30 Septembre
Jour précédent
Retour page principale Sanctoral
Bonsoir ami(e)s des saint(e)s, qu'ils soient Celtes ou non, d'ici ou d'ailleurs!
En Belgique, SAINTE , depuis des siècles
à l'honneur des Autels. Vies en fin de message.
Post-Schisme : Dans l'ancienne abbaye cistercienne de Villers-en-Brabant,
le bienheureux Guillaume de Bruxelles
Nous avons au calendrier byzantin (datation grégorienne), en
plus d'une partie des saints ci-dessous :
saint Grégoire l'Illuminateur;(Etc.)
Que Notre Seigneur Jésus-Christ, qui est béni dans Ses
saintes et saints, par leurs prières, nous fasse
miséricorde.
To: "[celt-saints]"<celt-saints@yahoogroups.com>
From: emrys@globe.net.nz>
Date sent: Wed, 29 Sep 2004 14:00:13 +1200
Send reply to: celt-saints-owner@yahoogroups.com
Subject: [celt-saints] 30 September
Saints Celtes et anciens saints Anglais - 30 Septembre
(traduction personnelle http://www.amdg.be )
=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=
* Saint Honorius de Canterbury
* Saint Midan d'Anglesey
* Saint Enghenedl du Pays de Galles
* Saint Lery de Bretagne
* Saints Tancred, Torthred, et sainte Tova
=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=
Saint Honorius de Canterbury, évêque
------------------------------------------------
Né à Rome, Italie; mort à Canterbury, Angleterre, le 30 Septembre 653.
Saint Gréggoire le Grand (3 septembre) choisissit le moine
Honorius pour l'évangélisation en Angleterre à
cause de sa grande vertu et de son érudition. Honorius
succéda à saint Justus (10 novembre) comme
archévêque de Canterbury, fut consacré à
Lincoln par l'évêque saint Paulin (10 octobre). Il
reçut le pallium envoyé de Rome par le pape Honorius 1er,
avec une lettre de ce dernier dans laquelle il statuait que s'il
advenait au siège d'York ou de Canterbury de devenir vacant,
c'est l'archévêque survivant qui consacrerait le
successeur dûment élu de l'autre siège.
Durant l'épiscopat d'Honorius, la Foi se répandit dans
l'île et s'enracina dans nombre de coeurs. Il choisissit et forma
avec soin son clergé pour s'assurer de leur confirmité
à l'Evangile (Bonniwell, Husenbeth).
Saint Midan d'Anglesey
(Nidan)
------------------------
Mort vers 610.
2 de ceux qui accompagnèrent Kentigern à son retour de
Cwymru (Pays de Galles) vers Strathclyde étaient Saint Nidan et
Saint Finan. Nidan est toujours commémoré au Pays de
Galles, ayant son nom rattaché à la paroisse de Llanidan
dans le Menai Strait à Anglesea.
Nidan était le petit-fils de Pasgen, fils d'Urien Rheged, et
donc cousin de saint Kentigern qui était fils d'Owain, un autre
fils d'Urien. Ceci pourrait suggérer qu'il aurait
été un des compagnons de Mungo lorsqu'il partit pour le
Pays de Galles afin d'échapper aux dangers qui menaçaient
sa sécurité dans le royaume de Strathclyde. On rapporte
aussi que Nidan suivit son maître comme abbé de l'Andat
(communauté de parents) à Kynor près d'Huntly.
Il y a 2 églises portant le nom de Nidan, à Strathdon et
Midmar, et sont de toute évidence d'origine ancienne. Toutes
deux, et c'est intéressant, se trouve près ou font partie
d'un implant d'origine Normanne. Il y avait une chapelle dans
l'enceinte du fortin Norman à Invernochty qui est connue pour
avoir servit d'église paroissiale fort longtemps durant.
Cependant, le monticule est connu comme Doune d'Invernochty - "doune",
terme Celte "dun", "fortin", qui nous indique que c'était un
point fort des Pictes longtemps avant que les Anglo-Normans ne
s'infiltrent à Alba. Il est tout à fait probable qu'alors
ce fortin soit devenu un point d'attrait irrésistible pour les
missionnaires qui vinrent avec Kentigern et qui cherchèrent
à fonder leurs églises au sein des importantes fondations
Pictes. A Midmar, l'église se trouve un peu à l'est d'un
monticule connu comme le Cunningar, qui servit comme centre
d'administration de cette partie de la province Picte de Mar, connue
comme Midmar.
Un peu au nord de ce site, on trouve un très ancien cercle de
pierres druidiques (*), avec sa pierre allongée. Visiblement,
c'était un important centre de population pour les tribus Pictes
locales et aura tout naturellement été un centre
d'intérêt particulier pour les oeuvres missionnaires de
Nidan. De la même manière, saint Finan, le collègue
de Nidan, établit une église dans un important centre
d'administration de la province à Migvie, d'où Cromar
était gouverné.
Pour une carte et quelques photographies, veuillez consulter le site internet suivant :
http://www.cushnieent.force9.co.uk/stnidan.html
Tropaire de saint Midan ton 8
Parmi les ornements de saints d'Anglesey,/
Ta vertueuse vie brille pour illuminer ces îles, O père Midan./
Nous te prions d'intercéder auprès du Christ notre Dieu/
Afin que Sa Miséricorde, et non pas notre faiblesse, puisse prévaloir pour que nous soyons sauvés.
Saint Enghenedl du Pays de Galles
---------------------------------
Mort au 7ième siècle. On ne sait plus rien de la vie du
saint Gallois Enghenedl, à qui une église est
dédiée à Anglesey (Bénédictins).
Saint Lery de Bretagne, Abbé
(Leri, Lery)
-------------------------------------------------------
Né au Pays de Galles, 7ième siècle. Saint Laurus
émigra vers la Bretagne, où il devint
abbé-fondateur du monastère qui portera plus tard le nom
de Saint-Lery sur la rivière Doneff. Il savait comment
tout rendre à Dieu (Bénédictins,
Encyclopaedia).
Saints Tancred, Torthred, et sainte Tova, ermites
----------------------------------------------------------
Morts à Thorney, Cambridgeshire, Angleterre, en 870. On ne sait
plus grand chose de ces ermites de Thorney, sinon que Tancred et
Torthred étaient des hommes, et Tova une femme. Selon le
Pseudo-Ingulph au 12ième siècle, qui peut s'être
basé sur des textes plus anciens (mais perdus), ils furent
martyrisés par les envahisseurs Danois. Ils étaient
vénérés à leur tombeau à Thorney
avant la fin du premier millénaire. Leurs corps furent
transférés par Saint Ethelwold (1er Août) (Farmer).
Sources:
========
Benedictine Monks of St. Augustine Abbey, Ramsgate. (1947). The Book of Saints. NY: Macmillan.
Encyclopaedia of Catholic Saints, September. (1966). Philadelphia: Chilton Books.
Farmer, D. H. (1997). The Oxford Dictionary of Saints. Oxford: Oxford University Press.
Husenbeth, Rev. F. C., DD, VG (ed.). (1928). Butler's Lives of the
Fathers, Martyrs, and Other Principal Saints. London: Virtue & Co.
*******************************
Ajouts personnels :
(*) "pierres druidiques" : rappelons tout de même qu'il n'y a que
chez Astérix et Obélix que les Celtes (Gaulois en
l'occurence) ont quelque chose à voir avec la pose de ces
pierres. En réalité, comme démontré par
l'archéologie, les "religions de mégalithes" remontent
à plusieurs milliers d'années.. avant les Celtes.. Que
les druides aient fait de la récupération de lieux de
cultes tombés en désuétude - et dont la plupart
avaient perdu une grande partie de leurs caillasses, comme on a bien pu
le voir à LocMariaKer cet été (12/08/2004), c'est très
explicite & loin des mythes païens - c'est une chose; la
récup' est habituelle ici bas. Mais que ça soit une
oeuvre de leur part, ça relève de la fumisterie totale.
Comme croire aux "vertus" de cailloux sur lesquels on a massacré
des humains ne relève de rien d'autre que le New Age et des
sectes. JMD
traductions personelles (c) : http://www.amdg.be ;
Du Synaxaire Copte Orthodoxe : 
http://www.copticpope.org
http://www.copticcentre.com/synaxarium.pdf
http://www.mycopticchurch.com/saints/
Tobi 23, 1721 AM

Jeudi 30 Septembre 2004 - 20 Tout 1721
1. Départ du pape Athanase le Second, 28ième patriarche du Siège de Saint Marc.
2. Martyr de sainte Melitina la Vierge.
3. Départ de sainte Theopista.
1. En ce jour de l'année 512apJC, le juste père saint
Athanase 2, 28ième patriarche du Siège de Saint Marc,
partit. Ce père fut le serviteur des églises
d'Alexandrie. Quand le saint père Abba Pierre 3 partit, les
évêques, les anciens et le peuple agréèrent
pour l'ordonner patriarche car il était connu pour sa Foi
Orthodoxe et son érudition.
Il était un homme pieux, remplit de l'Esprit-Saint et de Foi.
Quand il devint patriarche, il guida à merveille le troupeau du
Seigneur Christ, et il le protégea des loups qui rodent avec ses
enseignements et prières.
Il se tint sur le trône épiscopal durant 3 ans et 9 mois, puis partit en paix.
2. En ce jour aussi, nous commémorons le martyr de sainte Melitina la Vierge.
Puisse son intercession être avec nous, et Gloire soit à
Dieu à jamais. Amen!
Du site de l'Eglise Orthodoxe Serbe en Amérique du Nord
http://www.westsrbdio.org/prolog/prolog.htm

http://pomog.org/ochrid.html
( site de l'Eglise Russe Hors Frontières aux USA, calendrier julien )
Saint Nicolas Velimirovitch, évêque d'Ochrid, Serbie (+
05 mars 1958), rescapé de Dachau puis des persécutions communistes, auteur de ce Sanctoral "Prologue d'Ochrid".
Du site de l'Eglise Orthodoxe Russe en Amérique du
Nord 
http://ocafs.oca.org/
Saint Michael, premier métropolite de Kiev (+ 992)
![]()
Saint Michael le premier métropolite de Kiev était, selon
la Chronique Joakimov, Syrien de naissance, mais d'autres Chroniques
disent qu'il était Bulgare ou Serbe. En 989, il arriva à
Korsun avec d'autres clercs pour le saint prince Vladimir (15 Juillet),
pas longtemps après l'acceptation du saint Baptême par ce
dernier (988). Le sort qui était échu au premier
métropolite de l'Eglise Russe était un service difficile
mais plein de grâces. Il accomplit avec zèle des
tournées dans le Pays Russe nouvellement illuminé,
prêchant le Saint Evangile, baptisant et enseignant le peuple
nouvellement illuminé, fondant les premières
églises et écoles religieuses. A Rostov, il
établit la première église en bois en l'honneur de
l'Uspenie / Dormition de la Très Sainte Mère de Dieu, et
y installa comme évêque Théodore le Grec. Saint
Michael fut un sage et doux, mais aussi strict hiérarque.
L'Eglise Russe a conservée la mémoire des actes
méritoires du saint : dans le Synodikon des cathédrales
de Novgorod et Sophia de Kiev, il est appelé avec justesse
l'initiateur.
Saint Michel mourrut en 992, et fut enterré à
l'église Desyatin-Tithe de la Très Sainte Mère de
Dieu à Kiev. Vers 1103, sous l'higoumène saint
Théoctiste (par la suite évêque de Chernigov, 5
août), ses reliques furent transférées à la
Caverne Antoniev, et le 1er octobre 1730, dans la Grande Eglise des
Cavernes. En relation avec cet évènement, on
établit sa mémoire au 30 septembre, et aussi 15 juillet -
le jour de son repos. Auparavant, sa mémoire était au 2
septembre, ensemble avec les saints Antoine et Théodose des
Cavernes. On en trouve la preuve dans l'Office qui lui est
dédié : dans le second verset des "Louanges" de saint
Michael, on chante ceci : "Les premiers passages de l'an neuf ayant
commencé, nous t'offrons à toi ces premiers cantiques, O
bienheureux, pour avoir été le premier commencement de la
hiérarchie dans la Terre Russe".
Textes à traduire plus tard :
Hiéromartyr Grégoire l'évêque de la Grande
Arménie, Egal-aux-Apôtres et Illuminateur de
l'Arménie (vers 335)
![]()
Tropaire de saint Grégoire l'Illuminateur, Apôtre de
l'Arménie, ton 4
A ta manière un participant
Et en ton siège un successeur des Apôtres.
Tu découvris
You discovered action an entrance into visions,
O inspiré de Dieu.
C'est pourquoi répandant la Parole de Vérité
Tu souffris pour la Foi jusqu'au sang.
O évêque et martyr Grégoire,
Prie le Christ notre Dieu
Afin que nous soyons sauvés.
Saint Grégoire, abbé de Pel'shme, Thaumaturge de Vologda
(+ 1442)
Martyres Ripsimia et Gaiania et 35 saintes vierges et 70 hommes
martyrisés avec elles en Arménie (4ième s.)
![]()
Dans le livre "Saintes et Saints de Belgique au 1er millénaire", nous trouvons à ce jour :
http://www.amdg.be/amdg12.html "sanctoral Belgique"
[je ne placerai ici des vies de saint(e)s tirées de ce livre que de manière exceptionnelle : il vaut l'achat!]
Dans le livre en néérlandais "Vergeten Helden", volume
"september", nous trouvons à ce jour:
http://www.amdg.be/ed-pervijze.html
D'après le sanctoral des RP Bénédictins, éditions Letouzey & Ané 1936, on trouve entre autres :
Textes à corriger plus tard :
D'après les Petits Bollandistes, 7ième édition, Bar-le-Duc 1876, entre autres :
p.538-540
Saint Léopard, martyr, l'un des officiers de la maison de Julien
l'Apostat, qui eut la tête tranchée à Rome, et dont
le corps fut dans la suite porté à Aix-la-Chapelle. 362.
Léopard, romain d'illustre naissance, et chambellan de Julien
l'Apostat (331-363), embrassa la Foi par le conseil du Valentin,
prêtre, qui lui enseignait les belles-lettres, et reçut le
saint Baptême. Julien ayant voulu se faire rendre les honneurs
divins, il refusa de lui offrir de l'encens et fut condamné au
supplice des verges. Comme sa constance n'en était pas
ébralnée, il eut la tête tranchée, le 30
septembre 362. Valentain alla ensevelir le corps du martyr à 30
milles de Rome, à Ultricola. Plus tard ce même corps fut
porté à Aix-la-Chapelle et déposé dans la
grande église de la Sainte-Vierge construite par l'empereur
Charlemagne. Saint Léopard est un des principaux patrons de
cette église, où il est entouré de la pieuse
vénération des fidèles. -- Propre de Cologne.
A Rome encore, sainte Sophie, veuve, mère des saintes vierges
Foi, Espérance et Charité. 138. Sophie, matrone romaine,
peut être comparée à la mère des
Machabées; après avoir élevé ses filles
dans la piété et l'amour de Dieu, elle sut les encourager
au martyre et mourir après elles. Le martyrologe romain indique
au 1er août la fête des saintes Foi, Espérance et
Charité (voir la note 2 à ce martyrologe, tome 9, page
175). On représente sainte Sophie rendant le dernier soupir sur
le corps de ses saintes filles.
En Limousin, saint Victurnien (Vertunien et Victôre), ermite. Il
naquît, dit-on, en Ecosse, d'une famille dans laquelle la
piété était héréditaire. Parvenu
à l'adolescence, désireux de servir Dieu avec toute
liberté, il quitta généreusement son pays et ses
parents, et passa dans l'Aquitaine pour y chercher un lieu où il
pût se dérober entièrement à la vue des
hommes. Un désert affreux, remplacé aujourd'hui par
une riche et fertile vallée au milieu de laquelle
s'élève gracieusement le bourg de Saint-Victurnien
(Haute-Vienne, arrondissement de Rochechouart, canton de Saint-Junien),
fixa son choix. Après y avoir mené, durant de longues
années, une vie pleine de vertus et de bonnes oeuvres, une vie
plus angélique qu'humaine, il s'y endormit dans le Seigneur,
accablé de vieillesse et rayonnant de vertus. Son
corps fut inhumé dans le bourg qui porte son nom, et où
il est honoré de nos jours encore par un grand concours de
peuple. 7ième s.
On célèbre, le 15 octobre, l'invention de ses reliques,
mais on ignore à quelle époque elles furent
trouvées. La fête qui attire le plus de fidèles au
bourg de Saint-Victurnien est celle de l'Ascension. Ce jour-là,
les paroissiens de Cognac (Haute-Vienne, arondissement de Rochechouart,
canton de Saint-Laurent-sur-Gorre), se rendent à l'église
de notre saint et escortent son buste pendant la procession.
Peut-être cet usage vient-il de ce que leur église n'aura
été dédiée qu'en vertu de quelque
concession de reliques à eux faite par les habitants de
Saint-Victurnien, qui auront exigé cette marque annuelle de
reconnaissance; ou de quelque voeu fait anciennement par les habitants
de Cognac, à la suite de quelque grande faveur due à
l'intercession du Saint. Son tombeau se voit actuellement sous le
maître-autel de son église; avant la Révolution,
son chef était renfermé dans un buste d'argent. -- De
Reignefort, "Vies des Saints du Limousin".
SAINT LERY, PRÊTRE ET ABBÉ, au diocèse de Vannes (7ième s.)
Breton de naissance, Lèry naquit de parents Chrétiens qui
lui firent commencer ses études religieuses aussitôt qu'il
fut en état d'en apprendre les premiers éléments.
Il y fit de grands progrès, et, pour suivre les attraits d'une
grâce particulière qui l'appelait à une plus haute
perfection, il quitta ses biens et sa famille et se dirigea vers une
terre où il espérait n'être connu que de Dieu. Il y
bâtit un petit monastère qui a depuis porté son
nom, et a donné naissance au village de Saint-Léry
(Morbihan, arrondissement de Ploërmel, canton de Mauron).
Là il mena une vie toute céleste et se rendit utile
à tout le pays des environs par ses sermons, ses exemples, et
les miracles dont il plut à Dieu de récompenser ses
prières et la foi de ceux qui s'adressaient à lui.
Dans la suite, quelques disciples se présentèrent
à Léry, et demandèrent à marcher sous sa
conduite dans les voies du Salut; ils trouvèrent en lui un fonds
inépuisable de foi, de confiance en Dieu et de zèle pour
le Salut du prochain; avec eux, le saint abbé commença
à travailler au Salut des Bretons, et particulièrement de
ceux du diocèse d'Aleth (ville détruite dont les ruines
se voient entre Saint-Malo et Saint-Servan) ; de nombreuses conversions
furent le fruit du zèle des généreux missionnaires.
Après avoir fourni une longue carrière, saint Léry
tombra malade et s'éteignit le 30 septembre, on ne sait au juste
en quelle année. Son corps, enfermé dans un tombeau de
pierre, fut déposé dans son ermitage; à
l'époque de l'invasion des Normands, ses reliques furent
transportées à Tours, et allèrent enrichir
l'abbaye du Saint-Julien. En 1407, ces sacrés ossements furent
tirés d'une châsse de bois presque vermoulue, et
replacés dans une autre d'argent ; on les y conserva avec
respect jusqu'à l'année 1562, époque à
laquelle les Protestants, s'étant emparés de Tours,
pillèrent les églises et emportèrent de celle de
Saint-Julien 5 châsses d'argent, au nombre desquelles se trouvait
celle qui renfermait le corps de saint Léry et qu'ils
détruisirent.
L'ancien calendrier de l'abbaye de Saint-Meen (S.Melanus), au
diocèse de Rennes, marque la fête de saint Léry,
abbé, au 30 septembre, à 12 leçons. Ce Saint n'est
maintenant honoré dans aucun diocèse de Bretagne, et ne
paraît recevoir de culte que dans le village qui porta son
nom. Son tombeau se voit encore dans l'église paroissiale. Il
est élevé de 3 pieds au-dessus du sol, et, sur la pierre
qui le couvre, est sa statue qui le représente vêtu d'une
chape, tenant une crosse de la main droite et un livre de la gauche.
Sur le rebord de la pierre tumulaire, on lit ces mots, écrits en
lettres gothiques : "Cy fut mis le corps de Monsieur saint
Léry". A la partie inférieure du tombeau se trouve une
suite d'arcades en ogive, avec la figure d'un religieux entre chaque
colonne. Tout le monument est en pierre: nous ne savons à quel
siècle il appartient.
Extrait des "Saints de Bretagne", par Dom Lobineau.
SAINT GRÉGOIRE L'ILLUMINATEUR, ÉVÊQUE ET CONFESSEUR, APÔTRE DE
L'ARMÉNIE (+ vers 323)
![]()
Grégoire, issu de la famille royale des Arsacides (dynastie des
rois Parthes, fondée, l'an 255 avant Jésus-Christ par
Arsace 1er, et remplacée, l'an 226 de notre ère, par
celle des Sassanides), fut le premier, après l'apôtre
saint Barthélémy, qui prècha l'Evangile dans
l'Arménie, sa patrie. Ayant échappé au massacre de
sa famille, il fut porté, tout enfant, à
Césarée de Cappadoce (aujourd'hui Kaïsarieh,
sur l'Halys) où il fut élevé dans la Foi
Chrétienne et reçut le Baptême. Dans la même
ville s'était réfugié Tiridate, fils de
Chosroès, roi d'Arménie (213-238), tué
traitreusement par Anach, père de Grégoire, à
l'instigation de l'usurpateur Ardachès Sassan, et
dépouillé de son royaume par les Perses. Connaissant le
crime commis par son père, Grégoire se donna comme
esclave à Tiridate, et plus tard il rentra avec lui en
Arménie quand les Romains lui eurent fait rendre son
trône. Tiridate voulut forcer Grégoire à honorer
les idoles, et il employa contre lui tous les genres de supplices. Il
le fit jeter dans un cachot fort étroit, lui mit un baillon, le
suspendit avec une corde qui lui serrait fortement la poitrine; le
Martyr demeura en cet état durant 7 jours. Il subit encore une
seconde suspension, attaché par un pied, la tête en bas,
respirant l'odeur infecte du fumier qu'on avait apporté
exprès, pendant qu'on le frappait à coups de bâtons
mouillés. Durant ce supplice, Grégoire priait Dieu pour
le Salut de tous les peuple, en particulier pour le Salut des
Arméniens. Le roi admira ce courage et redoubla ses
cruautés. Il fit apporter des planches et des cordes noueuses,
et comprimer les pieds du patient jusqu'à ce que le sang jaillit
par les extrémités des pieds. Grégoire eut encore
le visage meurtri de nombreux soufflets, la tête serrée
dans un étau, et les narines remplies de sel et de vinaigre ; il
endura tous ces tourments et plusieurs autres, et le roi
s'étonnait grandement qu'il fût demeuré vivant.
Cependant un des satrapes de Tiridate lui apprit que ce Grégoire
était le fils d'Anach, le meurtrier de Chosroès. Cette
découverte mit le comble à la fureur de Tiridate; il fit
transporter Grégoire à Artaxat, château-fort de la
province d'Ararat, les fers aux mains et aux pieds, et la corde au cou,
et là, il le fit jeter dans une fente de rocher, résolu
de l'y laisser périr. Cependant Dieu le délivra de ce
supplice comme de tous les autres, et à la fin, Tiridate,
vaincu, ouvrit les yeux à la lumière de la Foi et
reçut le Baptême des mains de Grégoire
lui-même. Celui-ci, ayant enfin la faculté de
prêcher l'Evangile en Arménie, convertit presque tout ce
peuple et y fonda un grand nombre d'églises. Suivant
Eusèbe, Maximin Daïa, alors César en Orient, qui
avait juré une haine irréconciliable au Christ, fut
très irrité de le voir faire autant de progrès en
Arménie; il vint attaquer ce pays, mais il fut repoussé
et obligé de se retirer avec confusion. C'est la première
guerre de l'Histoire où combattre la Foi fut le motif de l'agression.
Saint Grégoire fut sacré évêque par
Léonce de Césarée. Ce fut Tiridate lui-même
qui l'envoya vers ce prélat, pour qu'il reçût de
ses mains l'onction épiscopale. De retour dans sa patrie, il
continua ses travaux apostoliques avec un nouveau zèle; il porta
aussi le flambeau de la Foi chez plusieurs nations barbares,
près de la mer Caspienne, et pénétra jusqu'au mont
Caucase. Nous apprenons d'un historien Arménien (Moses
Chorenensis) que, s'étant retiré dans une cellule
à Mania, qui est dans la province de Daranalia
(Haute-Arménie), il y finit ses jours vers le temps où
Constantin le Grand se rendit maître de l'Orient (315-323). Des
Chrétiens, obligés de s'enfuir d'Arménie,
apportèrent son corps en Italie; son chef fut
déposé à Naples avec les chaînes qu'il avait
autrefois portées, un de ses bras se trouve dans la
cathédrale de Nardo (Terre d'Otrante).
On représente saint Grégoire :
1) ayant une vision que domine la Croix et qui lui fait comprendre que
l'Arménie et tout le monde romain vont trouver la paix dans le
triomphe du Christ.
2) ayant à ses côtés un sanglier ou porc
couronné; une légende, rapportée par
Métaphraste, prétend en effet que Tiridate, en punition
de sa barbarie, fut changé en pourceau.
Propre de Rome, complèté avec Godescard, les Acta
Sanctorum, le père Cahier, etc.
SAINT JÉROME (+ 420)
[ oeuvres de saint Jérôme en français sur le site de l'abbaye Saint-Benoît, en Suisse :

http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/jerome/index.htm
Bel article : saint Jérôme, traducteur de la Bible
http://stmaterne.blogspot.com/2006/10/saint-jrme-traducteur-de-la-bible.html
Dans le calendrier byzantin il est fêté au 15 juin ]
SAINT JERÔME DE STRIDO, PRÊTRE ET DOCTEUR DE L'ÉGLISE (+ 420)
évêque de Rome : Saint Boniface 1er - Empereur d'Orient :
Théodose 2.
La qualité de très-grand docteur ne peut être
refusée à saint Jérôme; l'Eglise romaine la
lui accorde solennellement dans l'oraison de son Office, comme une
différence particulière pour le distinguer des autres
Pères qui ont défendu ou enrichi l'Epouse de
Jésus-Christ par leurs écrits. Il naquit dans la ville de
Strido, sur les frontières de la Dalmatie et de la Pannonie, ou
Hongrie. Son père se nommait Eusèbe. Il eut aussi un
frère appelé Paulinien, qui vint au monde lorsque
Jérôme était déjà dans la Syrie, et
une soeur dont on ignore le nom ainsi que celui de sa mère. Il
parle encore, dans son Epître 26, d'une tante, appelée
Castorine, avec laquelle il eut quelque différends qu'il
tâcha d'assoupir par plusieurs lettres obligeantes. lssus de
parents riches et distingtiés, il put satisfaire son goût
précoce pour l'élude. Eusèbe, son père,
l'envoya à Rome, pour y suivre les leçons de grammaire et
de rhétorique des célèbres Donat et Victorin.
Jérôme fit de grands progrès à cette
excellente école. Mais il n'échappa pas aux dangers
que court l'innocence des écoliers dans les grandes villes, il
n'était alors que catéchumène. Il mena d'abord la
vie Chrétienne que ses parents lui avaient apprise; il visitait
souvent les catacombes, les tombeaux des martyrs, et s'animait d'un
saint zèle, au souvenir de ceux qui avaient scellé leur
Foi de leur sang. Mais peu à peu, il se laissa aller à
l'entrainement des passions, comme il le raconta lui-même
plus tard avec de grands remords.
Ayant appris tout ce qu'il avait pu des grands hommes de la capitale
romaine, il résolut de voyager, afin de voir les
célèbres bibliothèques et les savants des autres
pays pour se perfectionner de plus en plus dans la connaissance
des lettres. Il prit d'abord le chemin des Gaules, étant
accompagné de Bonose, avec lequel il avait été
élevé dans son enfance et qui avait eu la même
nourrice que lui. Il passa par Concordia, petite ville près de
la Mirandole. en Italie, où il se lia avec un vieillard
appelé Paul, auquel il envoya depuis la vie de saint Paul,
ermite, dans une lettre (Epitre 21). Ce fut de lui qu'il apprit que
saint Cyprien appelait Tertullien son maître, comme il le
remarque lui-même dans son livre des "Ecrivains
ecclésiastiques (De viriis illustribus). Il demeura quelque
temps à Trèves, où il copia de sa propre main le
long traité de saint Hilaire sur les synodes. Il observe dans la
préface du livre second de ses "Commentaires sur l'Epitre aux
Galates", que la langue usitée en cette ville était la
langue vulgaire des Galates, et que ceux-ci ne se servaient point
de la langue grecque, bien qu'alors il n'y en eût point d'autre
dans tout l'Orient : ce qui lui fait juger qu'ils descendaient des
Gaulois. Le récit qu'il fait des principales villes des Gaules,
comme de Mayence, de Strasbourg, de Reims, d'Amiens, d'Arras, de
Tournai, de Thérouanne, de Lyon, de Narbonne, de Nantes, de
Toulouse et de quantité d'autres, montre qu'il en parcourut
toutes les provinces et qu'il n'épargna rien pour
acquérir de nouvelles connaissances, soit dans les
bibliothèques, soit dans la conversation des grands hommes dont
tous ces vastes pays étaient remplis.
Ce fut à Trèves que notre Saint prit la résolution
de servir Dieu sans réserve, afin d'être, et non pas
seulement de paraître Chrétien. Les uns croient qu'il
avait pourtant déjà reçu le Baptême à
Rome; d'autres prétendent qu'il ne le reçut qu'a son
retour. Des Gaules, Jérôme se retira à
Aquilée, où il mena la vie ascétique dans un
monastère que l'on venait d'y établir, et se lia avec
plusieurs ecclésiastiques de cette ville, très-savants,
et dont les noms reparaissent souvent dans ses écrits. Il fut
obligé de quitter sa retraite, probablement à cause
de sa soeur qui s'était écartée des voies du
Salut, et qu'il eut le bonheur d'y ramener. Cherchant de nouveau un
endroit où il pourrait vivre avec toute la liberté de la
solitude, il ne choisit pas son pays pour cela, parce qu'il y aurait
été trop importuné par ses parents;
d'ailleurs, comme il l'avoue dans son Epître 43, la corruption y
était si grande, qu'on n'y reconnaissait point d'autre Dieu que
le ventre ni d'autre félicité que les richesses, et, ce
qu'il déplore davantage, Lupicin, qui en gouvernait l'Eglise,
était un très-méchant prêtre, qui perdait
les âmes au lieu de les sauver. Il ne s'arrêta pas non plus
à Rome ; il était difficile d'y mener une vie
monastique et solitaire, à cause du nombre de ses habitants et
de la foule des pèlerins qui y venaient de toutes parts. De
plus, y étant connu, il aurait été obligé
de se conformer aux autres, c'est-à-dire d'être vu de ses
amis et de les voir, de visiter et de recevoir des visites, de donner
des louanges d'un côté, et de l'autre de déchirer
la réputation de son prochain. C'est ainsi qu'il parle dans
ses Epitres 17 et 18. Il crut donc qu'il ferait mieux de se retirer
dans quelque région éloignée, où il ne
trouverait que des occasions de s'élever à Dieu et de
travailler à sa perfection. La Syrie lui paraissant propre
à ce dessein, tant à cause de la sainteté des
lieux qu'à cause du voisinage d'une infinité de moines
qui l'habitaient, il s'y achemina, emportant avec lui sa
bibliothèque. Les compagnons de ce grand voyage furent
Héliodore, Innocent et Hylas. Il passa quelques jours à
Jérusalem pour y visiter les saints lieux; puis il parcourut la
Thrace, le Pont, la Bithynie, la Cappadoce et la Cilicie, toujours dans
le désir d'apprendre quelque chose de nouveau. Il
séjourna aussi à Tarse, lieu de la naissance de saint
Paul, afin d'étudier la langue dont cet Apôtre s'est servi
dans ses Epîtres. Il s'arrêta encore à
Antioche, chez Evagre, d'où il alla conférer du dessein
de sa retraite avec Théodose et les autres anachorètes,
et examiner le lieu où il pourrait demeurer avant de s'y
engager. Cette solitude, nommée Chalcis, est située dans
un endroit qui sépare les Syriens et les Agaréniens; et,
hors les moines qui l'habitaient, on n'y trouvait que des bêtes
sauvages, des serpents et des scorpions. Il s'y rendit enfin avec tous
ses livres, dont la lecture et l'étude devaient faire une bonne
partie de son occupation.
Le démon, qui prévoyait les services importants que
Jérôme rendrait dans cette retraite à l'Eglise,
employa toute sa malice pour la lui faire abandonner. Il le jeta
d'abord dans une étrange désolation par la perte de tous
ceux qui l'y avaient accompagné; car Héliodore, qu'il
aimait plus que les autres, retourna dans son pays, sous
prétexte d'un plus grand bien et pour assister une soeur et un
neveu qu'il y avait laissés, sans que le Saint pût le
retenir par ses prières ni par ses larmes. Il lui écrivit
même une puissante lettre pour le sommer d'exécuter
la promesse qu'il lui avait faite de revenir; mais ce fut sans
succès. Innocent mourut d'une fièvre ardente; et, quelque
temps après, la mort lui enleva encore Hylas. Outre ces
malheurs, qui lui furent très-sensibles, il fut
attaqué de toutes sortes de maladies, entre autres d'une
fièvre très-violente qui lui prit au milieu du
Carême et qui réduisit tout son corps, délicat et
d'ailleurs épuisé par les jeûnes, à un
état si pitoyable que, n'attendant plus que l'heure de sa mort,
on avait déjà préparé toutes les choses
nécessaires pour l'ensevelir. Ce fut alors qu'il comparut en
esprit devant le tribunal de Jésus-Christ. Voici comment il en
parle à la vierge Eustochie dans son Epître 22: "Je
jeûnais, et cependant je lisais Cicéron; je veillais et je
pleurais mes péchés; je ne laissais pas après cela
de lire Plaute; et quand, étant rentré en moi-même,
je jetais les yeux sur les Prophètes, leur style bas et inculte
me donnait de l'horreur. Tandis que le démon me
séduisait ainsi par ses ruses, je tombai malade, et, dans
le fort de la maladie, lorsque ma vie ne se faisait plus sentir que par
un battement de coeur, je fus ravi en esprit et présenté
devant le tribunal du souverain Juge, où l'éclat des
lumières et des splendeurs qui sortaient de ceux qui
l'environnaient, m'obligea de me prosterner par terre sans oser lever
les yeux pour regarder la majesté de mon Maître. Là
je fus interrogé qui j'étais: je répondis que
j'étais Chrétien ; mais le Juge me dit: Vous mentez, vous
êtes un cicéronien, et non un Chrétien, parce que
votre coeur est où vous avez votre trésor. A ces paroles
je me tus, et parmi les coups (car le Juge avait commandé que je
fusse fouetté), je ressentais dans mon âme de furieux
remords de conscience, faisant réflexion en moi-même sur
ce verset du Prophète : "In inferno autem quis confitebitur
tibi?" Enfin je commençai à crier et à dire, en
fondant en larmes: "Seigneur, ayez pitié de moi; Seigneur, ayez
pitié de moi"; c'était l'unique voix que je faisais
retentir au milieu des coups. Ceux qui étaient présents
se jetèrent aux genoux du Juge et le prièrent de
pardonner à ma jeunesse, de m'accorder le temps de faire
pénitence, disant que, si je ne la faisais pas, et que je lusse
encore les auteurs profanes, on me punirait encore plus
sévèrement. Alors je fis un serment en présence de
mon Dieu que je n'aurais plus de livres séculiers, que je n'en
lirais jamais; et que, si je manquais à ma parole, je voulais
passer pour apostat. Cette protestation fut cause de ma liberté
: on me laissa aller et je revins à moi. Ce n'était pas
là un assoupissement ni un de ces songes qui nous trompent
durant le sommeil ; j'en appelle à témoin le tribunal
devant lequel je comparus, et le triste jugement qui me donna tant de
frayeur, plaise à mon Dieu que jamais chose pareille ne m'arrive
! En effet, je sentis bien, à mon réveil, que cela
était une réalité, puisque je portais, sur mes
épaules, les marques des coups de fouet que j'avais
reçus. Depuis ce temps-là, j'ai lu les saintes Ecritures
avec plus d'ardeur que je ne lisais auparavant les livres profanes".
Toutes ces épreuves (1) furent suivies d'horribles tentations de
la chair, dont il fut cruellement tourmenté. Son imagination fut
tellement remplie d'objets déshonnêtes que, dans l'horreur
de son désert, où il ne voyait que des animaux, des
rochers et des arbres, il croyait être au milieu des
délices et des séductions de Rome; mais le saint jeune
homme étant soutenu de la grâce du Sauveur, triompha
toujours de son ennemi par les prières, les larmes, les
macérations et les autres austérités qu'il
représente lui-même dans l'Epître que nous venons de
citer : "Combien de fois", dit-il, "étant dans mon ermitage, que
les ardeurs du soleil rendaient presque inhabitable, me suis-je
imaginé être parmi les délices de Rome? Je
demeurais seul assis dans ma cellule, le coeur inondé
d'amertumes, et le corps semblable à celui d'un Ethiopien
brûlé des ardeurs du soleil. Je passais les
journées entières à verser des larmes et à
pousser des soupirs vers le Ciel. Et, lorsque j'étais
accablé de sommeil, je me couchais sur la terre nue, où
je ne me donnais pas même le temps de reposer. Je ne parle pas du
boire ni du manger, puisque l'eau froide était toute la boisson
des moines, quelque languissants qu'ils fussent, et que manger quelque
chose de cuit était estimé par eux comme un
péché de luxure. Moi donc, pauvre Jérôme,
qui m'étais condamné à ce genre de vie pour la
crainte de l'enfer, étant dans cette prison, sans autre
compagnie que celle des scorpions et des bêtes féroces, je
me trouvais souvent en esprit dans des assemblées de jeunes
personnes. Mon visage était pâle à cause de mes
austérités, tandis que mon coeur, dans un corps froid
comme de la glace, était embrasé de mauvais
désirs, et, quoique ma chair fût déjà en
quelque façon morte, je sentais en elle les incendies de la
concupiscence; N'ayant aucun secours du côté des
créatures, je me jetais aux pieds du Crucifix, et après
les avoir arrosés de mes larmes, je les essuyais avec mes
cheveux. Je jeûnais des semaines entières pour
éteindre ces brasiers. Je passais les jours et les nuits
à me frapper la poitrine, jusqu'à ce que j'entendisse une
voix intérieure qui me dît : C'est assez. Je n'entrais
qu'avec une espèce d'horreur dans ma cellule, que je regardais
comme le témoin de mes mauvaises pensées. Et, me
mettant en colère contre moi-même, j'allais seul
errant dans le fond des déserts, et je me prosternais en
oraison, tantôt dans une vallée, tantôt dans le
creux des rochers, d'autres fois sur la cîme des montagnes,
jusqu'à ce qu'enfin, après des torrents de larmes et de
fréquents regards vers le ciel, il me semblait que
j'étais parmi des choeurs d'Anges, où je chantais avec
allégresse : Seigneur, nous courons après vous à
l'odeur de vos parfums". Voilà de quelle manière
Jérôme rendit inutiles tous les efforts du démon;
mais cet ennemi de notre Salut n'ayant rien pu gagner sur lui, en
l'attaquant en lion et à force ouverte, l'attaqua en renard
et par adresse, se servant des hérétiques pour
tâcher de séduire la foi de celui dont il n'avait pu
corrompre la chasteté.
(1) Cette condamnation tomba sur une passion excessive pour la
littérature profane, mais non sur l'étude des bons
auteurs de l'Antiquité, étude faite pour se former le
goût et le style; une pareille étude ne peut qu'anoblir
l'âme. D'ailleurs saint Jérôme initia lui-même
la plupart des jeunes gens à la lecture des meilleurs auteurs
latins, et fit copier les oeuvres de Cicéron.
Les Ariens de Tarse connaissaient sa vertu; ils savaient que
ce jeune homme surpassait déjà en science et en doctrine,
aussi bien qu'en sainteté, les plus grands personnages de la
Grèce : ils le vinrent trouver pour lui demander s'il admettait
une ou 3 Hypostases en Dieu. Il reconnut aussitôt le venin
qui était caché sous cette question. Il leur
répondit que si par le mot d'Hypostase ils entendaient l'essence
divine, il n'y en avait qu'une en Dieu; mais que s'ils entendaient la
Personne, il y en avait 3 dans la Sainte Trinité. Les divers
partis de la ville d'Antioche tirent aussi leur possible pour
l'attirer chacun de son côté car cette Eglise était
alors divisée en 3 factions : les Ariens, qui avaient Vital pour
chef, et les catholiques, dont les uns reconnaissaient
Mélèce, les autres Paulin pour évêque. Ils
pressèrent tous en particulier saint Jérôme
d'entrer dans leurs intérêts ; mais ils n'en eurent point
d'autre réponse, sinon qu'il s'attachait entièrement
à l'Eglise romaine. Toutefois, comme chacun soutenait aussi de
son côté qu'il était dans la communion romaine,
notre saint solitaire écrivit au pape de Rome, saint Damase, et
le pria instamment de lui mander avec lequel des 3 évêques
il devait communiquer. Il lui découvrit en même temps
le venin qui était caché sous le mot d'Hypostase; et,
pour recevoir sa réponse, il lui dit de l'adresser au
prêtre Evagre, à Antioche, leur ami commun, qui ne
manquerait pas de la lui faire tenir dans son ermitage.
Cependant, il fut sans cesse persécuté par les
hérétiques, qui lui demandaient tous les jours de
nouvelles professions de foi. Les Ariens publiaient qu'il
n'était pas orthodoxe, parce qu'il défendait
"l'homoousion", c'est-à-dire la consubstantialité des
Personnes divines; d'autres le faisaient passer pour Sabellien, parce
qu'il soutenait 3 Personnes subsistantes, vraies, entières et
parfaites dans la Sainte Trinité : la persécution fut si
grande qu'ils le contraignirent enfin d'abandonner sa chère
solitude. Il y était demeuré 4 ans, ou 6 selon Baronius,
durant lesquels il avait traduit les homélies
d'Origène et appris la langue hébraïque d'un juif
qui s'était converti et fait solitaire. Il avoue qu'il eut des
peines extrêmes dans cette étude, et qu'après avoir
goûté les subtilités de Quintilien,
l'éloquence de Cicéron, la gravité de Fronton et
la douceur de Pline, ce lui avait été une rude
mortification d'apprendre un alphabet et de prononcer des paroles
gutturales de sorte qu'il avait désespéré
plusieurs fois d'en venir à bout; que souvent il y
renonçait, rebuté par les difficultés qu'il y
trouvait; qu'ensuite le désir d'entendre cette langue lui
faisait reprendre son travail, en un mot, qu'il n'en avait obtenu
l'intelligence qu'avec des fatigues inconcevables. Le souvenir des
douceurs célestes et des lumières divines, dont son
âme était remplie dans cette solitude, fit qu'il la
regretta toujours et qu'il la porta partout dans son coeur. C'est ce
qu'il apprit à Pammachius dans son Epître 26.
Il est probable que ce fut au sortir du désert qu'il visita la
Grèce, et particulièrement la ville
d'Athènes; après quoi il se rendit à Antioche,
où il étudia l'Ecriture sainte sous Apollinaire de
Laodicée, sans toutefois s'arrêter à la
doctrine contentieuse de ce savant homme, depuis auteur d'une
hérésie dont il tâcha d'infecter l'Eglise. Il
adhéra à Paulin, l'un des 3 évêques dont
nous avons parlé, conformément à la réponse
qu'il reçut de Damase, qui favorisa toujours ce parti comme le
plus juste. Quoiqu'il ne résidât plus dans le
désert, il ne quitta pas pour cela l'habit ni la profession de
solitaire, et, dans les divers lieux où il allait pour consulter
les gens habiles et faire de nouvelles découvertes dans la
sainte Ecriture, il menait une vie retirée afin de vaquer
davantage à la prière et à l'étude. Dans sa
30ième année, il fut ordonné prêtre par le
même Paulin; mais il ne consentit à son ordination
qu'à la charge qu'il ne serait attaché à aucune
église, et qu'il ne quitterait point la profession monastique
qu'il avait choisie, comme il dit lui-même, pour pleurer les
péchés de sa jeunesse et pour fléchir la
Miséricorde de Dieu envers lui. C'est ainsi qu'il parle à
Pammachius dans la 6ième lettre, et qu'il se défend
contre la vexation de Jean, évêque de Jérusalem,
qui voulait l'assujétir à son Eglise, quoiqu'il ne
l'eût pas ordonné. Son sacerdoce ne l'obligeant point
de demeurer à Antioche, il continua de voyager de
côté et d'autre. Il passa quelque temps près de
Jérusalem, à la campagne et dans les solitudes, et
particulièrement à Bethléem, qu'il goûta
dès lors comme le plus saint lieu où il pût se
retirer. Il alla aussi à Constantinople pour entendre saint
Grégoire de Nazianze, dont la réputation était
répandue partout. Mais ce grand prélat, connaissant la
vertu et la valeur de Jérôme, ne le traita pas en
disciple, mais comme un ami dont il pouvait apprendre beaucoup de
choses pour l'interprétation de l'Ecriture sainte, à
cause de la parfaite connaissance qu'il avait de la langue
hébraïque; ce qui n'empêche pas que notre Saint, dans
son Epître à saint Grégoire de Nysse, ne se
glorifie d'avoir eu cet illustre évêque de
Constantinople pour son précepteur. Ce fut peu de temps
après son sacerdoce qu'il acheva ses Commentaires sur le
prophète Abdias, qu'il avait commencés étant
encore tout jeune et au sortir de sa rhétorique: il corrigea
aussi ce qu'il en avait déjà fait, avouant que, lorsqu'il
y avait travaillé, il n'avait pas toutes les lumières
nécessaires pour un si grand ouvrage. Il les dédia
à Pammachius, son compagnon d'études et gendre de sainte
Paule. Le pape de Rome, Damase lui proposa plusieurs difficultés
sur divers passages de l'Ecriture, lui écrivant pour cet effet
par Ethérius, diacre, qui porta les lettres et rapporta les
réponses. Il lui envoya aussi des présents pour lui
marquer plus sensiblement son affection. Certes, ce n'est pas une
petite gloire à saint Jérôme d'avoir
été ainsi consulté par le patriarche d'une des
grandes Eglises.
![]()
Comme les factions d'Antioche troublaient toujours la
tranquillité des Eglises, l'empereur Théodose envoya des
lettres aux évêques d'Occident et d'Orient pour les faire
assembler à Rome, afin qu'ils terminassent tous ces
différends et résolussent en synode plusieurs
difficultés que l'on faisait en divers endroits sur des points
de doctrine. Les Orientaux, entre lesquels était Paulin, furent
bien aises de mener Jérôme avec eux, parce qu'ils avaient
besoin d'un homme qui sût le latin et parce qu'il était
connu de Damase, peut-être aussi parce que ce Pape romain lui
écrivit exprès pour l'appeler à ce Synode, et
même que l'empereur l'obligea de s'y rendre; car il confesse
dans son Epître 27 qu'il n'y alla que malgré lui et avec
répugnance. Mais s'il eut de la peine à se
résoudre à ce voyage, les Romains, au contraire,
eurent bien de la joie de revoir dans leur ville celui qu'ils avaient
autrefois admiré dans sa jeunesse, et dont la réputation
avait beaucoup augmenté la première idée qu'ils
s'étaient formée de sa vertu : ce fut à
qui jouirait des douceurs et des lumières de sa conversation, et
lui donnerait le plus d'éloges. Les uns louaient sa vie
pénitente et solitaire, les autres sa science dans les langues ;
ceux-ci son intelligence dans l'Ecriture, ceux-là la
pureté de sa doctrine. Les dames romaines ne pouvaient se
lasser de l'entendre, les prêtres le consultaient, le
clergé et le peuple avaient sans cesse les yeux sur lui, comme
sur le plus grand homme du siècle; en un mot, par sa
piété, son érudition, son honnêteté
et ses manières obligeantes, il gagna le coeur de tout le
monde. Mais saint Damase, plusque tous les autres, fut ravi de le
posséder, et, à sa considération, il fit de
grandes amitiés à Paulin et à Epiphane, avec
lesquels il était venu. Il le regarda comme un autre saint Paul,
qui devait l'aider de ses conseils dans le gouvernement de l'Eglise de
Rome. En effet, une fois terminé le Concile qui confirma
Paulin, évêque d'Antioche, et les évêques
participants repartis dans leurs Eglises, Damase retint
Jérôme auprès de lui, afin qu'il l'aidât
à porter une partie du poids du pontificat. Il lui donna la
charge de répondre à toutes les questions que l'on ferait
touchant la Foi, d'éclairer les difficultés des Eglises
locales, des assemblées synodales, de prescrire à ceux
qui revenaient de l'hérésie ce qu'ils devaient
croire ou ne pas croire, et de dresser pour cela des règles et
des formules. Rufin, dans son apologie pour Origène, avoue que
ce fut ce grand docteur qui composa la "Confession", pour
réconcilier les Apollinaristes, et il rapporte lui-même,
dans son Epître 51, les différentes fonctions dont l'avait
chargé l'évêque de Rome.
Cependant ces occupations laborieuses ne lui firent rien diminuer de
ses austérités, et il les pratiqua toujours exactement,
comme s'il eût encore été dans le secret d'une
solitude. Il continua ses oraisons à l'ordinaire, et
vécut dans le silence et le recueillement d'un véritable
moine. Il célébrait dévotement le saint Sacrifice,
et l'on a conservé longtemps à Rome la chasuble dont il
se servait pour cet auguste ministère. On y garde même
encore maintenant son calice, que l'on montre quelquefois au peuple,
pour renouveler son respect envers cet incomparable docteur qui a si
bien mérité de l'Eglise romaine. La dévotion qu'il
avait à célébrer ce divin mystère
était si connue au prêtre Népotien, neveu
d'Héliodore, qu'il légua en mourant la tunique qui lui
avait servi à l'autel. Cela étant, il y a sujet de
s'étonner que Godeau, dans son "Histoire de l'Eglise", ait
écrit que "saint Jérôme n'a jamais dit la Messe,
par une crainte religieuse qu'il avait de ce redoutable sacrifice". On
peut juger de la grandeur de son zèle pour tout ce qui regardait
la sainte Eucharistie, par l'éloge qu'il fait du même
Népotien, qui apportait un soin incomparable à toutes les
choses qui avaient rapport à ce Mystère. C'est dans
l'épitaphe qu'il fait de lui dans son Epître 3 : "Il avait
soin", dit-il, "que l'autel fût toujours d'une
propreté convenable, que les murailles de l'église
fussent nettes, que le pavé fût bien nettoyé, que
le portier se tint souvent à la porte, pour n'y admettre que
ceux qui devaient y avoir entrée, et que toutes les
cérémonies s'observassent avec toute l'exactitude
possible. Il était presque sans cesse dans les temples, et
ornait les basiliques des martyrs, avec des fleurs, des branches
d'arbres et des pampres de vigne. Il voulait qu'il n'y parût rien
qui pût offenser les yeux des fidèles, mais que tout y
excitât à la piété et à
l'adoration de la Majesté divine". Il fallait sans doute
que saint Jérôme fût animé du même
zèle pour louer si hautement ces actions, qui ont si peu
d'éclat en apparence. En effet, il veilla extrêmement
à ce que les divins Offices et toutes les fonctions
ecclésiastiques se fissent avec toute la décence
possible. Tout ce qu'il avait remarqué de dévot et de
majestueux dans les églises d'Antioche et de Jérusalem,
les 2 plus anciennes de la Chrétienté, il l'introduisit
à Rome; ce fut à son instance que Damase fit chanter
"l'Alleluia", selon l'usage de l'Eglise de Jérusalem, et
qu'à la fin de chaque Psaume on ajouta le "Gloria Patri",
à l'exemple de celle d'Antioche. Il corrigea les Psaumes et la
version des Septante, que le pape de Rome fit ensuite chanter à
ses ecclésiastiques. Il en fit de même du Nouveau
Testament, que l'on a toujours lu depuis dans l'Eglise de Rome selon sa
version. Il compila et abrégea les Actes des Martyrs, afin qu'on
pût les réciter aux divins Offices. Nous dirons dans la
suite les autres ouvrages qu'il a composés pour le bien des
Eglises : nous ne parlerons maintenant que de ce qu'il fit à
Rome, étant encore dans la fleur de son âge.
Plusieurs dames romaines, qui avaient une singulière
vénération pour lui, l'obligèrent aussi de faire
quelques livres. Il exposa à Blésille, fille de sainte
Paule, l'"Ecclésiaste" attribué à Salomon, pour
lui inspirer le mépris de toutes les choses du monde, et
dès lors il commenqa à faire des commentaires sur
l'Ecriture. Il donna à Fabiola l'interprétation de cette
multitude de noms qui se trouvent dans le "Livre des Nombres", et lui
expliqua la prophétie de Balaam. Il écrivit, en faveur
d'Eustochie, le "Traité de la Virginité", qui fait la
22ième de ses Epîtres, pour combattre l'erreur d'Elvidius,
qui ôtait cette excellente vertu à la Reine des Vierges.
Il donna à Marcelle, jeune veuve, l'intelligence des 10 Noms de
Dieu, dont se servent les Hébreux. Il enseigna à sainte
Paule l'Alphabet hébraïque. Toutes ces femmes
étaient autant de saintes épouses qu'il avait acquises
à Jésus-Christ, et qu'il avait portées à
passer d'une vie commune à l'étude de la perfection
Chrétienne.
Le but auquel Jérôme appelait résolûment les
âmes d'élite qui en étaient capables, était
la perfection évangélique : "Il ne faut point
d'inconséquences ; un idéal sublime, et une vie vulgaire;
un habit de veuve ou de vierge, et des habitudes de femme mondaine. Il
faut des moyens en rapport avec le but. Quiconque choisit la vie
parfaite, doit marcher dans la voie parfaite". - "Votre
profession de vierge consacrée à Dieu est souverainement
libre, et c'est ce qui en fait le mérite; qu'elles y renoncent,
celles qui n'en peuvent porter l'honneur; sinon, qu'elles en
remplissent les devoirs". Telle était l'énergique
direction de saint Jérôme.
L'abstinence, le jeûne, voilà ce qu'il conseillait
nettement, comme pratique habituelle, à ces opulentes et
délicates patriciennes. II ne voyait que cela de sûr pour
la vertu héroïque à laquelle elles aspiraient; et,
allant chercher au fond de la nature humaine la raison décisive
et invincible de ces rigoureuses austérités :
"Tant que nous sommes dans le tabernacle du corps, entourés
d'une chair mortelle, nous pouvons bien modérer et dompter
nos penchants, nous ne pouvons pas les détruire. Il est
difficile, ou plutôt impossible, qui que l'on soit, que l'on
ignore au moins le commencement de la passion. Toute chair a ses
tendances et sollicite l'âme par les amorces du mortel plaisir.
Je vous dis ces choses pour que vous sachiez bien que la nature humaine
est en vous, et que ces misères communes, si vous cessiez
de faire sur vous-même une garde sévère,
pourraient aussi vous atteindre. Sous la soie, sous la bure, les
mêmes penchants nous dominent. Ils n'ont peur ni de la pourpre
des rois, ni des haillons des pauvres". -
"Pour vaincre l'avarice, il suffit d'ouvrir sa bourse; pour triompher
d'une langue médisante, il suffit du silence; contre la
vanité et le goût des folles parures, il suffit d'un
élan de générosité".
L'amour de Dieu, tel était, avant tout, l'aliment que saint
Jérôme vonlait donner aux coeurs
généreux qu'il invitait à crucifier les passions
et leurs convoitises, à mourir pour revivre. L'amour des pauvres
en était le second. Pour entraîner à tous les
sacrifices, à tous les dévouements, il montrait
Jésus-Christ dans les pauvres, et présentait comme une
compensation sublime du renoncement au culte et à la vie
mondaine le bonheur de pouvoir donner aux malheureux : "Depuis que
vous avez embrassé la chasteté éternelle, vos
richesses ne sont plus à vous, ou plutôt elles le sont
bien plus, puisque de ce jour elles ont commencé à
appartenir à Jésus-Christ. Car sachez bien que vous ne
possédez réellement que ce que vous aurez employé
en charités". Mais donner son or à l'indigent, ce n'est
que le premier degré de la charité. Se donner
soi-même, voilà le second. Et c'est jusque-là que
saint Jérôme voulait amener les saintes femmes qu'il
conduisait. Il voulait que le fruit de cette austérité de
vie qui brisait leur délicatesse, et maintenait leur âme
dans toute sa pureté, fût de les élever, par-dessus
toutes les répugnances de la nature, à tous les
dévouements de la charité.
L'amour de Dieu et l'amour des pauvres, voilà ce que saint
Jérôme substituait aux passions misérables et aux
affections frivoles; ajoutons-y les douceurs de la pure et sainte
amitié qui unissait entre elles toutes ces veuves et toutes ces
vierges ses disciples. Avec la vie du coeur, il voulait
développer aussi dans ses disciples, sur les ruines de la vie
des sens et de la vie frivole, la vie de l'esprit. Son grand moyen,
c'était l'Ecriture, non pas seulement étudiée
comme science pour l'esprit, mais surtout méditée comme
vérité et lumière divine pour le coeur. Il en
imposait la lecture à toutes ses disciples.
Pour compléter ce résumé de la direction telle
qu'il l'entendait, il est nécessaire d'exposer rapidement les
conseils qu'il donnait sur cet important sujet. Il prescrit
rigoureusement le travail des mains aux descendantes des Scipions, des
Fabius, des Camille, à 4 points de vue: d'abord, pour
éviter l'ennui, ce poids des vies mondaines; ensuite, parce que
c'est un devoir, même pour celles que Dieu a le plus
comblées des dons de la fortune; puis parce que le travail
peut être un auxiliaire précieux de la
charité; et enfin parce que rien ne maintient mieux les
vertus domestiques, l'esprit de famille. Ces 4 points de vue, si
actuels encore, sont indiqués avec une grande précision
et une grande délicatesse dans le passage suivant d'une de ses
lettres: "Quand les heures destinées à la lecture de
l'Ecriture sainte et à la prière seront finies,
après que le soin de votre âme vous aura fait souvent
ployer les genoux, ayez toujours votre laine dans les mains, et, ou
bien avec le pouce tirez le fil du fuseau, ou bien forcez-le à
suivre une trame; ou bien ce que les autres ont filé mettez-le
en peloton; ajustez-le sur le métier. Examinez votre tissu,
refaites ce qui est mal fait, et préparez-vous d'autre
ouvrage. Si vous êtes ainsi occupée, jamais les jours ne
vous sembleront longs; au contraire, même les longues
journées d'été vous paraitront courtes, car le
soir vous n'aurez jamais fini votre tâche".
Ce qu'ajoute saint Jérôme est bien remarquable, et ne
saurait être trop médité par les Chrétiennes
de nos jours : "En faisant ainsi, vous vous sauverez
vous-même, et vous en sauverez d'autres". Qu'est-ce à
dire? Jérôme l'expliquait ainsi : Vous vous sauverez
vous-même, parce que vous éviterez le péril que
signale l'Ecriture: "Toute âme oisive est agitée de
désirs"; et que vous ne mettrez pas dans votre vie le vide, la
grande lacune que porte toujours avec soi l'oubli d'un devoir capital,
tel que le devoir du travail. "Car si une femme croit pouvoir se
dispenser de travailler parce que, grâce à Dieu, elle ne
manque de rien, elle se trompe. Elle doit travailler comme tout le
monde; et si elle veut le faire en Chrétienne, pendant que ses
mains travaillent, que son âme pense à Dieu. Les mains et
les yeux sur son ouvrage, son coeur au Ciel ». Comment
sauvera-t-elle les autres? Par l'exemple : "Vous serez ainsi le
modèle d'une vie sainte, et la chasteté de celles que des
habitudes laborieuses, contractées à votre exemple,
auront sauvées, sera votre bénéfice". Saint
Jérôme ajoute un dernier trait bien étonnant :
"Je le dirai simplement : quand même vous distribueriez tout
votre bien aux pauvres, rien n'aura plus de prix aux yeux du Christ que
les ouvrages faits par vous-même, soit pour votre propre usage,
soit pour donner l'exemple aux autres vierges, soit pour les offrir
à votre aïeule et à votre mère, qui vous
donneront en échange largement de quoi subvenir aux besoins
des malheureux". Il y a là, ce nous semble, une profonde et
délicate intelligence de la vie de famille, et ce que ces
discrètes paroles nous font entrevoir dans les maisons
Chrétiennes des égards de la piété filiale
et des calculs ingénieux de la charité est admirable.
Quoi! le travail des mains, un travail de femme, au-dessus de la
charité? Oui, parce que le travail n'est pas seulement la
substitution d'occupations utiles aux distractions vaines, de
goûts sérieux aux goûts frivoles, d'une vie remplie
au vide des jours : c'est encore le respect de l'aïeule vieillie
et souffrante, vertu bénie de Dieu, la jouissance d'une fille
pour une mère, la protection d'une vertu à l'ombre du
foyer domestique, sous le regard maternel, et finalement aussi le
soulagement des pauvres et la féconde ressource de la
charité. Voilà pourquoi saint Jérôme veut
retenir, à l'abri de la maison paternelle, dans un travail
assidu, la jeune fille, la jeune veuve, près de sa mère
et de sa grand'mère, parce que le bonheur est là, avec la
vertu. Voilà la direction de saint Jérôme, la
grande direction Chrétienne, telle que nous la saisissons pour
la première fois dans l'histoire.
Parmi les disciples de saint Jérôme nous voyons encore :
Mélanie, Aselle, Léa, Albine, Marcelline et
Félicité, qui, par ses exhortations, embrassèrent
avec ardeur les maximes étroites de la vertu. Il convertit aussi
plusieurs hommes qui étaient tellement plongés dans le
crime, qu'ils menaient plutôt une vie d'idolâtres que de
Chrétiens. Il appela auprès de lui Paulinien, son
frère, non pour l'avancer dans le monde par son crédit,
mais pour lui enseigner la vertu et les lettres. Il se forma alors par
son zèle plusieurs beaux monastères dans Rome, et la
multitude des serviteurs et des servantes de Jésus-Christ qui
s'y retirèrent fut cause que la profession monastique, qui y
était auparavant connue ignominieuse, devint glorieuse et
honorée de tous ceux dont le Seigneur faisaient les
délices et qui aspiraient à marcher dans Ses voies. Quant
aux autres... Ces relations avec les femmes romaines eussent
été très-suspectes et très-dangereuses pour
un homme moins vertueux que lui; mais la grâce de Notre-Seigneur,
sous l'inspiration de laquelle il agissait, le soutint dans ces
dangers. Cependant la médisance ne lui pardonna pas, et on lui
reprocha, comme des liaisons criminelles, des affections qui
étaient très-pures et très-saintes. La
liberté avec laquelle il reprenait le vice lui attira cette
calomnie; mais la vertu éclatante des disciples justifia
bientôt le maître auprès de ceux qui ne lui
portaient point d'envie, et qu'une passion brutale n'aveuglait pas
dans leurs jugements. Jérôme, après 3 ans de
séjour à Rome où la calomnie était venue le
frapper, retourna en Palestine; mais avant de quitter Ostie, il voulut
épancher sa douleur, et du pont du navire qui allait l'emporter
il écrivit à Aselle : "On me dit un infâme, un
fourbe, un menteur, un magicien; et l'on venait me baiser les mains
tandis qu'on déchirait ma réputation de la manière
la plus impitoyable... M'a-t-on vu entrer chez quelque femme suspecte?
me sois-je attaché à la magnificence des habits,
à un visage fardé, à l'éclat des pierreries
et de l'or? Je me suis trouvé plusieurs fois avec des vierges;
j'ai expliqué souvent à quelques-unes l'Ecriture sainte
le mieux qu'il m'a été possible. Cette étude nous
obligeait à être souvent ensemble; l'assiduité
donnait lieu à la familiarité, la familiarité
faisait naître la confiance; mais qu'elles disent si elles ont
remarqué dans ma conduite quelque chose d'indigne d'un
Chrétien, quelque chose d'équivoque dans mes discours ou
de passionné dans mes regards ?
Avant d'avoir connu sainte Paule, tout Rome m'estimait et applaudissait
à ma vertu; chacun me jugeait digne de l'épiscopat... N'y
avait-il donc qu'une femme pénitente et mortifiée qui
fût capable de me toucher, une femme desséchée par
des jeûnes continuels, négligée dans ses habits,
devenue presque aveugle à force de pleurer, et qui passait les
nuits entières en oraison? une femme qui ne connaissait d'autre
chant que les Psaumes, d'autre entretien que l'Evangile, d'autre
plaisir que la continence, d'autre nourriture que le jeûne? N'y
avait-il, encore une fois, que cette femme dans Rome qui pût
avoir de l'attrait pour moi? Touché de sa chasteté
merveilleuse, à peine ai-je commencé à la
voir et à lui donner des marques de respect, qu'aussitôt
mon humilité a disparu, toutes mes vertus se sont
évanouies! O envie qui commences par te déchirer
toi-même! J'étais bien fou de vouloir chanter les
cantiques du Seigneur sur une terre étrangère et
d'abandonner la montagne du Sinai pour mendier les secours de l'Egypte".
Jérôme s'embarqua au mois d'août, avec Paulinien,
son frère, le prêtre Vincent et quelques autres religieux,
et fit voile vers Chypre, où il débarqua heureusement, et
fut reçu avec tout le bon accueil possible par saint
Epiphane; de là il se rendit à Antioche, d'où
Paulin le mena, au milieu de l'hiver, en Judée. Avant de s'y
arrêter tout à fait, il alla encore une fois en Egypte, et
visita les monastères de Nitrie; il reprit ensuite le chemin de
la Palestine, et se retira à Bethléem. Sainte Paule, avec
sa fille Eustochie, Mélanie, petite-fille du consul Marcellin,
laquelle toutefois abandonna depuis saint Jérôme pour
suivre Rufin, qui était son adversaire, et quantité
d'autres vierges, l'y vinrent trouver. Il choisit cet endroit pour sa
solitude par une dévotion singulière qu'il portait aux
mystères de l'enfance du Sauveur. La vue de ce saint lieu,
où le Fils unique du Père éternel a voulu
naître pour le Salut des Hommes, où Il a été
reconnu par les bergers et adoré par les mages, était un
objet touchant qui embrasait tous les jours son coeur de nouvelles
flammes d'amour envers son divin Maître. Il n'est
éloigné de Jérusalem que de 6 milles, ainsi que le
remarque Sulpice Sévère, qui y visita notre Saint, et y
demeura 6 mois avec lui. Sa cellule était sur le chemin qui
conduisait au tombeau du roi Archélaüs. Il y avait une
église sur la grotte où Jésus-Christ vint au monde
(1), et un autel sur la crèche où Il fut mis à sa
naissance, afin d'offrir le saint Sacrifice au même endroit
où le Verbe divin s'était offert à son Père
pour le Salut du monde.
(1) On voit, dans la basilique de Beth-léem, l'Oratoire de saint
Jérôme : c'est une chapelle souterraine dans laquelle le
saint prêtre venait s'inspirer au berceau du Sauveur. A
côté de l'Oratoire on voit une chapelle dans laquelle est
son tombeau; vis-à-vis celui de sainte Paule et de sainte
Eustochie. -- "Les Saints Lieux", par Mgr Mislin.
A côté de cette église, Paule fit construire 2
monastères, un d'hommes et un de vierges. Saint
Jérôme consacrait les jours et les nuits à la
prière, à l'étude et au travail avec les autres
frères du monastère. II vivait dans une parfaite
pauvreté, sans posséder d'argent et sans désirer
d'en avoir, se contentant de la nourriture et de l'habit, des
jeûnes rigoureux et des veilles continuelles. Il couchait sur la
dure, et, durant son repos, son coeur ne laissait pas d'être
appliqué à Dieu. Il ne sortait de sa bouche que des
discours de sainteté, soit pour expliquer l'Ecriture, soit pour
parler de la vertu, soit pour faire l'éloge de la
chasteté, qui avait pour lui des charmes inconcevables. Il
se tenait caché le plus qu'il pouvait, aimait mieux être
Saint en réalité que de le paraître aux yeux des
hommes. Sa grande retraite ne l'empêchait pas d'exercer tous les
devoirs de charité envers les pélerins, que l'on recevait
dans un hôpital que sainte Paule avait fondé,
auprès de la grotte de Bethléem. Il les visitait, les
entretenait, les consolait, les portait à la
piété, leur lavait les pieds, et même ceux de leurs
chameaux, les servait à table; en un mot, il faisait son
possible pour leur faire trouver des douceurs après les
fatigues de leur pélerinage. Dans les 5 premières
années de cette solitude, il traduisit de l'hébreu
le livre de l'"Ecclésiaste", et composa le bel ouvrage que nous
avons de lui contre Jovinien. Plus il avançait en âge,
plus il semblait avoir d'ardeur pour se faire instruire de ce qu'il
croyait ignorer. Et, sans considérer que les cheveux blancs dont
sa tête commençait à être couverte lui
donnaient plutôt l'autorité de maitre que la
qualité de disciple, il allait consulter ceux dont il
espérait apprendre quelques secrets pour l'intelligence de
l'Ecriture, qui était alors toute son occupation. La haute
réputation de Didyme, ancien ami de saint Athanase et du grand
saint Antoine, le fit aller à Alexandrie, pour lui proposer
quelques difficultés; il le vit et admira d'autant plus sa
profonde érudition, qu'ayant perdu la vue dès le temps de
son enfance, il n'avait presque rien pu apprendre des hommes; il lia
une si étroite amitié avec lui, que Didyme, à
sa prière, dicta 5 livres de "Commentaires" sur le
prophète Zacharie, et fit une exposition d'Osée qu'il lui
dédia. Saint Jérôme, de son côté,
traduisit un livre "Du Saint-Esprit", que Didyme avait composé.
Il avoue que sa pénétration dans l'Ecriture était
incomparable; c'est pourquoi, comme il attribue à
Origène, pour caractère singulier, la composition d'un
grand nombre de livres, l'éloquence à Cicéron, la
subtilité à Aristote, la prudence à Platon et
l'érudition à Aristarque; aussi il donne à cet
auteur, pour différence spécifique, la science des
Ecritures. D'Alexandrie il retourna à Bethléem, où
il s'appliqua de nouveau à l'étude de l'hébreu; il
eut encore pour maître en cette langue un juif qui parlait
l'hébreu avec une pureté et une grâce
extraordinaires. Saint Jérôme fit de grands progrès
dans cette langue; il étudia aussi les lieux, les coutumes dont
il est parlé dans la Bible, chose facile à cette
époque et dans cette contrée. Sa traduction de la Bible a
fini par faire rejeter toutes les autres et devenir celle de l'Eglise
de Rome et même de la plupart des autres Eglises en Occident; il
nous aussi laissé d'excellents "Commentaires" sur presque tous
les livres sacrés.
La multitude des pélerins, particulièrement des moines,
qui venaient à la grotte de Bethléem, augmentait
tellement de jour en jour, que l'hôpital qu'avait fondé
sainte Paule, n'étant plus assez grand pour les contenir, saint
Jérôme résolut d'en faire construire un plus ample;
et, pour avoir de quoi fournir à la dépense, il envoya
son frère en Dalmatie, afin qu'il y vendît les
héritages de leur père, que les Goths, qui venaient
souvent ravager ce pays-là, n'avaient pas encore
entièrement ruinés. Paulinien, à son retour, fut,
malgré lui, ordonné prêtre par saint Epiphane.
Jean, évêque de Jérusalem, condamna cette
ordination, comme ayant été faite dans son diocèse
sans sa permission; et, bien qu'on lui représentât qu'elle
s'était faite dans un monastère qui ne relevait pas de sa
juridiction, et que Paulinien avait 30 ans, âge requis par
les Canons pour la prêtrise, il poussa si loin son
mécontentement, qu'il excommunia tous ceux qui soutenaient cette
ordination, et même saint Jérôme, à qui il
défendit l'entrée du saint Sépulcre, bien qu'elle
fût permise aux hérétiques. La considération
de Paule fut peut-être cause qu'on ne le chassa pas de ce lieu;
car il fut sur le point d'être banni par la faveur que son
adversaire trouva auprès des gouverneurs de la province.
Aussi, dans son Epître 61, à Pammachius, il
témoigne son regret de n'avoir pas eu, en effet, la couronne de
l'exil, comme il avait la volonté disposée à le
souffrir courageusement. Au reste, l'ordination de Paulinien
n'était qu'un prétexte pour persécuter notre saint
hommer. Voici la vraie cause : saint Jérôme avait
découvert que cet évêque, d'ailleurs
éloquent, enseignait que dans la Trinité le Fils ne
pouvait pas voir le Père, et le Saint-Esprit ne pouvait pas voir
le Fils; que les âmes étaient dans les corps comme dans
une prison, et qu'elles étaient dans le Ciel avant d'être
unies aux corps; que les démons et les damnés feraient
enfin pénitence et seraient sauvés comme les Saints;
qu'avant le péché, Adam et Eve n'avaient point de corps;
et qu'après la Résurrection, il n'y aurait plus de
distinction de sexe. Il s'était plaint aussi de ses
allégories et interprétations métaphoriques qui
ruinaient la vérité de la lettre de l'Ecriture.
Ces erreurs avaient déjà été
condamnées à l'instance de saint Epiphane et de saint
Jérôme, par l'Eglise d'Alexandrie, sous Théophile,
qui en était pape, et par l'Eglise de Rome; c'est pourquoi notre
Saint ne put pas souffrir qu'on les ressuscitât; comme il
était ardent, et ne trempait pas toujours sa plume dans l'huile
en écrivant contre ceux qu'il croyait être infectés
de mauvaises opinions, il s'attira ce puissant ennemi sur les bras. Le
fait paraît certain d'après l'Epitre que nous venons de
citer; néanmoins, le r.p. Vastélius, carme, dans
l'édition des oeuvres de Jean de Jérusalem, qu'il a
données au public en 1643, travaille à justifier le
patriarche de toutes ces accusations; il prétend que
l'Epître à Pammachius, où elles sont
rapportées, n'est pas de saint Jérôme, à
cause de la différence sensible du style, qui est fort
égal dans tous ses autres ouvrages. Le lecteur peut consulter ce
livre; il nous suffit de l'avoir indiqué sans entrer dans le
fond de cette dispute.
Les outrages que notre Saint reçut de ce patriarche, qui ne
l'aimait point, ne lui furent pas si sensibles que sa rupture avec
Rufin, avec qui il avait eu une amitié tout extraordinaire.
Cette division fit grand bruit dans les Eglises, en particulier celle
de Rome, et plusieurs même s'en scandalisèrent et
accusèrent notre Saint de trop grande chaleur, ne voulant pas
considérer qu'il avait des raisons très-fortes pour
rompre avec un ami de cette qualité, puisqu'il avait
abandonné la vérité de la foi orthodoxe et
était tombé dans l'Origénisme. Théophile
d'Alexandrie les réconcilia ensemble, mais cette
réconciliation ne fut pas de longue durée. Rufin
étant allé à Rome, continua d'enseigner les
erreurs qu'il attribuait à Origène, et en publia le
livre intitulé "Peri archôn", c'est-à-dire "des
Principes" - premier essai rédigé par
Origène, avant que les doctrines ne soient discernées par
les Conciles, et donc immanquablement empreimpt des erreurs de la
recherche théologique de son temps; et, pour mieux insinuer les
quelques doctrines erronées y contenues, Ruffin donnait, d'une
manière affectée, de grandes louanges à saint
Jérôme, qui avait, longtemps auparavant, traduit cet
ouvrage.
Enfin il contrefit si bien le bon catholique, en répandant le
venin de son hérésie, qu'il attira à son parti
quantité de Romains, et surprit même des lettres de
communion du pape romain Sirice. Alors notre Saint, ne pouvant
souffrir que ce séducteur corrompît ainsi la Foi des
Chrétiens, se déclara ouvertement contre lui. Il eut en
même temps à se justifier des crimes que Rulin lui imputa,
et à réfuter la fausseté de ses dogmes; il le fit
avec tant de force et d'éloquence, que ceux qui voyaient les
ouvrages de l'un et de l'autre ne pouvaient plus regarder son
adversaire comme un homme savant, le voyant si éloigné de
l'érudition de Jérôme.
Outre ses écrits contre Helvidius et contre Rufin, il
écrivit encore 2 excellents livres contre Jovinien;
c'était un moine du monastère que saint Ambroise
gouvernait dans les faubourgs de Milan; ne pouvant souffrir la
discipline de ce saint évêque, quoiqu'elle fût
pleine de douceur, il en sortit avec quelques autres qu'il avait
infectés de ses mauvaises opinions. Il voulut ensuite y
rentrer; mais comme il ne donna aucun signe de véritable
pénitence, et que sa conversation fut jugée contagieuse
pour ses frères, il ne put obtenir ce qu'il demandait. Ce fut
à la suite de ce refus très-juste que Jovinien
commença à enseigner publiquement les erreurs
d'Helvidius, auxquelles il ajouta que l'état de la
virginité était moindre que celui du mariage, et que les
vierges, par conséquent, ne méritaient autant voire plus
que les femmes mariées; qu'il n'y avait qu'une même
récompense pour tous les bienheureux; que la Chair de
Jésus-Christ n'était pas véritable, mais
fantastique, et d'autres rêveries de cette nature. Par cette
pernicieuse doctrine, il trompa plusieurs vierges consacrées
à Dieu et les fit renoncer à leurs voeux pour embrasser
l'état du mariage. Notre Saint, qui avait acquis à
l'abstinence tant de veuves et de jeunes Romaines, ne put souffrir ce
séducteur. Il prit la plume contre lui, le combattit, le
réfuta, le confondit et fit voir si manifestement sa malice, sa
corruption et son erreur, qu'il le contraignit de se taire. Dans la
chaleur de la discussion, il semble quelquefois rabattre un peu trop le
mariage, qui est saint et honorable et le symbole de l'alliance de
Jésus-Christ avec son Eglise, selon la pure doctrine de
l'Apôtre des Nations, saint Paul; mais ce n'est que par
comparaison à l'état bienheureux de la
virginité, qui rend les âmes Chrétiennes qui s'y
vouent les épouses chéries de Jésus-Christ
même.
La réputation de Jérôme, que sa sainteté et
sa doctrine mettaient toujours au-dessus des persécutions
de ses adversaires, obligea Alype, disciple de saint Augustin,
dans un voyage qu'il fit à Jérusalem, l'an 393, de lui
rendre visite dans son monastère. Il lui parla si
avantageusement des qualités du même saint Augustin, son
maître, qui n'était encore que prêtre, que notre
Saint résolut, dès lors, de lier et d'entretenir une
étroite correspondance avec lui. Il lui écrivit donc une
lettre, que nous n'avons pas, pour l'avertir de lire avec
précaution la traduction donnée par Ruffin des lettres
attribuées à Origène (*), à cause des
erreurs qui y étaient contenues. Saint Augustin eut une joie
extrême de l'affection qu'il lui témoignait, et ne
désirait rien plus que de pouvoir demeurer auprès de lui,
pour puiser dans cette mer d'érudition dont il savait qu'il
était rempli. Il lui écrivit 3 lettres, l'une par
Profuture, la 2ième par Paul, la 3ième par le diacre
Cyprien, qu'il envoya exprès d'Afrique en Palestine,
étant déjà évêque. Dans ces lettres,
il le prie de traduire en latin les auteurs grecs qui avaient fait
des commentaires sur l'Ecriture sainte; il lui témoigne le peu
de satisfaction qu'il a de sa version de l'Ancien Testament de
l'hébreu en latin, parce que l'on s'était
accoutumé dans les Eglises Chrétiennes à la
version des "Septante", qui était bien différente de la
sienne; il lui demande quel titre il faut donner à son livre des
"Ecrivains ecclésiastiques", parce que les copies qui
couraient en Afrique étaient sans titre; enfin il prend la
liberté de le reprendre de l'interprétation qu'il avait
donnée au second chapitre de l'Epitre de saint Paul aux Galates,
où il est parlé de la correction publique que cet
Apôtre fit à saint Pierre, sur ce qu'en judaïsant, il
faisait croire aux Gentils qui avaient embrassé le
Christianisme, qu'ils étaient eux-mêmes
obligés d'observer les cérémonies de la Loi.
La première de ces lettres, qui précéda les autres
de beaucoup de temps, ne fut point portée à notre Saint,
parce que Profuture, qui en était chargé, ne put faire le
voyage d'Orient, ayant été élu
évêque, et étant mort peu de temps après son
élection. Mais quelques malintentionnés, qui la
trouvèrent parmi ses papiers, la publièrent, et elle
parcourut l'Afrique, l'Italie et les Gaules avant que saint
Jérôme en eut connaissance. Ce ne fut que Sisinnius,
diacre de saint Exupère, évêque de Toulouse, qui,
après 12 ans, lui en donna une copie. Il y répondit, et
en même temps aux 2 autres, par une lettre qui est la
11ième entre celles de saint Augustin, et qui commence par ces
mots: "Tres simul epistolas, imo libelles breves"; il lui montre
l'utilité admirable de sa version de l'Ancien Testament,
à cause des différences de celles des Septante et des
changements que les Juifs y avaient faits. Il lui déclare quel
est le titre de son livre des "Ecrivains ecclésiastiques", que
la matière dont il traite déclarait assez
d'elle-même, il s'étend fort au long sur le
différend de saint Pierre et de saint Paul qu'il prétend
n'avoir été que dispensatoire, et par un mutuel accord
entre eux, pour le bien spirituel des Juifs et des Gentils. Cette
réponse donna sujet à saint Augustin de traiter la
matière plus à fond; et nous avons dit, dans la vie de
ces grands apôtres, ce qu'il en faut penser. Depuis ces 2 grandes
lumières du 5ième siècle s'écrivirent
encore d'autres lettres, les unes de doctrine, les autres seulement
d'amitié et de civilité, surtout saint Augustin, qui
était beaucoup plus jeune que saint Jérôme, et qui
le regardait comme son père et comme un Docteur
déjà consommé, lui envoya quelques-uns de ses
traités, afin qu'il les examinât et les corrigeât
selon qu'il le jugerait à propos. Il le consulta aussi sur
plusieurs difficultés importantes de la théologie, et
particulièrement touchant l'origine des âmes. Enfin, tout
ce que nous avons à regretter, dans le commerce de ces 2
saints hommes, c'est que, étant extrêmement
éloignés et n'ayant pas la commodité des
messagers, ils ne purent pas conférer si facilement ensemble que
les grands sujets qu'ils avaient à examiner le demandaient. Paul
Orose, prêtre espagnol; fut le dernier messager que saint
Augustin employa pour un si saint commerce; et ce saint homme fut
très-bien payé de son message, puisque, ayant eu le
bonheur d'entretenir saint Jérôme peu de temps avant sa
mort, il en tira de grandes lumières, dont l'Eglise a
profité par les beaux écrits qu'il a depuis donnés
au public.
Saint Augustin ne fut pas le seul qui le consulta et qui eut de la
considération pour lui. Nous avons déjà dit
que Sulpice Sévère demeura 6 mois avec lui; et il
était si charmé de sa sainteté, qu'il y fût
demeuré toute sa vie, si cela eût été en son
pouvoir. Hébide et Algase lui envoyèrent, des
extrémités des Gaules, Apodème, pour savoir son
sentiment sur des questions extraordinaires. Sunie et Frettelle lui
députèrent des personnes de confiance, pour
apprendre de lui les différentes versions des Psaumes.
Pammachius, Océanus et quantité d'autres, lui
écrivaient sans cesse de Rome, pour avoir la solution des
difficultés qui naissaient entre les catholiques et les
objections que faisaient les hérétiques contre la Foi
Orthodoxe. En un mot, tant de savants de tous les endroits de
l'Occident avaient recours à lui qu'il avoue, en écrivant
à saint Paulin, qu'il lui était impossible de satisfaire
à tout ce monde. Ce qui est admirable en ceci, n'est que,
étant obligé d'écrire à un si grand nombre
de personnes différentes, au Pape de Rome, à des
évêques, à des prêtres, à des
religieux, à des clercs, à des seigneurs, à
des vierges, à des femmes mariées et à des veuves,
il proportionne tellement son style à toutes ces conditions,
qu'il répond à chacun selon la portée de son
esprit, et donne des avis et des instructions conformes à
l'état de chaque particulier.
Vers l'an 406, il écrivit contre Vigilance, que, par ironie, il
nommait Dormitance. Cet hérétique était espagnol
de nation et recteur d'une église de Catalogne. Il cacha d'abord
si adroitement ses erreurs sous le masque de l'hypocrisie, que saint
Paulin de Nole, qui avait été ordonné prêtre
à Barcelone, écrivit en sa faveur à saint
Jérôme, et le lui recommanda comme un homme de grande
piété et qui était de ses amis. Mais lorsque saint
Jérôme eut vu, à Jérusalem, Vigilance et
observé sa conduite, il lui retira en grande partie son estime.
A peine Vigilance fut-il de retour dans les Gaules, qu'il
commença à y semer ses erreurs. Il enseignait qu'on ne
devait rendre aucun honneur aux reliques des saints Martyrs, et
appelait cendriers et idolâtres ceux qui les
révéraient; que tous les miracles que l'on disait se
faire à leurs tombeaux étaient des illusions du
démon; qu'il fallait fuir les catholiques qui entraient dans les
basiliques dédiées en leur honneur, comme des personnes
souillées d'idolâtrie, et que n'était une folie
d'allumer dans l'église des lampes et des cierges durant le
jour. Il condamnait aussi toutes les veilles qui s'y faisaient par les
fidèles, selon l'ancienne coutume, et défendait de faire
des aumônes aux lieux saints. Il préférait ceux qui
donnaient peu à peu leurs biens aux pauvres, à ceux
qui les leur donnaient tout à la fois. Il renouvelait encore les
erreurs de Jovinien contre le célibat et la virginité et
ajoutait d'autres opinions extravagantes à ses
impiétés. Saint Jérôme apprit tous ces
blasphèmes par les lettres de Ripaire et de Didier,
prêtres gaulois, qui lui furent apportées par le religieux
Sisinnius, que saint Exupère, évêque de Toulouse,
envoyait en Orient pour assister les moines d'Egypte, qu'une grande
famine avait réduits à la dernière
nécessité. Il se servit de la même voie pour faire
tenir à ce prélat l'écrit qu'il compose en une
nuit contre Vigilance, où il le traite de la façon que
ses extravagances et ses impiétés méritaient. Il y
déplore le malheur des Gaules, qui, n'ayant point encore
porté de monstres, avaient enfin produit celui-ci (la Catalogne
était alors une partie des Gaules); et ce petit ouvrage
réfuta si puissamment les dogmes de cette nouvelle secte,
qu'elle fut aussitôt éteinte et ensevelie dans
l'oubli. On peut tirer de là un fort argument contre les
Luthériens et les Calvinistes, qui ont renouvelé les
erreurs de cet hérésiarque, et leur montrer que l'Eglise
des premiers siècles avait des sentiments bien opposés
aux leurs (**), puisqu'elle regardait comme des blasphèmes les
propositions de Vigilance, qu'ils n'ont point fait
difficulté de ressusciter et d'enseigner au peuple, avec
d'autres qui ne sont pas moins contraires à la foi des anciens
Pères.
En écrivant sur le prophète Daniel, il avait
prédit la ruine de l'empire romain, et ses ennemis avaient pris
sujet de cette prédiction pour le mépriser et
décrier ses ouvrages. Mais l'événement fit voir
qu'elle était véritable, et que le Saint-Esprit en
était l'auteur : car, l'an 410, Alaric, roi des Goths,
assiégea Rome et la prit, et, par le pillage qu'il en accorda
aux soldats, il réduisit une infinité de familles de
cette grande ville à une extrême misère. Quand le
récit de ces catastrophes arriva à Jérôrne,
percé jusqu'au fond de l'âme, il laissa exhaler sa douleur
en cris éloquents; on eût dit le vieux
Jérémie faisant de nouveau entendre ses lamentations sur
ces ruines nouvelles : "La voilà donc éteinte la
lumière du monde, la voilà coupée la tête de
l'empire romain; dans la chute d'une seule ville, l'univers tout entier
s'écroule !..." Et, pour se représenter ce grand
désastre, il empruntait des images tantôt aux
Prophètes "Moab a été prise la nuit; c'est la nuit
que son rempart est tombé !" et tantôt aux souvenirs
profanes du sac de Troie "Qui racontera les malheurs de cette nuit
cruelle? Qui égalera les lamentations aux calamités ?
Elle est renversée l'antique cité dominatrice des
peuples..". Et ailleurs; car il est obsédé de cette image
: "Est-ce croyable? cette Rome, enrichie des dépouilles du
monde, cette fière souveraine des nations, elle est
tombée, elle est devenue le sépulcre de son peuple, et la
voilà maintenant qui couvre de ses fils fugitifs ou esclaves
tous les rivages de l'Orient, de l'Egypte et de l'Afrique!"
Et, en effet, bientôt Jérôme vit arriver à
Bethléem des troupes d'exilés; c'était un
spectacle lamentable. Des patriciens, des consulaires, de nobles
matrones, des veuves, des vierges, des hommes qui auparavant ne
connaissaient même pas leur immense fortune, fuyant aux
extrémités du monde le fer des barbares et la ruine de
leur patrie, venaient, dans le dernier degré du
dénûment, demander un asile aux monastères de
Paule. Beaucoup d'entre eux peut-être avaient jadis
blâmé son départ pour l'Orient. Ils ne savaient pas
qu'elle allait leur préparer à eux-mêmes sous ce
ciel lointain un asile pour le jour des grands malheurs. Ainsi
quelquefois la Providence se plaît à justifier ses Saints.
Jérôme laissa tout pour recueillir ces débris du
naufrage de Rome; il recevait les prêtres dans son
monastère; Eustochie, les vierges et les veuves dans le
sien. L'hospice était encombré. Jérôme
se multipliait pour subvenir à tant de misères. Mais
comment les soulager toutes? "Bethléem", écrivait-il,
"voit tous les jours mendier à ses portes les plus illustres
personnages de Rome. Hélas ! nous ne pouvons leur donner
à tous des secours; nous leur donnons au moins nos larmes,
nous pleurons ensemble".
L'an 445, il publia ses "Dialogues contre Pélage", dont il avait
déjà combattu la doctrine; mais cet
hérésiarque avait été absous dans la
Concile de Diospolis, à la suite de l'abjuration simulée
qu'il avait faite des erreurs dont il était accusé,
trompant par ses subtilités et ses réponses
équivoques les évêques assemblés,
Jérôme le combattit de nouveau dans 3 dialogues entre
Critobule et Attique. Il n'y voulut pas nommer cet imposteur, par
respect pour le Synode qui l'avait jugé orthodoxe; mais sous le
nom de Critobule, il lui fait déclarer le venin de son
hérésie qu'il avait cachée sous de belles
apparences aux Pères du Concile. Pélage en fut
extrêmement irrité et publia partout que l'envie et la
jalousie les avaient fait composer à ce grand Docteur; il
poussa même son ressentiment si loin, qu'il résolut de
s'en venger contre lui. En effet, beaucoup de saintes femmes, qui
vivaient sous la conduite de ce Saint, reçurent une mort
cruelle par une troupe de brigands qui étaient du parti de
l'hérésiarque; un diacre fut enveloppé dans le
massacre, et Jérôme n'évita leur rage que par
miracle, tandis que l'on brûlait les monastères qu'il
gouvernait. Enfin, Pélage, étant animé de l'esprit
de l'hérésie qui est toujours impitoyable, n'oublia rien
pour contenter sa vengeance. Baronius, sur l'année 416, dit
que Jean de Jérusalem, qui aimait autant Pélage qu'il
haïssait saint Jérôme, fut soupçonné
d'avoir donné occasion à ces cruautés; car,
dès le Synode de Diospolis, il avait montré
ouvertement qu'il favorisait l'hérétique contre ses
accusateurs; aussi, le pape de Rome de l'époque, Innocent,
à qui Eustochie et la jeune Paule, fille de Léta et
petite-fille de la grande sainte Paule, firent leurs plaintes et
envoyèrent la relation de ce qui s'était passé,
écrivit à cet évêque d'une façon qui
témoignait bien qu'il le soupçonnait d'y avoir
connivé: "Votre piété", lui dit-il,
"n'est-elle point touchée des excès de cruauté que
le démon a exercés contre vous et contre les
vôtres? Contre vous, dis-je, car n'est-ce pas votre condamnation
et la honte de votre dignité sacerdotale, qu'une si grande
méchanceté se soit commise dans votre diocèse?
Où a paru votre prévoyance pour l'empêcher?
où sont vos consolations et vos assistances quand le mal a paru?
et ce qui est lamentable, c'est que les personnes qui m'ont averti de
ces excès, disent qu'elles craignent encore plus de maux
qu'elles n'en ont enduré".
Ce saint Pape romain écrivait, au contraire, à saint
Jérôme pour le louer de sa constance et de sa foi et le
consoler de cette persécution, lui offrant, d'ailleurs, de
peser de tout son poids pour faire cesser l'insolence de ses ennemis.
Mais comme son extrême modestie à se plaindre des
outrages qu'on lui avait faits, l'avait empêché de
les lui nommer, il lui dit qu'il ne pouvait faire autre chose pour les
arrêter et les prévenir, que d'écrire à
l'évêque de Jérusalem, pour lui conseiller qu'il
veillât avec plus de circonspection sur ce qui se passerait
à l'avenir en son endroit.
Cependant ni ce grand concours de personnes qui le consultaient de
toutes les parties de la terre, ni sa diligence admirable à
combattre les hérétiques, dès qu'il les
découvrait, ou à faire des apologies contre ses
adversaires, ni son assiduité sans relâche à
gouverner des monastères, ni son application continuelle
à diriger, par lettre ou de vive voix, les âmes qui
avaient confiance en lui, ni sa charité laborieuse à
rendre l'hospitalité aux pélerins qui visitaient les
saints lieux, ni enfin les persécutions de ses ennemis;
tout cela, disons-nous, ne l'empêchait point de s'occuper, jour
et nuit, à méditer la Loi de son Seigneur, à lire,
à expliquer et à traduire les livres sacrés de
l'Ecriture sainte. Nous avons déjà parlé de ses
traductions; mais, comme c'est le caractère singulier de ce
grand Docteur d'avoir employé sa plume pour donner à son
Eglise une traduction unifiée de la Bible, nous
rapporterons ici, avant de finir notre histoire, tout ce qu'il a
fait pour cela, afin que les Chrétiens puissent connaître
combien ils sont redevables à ses travaux.
Il se trouvait de son temps une infinité de versions latines de
l'Ancien Testament, tirées des versions grecques des "Septante",
et presque autant du Nouveau; on peut dire même qu'il n'y en
avait pas moins que de volumes, parce qu'ils étaient tous
différents les uns des autres; il fallait pour ainsi dire
réduire toutes ces versions à l'unité, afin de
purifier la source des vérités divines qui doivent se
répandre dans les âmes des fidèles. Saint
Jérôme fut choisi de Dieu entre les autres par une
conduite merveilleuse de sa Providence, pour travailler à ce
grand ouvrage si désiré de l'Eglise Romaine et si
important pour les Chrétiens de langue ou de culture latine.
Pour cet effet, Il le fit naître avec une inclination
ardente à apprendre les langues orientales, savoir : la grecque,
la syriaque et l'hébraïque. Ensuite Il lui inspira le
désir de voyager en divers pays, afin que, se faisant le
disciple des plus grands hommes de son siècle, qui
étaient versés dans l'étude des Ecritures, il
apprît d'eux les secrets nécessaires pour exécuter
ce dessein. Il lui donna aussi un courage infatigable à copier
les livres propres à cette entreprise. Et enfin, pour le mettre
en état d'y réussir heureusement, Il l'appela à
une vie retirée et pénitente, imprima dans son âme
les sentiments d'une très-profonde humilité, et lui donna
un généreux mépris pour les richesses, dont le
soin n'aurait fait que le distraire; une espèce d'horreur pour
toutes les grandeurs de la terre, dont l'éclat n'aurait
servi qu'à obscurcir les Lumières divines
incréées et celles de son bel esprit; une forte aversion
pour les grands emplois qui lui auraient dérobé les
plus précieux moments de son temps, et enfin une continuelle
défiance de lui-même, qui l'obligeait de demander
l'éclaircissement, non-seulement des choses dont il doutait,
mais aussi de celles qu'il croyait savoir parfaitement.
C'est ainsi que Jérôme, consommé dans les sciences
humaines et dans l'intelligence de la langue sainte, fortifié de
l'esprit de Dieu et animé du zèle de sa gloire et du bien
de son Eglise, entreprit ce que personne avant lui n'avait osé
tenter, car il fit 2 traductions de l'Ancien Testament, l'une du grec
en latin, suivant une version des "Septante", et l'autre de
l'hébreu aussi en latin. Pour les Psaumes, non-seulement il les
traduisit aussi bien que les autres livres, mais encore il corrigea 2
fois l'ancienne édition latine, qui était en usage de son
temps et qui avait été tirée de la version grecque
commune. Il revit et corrigea, avec exactitude, à la demande de
l'évêque et pape de Rome, saint Damase, le Nouveau
Testament qui, par la négligence de certains copistes et la
multitude des anciens manuscrits existants, était alors rempli
de fautes et d'erreurs, et cette traduction de l'Ecriture sainte fut
trouvée si accomplie qu'elle fut reçue par l'Eglise de
Rome et d'autres Eglises en Occident, celle de Rome l'ayant
décrètée pour elle-même comme "authentique"
(***); de sorte qu'elle y sert encore aujourd'hui à confirmer
les points de la foi. Les prédicateurs et les théologiens
romains la citent dans les chaires et dans les écoles [ ce texte
est du 19ième siècle ], et les Pères des Conciles
romains l'emploient pour définir les controverses dans les
matières de la Foi.
Ce qui était admirable en ce grand homme, c'était la
facilité et la promptitude avec lesquelles il produisait
ses ouvrages. On aurait peine à le croire si lui-même ne
l'avait écrit; car en 3 jours il traduisit les livres de
Salomon, et en un seul il mit en latin le livre de Tobie, qui
était auparavant en langue chaldaïque. En 15 jours il dicta
des commentaires sur saint Matthieu, à l'instance
d'Eusèbe de Crémone, son disciple, qui, étant
pressé de retourner en Italie, voulut emporter avec lui ce
précieux travail de son maître. Nous avons dit qu'il ne
mit qu'une nuit à composer le docte traité qu'il publia
contre les erreurs de Vigilance, parce que Sisinnius, qui devait en
être le porteur à saint Exupère de Toulouse,
étant pressé de partir, ne lui donna pas plus de temps.
Ce qui marque encore la vivacité de son esprit, c'est qu'il
avait quelquefois 6 écrivains auxquels il dictait sur-le-champ
diverses matières avec autant de netteté que s'il
n'eût été occupé que d'un seul sujet. Mais
ce qui est encore plus étonnant, dans ses études, c'est
que, dès sa jeunesse, il commença à être
attaqué de grandes maladies, qui le firent vieillir avant le
temps et le mirent dans un tel état, qu'il demeura 14 ans sans
pouvoir se servir de sa main pour écrire, ni de ses yeux pour
lire la nuit les livres hébreux, et qu'il ne les lisait
même de jour qu'avec beaucoup de peine. Pour les livres grecs, il
se les faisait lire par d'autres, parce que la faiblesse de sa vue ne
lui permettait plus de les lire lui-même. Toutefois, nonobstant
ses sérieuses occupations et son grand âge, il ne
dédaignait pas de s'abaisser jusqu'à enseigner les petits
enfants, afin de former Jésus-Christ dans leurs coeurs et d'y
jeter les premières semences de la vertu, ainsi que nous pouvons
l'inférer de son épître 7, à une femme
romaine, appelée Léta, laquelle avait
épousé Toxoce, l'un des fils de la grande sainte Paule :
il la prie de lui envoyer sa petite fille, afin qu'il puisse lui
apprendre à servir Dieu et à imiter la
piété de sa grand'mère, dont elle portait le nom.
Telle fut la vie de ce très-grand Docteur, jusqu'à ce
que, consumé par le nombre de ses années et
épuisé de pénitence et de travail, il fut saisi
d'une fièvre qui l'obligea de se mettre au lit. Comme il
s'était toujours conservé dans une grande vigueur
d'esprit, il l'employa alors tout entière à se
préparer à la mort par une humble contrition de coeur et
par des transports amoureux vers Jésus-Christ. Enfin, en
présence des moines et des vierges auxquels il recommanda la
pratique de l'humilité, de la patience, de la charité et
des autres vertus Chrétiennes dont il les avait si souvent
entretenus, il envoya paisiblement son âme au Ciel pour y
recevoir la récompense qu'il avait méritée
par ses immenses travaux. Ce fut le 30 septembre de l'année 420,
qui était, selon Baronius, la 81ième de son âge,
quoique d'autres le fassent beaucoup plus vieux, mais avec peu de
vraisemblance. Son corps fut enterré dans la grotte de
Bethléem qu'il avait si souvent arrosée de ses larmes;
mais, depuis, il a été transporté à Rome
dans l'église de Sainte-Marie-Majeure, et mis auprès de
la chapelle où se conserve la sainte Crèche [ !! ], dans
laquelle le Sauveur du monde fut couché à sa naissance.
On représente saint Jérôme :
1) près de mourir, soutenu dans les bras de quelques disciples,
s'affaissant sous un corps épuisé par la pénitence
et par les années; mais le regard est plein de flamme encore, et
l'âme, par un suprême effort, soulève ce corps
défaillant, comme pour s'élancer vers Dieu;
2) faisant voile pour la Terre Sainte ;
3) disputant contre les Pélagiens
4) expliquant l'Ecriture à sainte Paule et à sa fille;
5) étudiant les livres hébraïques;
6) dans le désert;
7) tenté dans son désert et soutenu par un Ange;
8) méditant les saintes Ecritures;
9) bénissant un lion dans le désert; et
10) mourant : le Saint tient un livre, et les Anges reçoivent son âme.

Maestro del Parnal, huile sur toile, 15ième siècle,
archivo Oronoz, Madrid : "saint Jérôme dans
l'écritoire".
ÉCRITS DE SAINT JÉROME.
Nous parleront des ouvrages de saint Jérôme suivant
l'ordre qu'ils tiennent dans l'édition de ce Père par les
Bénédictins.
Le tome 1 contient la Bibliothèque sacrée,
c'est-à-dire tous les livres de l'Ecriture que saint
Jérôme traduisit en latin d'après le grec et/ou
l'hébreu.
Le tome 2 contient : 1) Le livre "Des noms hébreux". Le saint
docteur y explique les étymologies des noms propres qui se
rencontrent dans l'Ancien et le Nouveau Testament; viennent
ensuite quelques fragments grecs du même livre, traduit en
latin ;
2) le dictionnaire "Des lieux hébreux", ou géographie
sacrée pour l'intelligence de l'Ecriture. Le fond de l'ouvrage
est d'Eusèbe de Césarée ; mais saint
Jérôme se l'appropria, pour ainsi dire, en le
perfectionnant;
3) le livre des "Questions hébraïques sur la
Genèse". On y trouve les sentiments de quelques Juifs et de
plusieurs interprètes, tant grecs que latins, sur divers
endroits de ce livre de l'Ecriture ;
4) 16 Lettres sur quelques endroits difficiles de l'Ancien Testament ;
5) le "Commentaire sur l'Ecclésiastique", vers l'an 388 ;
6) "traduction des 2 Homélies d'Origène sur le Cantique
des Cantiques", vers l'an 383. Cette traduction fut faite à la
prière du pape de Rome saint Damase, auquel elle fut
dédiée;
7) suivent plusieurs ouvrages attribués à saint Jérôme, qui ont aussi l'Ecriture sainte pour objet.
Le tome 3 renferme les "Commentaires" du saint Docteur sur les
Prophètes, qui furent écrits en différents temps.
Le tome 4 renferme : 1) Le "Commentaire sur l'évangile de saint Matthieu", vers l'an 398;
2) plusieurs "Lettres" où le saint docteur explique quelques difticultés relatives au Nouveau Testament;
3) "Commentaires" sur les épîtres de saint Paul aux
Galates, aux Ephésiens, à Tite, et à
Philémon.
La seconde partie du tome 4 contient les "Lettres" de saint
Jérôme, qui sont divisées en plusieurs classes, et
dont plusieurs sont de véritables traités, ainsi que ses
ouvrages ascétiques et polémiques. Nous nous contenterons
d'indiquer les principaux
1) Les Vies de saint Paul, ermite, de saint Hilarion et de saint Marc;
2) le "Catalogue des écrivains illustres", écrit en 392,
et divisé en 35 chapitres. Dans le dernier, saint
Jérôme parle de ses propres ouvrages; mais il n'est,
à l'en croire, qu'un avorton, et le dernier de tous les
Chrétiens ;
3) le "Livre contre Helvidius", qui soutenait que la Sainte Vierge,
après la naissance de Jésus-Christ, avait eu d'autres
enfants de saint Joseph, et qui en était venu jusqu'à
enseigner que la virginité valait moins que le mariage. Cet
ouvrage fut écrit vers l'an 384 ;
4) les 2 "Livres contre Jovinien", qui ont aussi pour objet la défense de la virginité, vers l'an 392;
5) "Apologie" du saint docteur touchant ses livres Contre Jovinien, vers l'an 393 ;
6) le "Livre contre Vigilance";
7) dialogue "contre les Lucifériens";
8) ouvrages de saint Jérôme "contre Ruffin";
9) les "Dialogues contre les Pélagiens".
Dans le tome 5, on a mis les ouvrages attribués à saint
Jérôme et un recueil de pièces qui ont rapport
à l'histoire de ce saint docteur.
Le style de saint Jérôme, dans ses commentaires sur
l'Ecriture, est pur, simple et clair, mais accompagné d'une
certaine sécheresse. Il croyait que la dignité des divins
oracles se suffisait à elle-même. Il n'en est pas ainsi de
ses autres ouvrages; le Saint s'efforçait de donner à son
style toute la politesse dont il était capable. Ses
pensées sont nobles, ainsi que ses expressions. On remarque
dans son discours une variété de tours aussi
agréable que surprenante ; il sait employer les figures avec
beaucoup d'art, et il n'est pas moins heureux dans l'usage qu'il fait
des subtilités de la logique. Il amène avec goût
les pires les plus beaux traits des philosophes et des auteurs
classiques, et il possède le talent d'embellir ses ouvrages de
ce qu'il y a de plus heureux dans les arts et dans les sciences.
L'assortiment de toutes ces parties est si parfait, que chacune parait
être à sa place; et l'on peut comparer son discours
à ces ouvrages de marquetterie, où toutes les
pièces sont si artistement unies ensemble, qu'elles paraissent
faites l'une pour l'autre. Il faut cependant convenir que cette
manière d'écrire annonce quelquefois un peu trop
d'affectation. Le judicieux Fénelon dit aussi que le style de
saint Jérôme n'est pas toujours selon les règles;
mais il ajoute en même temps que quelques fautes dans lesquelles
il est tombé ne doivent pas empêcher qu'on ne le
préfère pour l'éloquence à ceux qui
tiennent une place distinguée parmi les orateurs.
Outre les ouvrages que nous avons de lui, il en composa encore
plusieurs autres qui ne sont pas venuse jusqu'à nous, et dont la
perte est inestimable. Cassiodore les avait tous dans sa
bibliothèque, savoir un "livre des Hérésies",
dont parle saint Augustin d'Hippone, témoignant de la douleur de
ne l'avoir pu trouver; un traité "de la Résurrection",
qu'Orose rapporta en Occident, et qui était adressé
à Océanus; 30 "homélies sur l'Evangile de saint
Luc"; 28 traduites du grec d'Origène; 7 "traités sur les
Psaumes"; un volume "sur les 4 Evangélistes"; une "exposition
sur le Jugement de Salomon", "sur l'Apocalypse" et une "Epitre"
adressée à Louas, où il éclaircissait
beaucoup de questions difficiles. Il est bon, en parlant des oeuvres de
ce grand Saint, d'avertir ici le lecteur que, parmi celles qui sont
imprimées sous son nom, il s'en est glissé plusieurs qui
ne sont pas de lui : les plus dangereuses sont les "Commentaires sur
les Epitres de saint Paul" dont Pélage est l'auteur.
D. Martianay, bénédictin de la congrégation de
Saint-Maur, a donné à Paris une édition des
Oeuvres de saint Jérôme en 5 volumes in-folio, dont le
premier parut en 1693, et le dernier en 1706. Le "Livre des noms
hébreux" et les autres ouvrages critiques du saint docteur
avaient été jusque-là horriblement
défigurés, même dans les éditions d'Erasme
et de Marianus Victorius. Cave et d'autres savants ont donné de
grands éloges au travail de D. Martianay, quoiqu'il n'ait pas le
degré de perfection qu'il pourrait avoir. Ce religieux y montre,
à la vérité, plus de jugement et
d'érudition que dans quelques-uns de ses traités; mais il
s'en faut de beaucoup qu'on puisse le comparer aux Mabillon et aux
Constant. Il a laissé encore un grand nombre de fautes dans le
texte de saint Jérôme, et ses notes ne sont pas toujours
exactes. L'ordre qu'il a suivi dans l'arrangement des lettres du saint
docteur y jette une telle confusion, qu'on ne sait comment s'y prendre
pour les trouver ou les citer. Il n'a point donné la chrlnique
de saint Jérôme, non plus que le martyrologe qui lui est
attribué dans quelques anciens manuscrits, quoique ce
Père n'ait fait que le traduire en latin, comme nous l'apprenons
de Bède et de Walfrid Strabou. Ce martyrologe a
été publié par D. Luc d'Achéry, Spicil.,
t.4.
Martianay mit une "vie de saint Jérôme" dans le
5ième tome des Oeuvres de ce Père; mais il la redonna en
français, avec des additions, en 1706. Il y défend le
saint docteur contre Baillet, qui, en partant de lui, emploie des
expressions fort dures, et encore quelques autres critiques qui n'ont
point assez mesuré les termes dont ils se servaient. Barbayrac a
aussi maltraité saint Jérôme, et l'a
calomnié, en lui imputant une doctrine qu'il n'enseignait point;
mais il a été solidement réfuté par D.
Ceillier, Apologie des Pères, p. 308-384.
Vallarsi, oratorien d'Italie, donna à Vérone, en 1738,
une nouvelle édition des Oeuvres de saint Jérôme,
en 10 vol. in-folio, avec une "vie" de ce Père et des notes fort
utiles. Il fut aidé dans ce travail par plusieurs savants, et
notamment par le marquis Scipion Mafféi; mais on lui a
reproché, comme à Erasme et à quelques autres
critiques, d'avoir corrigé le texte de son auteur d'après
ses propres conjectures, et sans l'autorité des manuscrits, ce
qui diminue beaucoup l'utilité de son entreprise. En 1766-72
parut à Vérone une nouvelle édition des Oeuvres de
saint Jérôme par MM. Vallarsi et Mafféi. M. Migne
l'a reproduite dans sa Patrologie latine, du tome 12 au tome 30.
Les "Epitres choisies" ont été publiées en 1845,
à Lyon, d'après l'édition de Canisius et de
Martianay, un volume in-8'; à Milan, en 1833, in-8° ;
à Paris, chez Lecoffre, en 1885, un volume in-8° et un
volume in-12. La "Lettre à Népotien", avec des notes de
Catalan, parut en 1781, un volume in-8°. Quelques lettres ont paru
dans la petite "Bibliothèque des Pères latins",
publiée à Rome, en 1939, par le père Ventura. Les
commentaires de saint Jérôme "sur l'Evangile de saint
Matthieu" se trouvent dans les classiques Chretiens de M. Gaume, en 2
volumes, in-12. MM. Colombet et Grègoire ont traduit en
français les oeuvres choisies de saint Jérôme, avec
notes et commentaires. Le texte latin est en regard. La traduction est
suivie de dissertations sur divers sujets d'archéologie
Chrétienne, par M. l'abbé Greppo, vicaire
général du diocèse romain de Belley, Lyon,
Périsse, 10 vol. in-8'. Les "Lettres choisies" se trouvent aussi
dans les "Chefs-d'oeuvre des Pères", avec traduction par M.
l'abbé Orsini et M. X. et texte en regard, 11ième volume
de la collection. La "Bibliothèque choisie des Pères",
tome 20, contient un assez grand nombre de morceaux traduits par
l'abbé Guillon. Plusieurs ouvrages du Saint se trouvent traduits
en français dans la "Bibliothèque à l'usage des
Dames Chrétiennes". Le "Panthéon littéraire"
contient les oeuvres de saint Jérôme, traduites en
français par Mantongues, sous la direction de m.
Aimé Martin, Paris, Aug. Desvez, 1838, grand in-8°.
Voir : Tillemont, Ceillier; les "Vies" du Saint, par Martianay et
Villarsi -- cf. le père Dolci, "Hieronymus vitae suae scriptor"
: c'est une vie du saint homme, extraite de ses écrits.
Commentaires personnels sur ce texte sur saint Jérôme :
(*) Dans le commentaire de l'hagiographe, il y a plusieurs
incohérences dues à l'anachronisme dont il est
hélas fort coutumier, je le constate quasiment jour après
jour.
Nul ne saurait se voir reprocher une "hérésie" pour une
subtilité de doctrine qui n'a pas encore été
discernée, que ce soit positivement ou négativement. Je
sais que cette évidence n'étant pas acceptée par
les Grecs (c'est ce que j'ai appris chez eux et par eux), ils sont donc
obligés de jouer aux contorsionistes, vu que chaque auteur,
absolument chaque auteur, tôt ou tard, quand il parle de Dieu,
finit par se tromper. C'est inévitable! Nul n'est parfait ici
bas, sinon il fait de Dieu un menteur (cfr 1 Jean). Aussi nos amis
Grecs n'ayant pas compris (ou plutôt refusant) le
développement dogmatique, ils sont forçés de faire
semblant de rien face à tel ou tel point de doctrine
édicté par tel Père ou telle Mère de
l'Eglise.. Il est cocasse, vraiment, de constater que ce
problème d'anachronisme dû à un oubli de
l'état de la science théologique à l'époque
d'Origène fait que l'hagiographe ci-dessus, "ultra romain" s'il
en est (bras droit de Pie 9..), tombe dans le même travers.. Qui
se ressemble.. :-)
Origène a été condamné, certes, pour 15
erreurs qui lui sont attribuées. Parmi lesquelles certaines
n'ont jamais, jamais, pût être retrouvées dans les
écrits qu'on lui attribue - il aurait composé plus de
2.000 ouvrages sur toute sa carrière, record absolu! mais de
divers niveaux bien entendu, et tous, strictement tous, avant que les
grands Conciles ne soient réunis et qu'on y puisse
établir, sous la guidance du Saint-Esprit (et non pas
d'humains..), ce qui était définissable et
compréhensible dans la Révélation.. Origène
condamné dans un Concile "oecuménique"... qui ne l'a
jamais entendu, et pour cause : il était mort 3 siècles
auparavant! Apparement, les Pères de ce Concile n'avaient jamais
lu dans l'Evangile la réflexion du saint homme "notre Loi
condamne-t'elle quelqu'un sans l'avoir d'abord entendu?"... Et comme
par hasard, mais en est-ce vraiment un, le Concile en question
était essentiellement composé de "Grecs" - voyez les
souscriptions. Grecs qui ont donc condamné un Egyptien.. absent
et mort depuis longtemps.. sur base de la traduction d'ouvrages
réalisés par Ruffin, et non pas sur base d'originaux dont
beaucoup avaient d'ores et déjà disparus.. et sur base
d'allégations qu'on a vues être parfois tout à fait
fantaisistes ("les corps au Ciel sont sphériques"!). Et d'autres
erreurs qui sont en effet présentes dans ses ouvrages, mais pas
que chez lui, et pas que chez des "simples ploucs", loin s'en faut. Si
on va voir au chapitre 20 "de la Création de l'Homme" du grand
saint Grégoire de Nysse, on retrouve textuellement une des
erreurs condamnées, l'apocatastase. Grégoire en
était convaincu. Mais il était considéré
comme Grec. Donc lui, il n'a pas été condamné.
"Selon que vous serez riche et puissant.. ou Egyptien et mort.."
A l'époque de Jérôme, Origène n'a pas encore
été condamné "post mortem", et le simple fait de
voir Jérôme traduire et publier surtout des oeuvres du
grand docteur Alexandrin montre bien qu'il n'était pas dupe sur
ce qui était orthodoxe et ce qui était erreur par
défaut d'avancée théologique à
l'époque. Au contraire de Rufin, qui n'aura pas l'excuse.
(**) On pourrait en dire rigoureusement autant de l'Eglise de Rome dans
son état actuel au niveau dogmatique et ecclésiologique!
Il n'est qu'à comparer, tant c'est flagrant! Une poire ne pousse
pas sur une Vigne... et la Vigne, c'est le Seigneur Qui l'a
plantée.. tandis que la poire, c'est dans les vergers romains
qu'on la trouve par terre. Voyez les fruits, nous dit l'Evangile... qui
ne nous invite pas à suivre un homme parce qu'il se
prétendrait être ceci ou cela, avoir tel ou tel titre...
mais à suivre Dieu.
(***) La Vulgate contient pourtant elle aussi des erreurs importantes de
traduction dans le texte du Nouveau Testament qui ont un réel
impact sur la compréhension de la Foi reçue des saints
Apôtres et de leurs successeurs à la tête de chaque
Eglise.
En voici 2 ou 3 que j'ai apprises et / ou découvertes, et qui me
sont en mémoire - il y en aussi dans les Psaumes, et ce n'est
pas pour rien que cette version-là des Psaumes a mis beaucoup de
temps à s'imposer, et c'est un fait historique. Et il est
inévitable qu'il y en ait ailleurs, tout traducteur un peu
conscient et compétent (pas mon cas..) sachant parfaitement
qu'il est rigoureusement impossible de donner un texte né dans
une culture X totalement semblable dans une culture Y.
Comparez donc la Salutation de l'Ange Gabriel à la Mère
de Dieu (saint Luc), où la version latine semble sous-tendre une
sorte de prédestination en Marie, hérésie que le
texte grec contredit formellement. Texte grec qui bien qu'étant
une traduction de ce qui a été dit par les acteurs de
l'Histoire Sainte, qui parlaient hébreux ou araméen selon
la situation et le lieu, est ce qu'il nous reste de plus ancien. La
Vulgate, c'est 4 siècles plus tard. Le texte grec est clair :
Marie est héritière d'une tradition de sanctification par
l'ascèse personnelle, celle du "petit reste" du "clan
sacerdotal" auquel elle appartenait - cousine d'Elisabeth, qui
était épouse de prêtre, et on se mariait dans sa
tribu. Tradition qui aboutit en la Vierge Marie et y porte fruits
puisqu'elle y a éminement participé, et non pas
été bénéficiaire d'un "coup de baguette
magique".. (vous voyez de quoi je veux parler : Summa Theologica Pars
3a, Quaes. 27...)
On retrouve, par exemple, le même problème dans le
"Gloria" des Anges à la Nativité de Notre-Seigneur.
L'incidence n'est pas mince : le cantique tel qu'usité dans
l'Eglise romaine de nos jours contredit le texte
évangélique, ni plus ni moins : "Gloire à Dieu au
plus haut des Cieux, paix sur la terre, bienveillance parmi les Hommes"
(ou entre les hommes), ce n'est pas du tout la même chose que ce
que le texte latin et sa fade traduction française donnent
à comprendre.
Et que dire du "Pater", le si beau "Notre Père", avec
l'inflexion du "ne nos inducat" qui donnera le très
hérétique "ne nous soumet pas à la tentation"
horriblement en usage dans les Eglises en Occident,
hérésie que même les Eglises orientales qui y
utilisent (parfois..) le français ont reprise à leur
compte, blasphème sans nom que cette suggestion. Rejettée
par l'épitre de saint Jacques (Dieu ne tente personne, on s'en
serait douté). Et contredite formellement par le texte grec. Et
une "rétroversion" vers l'hébreux (abbé Carmignac)
ou l'araméen (l'érudit protestant Joachim
Jérémias) lèvent toute ambiguité.
Il est donc archi-faux, au sujet de la Vulgate, de parler de "texte
authentique" au sens historique et archéologique, puisque ce
n'est pas le texte d'origine, qui d'ailleurs n'existe pas au sens qu'on
donne à ce terme de nos jours; et il est faux de dire
"authentique" si on veut parler d'une "traduction conforme à
l'original", puisqu'aucune traduction n'est jamais conforme, mais
toujours interprétation. Et que de plus, la lecture du texte
grec canonique montre des divergences théologiques profondes en
certains endroits.
Saint Jérôme a fait oeuvre géniale, admirable, mais
de là à le diviniser et à frapper son travail du
cachet de "l'infaillibilité", maladie grave et récurente
de son Eglise, faut pas pousser. Allez lire ses lettres, souvent
très vivantes et vivaces, et vous constaterez que la
charité prêchée n'était pas fort de mise
quand l'interlocuteur ne lui plaisait pas, fut-ce saint Augustin
d'Hippone - comme je m'y retrouve! Comptez les "noms d'oiseaux" qu'il
adresse à Augustin, c'est assez "cocasse" de voir ce genre
"d'oublis" dans l'hagiographie, certes érudite, mais pleine de
"trous de mémoires", que je vous ai retapée ci-avant.
Bref, comme ses Lettres, la Vulgate n'est pas infaillible et le texte
latin n'est pas plus canonique que le français ou le Souabe ou
le Javanais.
Apprennons le syriaque ! 0=;^)=
JMD.
Textes à corriger plus tard :
SAINTE PAULE DE ROME, VEUVE, disciple de Saint Jérôme, fondatrice de monastères (+ 404)
p.540-563
Post-Schisme
Dans l'ancienne abbaye cistercienne de Viliers-en-Brabant
(Villarium), au diocèse de Namur, le bienheureux Guillaume
de Bruxelles, 11ième abbé de ce monastère et
confesseur. Il fut dans la suite abbé du Clairvaux et mourut en
Germanie, où il était allé défendre la
liberté de l'Eglise et où il fut jeté en prison
par ordre de l'empereur Frédéric. Vers 1236. -
==================================================
que les saints Anges du Seigneur veillent sur vous!
jean-michel