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Les Déserts de Grande-Bretagne
par le p. Stephen Maxfield
Cela a toujours été un appel pour les ascètes et
les ermites : se retirer du monde et commencer le combat spirituel dans
le désert. Nombre des plus grands moines Orthodoxes sont partis
vivre dans le désert. Nous viennent à l'esprit des noms
comme ceux de saint Paul de Thèbes, saint Antoine le Grand,
saint Siméon Stylite, sainte Marie l'Egyptienne et nombre
d'autres encore.
Pourquoi y avait-il ce désir d'aller au désert? Nombre de
raisons à cela. Une des plus importantes, certainement durant
les premiers siècles, ce fut l'idée que le désert
était habité par les démons. Cela se pensait du
fait que le désert semblait être l'anti-thèse
absolue de la Création. C'était désolé,
sans vie apparente, et donc cela semblait exprimer une absence de Dieu.
La vie Chrétienne était vue en termes de lutte cosmique
entre les forces du Malin et Dieu. Se rappelant cela, on ne peut pas
appeller l'action des premiers ermites du désert une "retraite";
bien au contraire, ils étaient l'avant-garde sur le champ de
bataille.
Une deuxième raison est que dans le désert,
l'ascète était libre du plus grand nombre des
distractions "du monde", et pouvait dès lors se concentrer sur
la lutte interne, et avancer dans la vie spirituelle. En fait, une
telle vie n'est pas entièrement dépourvue de
distractions, parce que la plupart de nos distractions, nous les
emmenons avec nous. Ces distractions étaient amplifiées
dans le désert, et donc il fallait lutter contre elles - les
distractions comme les passions (ou la tentation de satisfaire des
désirs non-essentiels), renforcées par la solitude, la
faim, la soif, la chaleur durant le jour et le froid durant la nuit, et
le désir de dormir. Toutes ces choses pourtant fort
nécessaires plongeaient l'ascète non pas dans ses propres
forces, mais en Dieu. Il était en mesure de, presque
littéralement, "se trouver" lui-même et d'apprendre que
par lui-même il ne pouvait rien, mais avec Dieu tout était
possible. Le résultat de cela était que souvent, il
pouvait grandir spirituellement à un rythme
accéléré, plus rapide que pour "ceux dans le
monde".
Parfois l'on pourrait se demander si le désert d'entrer au
désert n'est pas un désir égoïste - un
désir pour sauver sa propre âme sans rien faire de bon
pour les autres. Derrière de telles questions, il y a une vision
purement matérialiste du monde - une vision où l'on ne
croit que ce que l'on sait voir; où le bien ne se comprend que
dans ce qu'on sait faire de bien aux autres, plutôt que de voir
qu'un homme vraiment bon a une effet bien plus grand et bien plus
étendu qu'au-dedans de sa sphère d'influence directe. Il
y a une impossibilité à comprendre ce qui est
supra-naturel, un déni à l'efficacité de la
prière, et par extensin, de l'existence de Dieu Lui-même.
On doit envisager la vie spirituelle et la vie de prière d'une
manière différente. Nos prières ne sont pas des
affaires privées entre nous et Dieu. C'est une activité
à laquelle nous nous joignons - la prière d'innombrables
autres à travers le monde, dans l'éternité, et la
prière du Christ en Personne. Personne ne sait dire quels seront
les effets de ces prières, avec certitude, mais il a toujours
été clair pour les Chrétiens que les
prières sont entendues, et comme le dit l'Evangile "Nous savons
que Dieu n'écoute pas les pécheurs : mais si quelqu'un
est religieux et fait Sa volonté, Dieu l'écoute" (Jean
9,31).
Avec le temps, la croissance spirituelle des ascètes fut
largement reconnue et les gens affluèrent vers les
déserts et y fondèrent nombre de monastères.
Certains existent encore de nos jours : pensons à
Sainte-Catherine sur le Mont Sinaï, saint Savvas sur le Jourdain,
et les monastères Coptes du Wadi Natrun.
Le temps passant, on réalisa qu'il y avait nombre de
démons à traiter, dans toutes sortes d'endroits, pas
seulement dans le désert connu, et que d'autres endroits
isolés pourraient servir tout aussi bien, et c'est ainsi que
l'on trouva des fondations de "déserts" un peu partout dans le
monde Chrétien. C'est cette sorte-là de "désert"
qui a été établie en Grande-Bretagne. En voici 4
exemples.
Le Désert des Montagnes
Un certain nombre d'ascètes se choisit le sommet de montagnes.
Saint Gwyddfarch, ermite et fondateur de monastère, est l'un
d'entre eux. Nous ne savons plus grand chose des débuts de sa
vie, sinon qu'il appartenait à la communauté
fondée par son père spirituel, saint Llywelyn, à
Trallwng (Tre=ville, Llwng=Llyweelyn, donc "ville de Llyweelyn), que
l'on appelle en anglais actuel Welshpool. C'était quelque part
durant le 6ème siècle. Cela faisait partie de la 'Mission
Orientale', c'est-à-dire l'influx de Chrétiens Britons
dans le Pays de Galles, venant de ce qui est à présent le
Shropshire, et probablement en particulier de la ville de Wroxeter
(Uriconium).
De Trallwng, Gwyddfarch partit pour un lieu particulièrement
sauvage dans le pays, au Nord-est, et s'installa dans la vallée
Vyrnwy, près de l'actuel village de Meifod. Au-dessus de cette
vallée, on trouve une montagne fort escarpée et
solitaire, et c'est près de son sommet que Gwyddfarch
bâtit sa cellule, vécut et mourrut. C'est là qu'il
fut enterré et c'est là qu'il est encore de nos jours. On
appelle de nos jours cette montagne Moel yr Ancr (la montagne chauve de
l'anachorète). Quand on regarde l'endroit de nos jours, c'est
époustouflant de beauté champêtre, et cela
ressemble fort peu à un désert. En hiver cependant,
lorsque le froid vent d'Est souffle, on se rend plus facilement compte
que vivre au sommet de cette montagne, entourée par des
forêts infestées de loups, c'était très dur,
froid et inconfortable - presque comme les déserts d'Afrique du
Nord! Saint Gwyddfarch est commémoré le 3 novembre.
Le Désert de la Vallée
Une autre sorte de désert, ce fut la vie dans une vallée
extrêmement isolée et cachée. Telle fut la vie
choisie par l'ermitesse sainte Mélangell (le "ll" final se
prononce en gallois comme dans Llan). Là aussi, on ne sait plus
grand chose de sa vie passée, mais elle était d'un groupe
de femmes Galloises, ermitesses s'étant construit des cellules
dans des coins reculés du Pays de Galles (au début du
7ème siècle). La vallée qu'elle avait choisie
était si isolée que personne ne sut qu'elle s'y trouvait,
jusqu'à ce qu'un jour un prince vienne chasser le lièvre
dans cette vallée, lièvre qui vint se réfugier
dans la tunique de Mélangell. Le prince en fut si
impressionné qu'il lui donna aussitôt la vallée.
Cette vallée choisie par sainte Mélangell est toujours
aussi isolée, bien qu'à présent il y ait une route
qui y mène. C'est une très belle vallée, avec des
pentes escarpées vers les sommets à l'entour, voire des
falaises à pic. Mélangell devint fort
célèbre durant sa vie, et lorsqu'elle mourrut et fut
enterrée dans l'extrémité Est de l'église,
des pèlerinages y commençèrent, et la route de
Bala fut bâtie toute proche. La route a été
à présent détournée, et la
tranquilité y est revenue. L'église est en cours de
restauration et on peut encore y voir le lieu de sépulture et le
tombeau de Mélangell. Sainte Mélangell est
commémorée le 31 janvier & 27 mai.

Fichier
original : http://www.nireland.com/orthodox/deserts.htm site
internet disparu, fichier récupéré sur :
http://web.archive.org/ traduction
ce 10 avril 2005 par JM Dossogne, © www.amdg.be
L'Île
En aucune manière, toutes les îles n'ont été
considérées comme des déserts. Aux jours où
il était bien plus facile de communiquer par voie maritime et
par les rivières, les îles avaient un rôle
très important en matière de communications et
stratégique. Des îles comme Iona ou Lindisfarne rentrent
dans cette catégorie. Cependant il y avait aussi des îles
qui étaient si difficiles 'accès que cela en faisait des
déserts idéaux. Le meilleur exemple est Ynil Enlii ou
Bardsey à l'extrême pointe de la péninsule Lleyn
dans le nord du Pays de Galles. Le problème qu'on y trouve est
le suivant : une terrifiante marée s'élance entre la
terre et l'île, et si on ne parvient pas à atteindre
l'île exactement au bon moment de la marée, on est
projetté contre les rochers ou rejetté à la mer.
Même de nos jours il n'y a qu'un seul bateau par semaine qui
circule, et uniquement par beau temps. C'est sur Bardsey que saint
Cadfan, le guide de la "Mission Armoricaine", y fonda un désert
à la fin du 5ième siècle. Il se "retira"
après avoir fondé nombre d'églises sur la
côte Ouest du Pays de Galles, en particulier dans la
région de Towyn. A l'époque, Bardsey devint un des plus
célèbres lieux de pèlerinage de Grande-Bretagne,
et nombre vinrent s'y faire enterrer, pour être au plus
près des innombrables saints ascètes qui y étaient
morts. Avec le temps, l'endroit reçut le nom de "l'île des
22.000 saints". Les ossements humains y étaient si communs
qu'ils étaient utilisés pour renforcer les clotures!
Le Marais
A présent que les landes et les Etendues marécageuses du
Norfolk sont plus ou moins drainés, il est difficile d'imaginer
à quoi cette partie de l'Angleterre pouvait ressembler aux Ages
Noirs. Il ne reste que quelques endroits non-drainés dans le
Norfolk. Là on trouve quelques lieux détrempés, de
la végétation impénétrable, des arbres
pourris abattus, des buissons de ronces plus hauts qu'un homme, et des
grosses orties fort piquantes. C'est dans un endroit comme celui-ci,
quoique plus humide encore et probablement sans tous ces arbres, que
saint Guthlac se retira pour gagner son éternelle
récompense. Guthlac était membre de la famille royale de
Mercie, il s'était converti, plutôt à la
manière de saint Paul, et partit pour l'abbaye de Repton.
Là il décida de devenir ermite et à force de ramer
et à coups de perche, il parvint avec son petit bâteau sur
"l'île" de Croyland et Crowland, à quelques miles au
sud-ouest du Wash. En dehors de son inaccessibilité par voie
terrestre, cette terre devait être excessivement difficile
à cultiver durant l'été, lorsque les moustiques
devenaient insupportables. C'est cependant là que Guthlac resta,
se construisant une hutte par dessus un puit creusé. Il
s'habillait de peaux d'animaux et ne mangeait qu'un peu de pain d'orge
avec de l'eau boueuse. Progressivement, une petite communauté se
rassembla autour de lui, et grandit après sa mort en 714 pour
devenir la grande abbaye de Crowland. Guthlac est
commémoré le 11 avril.
La sorte d'exercices ascétiques suivie par Guthlac était
probablement le reflet exact de celle des autres saints ici
mentionnés. Une discipline [ou (auto-)punition] qui était
très populaire en Grande-Bretagne consistait à se tenir
nu jusqu'au cou dans l'eau. Un ami moine m'a suggéré que
la raison probable de ceci était de se tenir
éveillé, en particulier durant les longues veilles de la
nuit, lorsqu'ils avaient à réciter les Psaumes en se
tenant debout.
Chacun de ses lieux de "désert" est accessible de nos jours -
même si c'est avec de considérables difficultés en
ce qui concerne Bardsey). Ils sont les témoins silencieux d'une
grande dévotion à Dieu et du désir
d'établir dans l'âme une repentance profondément
ancrée et une dépendance en Dieu.
Source: Orthodox Outlook, Vol. IV, No. 3.
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