17 mars :

SAINT PATRICK - APÔTRE DE L'IRLANDE, ÉVÊQUE ET CONFESSEUR (+ 461)




17 mai 2004



Bel Office byzantin à saint Patrick, Apôtre de l'Irlande, en grec, par le protopsaltis Panagiotis Somalis :
http://membres.lycos.fr/stmaterne/psomalis/patrick.pdf   
Il est demandé à celles et ceux qui célèbreront cet Office de bien vouloir y commémorer pour Panagiotis les personnes suivantes :
a. son défunt père Michael, partit pour le Royaume Eternel le 21/2/2005
b. l'évêque de Telmessos, mgr Hristoforos, qui a été 8 ans évêque auxiliaire à Londres et son père spirituel durant leur séjour commun en Angleterre.


(icône que l'on peut commander au monastère de Pervijze )


I.    VIE. - 1° Naissance, captivité, préparation à l'apostolat.
Patrice est un personnage historique assurément, mais sur la vie duquel bien des points sont loin d'être fixés, par exemple la durée de sa vie - les uns donnent les dates de 389 à 461, d'autres 383 à 493 - le lieu de sa naissance - les uns le placent plus communément à Dumbarton sur l'estuaire de la Clyde en Écosse, d'autres cependant ont voulu le faire naître en Irlande, contrairement à ce qu'il a écrit lui-même dans sa "Confession"; d'autres en Gaule, soit à Tours, soit à Boulogne-sur-Mer; d'autres près de l'estuaire de la Severn en pays de Galles, au comté de Clamorgan (J. Bury).
Patrice (latin "Patricius"), "Cothrige", en Irlandais, "Suca" en breton, eut pour père le diacre Calpurnius, qualifié de décurion, et pour mère Concessa. On ne possède aucun renseignement authentique sur l'éducation de l'enfant : la légende a rattaché à son baptême divers prodiges, comme aussi à ses premières années passées sous la garde d'une nourrice d'un caractère peu agréable; une soeur de Patrice nommée Lupait était également sous la garde de cette femme.
Vers 404, des pirates irlandais pillèrent la ferme de Calpurnius sur les rives de la Grande-Bretagne et emmenèrent avec eux de nombreux captifs parmi lesquels le jeune Patrice âgé de seize ans. Celui-ci fut vendu à un maître qui lui confia le soin de ses troupeaux; on ignore dans quelle partie de l'île il fut transporté, car ici la "Confession" de Patrice est en contradiction avec les deux auteurs Tirechan et Muircho. D'après la légende, Patrice aurait été vendu à un certain Milchu, habitant le nord de l'île; il y convertit le fils et les deux filles de son maître et celui-ci content de ses services aurait voulu le marier pour l'attacher à sa maison mais Patrice fut bien étonné quand dans la femme qu'on lui proposait, il reconnut sa propre soeur, Lupait. D'après la "Confession", le jeune captif fut emmené dans l'ouest de l'île; les rigueurs de l'exil et de la servitude changèrent ses dispositions, il avait jusque-là négligé ses devoirs de chrétien, il vit dans son bannissement un châtiment céleste, son coeur alors se tourna vers Dieu et il s'efforça de mériter la liberté par une vie toujours plus sainte. Plus tard les jours de sa captivité lui apparaîtront comme les plus importants de sa vie. Il acquit durant ce temps la connaissance de la langue irlandaise qui devait lui être indispensable; il se familiarisa avec les moeurs et l'esprit du peuple qu'il devait évangéliser. Cette première captivité dura six longues années.
Au bout de ce temps, il parvint à s'enfuir, se dirigea vers l'Ouest jusqu'à un port qu'il ne connaissait point. Quand il arriva, un bateau marchand allait partir; mais, lisons-nous dans la "Confession", les marchands refusèrent d'embarquer Patrice qui s'en retourna tout triste vers la cabane où il s'était logé d'aventure. Comme il priait en chemin, il entendit un matelot qui le rappelait espérant que ces païens viendraient à la foi de Jésus-Christ, il consentit à s'embarquer avec eux. On ne peut savoir si le pays où ils abordèrent était la Grande-Bretagne, comme le prétend Muirchu, ou la Gaule suivant l'opinion de Bury. En tout cas, les passagers manquaient de vivres. "Un jour", écrit Patrice, "le pilote se prit à me dire : « Toi, chrétien, que dis-tu? Ne peux-tu donc prier pour nous? Car nous sommes en danger de famine? » Alors, je leur dis clairement « Tournez-vous avec foi et de tout coeur vers le Seigneur mon Dieu à qui rien n'est impossible, pour qu'il vous envoie aujourd'hui de la nourriture".  Avec l'aide de Dieu, il fut fait ainsi. Un troupeau de porcs apparut à nos yeux sur le chemin, et ils en tuèrent un grand nombre. »

Après un temps assez long, Patrice fut de nouveau réduit en esclavage mais pour deux mois seulement. Serait-ce que les marins l'auraient de nouveau traité durement? Le récit du livre de la "Confession" est ici fort énigmatique. Patrice y parle d'un rêve, dans lequel un immense rocher tomba sur lui; il en fut délivré après avoir invoqué Élie; le soleil resplendissant vint aussitôt enlever au rocher toute pesanteur. On a cru qu'il y avait là une allusion aux années du rude apostolat en Irlande; ce serait comme une parenthèse intercalée au milieu du récit de la "Confession".
"Quelques années après", raconte Patrice, "j'étais en Grande-Bretagne avec mes parents qui me reçurent comme leur fils et me demandèrent instamment de ne plus les quitter après tant de tribulations". Il reçut alors, dans une vision, une première invitation à évangéliser l'Irlande.  "Je vis", dit-il, "un homme du nom de Victoricus; il venait de l'Irlande avec des lettres innombrables. Il me donna l'une de ces lettres, je lus le commencement ainsi conçu : "La voix de l'Irlande", et en lisant ce début je pensais au même moment entendre la voix de ceux qui étaient près de la forêt de Foclut, s'écriant d'une même voix  "Nous te prions, saint enfant, de venir et te promener encore au milieu de nous. » Et je fus touché au dedans de mon coeur, ne pus en lire davantage et je m'éveillai. Grâces soient rendues à Dieu de ce qu'après de nombreuses années le Seigneur leur accorda ce qu'ils demandaient.



On peut supposer que Patrice s'était livré, dès le temps de sa captivité, à un premier essai d'apostolat parmi les gens de son rustique entourage. Il se rappelait ses jours d'épreuves, qui furent des jours de repentir et de ferveur, puis cette pauvre île où la Providence l'avait jeté parmi des gens grossiers et barbares sur qui n'avait pas lui la lumière de l'Évangile. L'affection de sa famille ne pouvait le retenir. Il prit donc la résolution d'approfondir les desseins de Dieu, d'affermir sa vocation, comme aussi d'acquérir la science de la loi divine et des lettres sacrées qui lui manquait. Alors Patrice quitta la Grande-Bretagne, se rendit en Gaule, poussa jusqu'aux îles de Lérins, guidé par la crainte de Dieu peut-être aussi s'arrêta-t-il dans ces autres solitudes de la mer Tyrrhénienne, retraites de cénobites comparées par saint Ambroise à un collier de perles jeté sur les flots, et qui portent les noms de Capraria, Gorgona, Palmaria,
Gallinaria. Il se rendit en Italie; cependant il ne semble pas qu'il soit allé cette fois jusqu'à Home, Muirchu parle de ce voyage comme d'un projet non réalisé.

Auxerre, en Gaule, le garda plus longtemps (de 415 à 432). C'est là qu'il se forma sous la direction de deux évêques d'une éminente piété, Amator (+ 418) et Germain. Il s'y appliqua surtout aux exercices pieux et à l'étude des dogmes; il fit de la Bible une pénétrante étude. Il reçut probablement le diaconat des mains de l'évêque Amator. Lorsque Germain revint de la Grande-Bretagne en 431, il apporta sans doute à Patrice des renseignements sur la situation religieuse de son pays natal, et sur les besoins spirituels de l'Irlande, l'objet de toutes ses pensées.


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2. Oeuvre apostolique de Patrice. -
Cette oeuvre avait eu pour prélude la mission de Pallade. Ce Pallade, dont la nationalité flous est inconnue, fut sacré évêque en 431 par le pape Cèlestin 1er et envoyé par lui pour gouverner la chrétienté naissante des Scots. Débarqué en Irlande, cet évêque missionnaire put à peine établir quelques églises, en raison des difficultés qu'il rencontra dans la région : au bout de quelques mois il fut surpris par la mort. Deux disciples du missionnaire défunt, que Muirchu appelle Augustin et Benoît, apprirent cet événement à Patrice, qui se trouvait alors à Ebmoria (on n'a pu jusqu'ici identifier avec certitude cette localité). Patrice, longuement préparé, grâce aux leçons et aux exemples recueillis soit à Lérins, soit à Auxerre, reçut probablement alors la consécration épiscopale des mains de Germain, et sans plus tarder, il se mit en route, avec quelques compagnons, vers l'île lointaine où Dieu l'appelait (a. 432).

On suppose que Patrice débarqua à l'embouchure de la Dee non loin de la ville de Wicklow où Pallade avait abordé  l'année précédente : impossible de dire avec une précision exacte où l'apôtre porta ses pas, dans ses courses évangéliques, comme aussi d'en donner une chronologie exacte. Muirchu et Tirechan se contredisent dans leur exposé. A peine débarqué à Wicklow, Patrice reprit la mer, longea la côte orientale, stationna à l'embouchure de la Boyne à Inis Patrick, gagna l'Ulster par le Stransford Lough : là il convertit un chef puissant nommé Dichu. On remarqua que, dans ses missions, l'apôtre s'attacha à convertir les rois, ou chefs de clan; c'était un moyen d'entraîner les foules. Les chefs, possesseurs du sol, pouvaient seuls lui fournir un terrain pour la construction des églises.

Après une tentative dans le pays de Nathi, où Pallade avait rencontré des obstacles, Patrice s'avança vers le Nord, débarqua en Méath, terre du roi Léoghaire. Ce prince sceptique par tempérament assista aux luttes entre Patrice et les druides, sans se convertir, mais il laissa aux siens toute liberté. Conall, frère du roi, se convertit, et donna à Patrice un terrain pour bâtir une église; la nouvelle construction reçut le nom de Donagh Patrick. Au nord de la rivière Eithne, à Cell Raithin (aujourd'hui Granard), Patrice ordonna la construction d'un monastère; dans cette solitude vécut Gosact, fils de Miliuce, que le missionnaire avait connu pendant sa captivité. Il se peut que, cédant aux désirs de Gosact, l'apôtre soit allé en Ulidia jusqu'à la demeure de Miliuce pour essayer de le convertir.

En Connaught, Patrice fit sans doute trois voyages d'apostolat. Le second est marqué par une visite à la forêt de Foclut. L'apôtre séjournait à Tara quand la conversation de 2 hommes nobles frappa ses oreilles. L'un disait "Est-il vrai que tu sois parti depuis un an de ta maison pour n'arriver ici que ces jours derniers? Dis-moi, je t'en prie, ton nom, le nom de ton père, de ta terre, de ta tribu. " - L'autre répondit « Je suis Endae, fils d'Amolngaid; je viens des rivages de l'Ouest, de la tribu de Domnon, dans la forêt de Foclut." -- En entendant ce nom, Patrice fut rempli de joie et dit à Endae : "Je m'en irai avec toi, si je suis vivant, car le Seigneur me commande de partir. " - Endae repartit : « Tu ne viendras pas, de peur que nous ne soyons tous deux mis à mort." - « En vérité, dit Patrice, tu ne rentreras jamais vivant dans ton pays, si je ne t'accompagne, et tu n'auras pas la vie éternelle; c'est à cause de moi que tu es venu ici, comme Joseph précédant les fils d'Israël." - Endae répondit : " Baptise mon fils, il est jeune encore.  Moi et mes frères, nous ne pouvons croire en toi, tant que nous ne serons pas revenus parmi notre peuple, autrement il se moquerait de nous. " ConaIl, fils d'Endae, fut baptisé.



Saint Patrick, gravure en pierre du 15e s., Cty Louth

Les sept fils d'Amolngaid étaient venus trouver Loéghaire pour lui soumettre la question qui les divisait sur l'héritage de leur père. Le jugement fut rendu par Loéghaire et Patrice. Endae donna sa part au saint apôtre. Celui-ci accompagné du généreux donateur, gagna directement la région de Foclut. Les voyageurs passèrent la Moy et entrèrent bientôt dans le pays d'Amolngaid. La nouvelle de l'approche de Patrice s'était répandue; on se rappelait certainement les tentatives infructueuses qu'il avait faites près de dix ans auparavant pour pénétrer dans le pays. Une multitude de mages voulut défendre l'entrée de la terre. Patrice élevant la main gauche vers le ciel, maudit leur chef Rechrad, qui tomba mort au milieu des siens. Le reste de la troupe s'enfuit consterné. On compta aussitôt un grand nombre de convertis. Une église fut établie à la lisière de la forêt et tout proche de la mer, Muchneus en fut chargé.

Dans un troisième voyage en Connaught, Patrice établit une grande église à Cell More, dans la plaine de Roscommon, et passa dans la plaine de Glass. Il y fut reçu par un druide influent, nommé Hono, lequel voulut bien concourir à la fondation d'un monastère et d'une église. On les établit à Elphin. Patrice bénit Hono et prophétisa que sa famille fournirait toujours à Elphin ses chefs spirituels et temporels. Assicus, un chrétien qui était près de Hono, fut sacré évêque et resta à Elphin. Rathcrogan, où s'arrêta ensuite Patrice, terre fertile en légendes, était la sépulture de quelques rois fameux d'Irlande : un événement extraordinaire qui jette un nouveau jour sur la physionomie de l'apôtre mérite d'être raconté. Patrice et ses disciples étaient assis près d'une fontaine avant le lever du jour. Les deux filles de Loéghaire, Ethnae la Blanche et Fedelm la Rousse, vinrent à la fontaine pour se laver et aperçurent l'assemblée sainte groupée autour de Patrice. Ne connaissant pas ces hommes, elles les prirent pour quelques-uns de ces esprits et de ces dieux qui habitent sous terre. Elles demandèrent : " Où habitez-vous et d'où venez-vous? " Patrice répondit : "Il vaudrait mieux pour vous nous interroger sur notre Dieu et sur notre race. » - La première jeune fille reprit : "Qui est Dieu et où est-il?" Patrice inspiré de l'Esprit-Saint dit alors : "Notre Dieu est le Dieu de tous les hommes, le Dieu du ciel et de la terre. Dieu habite au-dessus du ciel, dans le ciel, et sous le ciel. Il inspire tout, vivifie tout, dépasse tout, soutient tout. Il donne au soleil sa lumière, fait briller les astres dans la nuit, il répand les sources sur la terre, et élève les îles au milieu des mers. Il a un fils éternel comme lui et semblable à lui, le Fils n'est pas plus jeune que le Père, le Père n'est pas plus vieux que le Fils. L'Esprit-Saint paraît au milieu d'eux; ni le Père, ni le Fils, ni l'Esprit ne sont séparés. Moi je veux vous unir au roi céleste, vous filles d'un roi de la terre, croyez."
Comme d'une seule voix et d'un seul coeur, les jeunes filles répondirent : "Enseigne-nous vite comment nous pouvons croire au roi des cieux, dis-nous comment nous pourrions le voir face à face, et nous ferons ce que tu nous auras dit." Patrice répondit :
"Croyez-vous que par le baptême, le péché d'origine est chassé?" "Nous le croyons."
"Croyez-vous à la pénitence après le péché?" - "Nous le croyons."
« Croyez-vous à la vie après la mort?" "Nous le croyons."
" Croyez-vous à l'unité de l'Église?" - "Nous le croyons."
Alors elles furent baptisées, et on leur mit sur la tête un voile blanc. Elles demandèrent à voir la face du Christ. Patrice leur dit : "Si vous ne passez point par la mort et ne recevez point le sacrifice eucharistique, vous ne pouvez pas voir la face du Christ." Les jeunes filles répondirent : "Donne-nous ce sacrifice pour que nous puissions voir le Fils notre époux." Elles reçurent l'eucharistie et s'endormirent dans la mort. Cependant les cris de douleur qu'arracha à leurs compagnes la mort des jeunes filles firent accourir l'un des deux mages auxquels l'éducation d'Ethnae et de Fedelm avait été confiée par le roi. Ce mage s'appelait Caplait; il entendit l'enseignement de Patrice, il crut et on lui rasa la tête. L'autre mage arriva à son tour, son nom était Mael. Il résista d'abord à la parole de Patrice, puis enfin se convertit et eut la tête rasée, d'où le proverbe "Mael est comme Caplait."

Cette histoire se lit dans plusieurs relations et réellement les deux filles de Léoghaire avaient leurs tombes près de la fontaine de Crogan. Il y a cependant dans le récit quelque chose d'artificiel : il est conduit pour amener un exposé de la foi chrétienne. Les questions baptismales posées par Patrice supposent, chez les jeunes filles, une connaissance des vérités de la foi qu'elles ne pouvaient posséder en suite de la brève instruction du saint. Mais nous tenons ici deux éléments précieux de renseignements nous savons quelles questions on adressait à cette époque aux baptisés avant de les admettre au Sacrement; nous sommes avertis en second lieu que la prédication de Patrice portait d'abord sur Dieu et sur le mystère de l'essence divine : la Trinité.




Les légendes ulidiennes permettent de conclure que tout le nord de l' Ulidia resta longtemps impénétrable pour Patrice, que la conversion de ses habitants fut assez difficile, mais que la personnalité de l'apôtre les avait vivement impressionnés. Après neuf ans d'apostolat, Patrice voulut obtenir de Rome la consécrationde ses travaux; il conçut le dessein de s'y rendre. Il en rapporta une force morale dont il avait besoin, les difficultés lui étant venues des églises qu'il avait établies. Il revint avec des reliques de saint Pierre et de saint Paul, preuve du bon accueil que lui avait fait le pape saint Léon. Ce voyage dut avoir lieu vers 441 ou 442, bien que certains auteurs aient regardé ce voyage comme douteux [voyage totalement absent des plus anciennes biographies, des textes de ses contemporains, etc... no comment! JMD].

Au retour, Patrice se rendit dans le royaume d'Oriel, dont le chef, Daire, était chrétien. Celui-ci lui permit de s'établir, à l'est de la colline d'Arddmache sur un terrain où Patrice éleva d'abord une grande maison de bois pour les moines avec une cuisine et un petit oratoire. Là devait s'élever plus tard la ville d'Armagh, fondation à laquelle Muirchu devait donner un caractère légendaire. Après la fondation d'Armagh, Patrice visita le sud de l'Irlande, moins en missionnaire qu'en vrai supérieur; il encouragea les chrétientés établies, ordonna des évêques, les attacha à des églises qu'il désigna nommément. Il rencontra d'anciens compagnons, comme Auxilius et Iserninus qui avaient évangélisé le Leinster, leur pays d'origine, Fiacc, le disciple du poète Dubtach et poète lui-même.

Homme de foi, Patrice attendait tout de Dieu et rapportait tout à Dieu; dans son humble sincérité il ne cachait point la fécondité de ses travaux et renseignait lui-même sur ses succès « J'ai baptisé, disait-il, des milliers d'hommes », mais il en rapportait toute la gloire au Dieu tout-puissant. Les violences, les menaces, la captivité n'ont pas ébranlé sa foi ni abattu son courage : il savait de science très sûre que la pauvreté et le malheur lui convenaient mieux que les richesses et les délices. Pour ceux qu'il avait donnés au Christ, il ne demandait qu'à verser son sang et à endurer la mort, dût-il être privé de sépulture, dût son misérable cadavre être la proie des chiens et des bêtes féroces.
On a vu par le meurtre de saint Odran (v. 6 mars) que Patrice dut échapper plusieurs fois miraculeusement à la mort. Un homme noble, nommé Folge, se vantait de vouloir tuer le saint apôtre pour se venger de la destruction d'une idole qui lui était chère. Les compagnons de Patrice connurent ce dessein sans l'en avertir. Un jour que Patrice passait dans le voisinage de la demeure de Folge, le conducteur du char lui dit « Je suis depuis longtemps votre cocher, aujourd'hui soyez le mien. » Or Odran qui lui tenait ce langage savait que Folge était posté sur leur passage pour tuer Patrice. Celui-ci prit la place du cocher qui s'assit dans le char. En un endroit de la route, Folge apparut subitement la lance au poing et perça le corps de celui qui était dans le char, croyant bien frapper Patrice lui-même.

Le biographe Muirchu a beaucoup insisté sur l'application de Patrice à la prière.  "Il chantait chaque jour, nous a-t-il dit, tous les psaumes, les hymnes, l'Apocalypse de saint Jean, tous les cantiques de l'Écriture, qu'il fût ou non en voyage. A chaque heure du jour et de la nuit, il faisait cent fois le signe de la croix, et quand il rencontrait une croix sur sa route, il descendait de son char pour se prosterner devant elle. » C'est dire que son âme était en continuelle conversation avec Dieu : il puisait dans la prière ses inspirations et ses forces. La piété de Patrice fut pour ses contemporains et est restée pour la postérité, une des caractéristiques de sa sainteté. C'est dans son livre de la "Confession" qu'il faut chercher sa véritable physionomie : il fut tout abandonné à la Foi et au Christ, il travailla dans la patience et la miséricorde, souffrit beaucoup, souhaita endurer plus encore pour la nation à laquelle il s'était donné : il eût avec joie supporté la mort violente.

3. La mort et la sépulture.
Les dernières années de Patrice se passèrent dans la retraite. Quelque temps avant sa mort, il dut remettre en d'autres mains le gouvernement de l'Église d'Irlande; il confia à Benignus l'Eglise d'Armagh vers 457 pour vivre ses derniers jours dans le silence et se préparer à paraître devant Dieu. Il se retira à Saul en Ulidia, dans la terre de Dichu et y mourut le 17 mars 461. Un ange vint l'avertir que sa mort était proche. Il envoya donc quelqu'un vers Armagh, demandant des hommes pour le transporter là où il désirait se rendre. A un endroit de la route, pendant le voyage, Patrice aperçut au bord du chemin, un buisson qui brûlait sans se consumer : un ange avait été envoyé là pour l'empêcher d'aller plus loin. "Pourquoi es-tu parti sans le conseil de Victor?" lui dit-il. "Victor te rappelle, retourne vers lui." - Patrice se déclara prêt à obéir. - « Retourne à l'endroit d'où tu viens, ajouta l'ange, retourne à Saul, Dieu a écouté tes quatre supplications. » - Ces quatre demandes auxquelles l'ange fait allusion étaient les suivantes : Armagh aura la primauté; Patrice jugera celui qui au jour de sa mort récitera l'hymne qu'il a composée, la postérité de Dichu ne périra point; Patrice jugera le peuple irlandais au dernier jour du monde.

Patrice rentra donc à Saul. Avant de mourir, il communia des mains de l'évêque Tassach, comme l'ange le lui avait révélé. La première nuit qui suivit le décès, le corps fut veillé par des anges qui chantèrent des psaumes et des hymnes; les hommes d'Ulidia veillèrent le corps les jours suivants. Nombre de merveilles manifestèrent la sainteté de l'apôtre.
Pour déterminer le lieu de la sépulture suivant les indications de l'ange, on devait placer le corps de Patrice sur un char auquel on attellerait deux boeufs sauvages. L'endroit où s'arrêteraient ces boeufs serait le lieu de la sépulture choisi par Dieu. Sur le tombeau on bâtirait une église. Ainsi Down-Patrick devint le lieu de la sépulture. Il  est vrai que Muirchu et les vies postérieures de Patrice ont donné à ce sujet des légendes diverses et des détails merveilleux d'après lesquels le corps reposerait dans la solitude de Saul.


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II.    CULTE. - 1. Reliques. - D'après les Annales de l'Ulster, saint Colomban, en 552, ouvrit le tombeau de saint Patrice et plaça les reliques dans une châsse. Il n'est plus question, dans la suite, des ossements du saint, ni du sort réservé à la châsse.
Le tombeau contenait en outre trois objets : un calice, l'évangile de l'ange, la cloche du testament. Un ange révéla à Colomban que le calice devait aller à Down-Patrick, la cloche à Armagh; l'évangile resterait à Colomban.
2. Églises et sanctuaires. - La durée, l'universalité du culte rendu à saint Patrice se sont montrées dans le nombre des sanctuaires qui furent élevés en son honneur. J. Colgan a donné une longue liste de ces édifices pour l'Irlande : le nombre s'élève à 195 : beaucoup furent fondés ou bâtis par les soins de Patrice et de son vivant. Nombreuses aussi sont les paroisses qui portent son nom. On trouve aussi des églises dédiées à saint Patrice sur les divers points du monde catholique, par exemple en Ecosse, en Angleterre, en France, en Espagne, aux Etats-Unis.
3. Mentions dans les martyrologes et calendriers. Dès les temps anciens, la fête de saint Patrice est marquée invariablement à la date du 17 mars dans les martyrologes de Bède, de Florus, d'Adon, de Raban Maur, d'Usuard, dans les martyrologes et calendriers soit d'Irlande, soit d'Ecosse, enfin dans le martyrologe ronlain. Certains livres liturgiques de France avaient au 16 mars son office à douze leçons. En Espagne la fête au 17 mars avait une grande solennité : bien que ce fût en carême, elle était de première classe avec octave.

Nombreuses sont les légendes qui se rattachent à l'apostolat de saint Patrice en Irlande : telle est en particulier celle qui a quelque relation avec le puits ou "Purgatoire" du saint. Une caverne de Lough Derg, diocèse de Clogher dans l'Ulster, avait reçu ce nom. Elle s'ouvrait par un puits d'où l'on descendait dans les profondeurs expiatrices. C'est là que Patrice se retirait souvent pour pratiquer d'austères pénitences et méditer sur la rigueur des jugements de Dieu. Une tradition constante, appuyée sur des faits historiques, établit l'origine d'un pèlerinage qui subsiste encore de nos jours. Chaque année, on compte plusieurs milliers de pèlerins qui se rendent en cet endroit, pendant la saison d'été, du 1er juin au 15 août, pour prier et pratiquer des austérités en expiation de leurs péchés. La station dure trois jours qui sont remplis par des exercices de pénitence. On peut suivre la trace de cette tradition depuis le 6ième jusqu'au 17ième siècle. La bibliographie complète sur ce sujet serait longue à établir, dit H. Delehaye; dans Anal. boll., 1908, t. 27, p. 35.
Sur le culte de saint Patrice, dom Gougaud (Chrétientés celt., p.    59) s'exprime ainsi : "Pour avoir annexé l'Irlande au Royaume de Dieu parmi tant de souffrances et de tribulations, avec un héroïsme chrétien hors de pair, son peuple l'a honoré et béni à travers les âges comme jamais apôtre national ne l'a été. "


Bibl. - Un des plus récents auteurs qui ait écrit sur saint Patrice est J.-B. Bury, The life of saint Patrick and his place in history, London, 1905.  - Les Anal. boll., 1906, t. 25, p. 206, en ont fait l'éloge suivant: "Oeuvre d'historien qui dénote une connaissance approfondie des documents, une critique ferme et aiguië, une impartialité peu ordinaire. Travail définitif qui constitue le fondement solide de toute étude sur saint Patrice."
Voici comment J.-B. Bury expose la bibliographie du sujet.
Les sources pour la vie de saint Patrice, comprennent :
1) Les écrits du saint et les documents du 5ième siècle. - Pour les écrits, nous en possédons deux, composés par Patrice vers la fin de sa vie, savoir la "Confession", et la "Lettre aux sujets chrétiens de Coroticus". [note jmd = Sources Chrétiennes n° 249, éditions du Cerf]
1.    Dans la "Confession", Patrice nous renseigne sur sa naissance, sa famille, sa captivité, sa fuite, ses visions, son voyage en Gaule, son travail apostolique en Irlande. On voit là son tempérament religieux. Sous ce titre, "Les livres de saint Patrice", G. Dottin en a donné une traduction française avec introduction et notes. (Voir Anal. boll., 1907, t. 26, p. 340.) Dans la lettre aux sujets chrétiens de Coroticus, chef chrétien établi à Dumbarton, mais plutôt païen par sa façon d'agir, Patrice proteste contre ses violences odieuses.
2.    Quant aux documents du 5ième siècle, ce sont des canons ecclésiastiques, une hymne irlandaise attribuée au saint, une hymne latine de Sechnall, coadjuteur de Patrice; la vie de Germain d'Auxerre, écrite par Constantius.
2) Les vies et les mémoires de saint Patrice. -
1. Mémoire de Tirechan, le plus ancien document de quelque étendue qui donne un récit de la vie du saint, est de la deuxième moitié du 7ième siècle.
2.    La vie de Patrice par Muirchu, la première qui se présente comme une composition régulière : elle comprend deux parties : a) suit l'ordre chronologique des faits; b) sorte de dissertation sur l'application de Patrice à la prière, et récit de quelques miracles.
3.    L'hymne de Fiacc, un contemporain de saint Patrice; fournit des détails qui ne se trouvent pas dans l'oeuvre de Muirchu.
4.    Anciens actes irlandais, ou écrits datant du 6ième siècle.
5. La Vita Secunda et la Vita Quarta, ainsi appelées à cause de l'ordre dans lequel J. Colgan les a publiées : elles s'inspirent d'une source commune.
6.    La Vita tripartita, ainsi appelée par Colgan, à cause de la division en trois parties : le texte que nous possédons est de la première moitié du 11ième siècle, mais est un remaniement d'un texte du 9ièmee. Le compilateur s'est servi de Tirechan, de Muirchu. Il ne donne aucun détail nouveau d'importance et véritablement historique.
7.    La Vita tertia d'un anonyme, probablement 9ième siècle.
8.    La Vita quinta par Probus, auteur dont nous ne savons rien.
9. Note sur saint Patrice, dans l'Historia Brittonum, histoire qui s'est développée graduellement dans ses recensions successives.
3) Autres documents, comme les Annales irlandaises, Catalogue des saints de l'Irlande, etc.
4) Auteurs du 19ième siècle. - J. Todd, Saint Patrich, apostle of Ireland, Dublin, 1864 (dont le défaut essentiel est de n'être pas impartial). - Lanigan, Ecclesiastical history of Ireland, 3 vol. in_80 (le premier est consacré à saint Patrice). - W.-B. Morris, Life of S. Patrick, the apostle of Ireland, London, 1878; 5e édit., 1898. - Riguet, Saint Patrice (en français), collection " Les saints", Paris, 1911 (s'est inspiré de J-B. Bury).


in : sanctoral des RP Bénédictins de Paris, 1936, éditions Letouzey & Ané



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http://www.amdg.be: retranscription du texte des "Petits Bollandistes", 7ième édition, Bar-le-Duc 1876


saint Patrick à l'université de Saint-Petersbourg
http://www.trilistnik.ru/celtic.php


Beannachtaí na Féile Pádraig duit - joyeuse fête de Saint Patrick!
Saint Patrick, évêque Celtique du 5ème siècle, Apôtre de l'Irlande, saint Orthodoxe Occidental, son rôle et héritage dans l'Église, et comment il vécut le Grand Carême de 439. Photos de pèlerinage à la montagne de saint Patrick et de la colonne de Westport, Irlande.



que les saints Anges du Seigneur veillent sur vous!

Jean-Michel


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