31 juillet : SAINT GERMAIN D'AUXERRE (+ 450)
D'après le sanctoral des RP Bénédictins,
éditions Letouzey & Ané 1936, on trouve entre autres
:
Bibliographie des Bénédictins pour saint Germain d'Auxerre :
Bibl. - Un volume qui renouvellera au moins en partie notre sujet doit
sortir du 19ième Congrès de l'assoc. bourguignonne des
Soc. savantes à Auxerre du 29 juillet au 2 août 1948. Il
concernera S. Germain d'Auxerre et son temps (418-448). Parmi les
sujets traités : R. de Gaiffier. Les sources des Vies anc. de S.
Germain; G. Bardy, Constance, biogr. de S. Germain, et sa place dans
l'hagiogr. de son temps; J. Gaudernet, La carrière civile de
Germain; G. de Plinval, Les campagnes de S. Germain contre les
pélagiens. Sur le culte du saint: P. Berthier, Survivances de
l'anc. office de S. Germain dans les chants liturgiques du dioc.
d'Auxerre; H. Villetard, Auxerre et S. Germain dans la liturgie
gallicane; monogr. sur son culte au dioc. de Paris; en Berry; en
Nivernais; dans l'anc. dioc, de Langres; en Côte d'Or; Le
vocable Germanus et le réseau routier de la cité des
Eduens; le culte du saint en Lyonnais, en Bretagne; L. Réau,
L'iconogr. de S. Germain... Synthèse de G. Le Bras, S.
Germain et son temps. Notons qu'il y a à Auxerre une abbaye
S.-Germain, une église S.-Germain, un "suaire" de S. Germain
conservé à S.-Eusèbe.
Rappelons maintenant : Acta sanct., 31 juillet, t.7, p. 184-304. -
Delehaye, Comm. martyrol. hieron., p. 406, 522, 536. - Mon. Germ.
hist., Script. rer. meroving., t. 7, p. 225-283. - Vie de S. Germain
d'Auxerre par le prétre Constance... trad. du latin par le P. A.
Gouilloud, Lyon, 1874. - Duchesne, Fastes épisc., t. 2, p. 439,
445. - Tillemont, Mémoires, t. 15, p. 1 (avec une grav.
représentant la bataille de l'Alleluia), et 833. - Aimoin, Deux
livres... traitant des miracles..., Paris, 1623. - J. Biroat,
Panégyrique des saints, Bruxelles, 1669. - Dettey, Mém.
pour la vérification des reliques, Paris, 1754. - Congrès
scient. de France, 25ième session, t.2i, 1858: diverses monogr.
sur S. Germain. - Rec. des Soc, savantes, t. 1, 1859, 2e sér.,
p. 590, 676, sur le "suaire" du saint. Vies : brève, anonyme,
publ. à Ribemont, 1895, et par J.-J. Berthier, à Annecy,
1899; par G.-M. des Noyers, à Lille, 1908; par J. Mace, Petite
vie..., Rennes, 1930; par G. Giraud, Moulins, 1936. - Retenons L.
Prunel, dans la coll. Les saints. - Anal. boIl., t. 63, 1945, p. 292.
G. de Plinval, Pélage, 1943, p. 442, et dans Le christianisme et
la fin du monde antique, 1943, p. 95-107. - Sur le pélagianisme,
H. Rondet, Gratia Christi, 1948, p. 112-130.
Excellente étude de W. Levison, Bischof Germanus von Auxerre und
die Quellen zu seiner Geschichte, dans Neues Archiv., t. 29, 1904. Sur
l'église de clayonnage, Anal. boll., t. 69, 1946, p. 285. Voir
la notice sur S. Palladius, 6 juillet, p. 136. M. Chaume, Le transfert
des restes de S. Germain, de Ravenne à Auxerre, dans Mém.
de la commis. des ant. du dép. de la Côte-d'Or, 1939, t.
21 (1936-1937), p. 83-90.

http://www.amdg.be - retranscription
du texte des "Petits Bollandistes", 7ième édition,
Bar-le-Duc 1876:
SAINT GERMAIN, EVEQUE D'AUXERRE ET DESTRUCTEUR DU PELAGIANISME DANS LA GRANDE-BRETAGNE (+ 450)
Évêque de Rome : saint Léon 1er le Grand -- Empereur romain : Valentinien 3
La naissance de saint Germain ne fut pas moins illustre par la
piété que par la noblesse de ses parents. Son père
se nommait Rustique et sa mère Germanille : ils étaient
seigneurs de la ville et du comté d'Auxerre. Les parents de
Germain eurent grand soin de son éducation; après avoir
fait avec succès ses premières études dans les
Gaules, il alla étudier à Rome l'éloquence et
le droit civil. Ses progrès le mirent bientôt en
état de plaider avec distinction devant le préfet du
prétoire. Il épousa une femme de très-haute
noblesse, nommée Eustachie. Son mérite l'avant fait
connaître de l'empereur Honorius, il fut élevé par
ce prince à des places fort honorables, et il eut enfin celle de
duc ou général des troupes de sa province; ce qui
l'obligea de retourner à Auxerre.
A la vérité, on ne remarquait point en lui de vices
grossiers ; mais toute sa religion se bornait à observer ce que
dictent les principes de la probité naturelle, et ses vertus
étaient purement humaines. Il ne connaissait point cet esprit
d'humilité, de mortification et de prière qui est la base
du Christianisme. Il aimait passionnément la chasse; et
quand il avait tué quelque bête, il en suspendait la
tête aux branches d'un grand arbre qui était au milieu de
la ville. Cette coutume venait tout au plus d'un fond de vanité;
mais comme les païens faisaient par superstition quelque chose de
semblable, Germain était pour les fidèles un sujet de
scandale. C'est pourquoi saint Amateur, qui occupait alors le
siège d'Auxerre, l'en avertit plusieurs fois; mais le saint
évêque ne fut point écouté. Enfin, un jour
que le jeune duc était absent, il fit couper l'arbre. Germain en
ayant été instruit, entra dans une grande colère,
et menaça le Saint de tirer vengeance de la conduite qu'il avait
tenue.
Cependant Dieu fit connaître à saint Amateur qu'il
mourrait bientôt, et qu'il destinait Germain lui-même
à être son successeur. Le Saint alla sur-le-champ trouver
Jules, préfet des Gaules, qui résidait à Autun,
pour lui demander la permission de mettre Germain au nombre des clercs;
sans cette permission, aucun officier ne pouvait changer d'état.
Jules l'ayant accordée, saint Amateur revint à Auxerre.
Il assembla chez lui les principaux des fidèles, qui le
suivirent avec le peuple; Germain y vint aussi. Aussitôt les
portes du temple furent fermées par l'ordre de
l'évêque, qui se saisit de Germain, lui confère la
tonsure cléricale, le revêt de l'habit
ecclésiastique, et lui apprend qu'il doit être son
successeur. Cet exemple prouve qu'immédiatement
après les persécutions générales, les
clercs étaient distingués des laïques par la
tonsure. Germain n'osa faire de résistance, de peur de s'opposer
à la volonté de Dieu.
Saint Amateur étant mort peu de temps après, le premier
mai 418, les voeux du clergé et du peuple se réunirent en
faveur de Germain, qui fut sacré le 7 juillet par les
évêques de la province. Après le sacre, il ne fut
plus le même homme. Il renonça aux pompes et aux
vanités du monde, vécut avec sa femme comme si elle
eût été sa propre soeur, distribua ses biens aux
pauvres et à l'Eglise, et embrassa les austérités
de la pénitence. Pendant les 30 années que dura son
épiscopat, il s'interdit l'usage du pain de froment, des
légumes, du sel, du vin et du vinaigre. Toute sa nourriture
consistait dans du pain fait avec de l'orge qu'il avait battue et
moulue lui-même; jamais il ne prenait son repas que le soir;
souvent il ne mangeait qu'une fois ou tout au plus 2 fois par semaine.
Son vêtement était le même en hiver et en
été. Il portait continuellement le cilice, et avait
toujours sur lui quelques reliques. Il exerçait
l'hospitalité envers tout le monde, lavait les pieds des
pauvres, et les servait à table de ses propres mains,
lui-même étant à jeun.
Son premier sommeil commençait par les larmes et était
interrompu par les soupirs, profitant de l'exemple du
prophète-roi, qui lavait sa couche toutes les nuits avec ces
eaux salutaires. Mais l'oraison presque continuelle qu'il faisait
durant ce temps-là ne permettait pas à sa pauvre nature
de prendre beaucoup de repos; et l'assiduité d'une mortification
si cruelle, qui a duré toute sa vie sans aucun relâche
depuis qu'il eut renoncé aux vanités du monde, nous
oblige de dire qu'il a été dans un continuel
martyre, et d'autant plus rigoureux que les supplices qu'il fit
souffrir à sa chair innocente ne se terminèrent pas en
peu de temps, comme ceux de la plupart des martyrs, mais
durèrent aussi longtemps que sa vie.
Ces exercices de pénitence dont nous venons de parler
étant si continuels en saint Germain et ses
austérités si prodigieuses, il ne faut pas
s'étonner s'il monta bientôt au faîte de la
perfection Chrétienne, si son âme fut remplie de toutes
les vertus et si une vie si sainte et si admirable fut promptement
honorée du don des miracles.
Un des effets les plus remarquables de son humilité fut de
cacher avec autant de soin qu'il le fit le don des miracles que Dieu
lui avait communiqué fort libéralement. Mais il se
présenta une occasion où il fut contraint de faire voir
au monde cette grâce céleste.
Un trésorier ou receveur général de l'empereur,
nommé Janvier, portant aux coffres de l'épargne les
deniers qu'il avait recueillis par la province se détourna de
son chemin pour avoir la consolation de voir en passant le saint
évêque, qui recevait indifféremment tous les
hôtes et pèlerins qui se présentaient au logis
épiscopal. Comme il entrait dans Auxerre, sa valise tomba sans
qu'il s'en aperçût et fut ramassée par un
possédé, lequel, s'étant échappé des
mains de ceux qui en avaient la garde, courait les rues. Janvier, ne
voyant point son sac, retourne sur ses pas, fait des enquêtes
partout, et n'en ayant aucune nouvelle, presse saint Germain de lui
faire restitution de son argent, comme s'il l'eût consigné
dans ses mains. « Eh bien! mon fils, je vous le rendrai",
répond le Saint; "donnez-moi un peu de temps, et cependant ne
laissez pas de faire des enquêtes de votre part". Trois jours se
passèrent sans qu'on pût avoir aucun indice du larcin, et
la tristesse croissait dans l'âme du trésorier, qui se
jeta aux pieds de l'évêque, disant qu'il ne pouvait
survivre à cette perte qui ruinait sa maison et le mettait en
danger du supplice, s'il ne pouvait satisfaire à l'empereur,
conjurant le Saint d'avoir pitié de lui, et de
remédier à sa disgrâce.
Saint Germain le consola derechef et lui fit espérer que
tôt ou tard il lui rendrait ce qu'il avait perdu. Voyant que tous
les moyens dont il s'était servi n'avaient point réussi,
il fit amener un des possédés qui étaient dans la
ville, dans le dessein de contraindre le diable, qui, étant
auteur des larcins, ne pouvait ignorer celui-ci, de lui
découvrir où était l'argent dont on faisait la
recherche. Dieu voulut que celui-là même fût
amené qui avait ramassé la valise du trésorier. Il
le pressa par des exorcismes secrets; et le démon ne voulant
rien déclarer, il le fait mener à l'église,
jugeant que les prières publiques seraient plus efficaces que
les siennes propres. Il célébra la sainte Messe avec la
ferveur ordinaire de sa dévotion; puis, ayant exhorté le
peuple de joindre ses prières aux siennes, il se prosterna
devant l'autel. En même temps, le démon
élève en l'air le malheureux possédé dont
la voix effroyable retentit par toute l'église, criant comme un
criminel appliqué à la torture : "Tu me
brûles, Germain; ta prière me tourmente; c'est moi
qui ai pris l'argent, je suis prêt d'en faire restitution". Son
oraison étant achevée, il se lève avec les
ministres de l'autel et va droit au lieu appelé Podrum,
où l'on mettait les énergumènes. Y étant
arrivé, il fait déclarer au possédé le lieu
où il avait caché l'argent, et aussitôt le
démon sortit du corps de ce misérable.
Depuis ce miracle, qui se fit publiquement, on amenait à saint
Germain un grand nombre de possédés; toutes les avenues
de sa maison étaient ordinairement occupées par une
foule de malades atteints de toutes sortes d'infirmités, qui ne
reconnaissaient point de meilleur médecin que la
charité du saint évêque ; laquelle, bien
qu'elle fût extrême envers ces pauvres affligés et
qu'elle le portât à donner du soulagement à chacun
selon son besoin, il le faisait néanmoins avec tant d'adresse,
qu'il attribuait toutes les guérisons qu'il opérait ou
aux reliques des Saints qu'il portait à son cou, ou au signe de
la croix, ou à l'eau bénite dont il se servait
quelquefois, ou bien à de l'huile qu'il bénissait et avec
laquelle il oignait les parties malades, et parfois à des herbes
qui n'avaient d'autre vertu que de servir à son
humilité, ou même à sa propre industrie, comme
s'il eût été un médecin
très-expérimenté; couvrant ainsi par une modestie
vraiment Chrétienne la grâce que Dieu lui avait
donnée d'opérer des miracles.
Il en faisait bien plus souvent, et avec moins de répugnance, en
faveur des pauvres gens et des paysans, dans les villages, où il
n'y avait pas tant de sujet de craindre l'ostentation et le vain
applaudissement des hommes. Il récompensait aussi quelquefois
par ces grâces extraordinaires la charité et la
libéralité de ses hôtes, qui étaient souvent
de pauvres villageois, chez lesquels il descendait plus volontiers que
chez les riches.
Il semble que les adversités et les tentations sont les plus
fidèles compagnes de l'innocence, et que la vertu ne se trouve
que dans les contradictions et les combats, de même que la
rose ne paraît que parmi les épines.
Les démons usèrent de tous les artifices imaginables et
apportèrent toutes les violences possibles pour triompher de sa
vertu et de son courage ou pour corrompre son innocence, qui
était le plus fort bouclier qu'il eût en main. Ils
pensaient le prendre par son faible en renouvelant dans son imagination
les idées des choses qui avaient eu autrefois le plus de pouvoir
sur son coeur et qui avaient enlevé de son âme les riches
trésors de la grâce et des vertus qu'il avait reçus
au Baptême. Ils lui représentaient les mets friands et les
vins délicieux de sa table; le plaisir innocent de la chasse,
dont il avait été si passionnément amoureux; les
honneurs et les applaudissements que Rome et toutes les Gaules avaient
autrefois rendus à son mérite et à son
éloquence; les belles charges qu'il avait exercées; les
richesses qu'il possédait pour lors, et tous les autres
avantages de sa naissance et de sa fortune, qui le mettaient bien
au-dessus de tout ce qu'il pouvait espérer par le genre de vie
qu'il menait à présent. Mais comme l'amour est le plus
grand démon de la nature, c'est aussi de lui qu'ils se servaient
pour ébranler sa constance et donner de plus rudes atteintes
à son courage.
Ces attaques invisibles n'ayant pas réussi, ils lui
apparaissaient sous la forme de bêtes horribles et
épouvantables, pour le divertir dans ses oraisons, ou pour
troubler son esprit par des appréhensions et des craintes
subites; criant et hurlant auprès de lui, chacun selon la
propriété des animaux dont ils avaient emprunté la
figure ; ajoutant à ce concert infernal des menaces
épouvantables, comme s'ils eussent voulu le dévorer. Mais
Germain demeurait immobile et paisible au milieu de toutes ces furies,
armant son coeur du bouclier impénétrable de la foi, et
se tenant fortement attaché à l'espérance
qu'il avait dans la croix de son Bon Maître, de laquelle il se
servait comme d'un bâton pour chasser tous ces esprits de
ténèbres. Il leur disait quelquefois : "Est-ce là
tout ce que vous savez faire, que de vous travestir et transformer en
bêtes, vous qui avez été les plus fidèles
expressions de la première beauté, et qui étiez
des créatures de lumière plus brillantes que les astres
du firmament; vous vouliez placer vos sièges sur la montagne du
Testament, et affectiez la ressemblance du Très-Haut en pouvoir
et en gloire ; et maintenant vous êtes des lions, des chiens, des
loups et des bêtes si difformes ? Allez, maudits ! Le Seigneur
est le protecteur de ma vie, et il n'y a point de monstres qui me
puissent faire peur. Si c'est ma pénitence qui allume votre
colère, et qui provoque votre rage, je la rendrai plus
rigoureuse pour augmenter votre dépit».
A ces paroles, ces monstres infernaux s'enfuirent, pleins de honte et
de désespoir, sans quitter pourtant l'obstination de leur
malice, qui les porta à décharger une partie de leur rage
sur le troupeau, voyant qu'ils n'avaient rien pu faire contre le
pasteur.
Il courut une maladie dans la ville d'Auxerre, qui s'attaqua
premièrement aux enfants et puis indifféremment
à toutes sortes de personnes. C'était une espèce
d'esquinancie, qui leur faisait enfler la gorge, et, leur ôtant
la respiration, les emportait en 3 jours, sans que l'industrie des
médecins y pût apporter aucun remède efficace. On
eut enfin recours à saint Germain, pour le prier d'avoir
compassion de la nécessité publique et de
détourner ce fléau qui dépeuplait toute la ville.
Il bénit de l'huile et en fit distribuer par toutes les maisons;
les parties malades en étant frottées, l'enflure cessait
aussitôt, et faisait passage à la respiration et à
la nourriture. Un remède si présent et si infaillible fit
bien connaître qu'il y avait du miracle, et le démon,
qui sortit peu de temps après du corps d'un
possédé, fut contraint d'avouer que lui et ses compagnons
avaient répandu cette peste pour se venger de la victoire
signalée que l'évêque avait remportée sur
eux.
A ces vertus, pour ainsi dire domestiques, Germain joignait un
zèle ardent pour le culte du Seigneur. Il fonda,
vis-à-vis d'Auxerre, de l'autre côté de la
rivière d'Yonne, un monastère sous l'invocation de saint
Côme et de saint Damien, qui a porté, depuis, le nom de
saint Marien, l'un de ses premiers abbés. Notre Saint visitait
souvent ce monastère, qui fut le théâtre d'un grand
nombre de ses miracles. C'est là qu'il délivra un homme
possédé du démon : lorsqu'il vit ce que la
grâce opérait dans le coeur d'un païen, nommé
Marcellin, il l'instruisit, le baptisa, lui rendit l'usage d'une main
et d'un oeil, dont il était privé ; enfin le fit
religieux du monastère où il devint plus tard
abbé. Il découvrit les tombeaux de plusieurs martyrs. On
lui dut surtout la découverte des reliques d'un grand nombre de
saints qui, sous la persécution d'Aurélien, avaient
été mis à mort avec saint Prisque, autrement saint
Bry, dans un lieu appelé Coucy. Les corps de ces
généreux soldats de Jésus-Christ ayant
été jetés dans une citerne, Saint Germain les en
retira, et fit bâtir en leur honneur une église avec un
monastère qui a porté plus tard le nom de
Saints-en-Puisaye. Il se dépouilla de toutes ses possessions
pour enrichir les indigents et la maison du Seigneur ainsi devenu
pauvre, il perpétua les monuments de sa charité et de son
zèle pour la dotation des temples et des monastères. Ses
riches donations, et celles de plusieurs autres prélats,
prouvent que les grands biens des Eglises sont venus souvent des
évêques qui les ont gouvernées. A cette
époque l'hérésie pélagienne infectait la
Grande-Bretagne.
Outre cette hérésie, il y en avait encore une autre d'un
certain Timothée, originaire du pays, qui soutenait que,
dans l'Incarnation du Fils de Dieu, la divinité avait
été changée en la nature humaine.
Ajoutez à tous ces désordres la corruption des moeurs et
le libertinage, l'impureté, la magie, l'envie, et surtout la
haine et la vengeance, qui régnaient si universellement,
qu'à peine pouvait-on trouver une personne qui fût
d'accord avec son prochain. C'est ce qu'en rapporte avec beaucoup de
larmes le sage Gildas.
Le diacre Pallade, qui avait été envoyé sur les
lieux par le pape de Rome Célestin, et qui fut depuis
sacré évêque et aurait peut-être
été en Ecosse, ne put apporter au mal de
remède efficace. Les catholiques de la Grande-Bretagne
envoyèrent de leur côté une députation aux
évêques des Gaules pour leur demander des missionnaires
capables de défendre la foi et de s'opposer aux progrès
de l'hérésie. Les évêques des Gaules,
s'étant assemblés, prièrent saint Loup de Troyes
de se joindre à saint Germain pour l'aider dans l'importante
mission dont il était chargé.
Les 2 saints prélats ne pensèrent plus qu'à partir
pour la Grande-Bretagne. Ils passèrent par le village de
Nanterre, situé près de Paris. Saint Germain y vit sainte
Geneviève, lui donna sa bénédiction, et
prédit le haut degré de sainteté auquel elle
parviendrait. Geneviève, âgée d'environ 15 ans,
marqua un grand désir de consacrer à Dieu sa
virginité. L'évêque d'Auxerre la conduisit dans
l'église où il reçut son voeu après
plusieurs prières solennelles, et il le confirma en lui imposant
la main droite sur la tête.
Saint Germain et saint Loup continuèrent leur route et
s'embarquèrent pour la Grande-Bretagne. On était alors en
hiver. Les 2 évêques furent assaillis d'une furieuse
tempête. Saint Germain l'apaisa en invoquant le nom de la sainte
Trinité et en jetant dans la mer quelques gouttes d'huile, selon
Constance, ou d'eau bénite, suivant Bède. Lorsqu'ils
arrivèrent dans la Grande-Bretagne, ils virent venir au-devant
d'eux une troupe innombrable de peuple. Le bruit de leur
sainteté, de leur doctrine et de leurs miracles se fut
bientôt répandu par tout le pays. Ils confirmaient les
catholiques dans la foi et convertissaient ceux qui étaient
engagés dans l'hérésie. Les églises ne
pouvaient contenir toutes les personnes qui accouraient à leurs
discours ; ils prêchaient souvent au milieu de la campagne.
Les chefs des Pélagiens n'osaient paraître devant eux, et
fuyaient même, de peur d'être forcés d'en venir
à une dispute réglée. Ils rougirent à la
fin d'une conduite qui faisait leur condamnation et acceptèrent
une conférence qui se tint à Vérulam. Une grande
multitude de peuple y assista. Les hérétiques, qui firent
d'abord bonne contenance, parurent avec beaucoup d'appareil et
parlèrent les premiers. On leur laissa la liberté de
discourir longtemps. Lorsqu'ils eurent fini, les 2 saints
évêques répondirent avec tant de force, que leurs
adversaires furent bientôt réduits au silence. Les
fidèles poussèrent alors un cri d'acclamation, pour
témoigner la joie qu'ils ressentaient de ce que la
vérité venait de remporter la victoire sur l'erreur.
L'assemblée n'était point encore séparée
qu'un tribun et sa femme présentèrent à saint
Germain et à saint Loup leur fille, âgée de 10 ans
et privée de l'usage de la vue. Les saints
évêques leur dirent de la présenter aux
Pélagiens; mais ceux-ci se joignirent aux parents afin d'obtenir
des serviteurs de Dieu qu'ils priassent pour cette jeune fille.
Alors saint Germain, invoquant la sainte Trinité, appliqua le
reliquaire qu'il portait au cou sur les yeux de la petite aveugle, qui
recouvra aussitôt la vue. Ce miracle remplit de joie les
parents et toute l'assemblée. A compter de ce jour, la
doctrine des 2 saints évêques ne connut plus
d'obstacles.
Pour rendre à Dieu de solennelles actions de grâces, ils
allèrent au tombeau de saint Alban, le plus illustre martyr de
la Grande-Bretagne. Saint Germain le fit ouvrir et y déposa une
boite qui contenait des reliques des Apôtres et de plusieurs
martyrs ; il prit ensuite de la terre qui paraissait encore teinte
du sang de saint Alban, l'emporta avec lui à Auxerre et la mit
dans une église qu'il fit bâtir sous l'invocation de ce
Saint.
Quoique tous ces succès dont nous venons de parler fussent
extrêmement heureux et favorables pour la mission de nos 2
évêques, il y avait à craindre que
l'hérésie vînt à renaître plus
puissante et plus pernicieuse qu'elle n'était auparavant.
Le tyran Vortiger demeurait toujours dans les pratiques infâmes
et dans le scandale de son mariage incestueux; ce qui ôtait
l'espérance de voir une parfaite santé dans un corps dont
le chef gâté ne pouvait répandre que de mauvaises
influences.
Saint Germain, qui ne voulait rien épargner pour le bien de son
apostolat et pour le Salut de ce royaume, résolut de lui en
parler avec un zèle de saint Jean-Baptiste; mais voyant que ses
remontrances ne profitaient de rien, il le cita devant un concile
d'évêques qu'il fit assembler à dessein. Vortiger
s'y trouva, non pas pour avouer sa faute ni se mettre dans la
posture d'un vrai pénitent; mais pour éviter la
correction par une calomnie étudiée, qui était la
plus noire qu'il pût inventer. Il persuada à sa femme, qui
était sa propre fille, de se plaindre en pleine assemblée
contre saint Germain, soutenant qu'il avait eu avec elle des pratiques
secrètes, et qu'il lui avait procréé un enfant
après l'avoir abusée assez longtemps sous
prétexte de religion et de piété. Mais le
saint Evêque se disculpa aussitôt de cette infâme
calomnie et le roi, furieux de voir son accusation anéantie, se
retira promptement de l'assemblée. Les évêques, qui
étaient présents, voyant que Dieu avait pris en main la
cause de l'innocence, procédèrent selon les formes contre
ce contumace, et fulminèrent contre lui les censures
ecclésiastiques.
D'un autre côté, le peuple, qui était excessivement
fatigué de ses violences et qui ne pouvait plus supporter
le scandale de ses débauches et de ses crimes, voyant aussi
qu'il n'avait pu le dissuader de faire alliance avec les païens et
les barbares, se retira de son obéissance et reconnut pour vrai
roi son fils aîné Vortuner, issu de sa première
femme dans un mariage légitime, lequel était un
prince généreux, libéral, zélé pour
la justice, et qui portait en tout les intérêts et
l'honneur de l'Eglise. Il eut aussi une affection
particulière pour saint Germain, qu'il honorait comme son
père, et dont il lui donna des preuves en beaucoup d'occasions.
Pour réparer la calomnie dont son père avait voulu
noircir sa réputation, il lui donna à
perpétuité la terre où il avait reçu
un tel opprobre, laquelle fut depuis appelée "Guartenian", qui
veut dire, en langue bretonne, calomnie justement
rétorquée; ainsi que M., du. Chesne l'a remarqué
après Nennius, dans son histoire d'Angleterre.
Le malheureux Vortiger, se voyant excommunié par les
évêques et chassé de son trône par ses
sujets, au lieu de s'humilier et de reconnaître que ce
châtiment lui venait de la main de Dieu, qui dispose des sceptres
et des couronnes selon son bon plaisir, appela à son secours les
Pictes et les Saxons infidèles, dont il composa une grosse
armée pour se rétablir dans ses Etats.
Saint Germain et saint Loup n'étaient point encore revenus en
France, lorsque les Saxons et les Pictes envahirent la Grande-Bretagne.
Ces barbares ravageaient déjà le pays: les Bretons,
ayant rassemblé une armée à la hâte,
invitèrent les 2 Saints à se rendre dans leur camp,
espérant trouver une puissante protection dans leur
présence et dans leurs prières. Les serviteurs de Dieu
firent ce que les Bretons leur demandaient. Ils
commencèrent par travailler à la conversion des
idolâtres et à la réformation des moeurs des
chrétiens. Il y en eut plusieurs des premiers qui
renoncèrent à leurs superstitions. On les disposa
à recevoir le Baptême, comme ils le désiraient,
pour la fête de Pâques qui devait arriver bientôt. On
forma dans le camp une espèce d'église avec des branches
d'arbres entrelacées, et les catéchumènes y furent
baptisés. Toute l'armée célébra ensuite la
fête avec beaucoup de dévotion.
Après Pâques, saint Germain s'occupa des moyens de
délivrer les Bretons du danger dont ils étaient
menacés. Comme il ne voulait point qu'il y eût de sang
répandu, il eut recours à un stratagème : il se
mit lui-même à la tête des Chrétiens et fit
voir dans cette circonstance qu'il n'avait point oublié son
ancienne profession. Il conduisit sa petite armée dans une
vallée qui était entre 2 montagnes. En même temps
il ordonna à ses soldats, quand ils verraient l'ennemi, de
répéter tous à la fois, et de toutes leurs forces,
le cri qu'ils lui entendraient pousser. Les Saxons et les Pictes
n'eurent pas plus tôt paru, que le Saint cria trois fois "
Alleluia ! ". Les Bretons poussèrent le même cri, que
les échos des montagnes renvoyèrent avec un bruit
effroyable. Les barbares, épouvantés, s'enfuirent en
désordre, jetant leurs armes et laissant leurs bagages;
plusieurs se noyèrent en passant une rivière. Cet
événement arriva, selon Ussérius, dans le
comté de Flint, près d'un bourg appelé en breton
"Guid-Crud", et "Mould" en anglais. L'endroit se nomme encore
aujourd'hui "Maes Garmon" ou le champ de Germain. Les 2 Saints ayant
ainsi rempli leur mission, retournèrent en France, emportant
avec eux les bénédictions et les regrets de toute la
Grande-Bretagne.
Saint Germain, de retour à Auxerre, vit avec peine que son
peuple était surchargé d'impôts. Auxiliaris
était alors préfet des Gaules et faisait sa
résidence à Arles. Le saint Evêque se mit en chemin
pour aller le trouver. Partout où il passa, le peuple accourut
en foule pour recevoir sa bénédiction. Quand il fut
près d'Arles, le préfet vint au-devant de lui, quoique ce
ne fût point l'usage, et le conduisit dans la ville. Auxiliaris
ne fut point longtemps à s'apercevoir que la rennommée ne
le lui avait point fait connaître tel qu'il était. Il
ne pouvait assez admirer l'air majestueux de son visage,
l'étendue de sa charité, la noblesse de ses discours et
la force de ses paroles. Il lui fit de riches présents et le
pria de rendre la santé à sa femme, attaquée
depuis longtemps d'une fièvre quarte. Il obtint ce qu'il
demandait, et accorda au saint la diminution des impôts.
Chaque pas de saint Germain était signalé par des
miracles. A Tonnerre, il ressuscita un de ses disciples qui avait fait
avec lui le voyage d'Angleterre, et qui était mort en son
absence; mais ce saint défunt lui avant témoigné
qu'il était trop bien pour vouloir retourner au monde, il lui
permit de se m'endormir et de mourir sur-le-champ une seconde
fois. A Angoulême, pendant qu'il consacrait un autel, les
croix qu'il faisait dessus, avec l'huile sacrée, se
gravèrent dans la pierre aussi parfaitement que si son doigt
avait été un ciseau ou un burin qui les eût
entaillées. A Brioude, il apprit, par révélation,
quel était le jour du décès du
célèbre martyr saint Julien, que les habitants de ce lieu
ignoraient.
Cependant les partisans de Pélage recommencèrent à
semer leurs erreurs dans la Grande-Bretagne. Saint Germain y fut
rappelé en 448. Il prit, pour compagnon de son voyage,
Sévère, qui avait été disciple de saint
Loup de Troyes et qui venait d'ètre nommé à
l'archevêché de Trèves. Leur mission eut le plus
heureux succès. Ils convertirent ceux qui avaient
été séduits par les hérétiques. Les
Pélagiens ne trouvant plus de retraite dans l'île, la
quittèrent pour toujours. Un des principaux du pays,
nommé Elaphius, présenta au saint
évêque d'Auxerre, son fils, qui était à la
fleur de l'âge, mais qui ne pouvait se servir d'une de ses
jambes. Le Saint toucha la partie malade, et guérit le jeune
homme en présence d'un grand nombre de personnes.
Saint Germain, prévoyant qu'on ne pouvait bannir l'ignorance ni
maintenir la réformation qu'en facilitant, surtout au
clergé, les moyens de s'instruire, établit des
écoles publiques dans la Grande-Bretagne. Aussi "les Eglises",
comme Bède le fait observer, "conservèrent-elles, depuis
la pureté de la foi et ne tombèrent plus dans
l'hérésie". Germain ayant ordonné saint Iltut,
prêtre, et saint Dubrice, archevêque de Landaff, dans le
South-Wales, les chargea du soin de plusieurs écoles, devenues
bientôt célèbres par le nombre, le savoir et la
sainteté de ceux qui les fréquentaient. On comptait
jusqu'à 1.000 étudiants dans 2 de ces écoles,
auxquelles présidait saint Dubrice, et qui étaient
sur la Wye, l'une à Hentlan, et l'autre à Mochros. On
trouve le nom de ceux qui s'y distinguèrent le plus dans la vie
du saint archevêque, qui avait été écrite
sur les anciens registres de Landaff, par saint Théliau
lui-même. C'est du mons le sentiment de plusieurs savants. Les
écoles à la tête desquelles était saint
Iltut, et dont les principales étaient Llan-Iltut (aujourd'hui
Lanwit), près de Boverton, et à Llan-Elty, près de
Néath, dans le comté de Glamorgan, jouissaient de la
même réputation. On y envoyait de toutes parts les enfants
de la noblesse de l'île. Parmi les disciples de saint Iltut, on
trouve saint Gildas, saint Léonlore, évêque, saint
Samson, saint Magloire, saint Malo, saint Paul, évêque de
Léon, Daniel, qui fut fait évêque de Bangor par
saint Dubrice, et qui établit dans sa ville épiscopale un
séminaire pour les Bretons. Paulin, formé aussi par le
saint évêque d'Auxerre, fit un établissement
semblable à Whiteland, au comté de Caermarthen. Ce fut
là qu'étudièrent saint David et saint
Théliau. On fut encore redevable au zèle de saint Germain
du séminaire de Llan-Carvan, près de Cowbridge, et
de la célèbre école de Benchor, dans le
comté de Flint.
Le Saint était en chemin pour retourner dans son diocèse,
lorsqu'il reçut une députation des habitants de
l'Armorique, qui imploraient sa protection. Ces peuples
s'étaient attiré par une révolte le courroux
d'Aétius, général des Romains, et ils
étaient sur le point de subir la peine qu'ils avaient
méritée. Aétius avait confié lé soin
de les châtier à un homme bien capable de le servir:
c'était Eocaric, roi des Alains, prince féroce et
idolâtre. Saint Germain alla le trouver promptement et mit tout
en usage pour l'apaiser; mais le barbare refusa d'abord de
l'écouter. Le saint Evêque, sans se déconcerter,
prend la bride de son cheval et l'arrête à la tête
de son armée. Eocaric, étonné de ce coup de
hardiesse inspiré parle zèle, s'adoucit peu à
peu et se prête enfin à des propositions de paix; il
consent même à épargner le pays et à faire
retirer ses troupes, pourvu que les rebelles obtiennent grâce
d'Aétius ou de l'empereur.
Saint Germain se chargea de la demander. Il partit donc pour Ravenne,
où l'empereur Valentinien 3 faisait sa résidence. Les
merveilles qu'il fit en chemin sont sans nombre. A Alise, ayant
logé chez un saint prêtre nommé Sénateur, il
rendit la parole à une jeune fille qui était muette
depuis 20 ans. C'était en cet endroit que, quelques
années auparavant, la paille sur laquelle il avait couché
avait eu la force de délivrer Agrestin du démon qui le
possédait. A Autun, étant au sépulcre de saint
Cassien, martyr, il s'entretint familièrement avec lui, comme
s'il eût été vivant. Ensuite il le supplia
d'intercéder pour lui et pour tout le peuple qui
l'accompagnait. Au même lieu, il guérit une jeune
fille dont les doigts étaient tellement attachés aux
paumes de ses mains, qu'on ne les en pouvait séparer; et
ses ongles, qu'il était impossible de couper, lui entraient dans
la chair et y faisaient d'horribles plaies. Un autre prodige signala
son passage à travers les Alpes. La voie romaine des Alpes
graies avait été rompue par un éboulement
considérable, que l'on peut reconnaître encore aujourd'hui
dans la paroisse de Séez. Le saint Evêque d'Auxerre trouva
un groupe de passagers arrêtés par l'accident, entre
autres un pauvre homme vieux, boiteux et extrêmement
chargé; notre Saint prit son fardeau, le mit sur ses
épaules et le porta de l'autre côté du torrent,
puis il revint et se chargea du vieillard comme il s'était
chargé de son paquet, et le transporta de même à
l'autre bord. Le passage suivi par le saint Evêque à
travers l'éboulement s'appelle encore le chemin de
Saint-Germain; et une chapelle y a été
élevée en son honneur. C'est le but d'un
pèlerinage pour le mal de jambes et l'entreprise d'un voyage.
Cette même dévotion s'est étendue dans plusieurs
autres paroisses du diocèse. Etant arrivé à Milan,
le jour d'une grande solennité qui y avait appelé
plusieurs évêques, il entra dans l'église durant la
célébration de la messe, et aussitôt un
possédé s'écria « Pourquoi, Germain,
après nous avoir chassé des Gaules et de la
Grande-Bretagne, nous poursuis-tu encore en Italie? Veux-tu nous
bannir de tous les lieux de la terre? » Ces paroles remplirent
tous les assistants d'étonnement et d'admiration. On regarda de
tous côtés pour découvrir ce Germain, et il ne fut
pas difficile de le reconnaître, parce que, bien qu'il fut
pauvrement vêtu, l'éclat de sa sainteté, qui
paraissait même sur son visage, le faisait assez remarquer. Les
évêques, s'approchant de lui, lui demandèrent son
nom et sa qualité, et il ne refusa pas de les satisfaire. Il dit
qu'il s'appelait Germain, et que, malgré son peu de
mérite, il était évêque d'Auxerre.
C'était assez pour lui attirer le respect de tout le monde : son
nom et les merveilles que Dieu avait opérées par lui
étaient si connues, qu'il n'y avait personne qui n'en eût
entendu parler avec éloge. Les évêques lui
rendirent toutes sortes d'honneurs, et le prièrent en
même temps d'avoir pitié du possédé, par la
bouche duquel ils avaient appris qui il était, ce qu'ils
obtinrent.
Au sortir de Milan, les pauvres demandèrent l'aumône
à notre Saint, qui interrogea son diacre sur ce qui lui restait
d'argent pour sa dépense. « Il me reste 3 pièces
d'or», répondit-il. "Donnez-les à ces pauvres", lui
dit le Saint. "Et de quoi vivrons-nous aujourd'hui?» repartit le
diacre. "Dieu", lui dit Germain, "nourrira ceux qui se sont rendus
pauvres pour l'amour de lui. Pour vous, obéissez, et donnez aux
pauvres les 3 pièces que vous avez". Le diacre n'obéit
qu'en partie ; car, par une fausse prudence, il n'en donna que 2.
Quelque-temps après, des gens à cheval vinrent à
eux à toute bride, et ayant mis pied à terre, se
jetèrent à genoux devant le Saint et lui dirent "Le
seigneur Léporius, notre maître, dont la maison n'est pas
loin d'ici, est malade, et plusieurs de sa maison le sont aussi ; il
vous conjure de le venir voir, ou, si vous n'en avez pas la
commodité, de lui donner au moins votre
bénédiction et de le secourir de vos prières". Le
Saint, qui n'avait rien de plus cher que la charité, alla
trouver le malade qui le reçut avec joie et avec un honneur
incroyable. Il demeura 3 jours avec lui et lui obtint de Dieu la
santé avec celle de toute sa famille. Lorsqu'il voulut sortir,
le seigneur le pria d'accepter 200 écus pour achever le reste de
sors voyage. Le Saint les prit, et, les mettant entre les mains de son
diacre, il lui dit "Si vous aviez donné aux pauvres les 3
pièces que vous aviez, ce gentilhomme nous en aurait
donné 300; mais, parce que vous en avez retenu une au
préjudice des pauvres, Dieu a permis qu'il n'en donnât que
200". Ainsi, ce chapelain reconnut que rien n'était
caché à son prélat, et qu'il n'était
nullement dangereux, en sa compagnie, de se dépouiller de
tout, en s'abandonnant au secours de la divine Providence.
Lorsque le bienheureux Germain fut près de Ravenne, il attendit
la nuit pour y entrer, afin d'éviter les grands honneurs qu'on
lui préparait. Mais toute son industrie fut inutile. Valentinien
le Jeune, comme nous l'avons dit, était alors empereur, et
gouvernait le monde avec l'impératrice Placidie, sa mère.
Saint Pierre Chrysologue, si célèbre par son
éloquence et par sa sainteté, était
évêque de Ravenne. La ville, à cause du
séjour de la cour, était pleine de prélats, de
princes, de seigneurs et de toutes sortes de personnes de grand
mérite. Ils firent tous un merveilleux accueil à notre
Saint, qu'ils savaient être un homme extraordinaire et d'une
vertu incomparable. L'impératrice lui envoya un grand
bassin d'argent rempli de fruits délicieux, mais sans viande,
parce qu'elle savait que le Saint s'en était interdit
l'usage. Il le reçut avec actions de grâces, donna le
bassin d'argent pour les pauvres, distribua ce qui était dedans
à ceux qui étaient venus avec lui, et envoya à
l'impératrice, par reconnaissance, un pain d'orge sur une
assiette de bois. Cette princesse reçut ce présent avec
joie et, depuis, elle fit enchâsser l'assiette dans de l'or et
garda le pain, avec lequel elle guérit plusieurs malades.
Un jour, comme le Saint allait dans la ville, environné de
beaucoup de peuple, il passa devant les prisons. Les criminels qui y
étaient ayant été avertis de son passage, se
mirent à jeter de grands cris. Le Saint pria pour eux, et
aussitôt les serrures, les gonds, les verroux et les barres de
fer qui fermaient cette prison se brisèrent et donnèrent
à tous les prisonniers la liberté de sortir. Ce miracle
ne causa aucun préjudice au bien public: car il convertit les
criminels en même temps qu'il les délivrait.
Ce miracle et beaucoup d'autres augmentèrent si fort la
réputation de saint Germain, qu'il était continuellement
environné d'une foule de malades qui demandaient leur
guérison. Il y avait aussi 6 évêques qui ne le
quittaient point et qui n'admiraient pas moins
l'austérité de sa vie, que ses miracles. Ce fut à
leur instance qu'il ressuscita le fils de Volusien,
secrétaire du patrice Sigisvulte. Il guérit du mal
caduc le fils adoptif d'Acholius, grand chambellan de l'empereur, et le
délivra d'un démon qui le tourmentait. L'affaire
pour laquelle saint Germain était allé à Ravenne
eut tout le succès qu'il se promettait ; il obtint de l'empereur
et de l'impératrice, sa mère, le pardon que les Bretons
révoltés avaient demandé. Mais leur insolence les
ayant portés à une nouvelle sédition, ils
rendirent inutiles ses soins et sa bonté pour eux.
Ce grand serviteur de Dieu, peu de temps après, fut averti que
l'heure de sa délivrance était proche : Notre-Seigneur,
lui apparaissant en songe, lui présenta le saint Viatique, et
lui dit de se disposer à un grand voyage. Germain lui demanda
quel était ce voyage. «C'est», répondit
Jésus-Christ, "celui de votre véritable patrie". Germain
avertit donc les évêques qui l'accompagnaient de ce qu'il
avait vu et entendu, et les supplia de prier pour lui; peu de jours
après, il tomba malade. Toute la ville en fut
alarmée ; l'impératrice l'alla voir ; ce ne fut pas
sans peine qu'elle lui promit de faire reporter son corps à
Auxerre, comme il le demandait. Il mourut en paix, le 31 juillet 450,
après 30 et 25 jours d'épiscopat.
On se disputa comme la plus riche des successions, les moindres objets
qui avaient appartenus au Saint. L'impératrice voulut avoir son
reliquaire. Les 6 évêques dont nous avons parlé
partagèrent ses vêtements entre eux. Acholius, qui, comme
nous l'avons dit, lui devait la guérison d'un fils adoptif, fit
embaumer son corps. L'impératrice le revêtit d'habits
précieux et donna un coffre de bois de cyprès pour le
renfermer. L'empereur fournit les voitures, avec les frais de voyage de
ceux qui devaient l'accompagner. Le convoi fut des plus magnifiques; le
nombre des flambeaux était si grand, que leur lumière se
faisait remarquer en plein jour. Le peuple accourait en foule dans
tous les lieux où passait la pompe funèbre, et
témoignait sa vénération pour le serviteur de
Dieu. Les uns aplanissaient les chemins et réparaient les ponts
; les autres portaient le corps, ou du moins chantaient des Psaumes.
Lorsqu'on fut au passage des Alpes, on y trouva le clergé
d'Auxerre, qui venait prendre la dépouille mortelle de son
pasteur. Enfin, le corps arriva à Auxerre 50 jours après
la mort du Saint. On l'exposa pendant 10 jours à la
vénération publique, et il fut enterré le 1er
octobre dans l'oratoire de Saint-Maurice, que le saint
évêque avait fondé lui-même. Cet oratoire fut
depuis changé en une église qui devint une
célèbre abbaye, et qui portait le nom de Saint-Germain.
Sa principale fête se célèbre le 31 juillet.
Voilà ce que le prêtre Constance a laissé par
écrit sur le grand Germain, évêque d'Auxerre,
par le commandement de saint Patient, archevêque de Lyon. Il
a dédié ce livre à saint Censurius,
troisième successeur de notre Saint ; mais, comme il avoue
lui-même qu'il a omis en celte vie beaucoup de choses, un
religieux de l'abbaye de son nom, appelé Eric, y ajouta, sous le
régime de Charles le Chauve, 2 autres livres où il
rapporte un grand nombre de merveilles que ce saint prélat
a faites durant sa vie et après sa mort. Nous y lisons que, dans
un voyage de saint Germain à Orléans, les cloches de la
cathédrale sonnèrent seules, pour avertir tous les
habitants de sa venue : saint Aignan, qui en était
évêque, alla au-devant de lui avec un nombreux
cortège de clergé et de peuple. Le lieu où ces 2
grands hommes s'embrassèrent mutuellement et se donnèrent
le baiser de paix fut si célèbre, qu'on y bâtit
depuis une église en l'honneur de saint Germain. De plus, comme
saint Aignan le reconduisait hors de la ville, une veuve
affligée apporta devant ces bienheureux évêques le
corps de son fils unique qui venait d'expirer, les suppliant avec
beaucoup de larmes d'avoir pitié d'elle et de lui rendre cet
enfant, l'unique soutien de sa vieillesse. Il y eut alors un saint
débat entre ces 2 hommes de Dieu, chacun priant l'autre de faire
ce miracle; mais enfin, saint Germain, en sa qualité
d'étranger et d'hôte, fut obligé de se rendre aux
instances de saint Aignan. Il pria donc et pleura pour l'enfant, et ses
larmes furent si efficaces auprès de Dieu, qu'à l'heure
même il revint en vie. On bâtit aussi, à l'endroit
de ce miracle, un temple sous le nom de Saint-Germain. Lorsque le
ressuscité mourut une seconde fois, il se fit enterrer en ce
saint lieu : du temps d'Eric, on y voyait encore son tombeau, ainsi que
le gazon sur lequel le Saint s'était prosterné pour faire
sa prière, et qui fut environné d'une balustrade.
Dans le même diocèse, saint Germain, passant par un
village où un homme riche et illustre faisait bâtir une
grande église, il soutint par sa parole le mur de cette
église qui, ayant de mauvaises fondations, s'ébranla tout
à coup, et allait, en tombant, écraser les ouvriers :
lorsqu'on le dédia, le fondateur voulut qu'on lui donnât
le nom de saint Germain qui était déjà
décédé.
Deux bâtons secs qu'il ficha en terre, l'un au diocèse de
Tulle et l'autre au Gatinois, reverdirent sur-le-champ et se
changèrent en de grands arbres que l'on a longtemps
appelés le coudrier et le hêtre de saint Germain.
Saint Aubin, évêque de Verceil, lorsque saint Germain
passa par cette ville en allant à Ravenne, le pria de consacrer
l'église commencée par saint Eusèbe, premier
évêque de ce siége, et achevée par lui.
Notre Saint promit qu'il le ferait à son retour; mais, comme il
mourut à Ravenne, saint Aubin, ne comptant plus sur sa
promesse, se disposa à faire lui-même cette
cérémonie. Cependant, il fut impossible d'en jamais
allumer les flambeaux ni les cierges, quelque effort qu'on fît
pour cela à diverses fois et à divers jours. Enfin, le
convoi du saint défunt arriva, et, pour lors, tous ces cierges
et ces flambeaux s'allumèrent d'eux-mêmes par une vertu
divine et remplirent l'église d'une clarté surnaturelle
qui lui pouvait servir de dédicace; alors saint Aubin
s'écria : «Véritablement, saint Germain est
fidèle à ses promesses; il avait promis de dédier
mon église, il ne l'a pas fait durant sa vie, mais il le fait
après sa mort". Ainsi, il monta à l'autel, où il
entonna le "Gloria in excelsis" et célébra les
divins Mystères.
Dans les images de saint Germain, on voit près de lui un
âne abattu et relevant la tête en le regardant. Voici le
fait auquel cela fait allusion. Saint Germain, voulant
intercéder pour les Bretons insurgés, était venu,
monté sur un âne, à Ravenne pour demander leur
grâce à l'impératrice Placidie. Placidie, apprenant
que la monture du Saint venait de mourir, avait voulu lui faire cadeau
d'un cheval pour la remplacer. « Que l'on me montre mon âne
», avait répondu saint Germain, car la bête qui m'a
conduit ici me ramènera. Voyant le cadavre de l'animal, il lui
dit: lève-toi et reporte-moi au logis. Obéissant à
cet ordre, la bête s'était relevée et avait
reçu l'évêque sur son dos pour le reconduire
à sa demeure. Il y a là une nouvelle preuve de
l'humilité du saint évêque, car il avait
été un grand chef gaulois, et il savait parfaitement
manier un cheval. On voit, dans l'église actuelle de
Saint-Germain, près Troyes, une verrière qui rappelle la
vie du glorieux saint Germain; le premier tableau le représente
s'avançant sur Troyes avec une suite nombreuse. Au loin, on voit
le sommet des principaux édifices d'une ville et un groupe de
personnages sortant des murs. Plus près du Saint, un individu
gît, couché sur le dos, simulant la mort, et aux pieds du
Saint, un mendiant implore sa charité.
Le deuxième tableau représente le même
cortège avec le Saint, mais revenant tous sur leurs pas. Le
mendiant fourbe est à genoux ; d'une main, il rend la
bourse si méchamment extorquée, de l'autre, il se cache
la figure. Son camarade se relève devant le Saint en
prières.
Le troisième tableau représente le convoi de saint
Germain. Renfermé dans une bière recouverte du manteau
impérial, son corps est porté solennellement par les
hommes illustres de Ravenne ; ils se dirigent vers la route qui doit le
ramener à Auxerre.
Le quatrième tableau représente la suite du convoi.
En tête, le Pape de Rome, [ qui était absent dans toutes
les chroniques d'époque concernant saint Germain!! JMD ]
accompagné d'évêques et d'abbés; puis
l'empereur et l'impératrice, environnés d'éminents
fonctionnaires.
Le cinquième tableau représente, dans le trilobe qui
occupe le milieu de la verrière, 2 Anges enlevant, sous la
figure d'un enfant, l'âme de saint Germain.
CULTE ET RELIQUES.
La reine Clotilde, femme de Clovis le Grand, fit bâtir, sur le
tombeau de saint Germain, le célèbre monastère
dont nous avons déjà parlé, un des plus glorieux
sanctuaires qui aient jamais existé, pour le grand nombre des
corps saints dont il est enrichi. Clotaire 1er, fils de Clotilde, et
Ingonde, son épouse, suivant les pieuses intentions de leur
mère, firent élever sur le tombeau du Saint un ouvrage
d'or et d'argent, où leurs noms étaient gravés.
Quelques siècles après, le roi Charles le Chauve, fils de
Louis le Débonnaire, fit ouvrir le monument où on
honorait les dépouilles du bienheureux Germain et y trouva ses
membres encore aussi entiers que lorsqu'on les y avait
déposés pour la première fois. Il les fit embaumer
de nouveau et envelopper de très-riches étoffes;
après quoi il les fit placer dans leur châsse, en un
endroit encore plus élevé et plus honorable, où
ils ont toujours coutinué à faire des oeuvres
miraculeuses pour ceux qui ont imploré leur vertu.
Il n'y a plus dans le tombeau de saint Germain à Auxerre que
quelques mouceaux de bois de cèdre et de la poussière.
L'église Sairit-Euisèbe d'Auxerre possède son
suaire en drap de soie jaune et violet, avec des aigles romaines
brodées; l'église Saint-Etienne conserve quelques parties
de ses vêtements sacerdotaux et ses gants. Quant à ses
ossements, les Huguenots, à la prise d'Auxerre en 1567, les
jetèrent sur la place. Ils furent, dit-on, ramassés par
quelques personnes pieuses, conservés dans l'abbaye de
Saint-Marien, sur la rive gauche de l'Yonne, et découverts dans
cette abbaye en 1717, par l'abbé Leboeuf, auteur du de
"l'Histoire d'Auxerre", qui parait ne pas douter de
l'authenticité de ces reliques. Cependant le procès de
vérification commencé, laissé, repris,
laissé encore, est toujours pendant devant la cour
épiscopale [en 1876. JMD] et ne sera probablement jamais
terminé. C'est l'église de Saint-Eusèbe qui
possède actuellement ces reliques douteuses.
Saint Germain était autrefois patron titulaire du plusieurs
églises d'Angleterre. On éleva une chapelle à
Vérulam, où le Saint avait prêché, et
où la dévotion attirait un grand nombre d'Anglais,
lorsqu'ils étaient catholiques (= romains). Un bourg de
Cornouiailles porte le nom de Saint-Germain. Dans le diocèse de
Troyes, le bienheureux évêque d'Auxerre est le patron des
paroisses de Saint-Germain, de Gyé-sur-Seine, de Prunay et
autres. Il est le patron d'Auxerre, l'invincible protecteur de cette
ville, et, s'il a souffert durant quelque temps que les Calvinistes en
aient été les maîtres, il les en a depuis
chassés entièrement.
La vie, les vertus et les miracles de saint Germain, par Dom Viole;
Godescard; l'Hagiologie nivernaise, par Mgr Crosnier; Vie des Saints du
diocèse de Troyes, par l'abbé Defer; Histoire de
l'Eglise, par l'abbé Darras; dom Ceillier.
...............
Notes importantes : ci-dessus, le bras droit de l'im-Pie 9 (*), Mgr
Guérin, qui est l'auteur de la collection "Petits Bollandistes",
dans son texte, fait endosser au biographe de saint Germain d'Auxerre,
Constance de Lyon, l'affirmation d'une sujétion de saint Germain
à l'évêque de Rome; et une prétendue
"légation" de ce pape romain vers la Grande-Bretagne; et aussi,
Mgr Guérin y rajoute un passage sur Palladius (envoyé en
fait en Irlande, voir vie de saint Patrick au 17 mars!!!), où ce
dernier, aux dires de cet évêque de Rome, aurait
écrit au pape de Rome de l'époque pour lui demander de
prendre pitié et patati et patata. Ecoeuré, j'ai
viré ces MENSONGES! Mais de grâce, ne me croyez pas sans
vérifier : prennez le texte de Constance de Lyon, il en existe
une traduction récente aux Sources Chrétiennes n°112
(1965), avec le texte latin, ce qui est très important.. parce
que les commentaires du traducteur tendent à vouloir justement
accréditer ce que le biographe n'a jamais écrit,
même pas insinué, rien, du vide. Par contre, saint Prosper
d'Aquitaine, tout saint qu'il est, qui n'a pas, au contraire de
Constance, vécu dans la même région que saint
Germain, lui ose l'affirmer, lui, l'ultra-romain. Avec le gag qui
montre l'étendue de son mensonge, Palladius ayant
été vraiment mandé pour l'Irlande et non pas
l'Angleterre : "toutes choses cachées seront
dévoilées", et le menteur est pris à son jeu.
Voyez la vie de saint Pallade au 6 juillet :
http://www.amdg.be/sankt/jui06.html
De même, le moine Eric d'Auxerre, 3 siècles plus tard,
quand son monastère sera tombé comme une bonne partie de
son pays sous la coupe de Rome et que son Eglise aura cessé
d'être autocéphale, lui osera reprendre et affirmer,
contre la biographie authentique, cette "légation romaine".
Passez-moi l'expression, mais ces gens-là, ça leur fait
mal à la gueule de voir qu'on avait, dans nos Eglises
autocéphales, des évêques suffisament balaises pour
balayer l'unique hérésie d'origine occidentale. Ca leur
fait mal à la gueule de voir que les Anglois ne se sont pas
adressés une seule fois à Rome, dont à vrai dire
à l'époque ils n'avaient pas grand chose à faire,
tout le monde vivait en communion et puis c'est tout.
Parce que telle était l'ecclésiologie dans nos
régions, et non pas cette grosse bureaucratie
gréco-romaine à trois-quart païenne dont on voit les
résultats de nos jours. Voyez l'Histoire, ne me croyez pas
sur parole mais voyez l'Histoire : elle me donne raison! Tant que ce
prurit du mensonge institutionalisé perdurera, jamais les
conditions de bonne volonté minimale ne seront réunies
pour pouvoir retrouver le chemin de la Communion. Comme ces mensonges
sont volontaires, je plains leurs auteurs. Et ceux qui les colportent.
JMD
(* Pie 9, vous savez, c'est le "mec" qui a envoyé ses troupes tuer
les Italiens qui voulaient légitimement réunifier leur
pays. Béatifié par un de ses successeurs vachement
culoté mais soutenu par sa secte O.D., un certain JP2... Pie 9,
le "mec" avec une tiare romaine "qui a fait pisser le sang" pour conserver,
manu militari, des terres, des propriétés terrestres
immenses, que son Eglise avait amassées au cours des
siècles par le biais de la simonie : vente de "droits de
divorces" pour les plus riches; vente de "droits de remariages" pour
les plus riches; ventes de "couronnes impériales"; ventes
"d'absolutions" pour les plus riches, puis extorsion via les
indulgences pour les plus pauvres aussi; etc - l'Histoire, encore une
fois, me donne raison. Notez qu'en Orient aussi, on ne s'est pas
privé, je ne suis pas aveugle ni amnésique. Mais cela
n'avait pas atteint les proportions de Rome.. (re)lisez Luther si vous
voulez des détails! )
Site officiel de l'ancienne abbaye d'Auxerre :
http://www.culture.gouv.fr/culture/arcnat/auxerre/fr/
Sarcophage de saint Germain :

Suaire "de saint Germain" :
2 évêques :
On y apprend que le terme "archimandrite", aussi lu dans la Vita Columbani (vie de saint Columban de Luxueuil, par saint Jonas de Bobbio),
est aussi utilisé pour l'abbé de saint Germain d'Auxerre.
http://www.auxerre.culture.gouv.fr/culture/arcnat/auxerre/fr/apo/f_inh.htm
Saint Germain, Haymon, commentaire sur Ezekiel, Paris, BNF lat. 12302 folio 2
Quelques photos de notre pèlerinage famillial du 17 août
2004 à Saint Germain à Auxerre :



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que les saints Anges du Seigneur veillent sur vous!
Jean-Michel