître 26, d'une tante, appelée Castorine, avec laquelle il eut quelque différends qu'il tâcha d'assoupir par plusieurs lettres obligeantes. lssus de parents riches et distingtiés, il put satisfaire son goût précoce pour l'élude. Eusèbe, son père, l'envoya à Rome, pour y suivre les leçons de grammaire et de rhétorique des célèbres Donat et Victorin. Jérôme fit de grands progrès à cette excellente école. Mais il n'échappa pas aux dangers que court l'innocence des écoliers dans les grandes villes, il n'était alors que catéchumène. Il mena d'abord la vie Chrétienne que ses parents lui avaient apprise; il visitait souvent les catacombes, les tombeaux des martyrs, et s'animait d'un saint zèle, au souvenir de ceux qui avaient scellé leur Foi de leur sang. Mais peu à peu, il se laissa aller à l'entrainement des passions, comme il le raconta lui-même plus tard avec de grands remords.

Ayant appris tout ce qu'il avait pu des grands hommes de la capitale romaine, il résolut de voyager, afin de voir les célèbres bibliothèques et les savants des autres pays pour se perfectionner de plus en plus dans la connaissance des lettres. Il prit d'abord le chemin des Gaules, étant accompagné de Bonose, avec lequel il avait été élevé dans son enfance et qui avait eu la même nourrice que lui. Il passa par Concordia, petite ville près de la Mirandole. en Italie, où il se lia avec un vieillard appelé Paul, auquel il envoya depuis la vie de saint Paul, ermite, dans une lettre (Epitre 21). Ce fut de lui qu'il apprit que saint Cyprien appelait Tertullien son maître, comme il le remarque lui-même dans son livre des "Ecrivains ecclésiastiques (De viriis illustribus). Il demeura quelque temps à Trèves, où il copia de sa propre main le long traité de saint Hilaire sur les synodes. Il observe dans la préface du livre second de ses "Commentaires sur l'Epitre aux Galates", que la langue usitée en cette ville était la langue vulgaire des Galates, et que ceux-ci ne se servaient point de la langue grecque, bien qu'alors il n'y en eût point d'autre dans tout l'Orient : ce qui lui fait juger qu'ils descendaient des Gaulois. Le récit qu'il fait des principales villes des Gaules, comme de Mayence, de Strasbourg, de Reims, d'Amiens, d'Arras, de Tournai, de Thérouanne, de Lyon, de Narbonne, de Nantes, de Toulouse et de quantité d'autres, montre qu'il en parcourut toutes les provinces et qu'il n'épargna rien pour acquérir de nouvelles connaissances, soit dans les bibliothèques, soit dans la conversation des grands hommes dont tous ces vastes pays étaient remplis.

Ce fut à Trèves que notre Saint prit la résolution de servir Dieu sans réserve, afin d'être, et non pas seulement de paraître Chrétien. Les uns croient qu'il avait pourtant déjà reçu le Baptême à Rome; d'autres prétendent qu'il ne le reçut qu'a son retour. Des Gaules, Jérôme se retira à Aquilée, où il mena la vie ascétique dans un monastère que l'on venait d'y établir, et se lia avec plusieurs ecclésiastiques de cette ville, très-savants, et dont les noms reparaissent souvent dans ses écrits. Il fut obligé de quitter sa retraite, probablement à cause de sa soeur qui s'était écartée des voies du Salut, et qu'il eut le bonheur d'y ramener. Cherchant de nouveau un endroit où il pourrait vivre avec toute la liberté de la solitude, il ne choisit pas son pays pour cela, parce qu'il y aurait été trop importuné par ses parents; d'ailleurs, comme il l'avoue dans son Epître 43, la corruption y était si grande, qu'on n'y reconnaissait point d'autre Dieu que le ventre ni d'autre félicité que les richesses, et, ce qu'il déplore davantage, Lupicin, qui en gouvernait l'Eglise, était un très-méchant prêtre, qui perdait les âmes au lieu de les sauver. Il ne s'arrêta pas non plus à Rome ; il était difficile d'y mener une vie monastique et solitaire, à cause du nombre de ses habitants et de la foule des pèlerins qui y venaient de toutes parts. De plus, y étant connu, il aurait été obligé de se conformer aux autres, c'est-à-dire d'être vu de ses amis et de les voir, de visiter et de recevoir des visites, de donner des louanges d'un côté, et de l'autre de déchirer la réputation de son prochain. C'est ainsi qu'il parle dans ses Epitres 17 et 18. Il crut donc qu'il ferait mieux de se retirer dans quelque région éloignée, où il ne trouverait que des occasions de s'élever à Dieu et de travailler à sa perfection. La Syrie lui paraissant propre à ce dessein, tant à cause de la sainteté des lieux qu'à cause du voisinage d'une infinité de moines qui l'habitaient, il s'y achemina, emportant avec lui sa bibliothèque. Les compagnons de ce grand voyage furent Héliodore, Innocent et Hylas. Il passa quelques jours à Jérusalem pour y visiter les saints lieux; puis il parcourut la Thrace, le Pont, la Bithynie, la Cappadoce et la Cilicie, toujours dans le désir d'apprendre quelque chose de nouveau. Il séjourna aussi à Tarse, lieu de la naissance de saint Paul, afin d'étudier la langue dont cet Apôtre s'est servi dans ses Epîtres. Il s'arrêta encore à Antioche, chez Evagre, d'où il alla conférer du dessein de sa retraite avec Théodose et les autres anachorètes, et examiner le lieu où il pourrait demeurer avant de s'y engager. Cette solitude, nommée Chalcis, est située dans un endroit qui sépare les Syriens et les Agaréniens; et, hors les moines qui l'habitaient, on n'y trouvait que des bêtes sauvages, des serpents et des scorpions. Il s'y rendit enfin avec tous ses livres, dont la lecture et l'étude devaient faire une bonne partie de son occupation.
Le démon, qui prévoyait les services importants que Jérôme rendrait dans cette retraite à l'Eglise, employa toute sa malice pour la lui faire abandonner. Il le jeta d'abord dans une étrange désolation par la perte de tous ceux qui l'y avaient accompagné; car Héliodore, qu'il aimait plus que les autres, retourna dans son pays, sous prétexte d'un plus grand bien et pour assister une soeur et un neveu qu'il y avait laissés, sans que le Saint pût le retenir par ses prières ni par ses larmes. Il lui écrivit même une puissante lettre pour le sommer d'exécuter la promesse qu'il lui avait faite de revenir; mais ce fut sans succès. Innocent mourut d'une fièvre ardente; et, quelque temps après, la mort lui enleva encore Hylas. Outre ces malheurs, qui lui furent très-sensibles, il fut attaqué de toutes sortes de maladies, entre autres d'une fièvre très-violente qui lui prit au milieu du Carême et qui réduisit tout son corps, délicat et d'ailleurs épuisé par les jeûnes, à un état si pitoyable que, n'attendant plus que l'heure de sa mort, on avait déjà préparé toutes les choses nécessaires pour l'ensevelir. Ce fut alors qu'il comparut en esprit devant le tribunal de Jésus-Christ. Voici comment il en parle à la vierge Eustochie dans son Epître 22: "Je jeûnais, et cependant je lisais Cicéron; je veillais et je pleurais mes péchés; je ne laissais pas après cela de lire Plaute; et quand, étant rentré en moi-même, je jetais les yeux sur les Prophètes, leur style bas et inculte me donnait de l'horreur. Tandis que le démon me séduisait ainsi par ses ruses, je tombai malade, et, dans le fort de la maladie, lorsque ma vie ne se faisait plus sentir que par un battement de coeur, je fus ravi en esprit et présenté devant le tribunal du souverain Juge, où l'éclat des lumières et des splendeurs qui sortaient de ceux qui l'environnaient, m'obligea de me prosterner par terre sans oser lever les yeux pour regarder la majesté de mon Maître. Là je fus interrogé qui j'étais: je répondis que j'étais Chrétien ; mais le Juge me dit: Vous mentez, vous êtes un cicéronien, et non un Chrétien, parce que votre coeur est où vous avez votre trésor. A ces paroles je me tus, et parmi les coups (car le Juge avait commandé que je fusse fouetté), je ressentais dans mon âme de furieux remords de conscience, faisant réflexion en moi-même sur ce verset du Prophète : "In inferno autem quis confitebitur tibi?" Enfin je commençai à crier et à dire, en fondant en larmes: "Seigneur, ayez pitié de moi; Seigneur, ayez pitié de moi"; c'était l'unique voix que je faisais retentir au milieu des coups. Ceux qui étaient présents se jetèrent aux genoux du Juge et le prièrent de pardonner à ma jeunesse, de m'accorder le temps de faire pénitence, disant que, si je ne la faisais pas, et que je lusse encore les auteurs profanes, on me punirait encore plus sévèrement. Alors je fis un serment en présence de mon Dieu que je n'aurais plus de livres séculiers, que je n'en lirais jamais; et que, si je manquais à ma parole, je voulais passer pour apostat. Cette protestation fut cause de ma liberté : on me laissa aller et je revins à moi. Ce n'était pas là un assoupissement ni un de ces songes qui nous trompent durant le sommeil ; j'en appelle à témoin le tribunal devant lequel je comparus, et le triste jugement qui me donna tant de frayeur, plaise à mon Dieu que jamais chose pareille ne m'arrive ! En effet, je sentis bien, à mon réveil, que cela était une réalité, puisque je portais, sur mes épaules, les marques des coups de fouet que j'avais reçus. Depuis ce temps-là, j'ai lu les saintes Ecritures avec plus d'ardeur que je ne lisais auparavant les livres profanes".

Toutes ces épreuves (1) furent suivies d'horribles tentations de la chair, dont il fut cruellement tourmenté. Son imagination fut tellement remplie d'objets déshonnêtes que, dans l'horreur de son désert, où il ne voyait que des animaux, des rochers et des arbres, il croyait être au milieu des délices et des séductions de Rome; mais le saint jeune homme étant soutenu de la grâce du Sauveur, triompha toujours de son ennemi par les prières, les larmes, les macérations et les autres austérités qu'il représente lui-même dans l'Epître que nous venons de citer : "Combien de fois", dit-il, "étant dans mon ermitage, que les ardeurs du soleil rendaient presque inhabitable, me suis-je imaginé être parmi les délices de Rome? Je demeurais seul assis dans ma cellule, le coeur inondé d'amertumes, et le corps semblable à celui d'un Ethiopien brûlé des ardeurs du soleil. Je passais les journées entières à verser des larmes et à pousser des soupirs vers le Ciel. Et, lorsque j'étais accablé de sommeil, je me couchais sur la terre nue, où je ne me donnais pas même le temps de reposer. Je ne parle pas du boire ni du manger, puisque l'eau froide était toute la boisson des moines, quelque languissants qu'ils fussent, et que manger quelque chose de cuit était estimé par eux comme un péché de luxure. Moi donc, pauvre Jérôme, qui m'étais condamné à ce genre de vie pour la crainte de l'enfer, étant dans cette prison, sans autre compagnie que celle des scorpions et des bêtes féroces, je me trouvais souvent en esprit dans des assemblées de jeunes personnes. Mon visage était pâle à cause de mes austérités, tandis que mon coeur, dans un corps froid comme de la glace, était embrasé de mauvais désirs, et, quoique ma chair fût déjà en quelque façon morte, je sentais en elle les incendies de la concupiscence; N'ayant aucun secours du côté des créatures, je me jetais aux pieds du Crucifix, et après les avoir arrosés de mes larmes, je les essuyais avec mes cheveux. Je jeûnais des semaines entières pour éteindre ces brasiers. Je passais les jours et les nuits à me frapper la poitrine, jusqu'à ce que j'entendisse une voix intérieure qui me dît : C'est assez. Je n'entrais qu'avec une espèce d'horreur dans ma cellule, que je regardais comme le témoin de mes mauvaises pensées. Et, me mettant en colère contre moi-même, j'allais seul errant dans le fond des déserts, et je me prosternais en oraison, tantôt dans une vallée, tantôt dans le creux des rochers, d'autres fois sur la cîme des montagnes, jusqu'à ce qu'enfin, après des torrents de larmes et de fréquents regards vers le ciel, il me semblait que j'étais parmi des choeurs d'Anges, où je chantais avec allégresse : Seigneur, nous courons après vous à l'odeur de vos parfums". Voilà de quelle manière Jérôme rendit inutiles tous les efforts du démon; mais cet ennemi de notre Salut n'ayant rien pu gagner sur lui, en l'attaquant en lion et à force ouverte, l'attaqua en renard et par adresse, se servant des hérétiques pour tâcher de séduire la foi de celui dont il n'avait pu corrompre la chasteté.

(1) Cette condamnation tomba sur une passion excessive pour la littérature profane, mais non sur l'étude des bons auteurs de l'Antiquité, étude faite pour se former le goût et le style; une pareille étude ne peut qu'anoblir l'âme. D'ailleurs saint Jérôme initia lui-même la plupart des jeunes gens à la lecture des meilleurs auteurs latins, et fit copier les oeuvres de Cicéron.



Les Ariens de Tarse connaissaient sa vertu; ils savaient que ce jeune homme surpassait déjà en science et en doctrine, aussi bien qu'en sainteté, les plus grands personnages de la Grèce : ils le vinrent trouver pour lui demander s'il admettait une ou 3 Hypostases en Dieu. Il reconnut aussitôt le venin qui était caché sous cette question. Il leur répondit que si par le mot d'Hypostase ils entendaient l'essence divine, il n'y en avait qu'une en Dieu; mais que s'ils entendaient la Personne, il y en avait 3 dans la Sainte Trinité. Les divers partis de la ville d'Antioche tirent aussi leur possible pour l'attirer chacun de son côté car cette Eglise était alors divisée en 3 factions : les Ariens, qui avaient Vital pour chef, et les catholiques, dont les uns reconnaissaient Mélèce, les autres Paulin pour évêque. Ils pressèrent tous en particulier saint Jérôme d'entrer dans leurs intérêts ; mais ils n'en eurent point d'autre réponse, sinon qu'il s'attachait entièrement à l'Eglise romaine. Toutefois, comme chacun soutenait aussi de son côté qu'il était dans la communion romaine, notre saint solitaire écrivit au pape de Rome, saint Damase, et le pria instamment de lui mander avec lequel des 3 évêques il devait communiquer. Il lui découvrit en même temps le venin qui était caché sous le mot d'Hypostase; et, pour recevoir sa réponse, il lui dit de l'adresser au prêtre Evagre, à Antioche, leur ami commun, qui ne manquerait pas de la lui faire tenir dans son ermitage.

Cependant, il fut sans cesse persécuté par les hérétiques, qui lui demandaient tous les jours de nouvelles professions de foi. Les Ariens publiaient qu'il n'était pas orthodoxe, parce qu'il défendait "l'homoousion", c'est-à-dire la consubstantialité des Personnes divines; d'autres le faisaient passer pour Sabellien, parce qu'il soutenait 3 Personnes subsistantes, vraies, entières et parfaites dans la Sainte Trinité : la persécution fut si grande qu'ils le contraignirent enfin d'abandonner sa chère solitude. Il y était demeuré 4 ans, ou 6 selon Baronius, durant lesquels il avait traduit les homélies d'Origène et appris la langue hébraïque d'un juif qui s'était converti et fait solitaire. Il avoue qu'il eut des peines extrêmes dans cette étude, et qu'après avoir goûté les subtilités de Quintilien, l'éloquence de Cicéron, la gravité de Fronton et la douceur de Pline, ce lui avait été une rude mortification d'apprendre un alphabet et de prononcer des paroles gutturales de sorte qu'il avait désespéré plusieurs fois d'en venir à bout; que souvent il y renonçait, rebuté par les difficultés qu'il y trouvait; qu'ensuite le désir d'entendre cette langue lui faisait reprendre son travail, en un mot, qu'il n'en avait obtenu l'intelligence qu'avec des fatigues inconcevables. Le souvenir des douceurs célestes et des lumières divines, dont son âme était remplie dans cette solitude, fit qu'il la regretta toujours et qu'il la porta partout dans son coeur. C'est ce qu'il apprit à Pammachius dans son Epître 26.

Il est probable que ce fut au sortir du désert qu'il visita la Grèce, et particulièrement la ville d'Athènes; après quoi il se rendit à Antioche, où il étudia l'Ecriture sainte sous Apollinaire de Laodicée, sans toutefois s'arrêter à la doctrine contentieuse de ce savant homme, depuis auteur d'une hérésie dont il tâcha d'infecter l'Eglise. Il adhéra à Paulin, l'un des 3 évêques dont nous avons parlé, conformément à la réponse qu'il reçut de Damase, qui favorisa toujours ce parti comme le plus juste. Quoiqu'il ne résidât plus dans le désert, il ne quitta pas pour cela l'habit ni la profession de solitaire, et, dans les divers lieux où il allait pour consulter les gens habiles et faire de nouvelles découvertes dans la sainte Ecriture, il menait une vie retirée afin de vaquer davantage à la prière et à l'étude. Dans sa 30ième année, il fut ordonné prêtre par le même Paulin; mais il ne consentit à son ordination qu'à la charge qu'il ne serait attaché à aucune église, et qu'il ne quitterait point la profession monastique qu'il avait choisie, comme il dit lui-même, pour pleurer les péchés de sa jeunesse et pour fléchir la Miséricorde de Dieu envers lui. C'est ainsi qu'il parle à Pammachius dans la 6ième lettre, et qu'il se défend contre la vexation de Jean, évêque de Jérusalem, qui voulait l'assujétir à son Eglise, quoiqu'il ne l'eût pas ordonné. Son sacerdoce ne l'obligeant point de demeurer à Antioche, il continua de voyager de côté et d'autre. Il passa quelque temps près de Jérusalem, à la campagne et dans les solitudes, et particulièrement à Bethléem, qu'il goûta dès lors comme le plus saint lieu où il pût se retirer. Il alla aussi à Constantinople pour entendre saint Grégoire de Nazianze, dont la réputation était répandue partout. Mais ce grand prélat, connaissant la vertu et la valeur de Jérôme, ne le traita pas en disciple, mais comme un ami dont il pouvait apprendre beaucoup de choses pour l'interprétation de l'Ecriture sainte, à cause de la parfaite connaissance qu'il avait de la langue hébraïque; ce qui n'empêche pas que notre Saint, dans son Epître à saint Grégoire de Nysse, ne se glorifie d'avoir eu cet illustre évêque de Constantinople pour son précepteur. Ce fut peu de temps après son sacerdoce qu'il acheva ses Commentaires sur le prophète Abdias, qu'il avait commencés étant encore tout jeune et au sortir de sa rhétorique: il corrigea aussi ce qu'il en avait déjà fait, avouant que, lorsqu'il y avait travaillé, il n'avait pas toutes les lumières nécessaires pour un si grand ouvrage. Il les dédia à Pammachius, son compagnon d'études et gendre de sainte Paule. Le pape de Rome, Damase lui proposa plusieurs difficultés sur divers passages de l'Ecriture, lui écrivant pour cet effet par Ethérius, diacre, qui porta les lettres et rapporta les réponses. Il lui envoya aussi des présents pour lui marquer plus sensiblement son affection. Certes, ce n'est pas une petite gloire à saint Jérôme d'avoir été ainsi consulté par le patriarche d'une des grandes Eglises.




Comme les factions d'Antioche troublaient toujours la tranquillité des Eglises, l'empereur Théodose envoya des lettres aux évêques d'Occident et d'Orient pour les faire assembler à Rome, afin qu'ils terminassent tous ces différends et résolussent en synode plusieurs difficultés que l'on faisait en divers endroits sur des points de doctrine. Les Orientaux, entre lesquels était Paulin, furent bien aises de mener Jérôme avec eux, parce qu'ils avaient besoin d'un homme qui sût le latin et parce qu'il était connu de Damase, peut-être aussi parce que ce Pape romain lui écrivit exprès pour l'appeler à ce Synode, et même que l'empereur l'obligea de s'y rendre; car il confesse dans son Epître 27 qu'il n'y alla que malgré lui et avec répugnance. Mais s'il eut de la peine à se résoudre à ce voyage, les Romains, au contraire, eurent bien de la joie de revoir dans leur ville celui qu'ils avaient autrefois admiré dans sa jeunesse, et dont la réputation avait beaucoup augmenté la première idée qu'ils s'étaient formée de sa vertu : ce fut à qui jouirait des douceurs et des lumières de sa conversation, et lui donnerait le plus d'éloges. Les uns louaient sa vie pénitente et solitaire, les autres sa science dans les langues ; ceux-ci son intelligence dans l'Ecriture, ceux-là la pureté de sa doctrine. Les dames romaines ne pouvaient se lasser de l'entendre, les prêtres le consultaient, le clergé et le peuple avaient sans cesse les yeux sur lui, comme sur le plus grand homme du siècle; en un mot, par sa piété, son érudition, son honnêteté et ses manières obligeantes, il gagna le coeur de tout le monde. Mais saint Damase, plusque tous les autres, fut ravi de le posséder, et, à sa considération, il fit de grandes amitiés à Paulin et à Epiphane, avec lesquels il était venu. Il le regarda comme un autre saint Paul, qui devait l'aider de ses conseils dans le gouvernement de l'Eglise de Rome. En effet, une fois terminé le Concile qui confirma Paulin, évêque d'Antioche, et les évêques participants repartis dans leurs Eglises, Damase retint Jérôme auprès de lui, afin qu'il l'aidât à porter une partie du poids du pontificat. Il lui donna la charge de répondre à toutes les questions que l'on ferait touchant la Foi, d'éclairer les difficultés des Eglises locales, des assemblées synodales, de prescrire à ceux qui revenaient de l'hérésie ce qu'ils devaient croire ou ne pas croire, et de dresser pour cela des règles et des formules. Rufin, dans son apologie pour Origène, avoue que ce fut ce grand docteur qui composa la "Confession", pour réconcilier les Apollinaristes, et il rapporte lui-même, dans son Epître 51, les différentes fonctions dont l'avait chargé l'évêque de Rome.

Cependant ces occupations laborieuses ne lui firent rien diminuer de ses austérités, et il les pratiqua toujours exactement, comme s'il eût encore été dans le secret d'une solitude. Il continua ses oraisons à l'ordinaire, et vécut dans le silence et le recueillement d'un véritable moine. Il célébrait dévotement le saint Sacrifice, et l'on a conservé longtemps à Rome la chasuble dont il se servait pour cet auguste ministère. On y garde même encore maintenant son calice, que l'on montre quelquefois au peuple, pour renouveler son respect envers cet incomparable docteur qui a si bien mérité de l'Eglise romaine. La dévotion qu'il avait à célébrer ce divin mystère était si connue au prêtre Népotien, neveu d'Héliodore, qu'il légua en mourant la tunique qui lui avait servi à l'autel. Cela étant, il y a sujet de s'étonner que Godeau, dans son "Histoire de l'Eglise", ait écrit que "saint Jérôme n'a jamais dit la Messe, par une crainte religieuse qu'il avait de ce redoutable sacrifice". On peut juger de la grandeur de son zèle pour tout ce qui regardait la sainte Eucharistie, par l'éloge qu'il fait du même Népotien, qui apportait un soin incomparable à toutes les choses qui avaient rapport à ce Mystère. C'est dans l'épitaphe qu'il fait de lui dans son Epître 3 : "Il avait soin", dit-il, "que l'autel fût toujours d'une propreté convenable, que les murailles de l'église fussent nettes, que le pavé fût bien nettoyé, que le portier se tint souvent à la porte, pour n'y admettre que ceux qui devaient y avoir entrée, et que toutes les cérémonies s'observassent avec toute l'exactitude possible. Il était presque sans cesse dans les temples, et ornait les basiliques des martyrs, avec des fleurs, des branches d'arbres et des pampres de vigne. Il voulait qu'il n'y parût rien qui pût offenser les yeux des fidèles, mais que tout y excitât à la piété et à l'adoration de la Majesté divine". Il fallait sans doute que saint Jérôme fût animé du même zèle pour louer si hautement ces actions, qui ont si peu d'éclat en apparence. En effet, il veilla extrêmement à ce que les divins Offices et toutes les fonctions ecclésiastiques se fissent avec toute la décence possible. Tout ce qu'il avait remarqué de dévot et de majestueux dans les églises d'Antioche et de Jérusalem, les 2 plus anciennes de la Chrétienté, il l'introduisit à Rome; ce fut à son instance que Damase fit chanter "l'Alleluia", selon l'usage de l'Eglise de Jérusalem, et qu'à la fin de chaque Psaume on ajouta le "Gloria Patri", à l'exemple de celle d'Antioche. Il corrigea les Psaumes et la version des Septante, que le pape de Rome fit ensuite chanter à ses ecclésiastiques. Il en fit de même du Nouveau Testament, que l'on a toujours lu depuis dans l'Eglise de Rome selon sa version. Il compila et abrégea les Actes des Martyrs, afin qu'on pût les réciter aux divins Offices. Nous dirons dans la suite les autres ouvrages qu'il a composés pour le bien des Eglises : nous ne parlerons maintenant que de ce qu'il fit à Rome, étant encore dans la fleur de son âge.

Plusieurs dames romaines, qui avaient une singulière vénération pour lui, l'obligèrent aussi de faire quelques livres. Il exposa à Blésille, fille de sainte Paule, l'"Ecclésiaste" attribué à Salomon, pour lui inspirer le mépris de toutes les choses du monde, et dès lors il commenqa à faire des commentaires sur l'Ecriture. Il donna à Fabiola l'interprétation de cette multitude de noms qui se trouvent dans le "Livre des Nombres", et lui expliqua la prophétie de Balaam. Il écrivit, en faveur d'Eustochie, le "Traité de la Virginité", qui fait la 22ième de ses Epîtres, pour combattre l'erreur d'Elvidius, qui ôtait cette excellente vertu à la Reine des Vierges. Il donna à Marcelle, jeune veuve, l'intelligence des 10 Noms de Dieu, dont se servent les Hébreux. Il enseigna à sainte Paule l'Alphabet hébraïque. Toutes ces femmes étaient autant de saintes épouses qu'il avait acquises à Jésus-Christ, et qu'il avait portées à passer d'une vie commune à l'étude de la perfection Chrétienne.

Le but auquel Jérôme appelait résolûment les âmes d'élite qui en étaient capables, était la perfection évangélique : "Il ne faut point d'inconséquences ; un idéal sublime, et une vie vulgaire; un habit de veuve ou de vierge, et des habitudes de femme mondaine. Il faut des moyens en rapport avec le but. Quiconque choisit la vie parfaite, doit marcher dans la voie parfaite". - "Votre profession de vierge consacrée à Dieu est souverainement libre, et c'est ce qui en fait le mérite; qu'elles y renoncent, celles qui n'en peuvent porter l'honneur; sinon, qu'elles en remplissent les devoirs". Telle était l'énergique direction de saint Jérôme.
L'abstinence, le jeûne, voilà ce qu'il conseillait nettement, comme pratique habituelle, à ces opulentes et délicates patriciennes. II ne voyait que cela de sûr pour la vertu héroïque à laquelle elles aspiraient; et, allant chercher au fond de la nature humaine la raison décisive et invincible de ces rigoureuses austérités :
"Tant que nous sommes dans le tabernacle du corps, entourés d'une chair mortelle, nous pouvons bien modérer et dompter nos penchants, nous ne pouvons pas les détruire. Il est difficile, ou plutôt impossible, qui que l'on soit, que l'on ignore au moins le commencement de la passion. Toute chair a ses tendances et sollicite l'âme par les amorces du mortel plaisir. Je vous dis ces choses pour que vous sachiez bien que la nature humaine est en vous, et que ces misères communes, si vous cessiez de faire sur vous-même une garde sévère, pourraient aussi vous atteindre. Sous la soie, sous la bure, les mêmes penchants nous dominent. Ils n'ont peur ni de la pourpre des rois, ni des haillons des pauvres". -
"Pour vaincre l'avarice, il suffit d'ouvrir sa bourse; pour triompher d'une langue médisante, il suffit du silence; contre la vanité et le goût des folles parures, il suffit d'un élan de générosité".

L'amour de Dieu, tel était, avant tout, l'aliment que saint Jérôme vonlait donner aux coeurs généreux qu'il invitait à crucifier les passions et leurs convoitises, à mourir pour revivre. L'amour des pauvres en était le second. Pour entraîner à tous les sacrifices, à tous les dévouements, il montrait Jésus-Christ dans les pauvres, et présentait comme une compensation sublime du renoncement au culte et à la vie mondaine le bonheur de pouvoir donner aux malheureux : "Depuis que vous avez embrassé la chasteté éternelle, vos richesses ne sont plus à vous, ou plutôt elles le sont bien plus, puisque de ce jour elles ont commencé à appartenir à Jésus-Christ. Car sachez bien que vous ne possédez réellement que ce que vous aurez employé en charités". Mais donner son or à l'indigent, ce n'est que le premier degré de la charité. Se donner soi-même, voilà le second. Et c'est jusque-là que saint Jérôme voulait amener les saintes femmes qu'il conduisait. Il voulait que le fruit de cette austérité de vie qui brisait leur délicatesse, et maintenait leur âme dans toute sa pureté, fût de les élever, par-dessus toutes les répugnances de la nature, à tous les dévouements de la charité.

L'amour de Dieu et l'amour des pauvres, voilà ce que saint Jérôme substituait aux passions misérables et aux affections frivoles; ajoutons-y les douceurs de la pure et sainte amitié qui unissait entre elles toutes ces veuves et toutes ces vierges ses disciples. Avec la vie du coeur, il voulait développer aussi dans ses disciples, sur les ruines de la vie des sens et de la vie frivole, la vie de l'esprit. Son grand moyen, c'était l'Ecriture, non pas seulement étudiée comme science pour l'esprit, mais surtout méditée comme vérité et lumière divine pour le coeur. Il en imposait la lecture à toutes ses disciples.

Pour compléter ce résumé de la direction telle qu'il l'entendait, il est nécessaire d'exposer rapidement les conseils qu'il donnait sur cet important sujet. Il prescrit rigoureusement le travail des mains aux descendantes des Scipions, des Fabius, des Camille, à 4 points de vue: d'abord, pour éviter l'ennui, ce poids des vies mondaines; ensuite, parce que c'est un devoir, même pour celles que Dieu a le plus comblées des dons de la fortune; puis parce que le travail peut être un auxiliaire précieux de la charité; et enfin parce que rien ne maintient mieux les vertus domestiques, l'esprit de famille. Ces 4 points de vue, si actuels encore, sont indiqués avec une grande précision et une grande délicatesse dans le passage suivant d'une de ses lettres: "Quand les heures destinées à la lecture de l'Ecriture sainte et à la prière seront finies, après que le soin de votre âme vous aura fait souvent ployer les genoux, ayez toujours votre laine dans les mains, et, ou bien avec le pouce tirez le fil du fuseau, ou bien forcez-le à suivre une trame; ou bien ce que les autres ont filé mettez-le en peloton; ajustez-le sur le métier. Examinez votre tissu, refaites ce qui est mal fait, et préparez-vous d'autre ouvrage. Si vous êtes ainsi occupée, jamais les jours ne vous sembleront longs; au contraire, même les longues journées d'été vous paraitront courtes, car le soir vous n'aurez jamais fini votre tâche".

Ce qu'ajoute saint Jérôme est bien remarquable, et ne saurait être trop médité par les Chrétiennes de nos jours : "En faisant ainsi, vous vous sauverez vous-même, et vous en sauverez d'autres". Qu'est-ce à dire? Jérôme l'expliquait ainsi : Vous vous sauverez vous-même, parce que vous éviterez le péril que signale l'Ecriture: "Toute âme oisive est agitée de désirs"; et que vous ne mettrez pas dans votre vie le vide, la grande lacune que porte toujours avec soi l'oubli d'un devoir capital, tel que le devoir du travail. "Car si une femme croit pouvoir se dispenser de travailler parce que, grâce à Dieu, elle ne manque de rien, elle se trompe. Elle doit travailler comme tout le monde; et si elle veut le faire en Chrétienne, pendant que ses mains travaillent, que son âme pense à Dieu. Les mains et les yeux sur son ouvrage, son coeur au Ciel ». Comment sauvera-t-elle les autres? Par l'exemple : "Vous serez ainsi le modèle d'une vie sainte, et la chasteté de celles que des habitudes laborieuses, contractées à votre exemple, auront sauvées, sera votre bénéfice". Saint Jérôme ajoute un dernier trait bien étonnant : "Je le dirai simplement : quand même vous distribueriez tout votre bien aux pauvres, rien n'aura plus de prix aux yeux du Christ que les ouvrages faits par vous-même, soit pour votre propre usage, soit pour donner l'exemple aux autres vierges, soit pour les offrir à votre aïeule et à votre mère, qui vous donneront en échange largement de quoi subvenir aux besoins des malheureux". Il y a là, ce nous semble, une profonde et délicate intelligence de la vie de famille, et ce que ces discrètes paroles nous font entrevoir dans les maisons Chrétiennes des égards de la piété filiale et des calculs ingénieux de la charité est admirable. Quoi! le travail des mains, un travail de femme, au-dessus de la charité? Oui, parce que le travail n'est pas seulement la substitution d'occupations utiles aux distractions vaines, de goûts sérieux aux goûts frivoles, d'une vie remplie au vide des jours : c'est encore le respect de l'aïeule vieillie et souffrante, vertu bénie de Dieu, la jouissance d'une fille pour une mère, la protection d'une vertu à l'ombre du foyer domestique, sous le regard maternel, et finalement aussi le soulagement des pauvres et la féconde ressource de la charité. Voilà pourquoi saint Jérôme veut retenir, à l'abri de la maison paternelle, dans un travail assidu, la jeune fille, la jeune veuve, près de sa mère et de sa grand'mère, parce que le bonheur est là, avec la vertu. Voilà la direction de saint Jérôme, la grande direction Chrétienne, telle que nous la saisissons pour la première fois dans l'histoire.

Parmi les disciples de saint Jérôme nous voyons encore : Mélanie, Aselle, Léa, Albine, Marcelline et Félicité, qui, par ses exhortations, embrassèrent avec ardeur les maximes étroites de la vertu. Il convertit aussi plusieurs hommes qui étaient tellement plongés dans le crime, qu'ils menaient plutôt une vie d'idolâtres que de Chrétiens. Il appela auprès de lui Paulinien, son frère, non pour l'avancer dans le monde par son crédit, mais pour lui enseigner la vertu et les lettres. Il se forma alors par son zèle plusieurs beaux monastères dans Rome, et la multitude des serviteurs et des servantes de Jésus-Christ qui s'y retirèrent fut cause que la profession monastique, qui y était auparavant connue ignominieuse, devint glorieuse et honorée de tous ceux dont le Seigneur faisaient les délices et qui aspiraient à marcher dans Ses voies. Quant aux autres... Ces relations avec les femmes romaines eussent été très-suspectes et très-dangereuses pour un homme moins vertueux que lui; mais la grâce de Notre-Seigneur, sous l'inspiration de laquelle il agissait, le soutint dans ces dangers. Cependant la médisance ne lui pardonna pas, et on lui reprocha, comme des liaisons criminelles, des affections qui étaient très-pures et très-saintes. La liberté avec laquelle il reprenait le vice lui attira cette calomnie; mais la vertu éclatante des disciples justifia bientôt le maître auprès de ceux qui ne lui portaient point d'envie, et qu'une passion brutale n'aveuglait pas dans leurs jugements. Jérôme, après 3 ans de séjour à Rome où la calomnie était venue le frapper, retourna en Palestine; mais avant de quitter Ostie, il voulut épancher sa douleur, et du pont du navire qui allait l'emporter il écrivit à Aselle : "On me dit un infâme, un fourbe, un menteur, un magicien; et l'on venait me baiser les mains tandis qu'on déchirait ma réputation de la manière la plus impitoyable... M'a-t-on vu entrer chez quelque femme suspecte? me sois-je attaché à la magnificence des habits, à un visage fardé, à l'éclat des pierreries et de l'or? Je me suis trouvé plusieurs fois avec des vierges; j'ai expliqué souvent à quelques-unes l'Ecriture sainte le mieux qu'il m'a été possible. Cette étude nous obligeait à être souvent ensemble; l'assiduité donnait lieu à la familiarité, la familiarité faisait naître la confiance; mais qu'elles disent si elles ont remarqué dans ma conduite quelque chose d'indigne d'un Chrétien, quelque chose d'équivoque dans mes discours ou de passionné dans mes regards ?
Avant d'avoir connu sainte Paule, tout Rome m'estimait et applaudissait à ma vertu; chacun me jugeait digne de l'épiscopat... N'y avait-il donc qu'une femme pénitente et mortifiée qui fût capable de me toucher, une femme desséchée par des jeûnes continuels, négligée dans ses habits, devenue presque aveugle à force de pleurer, et qui passait les nuits entières en oraison? une femme qui ne connaissait d'autre chant que les Psaumes, d'autre entretien que l'Evangile, d'autre plaisir que la continence, d'autre nourriture que le jeûne? N'y avait-il, encore une fois, que cette femme dans Rome qui pût avoir de l'attrait pour moi? Touché de sa chasteté merveilleuse, à peine ai-je commencé à la voir et à lui donner des marques de respect, qu'aussitôt mon humilité a disparu, toutes mes vertus se sont évanouies! O envie qui commences par te déchirer toi-même! J'étais bien fou de vouloir chanter les cantiques du Seigneur sur une terre étrangère et d'abandonner la montagne du Sinai pour mendier les secours de l'Egypte".

Jérôme s'embarqua au mois d'août, avec Paulinien, son frère, le prêtre Vincent et quelques autres religieux, et fit voile vers Chypre, où il débarqua heureusement, et fut reçu avec tout le bon accueil possible par saint Epiphane; de là il se rendit à Antioche, d'où Paulin le mena, au milieu de l'hiver, en Judée. Avant de s'y arrêter tout à fait, il alla encore une fois en Egypte, et visita les monastères de Nitrie; il reprit ensuite le chemin de la Palestine, et se retira à Bethléem. Sainte Paule, avec sa fille Eustochie, Mélanie, petite-fille du consul Marcellin, laquelle toutefois abandonna depuis saint Jérôme pour suivre Rufin, qui était son adversaire, et quantité d'autres vierges, l'y vinrent trouver. Il choisit cet endroit pour sa solitude par une dévotion singulière qu'il portait aux mystères de l'enfance du Sauveur. La vue de ce saint lieu, où le Fils unique du Père éternel a voulu naître pour le Salut des Hommes, où Il a été reconnu par les bergers et adoré par les mages, était un objet touchant qui embrasait tous les jours son coeur de nouvelles flammes d'amour envers son divin Maître. Il n'est éloigné de Jérusalem que de 6 milles, ainsi que le remarque Sulpice Sévère, qui y visita notre Saint, et y demeura 6 mois avec lui. Sa cellule était sur le chemin qui conduisait au tombeau du roi Archélaüs. Il y avait une église sur la grotte où Jésus-Christ vint au monde (1), et un autel sur la crèche où Il fut mis à sa naissance, afin d'offrir le saint Sacrifice au même endroit où le Verbe divin s'était offert à son Père pour le Salut du monde.

(1) On voit, dans la basilique de Beth-léem, l'Oratoire de saint Jérôme : c'est une chapelle souterraine dans laquelle le saint prêtre venait s'inspirer au berceau du Sauveur. A côté de l'Oratoire on voit une chapelle dans laquelle est son tombeau; vis-à-vis celui de sainte Paule et de sainte Eustochie. -- "Les Saints Lieux", par Mgr Mislin.


A côté de cette église, Paule fit construire 2 monastères, un d'hommes et un de vierges. Saint Jérôme consacrait les jours et les nuits à la prière, à l'étude et au travail avec les autres frères du monastère. II vivait dans une parfaite pauvreté, sans posséder d'argent et sans désirer d'en avoir, se contentant de la nourriture et de l'habit, des jeûnes rigoureux et des veilles continuelles. Il couchait sur la dure, et, durant son repos, son coeur ne laissait pas d'être appliqué à Dieu. Il ne sortait de sa bouche que des discours de sainteté, soit pour expliquer l'Ecriture, soit pour parler de la vertu, soit pour faire l'éloge de la chasteté, qui avait pour lui des charmes inconcevables. Il se tenait caché le plus qu'il pouvait, aimait mieux être Saint en réalité que de le paraître aux yeux des hommes. Sa grande retraite ne l'empêchait pas d'exercer tous les devoirs de charité envers les pélerins, que l'on recevait dans un hôpital que sainte Paule avait fondé, auprès de la grotte de Bethléem. Il les visitait, les entretenait, les consolait, les portait à la piété, leur lavait les pieds, et même ceux de leurs chameaux, les servait à table; en un mot, il faisait son possible pour leur faire trouver des douceurs après les fatigues de leur pélerinage. Dans les 5 premières années de cette solitude, il traduisit de l'hébreu le livre de l'"Ecclésiaste", et composa le bel ouvrage que nous avons de lui contre Jovinien. Plus il avançait en âge, plus il semblait avoir d'ardeur pour se faire instruire de ce qu'il croyait ignorer. Et, sans considérer que les cheveux blancs dont sa tête commençait à être couverte lui donnaient plutôt l'autorité de maitre que la qualité de disciple, il allait consulter ceux dont il espérait apprendre quelques secrets pour l'intelligence de l'Ecriture, qui était alors toute son occupation. La haute réputation de Didyme, ancien ami de saint Athanase et du grand saint Antoine, le fit aller à Alexandrie, pour lui proposer quelques difficultés; il le vit et admira d'autant plus sa profonde érudition, qu'ayant perdu la vue dès le temps de son enfance, il n'avait presque rien pu apprendre des hommes; il lia une si étroite amitié avec lui, que Didyme, à sa prière, dicta 5 livres de "Commentaires" sur le prophète Zacharie, et fit une exposition d'Osée qu'il lui dédia. Saint Jérôme, de son côté, traduisit un livre "Du Saint-Esprit", que Didyme avait composé. Il avoue que sa pénétration dans l'Ecriture était incomparable; c'est pourquoi, comme il attribue à Origène, pour caractère singulier, la composition d'un grand nombre de livres, l'éloquence à Cicéron, la subtilité à Aristote, la prudence à Platon et l'érudition à Aristarque; aussi il donne à cet auteur, pour différence spécifique, la science des Ecritures. D'Alexandrie il retourna à Bethléem, où il s'appliqua de nouveau à l'étude de l'hébreu; il eut encore pour maître en cette langue un juif qui parlait l'hébreu avec une pureté et une grâce extraordinaires. Saint Jérôme fit de grands progrès dans cette langue; il étudia aussi les lieux, les coutumes dont il est parlé dans la Bible, chose facile à cette époque et dans cette contrée. Sa traduction de la Bible a fini par faire rejeter toutes les autres et devenir celle de l'Eglise de Rome et même de la plupart des autres Eglises en Occident; il nous aussi laissé d'excellents "Commentaires" sur presque tous les livres sacrés.

La multitude des pélerins, particulièrement des moines, qui venaient à la grotte de Bethléem, augmentait tellement de jour en jour, que l'hôpital qu'avait fondé sainte Paule, n'étant plus assez grand pour les contenir, saint Jérôme résolut d'en faire construire un plus ample; et, pour avoir de quoi fournir à la dépense, il envoya son frère en Dalmatie, afin qu'il y vendît les héritages de leur père, que les Goths, qui venaient souvent ravager ce pays-là, n'avaient pas encore entièrement ruinés. Paulinien, à son retour, fut, malgré lui, ordonné prêtre par saint Epiphane. Jean, évêque de Jérusalem, condamna cette ordination, comme ayant été faite dans son diocèse sans sa permission; et, bien qu'on lui représentât qu'elle s'était faite dans un monastère qui ne relevait pas de sa juridiction, et que Paulinien avait 30 ans, âge requis par les Canons pour la prêtrise, il poussa si loin son mécontentement, qu'il excommunia tous ceux qui soutenaient cette ordination, et même saint Jérôme, à qui il défendit l'entrée du saint Sépulcre, bien qu'elle fût permise aux hérétiques. La considération de Paule fut peut-être cause qu'on ne le chassa pas de ce lieu; car il fut sur le point d'être banni par la faveur que son adversaire trouva auprès des gouverneurs de la province. Aussi, dans son Epître 61, à Pammachius, il témoigne son regret de n'avoir pas eu, en effet, la couronne de l'exil, comme il avait la volonté disposée à le souffrir courageusement. Au reste, l'ordination de Paulinien n'était qu'un prétexte pour persécuter notre saint hommer. Voici la vraie cause : saint Jérôme avait découvert que cet évêque, d'ailleurs éloquent, enseignait que dans la Trinité le Fils ne pouvait pas voir le Père, et le Saint-Esprit ne pouvait pas voir le Fils; que les âmes étaient dans les corps comme dans une prison, et qu'elles étaient dans le Ciel avant d'être unies aux corps; que les démons et les damnés feraient enfin pénitence et seraient sauvés comme les Saints; qu'avant le péché, Adam et Eve n'avaient point de corps; et qu'après la Résurrection, il n'y aurait plus de distinction de sexe. Il s'était plaint aussi de ses allégories et interprétations métaphoriques qui ruinaient la vérité de la lettre de l'Ecriture.
Ces erreurs avaient déjà été condamnées à l'instance de saint Epiphane et de saint Jérôme, par l'Eglise d'Alexandrie, sous Théophile, qui en était pape, et par l'Eglise de Rome; c'est pourquoi notre Saint ne put pas souffrir qu'on les ressuscitât; comme il était ardent, et ne trempait pas toujours sa plume dans l'huile en écrivant contre ceux qu'il croyait être infectés de mauvaises opinions, il s'attira ce puissant ennemi sur les bras. Le fait paraît certain d'après l'Epitre que nous venons de citer; néanmoins, le r.p. Vastélius, carme, dans l'édition des oeuvres de Jean de Jérusalem, qu'il a données au public en 1643, travaille à justifier le patriarche de toutes ces accusations; il prétend que l'Epître à Pammachius, où elles sont rapportées, n'est pas de saint Jérôme, à cause de la différence sensible du style, qui est fort égal dans tous ses autres ouvrages. Le lecteur peut consulter ce livre; il nous suffit de l'avoir indiqué sans entrer dans le fond de cette dispute.

Les outrages que notre Saint reçut de ce patriarche, qui ne l'aimait point, ne lui furent pas si sensibles que sa rupture avec Rufin, avec qui il avait eu une amitié tout extraordinaire. Cette division fit grand bruit dans les Eglises, en particulier celle de Rome, et plusieurs même s'en scandalisèrent et accusèrent notre Saint de trop grande chaleur, ne voulant pas considérer qu'il avait des raisons très-fortes pour rompre avec un ami de cette qualité, puisqu'il avait abandonné la vérité de la foi orthodoxe et était tombé dans l'Origénisme. Théophile d'Alexandrie les réconcilia ensemble, mais cette réconciliation ne fut pas de longue durée. Rufin étant allé à Rome, continua d'enseigner les erreurs qu'il attribuait à Origène, et en publia le livre intitulé "Peri archôn", c'est-à-dire "des Principes" - premier essai rédigé par Origène, avant que les doctrines ne soient discernées par les Conciles, et donc immanquablement empreimpt des erreurs de la recherche théologique de son temps; et, pour mieux insinuer les quelques doctrines erronées y contenues, Ruffin donnait, d'une manière affectée, de grandes louanges à saint Jérôme, qui avait, longtemps auparavant, traduit cet ouvrage.
Enfin il contrefit si bien le bon catholique, en répandant le venin de son hérésie, qu'il attira à son parti quantité de Romains, et surprit même des lettres de communion du pape romain Sirice. Alors notre Saint, ne pouvant souffrir que ce séducteur corrompît ainsi la Foi des Chrétiens, se déclara ouvertement contre lui. Il eut en même temps à se justifier des crimes que Rulin lui imputa, et à réfuter la fausseté de ses dogmes; il le fit avec tant de force et d'éloquence, que ceux qui voyaient les ouvrages de l'un et de l'autre ne pouvaient plus regarder son adversaire comme un homme savant, le voyant si éloigné de l'érudition de Jérôme.

Outre ses écrits contre Helvidius et contre Rufin, il écrivit encore 2 excellents livres contre Jovinien; c'était un moine du monastère que saint Ambroise gouvernait dans les faubourgs de Milan; ne pouvant souffrir la discipline de ce saint évêque, quoiqu'elle fût pleine de douceur, il en sortit avec quelques autres qu'il avait infectés de ses mauvaises opinions. Il voulut ensuite y rentrer; mais comme il ne donna aucun signe de véritable pénitence, et que sa conversation fut jugée contagieuse pour ses frères, il ne put obtenir ce qu'il demandait. Ce fut à la suite de ce refus très-juste que Jovinien commença à enseigner publiquement les erreurs d'Helvidius, auxquelles il ajouta que l'état de la virginité était moindre que celui du mariage, et que les vierges, par conséquent, ne méritaient autant voire plus que les femmes mariées; qu'il n'y avait qu'une même récompense pour tous les bienheureux; que la Chair de Jésus-Christ n'était pas véritable, mais fantastique, et d'autres rêveries de cette nature. Par cette pernicieuse doctrine, il trompa plusieurs vierges consacrées à Dieu et les fit renoncer à leurs voeux pour embrasser l'état du mariage. Notre Saint, qui avait acquis à l'abstinence tant de veuves et de jeunes Romaines, ne put souffrir ce séducteur. Il prit la plume contre lui, le combattit, le réfuta, le confondit et fit voir si manifestement sa malice, sa corruption et son erreur, qu'il le contraignit de se taire. Dans la chaleur de la discussion, il semble quelquefois rabattre un peu trop le mariage, qui est saint et honorable et le symbole de l'alliance de Jésus-Christ avec son Eglise, selon la pure doctrine de l'Apôtre des Nations, saint Paul; mais ce n'est que par comparaison à l'état bienheureux de la virginité, qui rend les âmes Chrétiennes qui s'y vouent les épouses chéries de Jésus-Christ même.

La réputation de Jérôme, que sa sainteté et sa doctrine mettaient toujours au-dessus des persécutions de ses adversaires, obligea Alype, disciple de saint Augustin, dans un voyage qu'il fit à Jérusalem, l'an 393, de lui rendre visite dans son monastère. Il lui parla si avantageusement des qualités du même saint Augustin, son maître, qui n'était encore que prêtre, que notre Saint résolut, dès lors, de lier et d'entretenir une étroite correspondance avec lui. Il lui écrivit donc une lettre, que nous n'avons pas, pour l'avertir de lire avec précaution la traduction donnée par Ruffin des lettres attribuées à Origène (*), à cause des erreurs qui y étaient contenues. Saint Augustin eut une joie extrême de l'affection qu'il lui témoignait, et ne désirait rien plus que de pouvoir demeurer auprès de lui, pour puiser dans cette mer d'érudition dont il savait qu'il était rempli. Il lui écrivit 3 lettres, l'une par Profuture, la 2ième par Paul, la 3ième par le diacre Cyprien, qu'il envoya exprès d'Afrique en Palestine, étant déjà évêque. Dans ces lettres, il le prie de traduire en latin les auteurs grecs qui avaient fait des commentaires sur l'Ecriture sainte; il lui témoigne le peu de satisfaction qu'il a de sa version de l'Ancien Testament de l'hébreu en latin, parce que l'on s'était accoutumé dans les Eglises Chrétiennes à la version des "Septante", qui était bien différente de la sienne; il lui demande quel titre il faut donner à son livre des "Ecrivains ecclésiastiques", parce que les copies qui couraient en Afrique étaient sans titre; enfin il prend la liberté de le reprendre de l'interprétation qu'il avait donnée au second chapitre de l'Epitre de saint Paul aux Galates, où il est parlé de la correction publique que cet Apôtre fit à saint Pierre, sur ce qu'en judaïsant, il faisait croire aux Gentils qui avaient embrassé le Christianisme, qu'ils étaient eux-mêmes obligés d'observer les cérémonies de la Loi.

La première de ces lettres, qui précéda les autres de beaucoup de temps, ne fut point portée à notre Saint, parce que Profuture, qui en était chargé, ne put faire le voyage d'Orient, ayant été élu évêque, et étant mort peu de temps après son élection. Mais quelques malintentionnés, qui la trouvèrent parmi ses papiers, la publièrent, et elle parcourut l'Afrique, l'Italie et les Gaules avant que saint Jérôme en eut connaissance. Ce ne fut que Sisinnius, diacre de saint Exupère, évêque de Toulouse, qui, après 12 ans, lui en donna une copie. Il y répondit, et en même temps aux 2 autres, par une lettre qui est la 11ième entre celles de saint Augustin, et qui commence par ces mots: "Tres simul epistolas, imo libelles breves"; il lui montre l'utilité admirable de sa version de l'Ancien Testament, à cause des différences de celles des Septante et des changements que les Juifs y avaient faits. Il lui déclare quel est le titre de son livre des "Ecrivains ecclésiastiques", que la matière dont il traite déclarait assez d'elle-même, il s'étend fort au long sur le différend de saint Pierre et de saint Paul qu'il prétend n'avoir été que dispensatoire, et par un mutuel accord entre eux, pour le bien spirituel des Juifs et des Gentils. Cette réponse donna sujet à saint Augustin de traiter la matière plus à fond; et nous avons dit, dans la vie de ces grands apôtres, ce qu'il en faut penser. Depuis ces 2 grandes lumières du 5ième siècle s'écrivirent encore d'autres lettres, les unes de doctrine, les autres seulement d'amitié et de civilité, surtout saint Augustin, qui était beaucoup plus jeune que saint Jérôme, et qui le regardait comme son père et comme un Docteur déjà consommé, lui envoya quelques-uns de ses traités, afin qu'il les examinât et les corrigeât selon qu'il le jugerait à propos. Il le consulta aussi sur plusieurs difficultés importantes de la théologie, et particulièrement touchant l'origine des âmes. Enfin, tout ce que nous avons à regretter, dans le commerce de ces 2 saints hommes, c'est que, étant extrêmement éloignés et n'ayant pas la commodité des messagers, ils ne purent pas conférer si facilement ensemble que les grands sujets qu'ils avaient à examiner le demandaient. Paul Orose, prêtre espagnol; fut le dernier messager que saint Augustin employa pour un si saint commerce; et ce saint homme fut très-bien payé de son message, puisque, ayant eu le bonheur d'entretenir saint Jérôme peu de temps avant sa mort, il en tira de grandes lumières, dont l'Eglise a profité par les beaux écrits qu'il a depuis donnés au public.

Saint Augustin ne fut pas le seul qui le consulta et qui eut de la considération pour lui. Nous avons déjà dit que Sulpice Sévère demeura 6 mois avec lui; et il était si charmé de sa sainteté, qu'il y fût demeuré toute sa vie, si cela eût été en son pouvoir. Hébide et Algase lui envoyèrent, des extrémités des Gaules, Apodème, pour savoir son sentiment sur des questions extraordinaires. Sunie et Frettelle lui députèrent des personnes de confiance, pour apprendre de lui les différentes versions des Psaumes. Pammachius, Océanus et quantité d'autres, lui écrivaient sans cesse de Rome, pour avoir la solution des difficultés qui naissaient entre les catholiques et les objections que faisaient les hérétiques contre la Foi Orthodoxe. En un mot, tant de savants de tous les endroits de l'Occident avaient recours à lui qu'il avoue, en écrivant à saint Paulin, qu'il lui était impossible de satisfaire à tout ce monde. Ce qui est admirable en ceci, n'est que, étant obligé d'écrire à un si grand nombre de personnes différentes, au Pape de Rome, à des évêques, à des prêtres, à des religieux, à des clercs, à des seigneurs, à des vierges, à des femmes mariées et à des veuves, il proportionne tellement son style à toutes ces conditions, qu'il répond à chacun selon la portée de son esprit, et donne des avis et des instructions conformes à l'état de chaque particulier.

Vers l'an 406, il écrivit contre Vigilance, que, par ironie, il nommait Dormitance. Cet hérétique était espagnol de nation et recteur d'une église de Catalogne. Il cacha d'abord si adroitement ses erreurs sous le masque de l'hypocrisie, que saint Paulin de Nole, qui avait été ordonné prêtre à Barcelone, écrivit en sa faveur à saint Jérôme, et le lui recommanda comme un homme de grande piété et qui était de ses amis. Mais lorsque saint Jérôme eut vu, à Jérusalem, Vigilance et observé sa conduite, il lui retira en grande partie son estime. A peine Vigilance fut-il de retour dans les Gaules, qu'il commença à y semer ses erreurs. Il enseignait qu'on ne devait rendre aucun honneur aux reliques des saints Martyrs, et appelait cendriers et idolâtres ceux qui les révéraient; que tous les miracles que l'on disait se faire à leurs tombeaux étaient des illusions du démon; qu'il fallait fuir les catholiques qui entraient dans les basiliques dédiées en leur honneur, comme des personnes souillées d'idolâtrie, et que n'était une folie d'allumer dans l'église des lampes et des cierges durant le jour. Il condamnait aussi toutes les veilles qui s'y faisaient par les fidèles, selon l'ancienne coutume, et défendait de faire des aumônes aux lieux saints. Il préférait ceux qui donnaient peu à peu leurs biens aux pauvres, à ceux qui les leur donnaient tout à la fois. Il renouvelait encore les erreurs de Jovinien contre le célibat et la virginité et ajoutait d'autres opinions extravagantes à ses impiétés. Saint Jérôme apprit tous ces blasphèmes par les lettres de Ripaire et de Didier, prêtres gaulois, qui lui furent apportées par le religieux Sisinnius, que saint Exupère, évêque de Toulouse, envoyait en Orient pour assister les moines d'Egypte, qu'une grande famine avait réduits à la dernière nécessité. Il se servit de la même voie pour faire tenir à ce prélat l'écrit qu'il compose en une nuit contre Vigilance, où il le traite de la façon que ses extravagances et ses impiétés méritaient. Il y déplore le malheur des Gaules, qui, n'ayant point encore porté de monstres, avaient enfin produit celui-ci (la Catalogne était alors une partie des Gaules); et ce petit ouvrage réfuta si puissamment les dogmes de cette nouvelle secte, qu'elle fut aussitôt éteinte et ensevelie dans l'oubli. On peut tirer de là un fort argument contre les Luthériens et les Calvinistes, qui ont renouvelé les erreurs de cet hérésiarque, et leur montrer que l'Eglise des premiers siècles avait des sentiments bien opposés aux leurs (**), puisqu'elle regardait comme des blasphèmes les propositions de Vigilance, qu'ils n'ont point fait difficulté de ressusciter et d'enseigner au peuple, avec d'autres qui ne sont pas moins contraires à la foi des anciens Pères.

En écrivant sur le prophète Daniel, il avait prédit la ruine de l'empire romain, et ses ennemis avaient pris sujet de cette prédiction pour le mépriser et décrier ses ouvrages. Mais l'événement fit voir qu'elle était véritable, et que le Saint-Esprit en était l'auteur : car, l'an 410, Alaric, roi des Goths, assiégea Rome et la prit, et, par le pillage qu'il en accorda aux soldats, il réduisit une infinité de familles de cette grande ville à une extrême misère. Quand le récit de ces catastrophes arriva à Jérôrne, percé jusqu'au fond de l'âme, il laissa exhaler sa douleur en cris éloquents; on eût dit le vieux Jérémie faisant de nouveau entendre ses lamentations sur ces ruines nouvelles : "La voilà donc éteinte la lumière du monde, la voilà coupée la tête de l'empire romain; dans la chute d'une seule ville, l'univers tout entier s'écroule !..." Et, pour se représenter ce grand désastre, il empruntait des images tantôt aux Prophètes "Moab a été prise la nuit; c'est la nuit que son rempart est tombé !" et tantôt aux souvenirs profanes du sac de Troie "Qui racontera les malheurs de cette nuit cruelle? Qui égalera les lamentations aux calamités ? Elle est renversée l'antique cité dominatrice des peuples..". Et ailleurs; car il est obsédé de cette image : "Est-ce croyable? cette Rome, enrichie des dépouilles du monde, cette fière souveraine des nations, elle est tombée, elle est devenue le sépulcre de son peuple, et la voilà maintenant qui couvre de ses fils fugitifs ou esclaves tous les rivages de l'Orient, de l'Egypte et de l'Afrique!"
Et, en effet, bientôt Jérôme vit arriver à Bethléem des troupes d'exilés; c'était un spectacle lamentable. Des patriciens, des consulaires, de nobles matrones, des veuves, des vierges, des hommes qui auparavant ne connaissaient même pas leur immense fortune, fuyant aux extrémités du monde le fer des barbares et la ruine de leur patrie, venaient, dans le dernier degré du dénûment, demander un asile aux monastères de Paule. Beaucoup d'entre eux peut-être avaient jadis blâmé son départ pour l'Orient. Ils ne savaient pas qu'elle allait leur préparer à eux-mêmes sous ce ciel lointain un asile pour le jour des grands malheurs. Ainsi quelquefois la Providence se plaît à justifier ses Saints. Jérôme laissa tout pour recueillir ces débris du naufrage de Rome; il recevait les prêtres dans son monastère; Eustochie, les vierges et les veuves dans le sien. L'hospice était encombré. Jérôme se multipliait pour subvenir à tant de misères. Mais comment les soulager toutes? "Bethléem", écrivait-il, "voit tous les jours mendier à ses portes les plus illustres personnages de Rome. Hélas ! nous ne pouvons leur donner à tous des secours; nous leur donnons au moins nos larmes, nous pleurons ensemble".

L'an 445, il publia ses "Dialogues contre Pélage", dont il avait déjà combattu la doctrine; mais cet hérésiarque avait été absous dans la Concile de Diospolis, à la suite de l'abjuration simulée qu'il avait faite des erreurs dont il était accusé, trompant par ses subtilités et ses réponses équivoques les évêques assemblés, Jérôme le combattit de nouveau dans 3 dialogues entre Critobule et Attique. Il n'y voulut pas nommer cet imposteur, par respect pour le Synode qui l'avait jugé orthodoxe; mais sous le nom de Critobule, il lui fait déclarer le venin de son hérésie qu'il avait cachée sous de belles apparences aux Pères du Concile. Pélage en fut extrêmement irrité et publia partout que l'envie et la jalousie les avaient fait composer à ce grand Docteur; il poussa même son ressentiment si loin, qu'il résolut de s'en venger contre lui. En effet, beaucoup de saintes femmes, qui vivaient sous la conduite de ce Saint, reçurent une mort cruelle par une troupe de brigands qui étaient du parti de l'hérésiarque; un diacre fut enveloppé dans le massacre, et Jérôme n'évita leur rage que par miracle, tandis que l'on brûlait les monastères qu'il gouvernait. Enfin, Pélage, étant animé de l'esprit de l'hérésie qui est toujours impitoyable, n'oublia rien pour contenter sa vengeance. Baronius, sur l'année 416, dit que Jean de Jérusalem, qui aimait autant Pélage qu'il haïssait saint Jérôme, fut soupçonné d'avoir donné occasion à ces cruautés; car, dès le Synode de Diospolis, il avait montré ouvertement qu'il favorisait l'hérétique contre ses accusateurs; aussi, le pape de Rome de l'époque, Innocent, à qui Eustochie et la jeune Paule, fille de Léta et petite-fille de la grande sainte Paule, firent leurs plaintes et envoyèrent la relation de ce qui s'était passé, écrivit à cet évêque d'une façon qui témoignait bien qu'il le soupçonnait d'y avoir connivé: "Votre piété", lui dit-il, "n'est-elle point touchée des excès de cruauté que le démon a exercés contre vous et contre les vôtres? Contre vous, dis-je, car n'est-ce pas votre condamnation et la honte de votre dignité sacerdotale, qu'une si grande méchanceté se soit commise dans votre diocèse? Où a paru votre prévoyance pour l'empêcher? où sont vos consolations et vos assistances quand le mal a paru? et ce qui est lamentable, c'est que les personnes qui m'ont averti de ces excès, disent qu'elles craignent encore plus de maux qu'elles n'en ont enduré".

Ce saint Pape romain écrivait, au contraire, à saint Jérôme pour le louer de sa constance et de sa foi et le consoler de cette persécution, lui offrant, d'ailleurs, de peser de tout son poids pour faire cesser l'insolence de ses ennemis. Mais comme son extrême modestie à se plaindre des outrages qu'on lui avait faits, l'avait empêché de les lui nommer, il lui dit qu'il ne pouvait faire autre chose pour les arrêter et les prévenir, que d'écrire à l'évêque de Jérusalem, pour lui conseiller qu'il veillât avec plus de circonspection sur ce qui se passerait à l'avenir en son endroit.
Cependant ni ce grand concours de personnes qui le consultaient de toutes les parties de la terre, ni sa diligence admirable à combattre les hérétiques, dès qu'il les découvrait, ou à faire des apologies contre ses adversaires, ni son assiduité sans relâche à gouverner des monastères, ni son application continuelle à diriger, par lettre ou de vive voix, les âmes qui avaient confiance en lui, ni sa charité laborieuse à rendre l'hospitalité aux pélerins qui visitaient les saints lieux, ni enfin les persécutions de ses ennemis; tout cela, disons-nous, ne l'empêchait point de s'occuper, jour et nuit, à méditer la Loi de son Seigneur, à lire, à expliquer et à traduire les livres sacrés de l'Ecriture sainte. Nous avons déjà parlé de ses traductions; mais, comme c'est le caractère singulier de ce grand Docteur d'avoir employé sa plume pour donner à son Eglise une traduction unifiée de la Bible, nous rapporterons ici, avant de finir notre histoire, tout ce qu'il a fait pour cela, afin que les Chrétiens puissent connaître combien ils sont redevables à ses travaux.

Il se trouvait de son temps une infinité de versions latines de l'Ancien Testament, tirées des versions grecques des "Septante", et presque autant du Nouveau; on peut dire même qu'il n'y en avait pas moins que de volumes, parce qu'ils étaient tous différents les uns des autres; il fallait pour ainsi dire réduire toutes ces versions à l'unité, afin de purifier la source des vérités divines qui doivent se répandre dans les âmes des fidèles. Saint Jérôme fut choisi de Dieu entre les autres par une conduite merveilleuse de sa Providence, pour travailler à ce grand ouvrage si désiré de l'Eglise Romaine et si important pour les Chrétiens de langue ou de culture latine. Pour cet effet, Il le fit naître avec une inclination ardente à apprendre les langues orientales, savoir : la grecque, la syriaque et l'hébraïque. Ensuite Il lui inspira le désir de voyager en divers pays, afin que, se faisant le disciple des plus grands hommes de son siècle, qui étaient versés dans l'étude des Ecritures, il apprît d'eux les secrets nécessaires pour exécuter ce dessein. Il lui donna aussi un courage infatigable à copier les livres propres à cette entreprise. Et enfin, pour le mettre en état d'y réussir heureusement, Il l'appela à une vie retirée et pénitente, imprima dans son âme les sentiments d'une très-profonde humilité, et lui donna un généreux mépris pour les richesses, dont le soin n'aurait fait que le distraire; une espèce d'horreur pour toutes les grandeurs de la terre, dont l'éclat n'aurait servi qu'à obscurcir les Lumières divines incréées et celles de son bel esprit; une forte aversion pour les grands emplois qui lui auraient dérobé les plus précieux moments de son temps, et enfin une continuelle défiance de lui-même, qui l'obligeait de demander l'éclaircissement, non-seulement des choses dont il doutait, mais aussi de celles qu'il croyait savoir parfaitement.
C'est ainsi que Jérôme, consommé dans les sciences humaines et dans l'intelligence de la langue sainte, fortifié de l'esprit de Dieu et animé du zèle de sa gloire et du bien de son Eglise, entreprit ce que personne avant lui n'avait osé tenter, car il fit 2 traductions de l'Ancien Testament, l'une du grec en latin, suivant une version des "Septante", et l'autre de l'hébreu aussi en latin. Pour les Psaumes, non-seulement il les traduisit aussi bien que les autres livres, mais encore il corrigea 2 fois l'ancienne édition latine, qui était en usage de son temps et qui avait été tirée de la version grecque commune. Il revit et corrigea, avec exactitude, à la demande de l'évêque et pape de Rome, saint Damase, le Nouveau Testament qui, par la négligence de certains copistes et la multitude des anciens manuscrits existants, était alors rempli de fautes et d'erreurs, et cette traduction de l'Ecriture sainte fut trouvée si accomplie qu'elle fut reçue par l'Eglise de Rome et d'autres Eglises en Occident, celle de Rome l'ayant décrètée pour elle-même comme "authentique" (***); de sorte qu'elle y sert encore aujourd'hui à confirmer les points de la foi. Les prédicateurs et les théologiens romains la citent dans les chaires et dans les écoles [ ce texte est du 19ième siècle ], et les Pères des Conciles romains l'emploient pour définir les controverses dans les matières de la Foi.

Ce qui était admirable en ce grand homme, c'était la facilité et la promptitude avec lesquelles il produisait ses ouvrages. On aurait peine à le croire si lui-même ne l'avait écrit; car en 3 jours il traduisit les livres de Salomon, et en un seul il mit en latin le livre de Tobie, qui était auparavant en langue chaldaïque. En 15 jours il dicta des commentaires sur saint Matthieu, à l'instance d'Eusèbe de Crémone, son disciple, qui, étant pressé de retourner en Italie, voulut emporter avec lui ce précieux travail de son maître. Nous avons dit qu'il ne mit qu'une nuit à composer le docte traité qu'il publia contre les erreurs de Vigilance, parce que Sisinnius, qui devait en être le porteur à saint Exupère de Toulouse, étant pressé de partir, ne lui donna pas plus de temps. Ce qui marque encore la vivacité de son esprit, c'est qu'il avait quelquefois 6 écrivains auxquels il dictait sur-le-champ diverses matières avec autant de netteté que s'il n'eût été occupé que d'un seul sujet. Mais ce qui est encore plus étonnant, dans ses études, c'est que, dès sa jeunesse, il commença à être attaqué de grandes maladies, qui le firent vieillir avant le temps et le mirent dans un tel état, qu'il demeura 14 ans sans pouvoir se servir de sa main pour écrire, ni de ses yeux pour lire la nuit les livres hébreux, et qu'il ne les lisait même de jour qu'avec beaucoup de peine. Pour les livres grecs, il se les faisait lire par d'autres, parce que la faiblesse de sa vue ne lui permettait plus de les lire lui-même. Toutefois, nonobstant ses sérieuses occupations et son grand âge, il ne dédaignait pas de s'abaisser jusqu'à enseigner les petits enfants, afin de former Jésus-Christ dans leurs coeurs et d'y jeter les premières semences de la vertu, ainsi que nous pouvons l'inférer de son épître 7, à une femme romaine, appelée Léta, laquelle avait épousé Toxoce, l'un des fils de la grande sainte Paule : il la prie de lui envoyer sa petite fille, afin qu'il puisse lui apprendre à servir Dieu et à imiter la piété de sa grand'mère, dont elle portait le nom.

Telle fut la vie de ce très-grand Docteur, jusqu'à ce que, consumé par le nombre de ses années et épuisé de pénitence et de travail, il fut saisi d'une fièvre qui l'obligea de se mettre au lit. Comme il s'était toujours conservé dans une grande vigueur d'esprit, il l'employa alors tout entière à se préparer à la mort par une humble contrition de coeur et par des transports amoureux vers Jésus-Christ. Enfin, en présence des moines et des vierges auxquels il recommanda la pratique de l'humilité, de la patience, de la charité et des autres vertus Chrétiennes dont il les avait si souvent entretenus, il envoya paisiblement son âme au Ciel pour y recevoir la récompense qu'il avait méritée par ses immenses travaux. Ce fut le 30 septembre de l'année 420, qui était, selon Baronius, la 81ième de son âge, quoique d'autres le fassent beaucoup plus vieux, mais avec peu de vraisemblance. Son corps fut enterré dans la grotte de Bethléem qu'il avait si souvent arrosée de ses larmes; mais, depuis, il a été transporté à Rome dans l'église de Sainte-Marie-Majeure, et mis auprès de la chapelle où se conserve la sainte Crèche [ !! ], dans laquelle le Sauveur du monde fut couché à sa naissance.
On représente saint Jérôme :
1) près de mourir, soutenu dans les bras de quelques disciples, s'affaissant sous un corps épuisé par la pénitence et par les années; mais le regard est plein de flamme encore, et l'âme, par un suprême effort, soulève ce corps défaillant, comme pour s'élancer vers Dieu;
2) faisant voile pour la Terre Sainte ;
3) disputant contre les Pélagiens
4) expliquant l'Ecriture à sainte Paule et à sa fille;
5) étudiant les livres hébraïques;
6) dans le désert;
7) tenté dans son désert et soutenu par un Ange;
8) méditant les saintes Ecritures;
9) bénissant un lion dans le désert; et
10) mourant : le Saint tient un livre, et les Anges reçoivent son âme.



Maestro del Parnal, huile sur toile, 15ième siècle, archivo Oronoz, Madrid : "saint Jérôme dans l'écritoire".


ÉCRITS DE SAINT JÉROME.

Nous parleront des ouvrages de saint Jérôme suivant l'ordre qu'ils tiennent dans l'édition de ce Père par les Bénédictins.
Le tome 1 contient la Bibliothèque sacrée, c'est-à-dire tous les livres de l'Ecriture que saint Jérôme traduisit en latin d'après le grec et/ou l'hébreu.
Le tome 2 contient : 1) Le livre "Des noms hébreux". Le saint docteur y explique les étymologies des noms propres qui se rencontrent dans l'Ancien et le Nouveau Testament; viennent ensuite quelques fragments grecs du même livre, traduit en latin ;
2) le dictionnaire "Des lieux hébreux", ou géographie sacrée pour l'intelligence de l'Ecriture. Le fond de l'ouvrage est d'Eusèbe de Césarée ; mais saint Jérôme se l'appropria, pour ainsi dire, en le perfectionnant;
3) le livre des "Questions hébraïques sur la Genèse". On y trouve les sentiments de quelques Juifs et de plusieurs interprètes, tant grecs que latins, sur divers endroits de ce livre de l'Ecriture ;
4) 16 Lettres sur quelques endroits difficiles de l'Ancien Testament ;
5) le "Commentaire sur l'Ecclésiastique", vers l'an 388 ;
6) "traduction des 2 Homélies d'Origène sur le Cantique des Cantiques", vers l'an 383. Cette traduction fut faite à la prière du pape de Rome saint Damase, auquel elle fut dédiée;
7) suivent plusieurs ouvrages attribués à saint Jérôme, qui ont aussi l'Ecriture sainte pour objet.
Le tome 3 renferme les "Commentaires" du saint Docteur sur les Prophètes, qui furent écrits en différents temps.
Le tome 4 renferme : 1) Le "Commentaire sur l'évangile de saint Matthieu", vers l'an 398;
2) plusieurs "Lettres" où le saint docteur explique quelques difticultés relatives au Nouveau Testament;
3) "Commentaires" sur les épîtres de saint Paul aux Galates, aux Ephésiens, à Tite, et à Philémon.
La seconde partie du tome 4 contient les "Lettres" de saint Jérôme, qui sont divisées en plusieurs classes, et dont plusieurs sont de véritables traités, ainsi que ses ouvrages ascétiques et polémiques. Nous nous contenterons d'indiquer les principaux
1) Les Vies de saint Paul, ermite, de saint Hilarion et de saint Marc;
2) le "Catalogue des écrivains illustres", écrit en 392, et divisé en 35 chapitres. Dans le dernier, saint Jérôme parle de ses propres ouvrages; mais il n'est, à l'en croire, qu'un avorton, et le dernier de tous les Chrétiens ;
3) le "Livre contre Helvidius", qui soutenait que la Sainte Vierge, après la naissance de Jésus-Christ, avait eu d'autres enfants de saint Joseph, et qui en était venu jusqu'à enseigner que la virginité valait moins que le mariage. Cet ouvrage fut écrit vers l'an 384 ;
4) les 2 "Livres contre Jovinien", qui ont aussi pour objet la défense de la virginité, vers l'an 392;
5) "Apologie" du saint docteur touchant ses livres Contre Jovinien, vers l'an 393 ;
6) le "Livre contre Vigilance";
7) dialogue "contre les Lucifériens";
8) ouvrages de saint Jérôme "contre Ruffin";
9) les "Dialogues contre les Pélagiens".
Dans le tome 5, on a mis les ouvrages attribués à saint Jérôme et un recueil de pièces qui ont rapport à l'histoire de ce saint docteur.

Le style de saint Jérôme, dans ses commentaires sur l'Ecriture, est pur, simple et clair, mais accompagné d'une certaine sécheresse. Il croyait que la dignité des divins oracles se suffisait à elle-même. Il n'en est pas ainsi de ses autres ouvrages; le Saint s'efforçait de donner à son style toute la politesse dont il était capable. Ses pensées sont nobles, ainsi que ses expressions. On remarque dans son discours une variété de tours aussi agréable que surprenante ; il sait employer les figures avec beaucoup d'art, et il n'est pas moins heureux dans l'usage qu'il fait des subtilités de la logique. Il amène avec goût les pires les plus beaux traits des philosophes et des auteurs classiques, et il possède le talent d'embellir ses ouvrages de ce qu'il y a de plus heureux dans les arts et dans les sciences. L'assortiment de toutes ces parties est si parfait, que chacune parait être à sa place; et l'on peut comparer son discours à ces ouvrages de marquetterie, où toutes les pièces sont si artistement unies ensemble, qu'elles paraissent faites l'une pour l'autre. Il faut cependant convenir que cette manière d'écrire annonce quelquefois un peu trop d'affectation. Le judicieux Fénelon dit aussi que le style de saint Jérôme n'est pas toujours selon les règles; mais il ajoute en même temps que quelques fautes dans lesquelles il est tombé ne doivent pas empêcher qu'on ne le préfère pour l'éloquence à ceux qui tiennent une place distinguée parmi les orateurs.

Outre les ouvrages que nous avons de lui, il en composa encore plusieurs autres qui ne sont pas venuse jusqu'à nous, et dont la perte est inestimable. Cassiodore les avait tous dans sa bibliothèque, savoir un "livre des Hérésies", dont parle saint Augustin d'Hippone, témoignant de la douleur de ne l'avoir pu trouver; un traité "de la Résurrection", qu'Orose rapporta en Occident, et qui était adressé à Océanus; 30 "homélies sur l'Evangile de saint Luc"; 28 traduites du grec d'Origène; 7 "traités sur les Psaumes"; un volume "sur les 4 Evangélistes"; une "exposition sur le Jugement de Salomon", "sur l'Apocalypse" et une "Epitre" adressée à Louas, où il éclaircissait beaucoup de questions difficiles. Il est bon, en parlant des oeuvres de ce grand Saint, d'avertir ici le lecteur que, parmi celles qui sont imprimées sous son nom, il s'en est glissé plusieurs qui ne sont pas de lui : les plus dangereuses sont les "Commentaires sur les Epitres de saint Paul" dont Pélage est l'auteur.
D. Martianay, bénédictin de la congrégation de Saint-Maur, a donné à Paris une édition des Oeuvres de saint Jérôme en 5 volumes in-folio, dont le premier parut en 1693, et le dernier en 1706. Le "Livre des noms hébreux" et les autres ouvrages critiques du saint docteur avaient été jusque-là horriblement défigurés, même dans les éditions d'Erasme et de Marianus Victorius. Cave et d'autres savants ont donné de grands éloges au travail de D. Martianay, quoiqu'il n'ait pas le degré de perfection qu'il pourrait avoir. Ce religieux y montre, à la vérité, plus de jugement et d'érudition que dans quelques-uns de ses traités; mais il s'en faut de beaucoup qu'on puisse le comparer aux Mabillon et aux Constant. Il a laissé encore un grand nombre de fautes dans le texte de saint Jérôme, et ses notes ne sont pas toujours exactes. L'ordre qu'il a suivi dans l'arrangement des lettres du saint docteur y jette une telle confusion, qu'on ne sait comment s'y prendre pour les trouver ou les citer. Il n'a point donné la chrlnique de saint Jérôme, non plus que le martyrologe qui lui est attribué dans quelques anciens manuscrits, quoique ce Père n'ait fait que le traduire en latin, comme nous l'apprenons de Bède et de Walfrid Strabou. Ce martyrologe a été publié par D. Luc d'Achéry, Spicil., t.4.
Martianay mit une "vie de saint Jérôme" dans le 5ième tome des Oeuvres de ce Père; mais il la redonna en français, avec des additions, en 1706. Il y défend le saint docteur contre Baillet, qui, en partant de lui, emploie des expressions fort dures, et encore quelques autres critiques qui n'ont point assez mesuré les termes dont ils se servaient. Barbayrac a aussi maltraité saint Jérôme, et l'a calomnié, en lui imputant une doctrine qu'il n'enseignait point; mais il a été solidement réfuté par D. Ceillier, Apologie des Pères, p. 308-384.
Vallarsi, oratorien d'Italie, donna à Vérone, en 1738, une nouvelle édition des Oeuvres de saint Jérôme, en 10 vol. in-folio, avec une "vie" de ce Père et des notes fort utiles. Il fut aidé dans ce travail par plusieurs savants, et notamment par le marquis Scipion Mafféi; mais on lui a reproché, comme à Erasme et à quelques autres critiques, d'avoir corrigé le texte de son auteur d'après ses propres conjectures, et sans l'autorité des manuscrits, ce qui diminue beaucoup l'utilité de son entreprise. En 1766-72 parut à Vérone une nouvelle édition des Oeuvres de saint Jérôme par MM. Vallarsi et Mafféi. M. Migne l'a reproduite dans sa Patrologie latine, du tome 12 au tome 30.
Les "Epitres choisies" ont été publiées en 1845, à Lyon, d'après l'édition de Canisius et de Martianay, un volume in-8'; à Milan, en 1833, in-8° ; à Paris, chez Lecoffre, en 1885, un volume in-8° et un volume in-12. La "Lettre à Népotien", avec des notes de Catalan, parut en 1781, un volume in-8°. Quelques lettres ont paru dans la petite "Bibliothèque des Pères latins", publiée à Rome, en 1939, par le père Ventura. Les commentaires de saint Jérôme "sur l'Evangile de saint Matthieu" se trouvent dans les classiques Chretiens de M. Gaume, en 2 volumes, in-12. MM. Colombet et Grègoire ont traduit en français les oeuvres choisies de saint Jérôme, avec notes et commentaires. Le texte latin est en regard. La traduction est suivie de dissertations sur divers sujets d'archéologie Chrétienne, par M. l'abbé Greppo, vicaire général du diocèse romain de Belley, Lyon, Périsse, 10 vol. in-8'. Les "Lettres choisies" se trouvent aussi dans les "Chefs-d'oeuvre des Pères", avec traduction par M. l'abbé Orsini et M. X. et texte en regard, 11ième volume de la collection. La "Bibliothèque choisie des Pères", tome 20, contient un assez grand nombre de morceaux traduits par l'abbé Guillon. Plusieurs ouvrages du Saint se trouvent traduits en français dans la "Bibliothèque à l'usage des Dames Chrétiennes". Le "Panthéon littéraire" contient les oeuvres de saint Jérôme, traduites en français par Mantongues, sous la direction de m. Aimé Martin, Paris, Aug. Desvez, 1838, grand in-8°.

Voir : Tillemont, Ceillier; les "Vies" du Saint, par Martianay et Villarsi -- cf. le père Dolci, "Hieronymus vitae suae scriptor" : c'est une vie du saint homme, extraite de ses écrits.


Commentaires personnels sur ce texte sur saint Jérôme :
(*) Dans le commentaire de l'hagiographe, il y a plusieurs incohérences dues à l'anachronisme dont il est hélas fort coutumier, je le constate quasiment jour après jour.
Nul ne saurait se voir reprocher une "hérésie" pour une subtilité de doctrine qui n'a pas encore été discernée, que ce soit positivement ou négativement. Je sais que cette évidence n'étant pas acceptée par les Grecs (c'est ce que j'ai appris chez eux et par eux), ils sont donc obligés de jouer aux contorsionistes, vu que chaque auteur, absolument chaque auteur, tôt ou tard, quand il parle de Dieu, finit par se tromper. C'est inévitable! Nul n'est parfait ici bas, sinon il fait de Dieu un menteur (cfr 1 Jean). Aussi nos amis Grecs n'ayant pas compris (ou plutôt refusant) le développement dogmatique, ils sont forçés de faire semblant de rien face à tel ou tel point de doctrine édicté par tel Père ou telle Mère de l'Eglise.. Il est cocasse, vraiment, de constater que ce problème d'anachronisme dû à un oubli de l'état de la science théologique à l'époque d'Origène fait que l'hagiographe ci-dessus, "ultra romain" s'il en est (bras droit de Pie 9..), tombe dans le même travers.. Qui se ressemble.. :-)
Origène a été condamné, certes, pour 15 erreurs qui lui sont attribuées. Parmi lesquelles certaines n'ont jamais, jamais, pût être retrouvées dans les écrits qu'on lui attribue - il aurait composé plus de 2.000 ouvrages sur toute sa carrière, record absolu! mais de divers niveaux bien entendu, et tous, strictement tous, avant que les grands Conciles ne soient réunis et qu'on y puisse établir, sous la guidance du Saint-Esprit (et non pas d'humains..), ce qui était définissable et compréhensible dans la Révélation.. Origène condamné dans un Concile "oecuménique"... qui ne l'a jamais entendu, et pour cause : il était mort 3 siècles auparavant! Apparement, les Pères de ce Concile n'avaient jamais lu dans l'Evangile la réflexion du saint homme "notre Loi condamne-t'elle quelqu'un sans l'avoir d'abord entendu?"... Et comme par hasard, mais en est-ce vraiment un, le Concile en question était essentiellement composé de "Grecs" - voyez les souscriptions. Grecs qui ont donc condamné un Egyptien.. absent et mort depuis longtemps.. sur base de la traduction d'ouvrages réalisés par Ruffin, et non pas sur base d'originaux dont beaucoup avaient d'ores et déjà disparus.. et sur base d'allégations qu'on a vues être parfois tout à fait fantaisistes ("les corps au Ciel sont sphériques"!). Et d'autres erreurs qui sont en effet présentes dans ses ouvrages, mais pas que chez lui, et pas que chez des "simples ploucs", loin s'en faut. Si on va voir au chapitre 20 "de la Création de l'Homme" du grand saint Grégoire de Nysse, on retrouve textuellement une des erreurs condamnées, l'apocatastase. Grégoire en était convaincu. Mais il était considéré comme Grec. Donc lui, il n'a pas été condamné. "Selon que vous serez riche et puissant.. ou Egyptien et mort.."
A l'époque de Jérôme, Origène n'a pas encore été condamné "post mortem", et le simple fait de voir Jérôme traduire et publier surtout des oeuvres du grand docteur Alexandrin montre bien qu'il n'était pas dupe sur ce qui était orthodoxe et ce qui était erreur par défaut d'avancée théologique à l'époque. Au contraire de Rufin, qui n'aura pas l'excuse.

(**) On pourrait en dire rigoureusement autant de l'Eglise de Rome dans son état actuel au niveau dogmatique et ecclésiologique! Il n'est qu'à comparer, tant c'est flagrant! Une poire ne pousse pas sur une Vigne... et la Vigne, c'est le Seigneur Qui l'a plantée.. tandis que la poire, c'est dans les vergers romains qu'on la trouve par terre. Voyez les fruits, nous dit l'Evangile... qui ne nous invite pas à suivre un homme parce qu'il se prétendrait être ceci ou cela, avoir tel ou tel titre... mais à suivre Dieu.

(***) La Vulgate contient pourtant elle aussi des erreurs importantes de traduction dans le texte du Nouveau Testament qui ont un réel impact sur la compréhension de la Foi reçue des saints Apôtres et de leurs successeurs à la tête de chaque Eglise.
En voici 2 ou 3 que j'ai apprises et / ou découvertes, et qui me sont en mémoire - il y en aussi dans les Psaumes, et ce n'est pas pour rien que cette version-là des Psaumes a mis beaucoup de temps à s'imposer, et c'est un fait historique. Et il est inévitable qu'il y en ait ailleurs, tout traducteur un peu conscient et compétent (pas mon cas..) sachant parfaitement qu'il est rigoureusement impossible de donner un texte né dans une culture X totalement semblable dans une culture Y.
Comparez donc la Salutation de l'Ange Gabriel à la Mère de Dieu (saint Luc), où la version latine semble sous-tendre une sorte de prédestination en Marie, hérésie que le texte grec contredit formellement. Texte grec qui bien qu'étant une traduction de ce qui a été dit par les acteurs de l'Histoire Sainte, qui parlaient hébreux ou araméen selon la situation et le lieu, est ce qu'il nous reste de plus ancien. La Vulgate, c'est 4 siècles plus tard. Le texte grec est clair : Marie est héritière d'une tradition de sanctification par l'ascèse personnelle, celle du "petit reste" du "clan sacerdotal" auquel elle appartenait - cousine d'Elisabeth, qui était épouse de prêtre, et on se mariait dans sa tribu. Tradition qui aboutit en la Vierge Marie et y porte fruits puisqu'elle y a éminement participé, et non pas été bénéficiaire d'un "coup de baguette magique".. (vous voyez de quoi je veux parler : Summa Theologica Pars 3a, Quaes. 27...)
On retrouve, par exemple, le même problème dans le "Gloria" des Anges à la Nativité de Notre-Seigneur. L'incidence n'est pas mince : le cantique tel qu'usité dans l'Eglise romaine de nos jours contredit le texte évangélique, ni plus ni moins : "Gloire à Dieu au plus haut des Cieux, paix sur la terre, bienveillance parmi les Hommes" (ou entre les hommes), ce n'est pas du tout la même chose que ce que le texte latin et sa fade traduction française donnent à comprendre.
Et que dire du "Pater", le si beau "Notre Père", avec l'inflexion du "ne nos inducat" qui donnera le très hérétique "ne nous soumet pas à la tentation" horriblement en usage dans les Eglises en Occident, hérésie que même les Eglises orientales qui y utilisent (parfois..) le français ont reprise à leur compte, blasphème sans nom que cette suggestion. Rejettée par l'épitre de saint Jacques (Dieu ne tente personne, on s'en serait douté). Et contredite formellement par le texte grec. Et une "rétroversion" vers l'hébreux (abbé Carmignac) ou l'araméen (l'érudit protestant Joachim Jérémias) lèvent toute ambiguité.
Il est donc archi-faux, au sujet de la Vulgate, de parler de "texte authentique" au sens historique et archéologique, puisque ce n'est pas le texte d'origine, qui d'ailleurs n'existe pas au sens qu'on donne à ce terme de nos jours; et il est faux de dire "authentique" si on veut parler d'une "traduction conforme à l'original", puisqu'aucune traduction n'est jamais conforme, mais toujours interprétation. Et que de plus, la lecture du texte grec canonique montre des divergences théologiques profondes en certains endroits.
Saint Jérôme a fait oeuvre géniale, admirable, mais de là à le diviniser et à frapper son travail du cachet de "l'infaillibilité", maladie grave et récurente de son Eglise, faut pas pousser. Allez lire ses lettres, souvent très vivantes et vivaces, et vous constaterez que la charité prêchée n'était pas fort de mise quand l'interlocuteur ne lui plaisait pas, fut-ce saint Augustin d'Hippone - comme je m'y retrouve! Comptez les "noms d'oiseaux" qu'il adresse à Augustin, c'est assez "cocasse" de voir ce genre "d'oublis" dans l'hagiographie, certes érudite, mais pleine de "trous de mémoires", que je vous ai retapée ci-avant. Bref, comme ses Lettres, la Vulgate n'est pas infaillible et le texte latin n'est pas plus canonique que le français ou le Souabe ou le Javanais.
Apprennons le syriaque ! 0=;^)=
JMD.


Textes à corriger plus tard :

SAINTE PAULE DE ROME, VEUVE, disciple de Saint Jérôme, fondatrice de monastères (+ 404)
p.540-563





Post-Schisme
Dans l'ancienne abbaye cistercienne de Viliers-en-Brabant (Villarium), au diocèse de Namur, le bienheureux Guillaume de Bruxelles, 11ième abbé de ce monastère et confesseur. Il fut dans la suite abbé du Clairvaux et mourut en Germanie, où il était allé défendre la liberté de l'Eglise et où il fut jeté en prison par ordre de l'empereur Frédéric. Vers 1236. -



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que les saints Anges du Seigneur veillent sur vous!

jean-michel


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