Réunion
ECSO-VOLO - 19 décembre 2002 - 7ième brigade Mec - Camp
Albert 1er Marche-en-Famenne.
Enseignement du padre André
Vanden Nest, aumônier supérieur des Forces Armées
belges

"Retrouver le sens profond et chrétien de Noël"
L'Incarnation, qui est unique, chrétienne, est inimaginable par les autres religions.
Contempler Jésus-Christ dans la crêche, c'est voir le Dieu qiu s'est fait tout petit, loin des docteurs, des grands de ce monde. Mais entendre "un Sauveur nous est donné", ça, ça mène à se poser plusieurs questions légitimes.
Un Sauveur. Pourquoi? De quoi être sauvé? Faut-il être sauvé? Et par qui?
Le "Salut" est un mot qui renvoie au sens profond de notre existence : recherche du bonheur malgré l'expérimentation du malheur.
Sauvé de quoi? A quoi voit-on ce besoin de Salut? Quand on pose cette question, vient à l'esprit le mot "péché", la notion culpabilité.. c'est malsain! Ca moralise le Salut. Or, le Salut n'est pas d'abord négatif.
Prennons l'étymologie du terme SALVUS, qui a donné "Salut" : fort, sain, solide. SALVARE donne donc "rendre fort, donner consistance. Donc le Sauveur que je reçois et contemple à Noël, c'est Celui qui me rend fort, qui m'amène au bout de moi-même, qui m'aide à m'accomplir, qui donne un sens à ma vie. Ce qui est bien le rêve de TOUS les Hommes, l'aspiration universelle par excellence.
Donc avant toute notion de faute, le "Salut" relie à la notion d'ETRE. Ne pas passer à côté de la Vie. Le Christ rejoint cette aspiration :
"Moi, je suis venu pour quon ait la vie et quon lait surabondante!" Jean 10,10

Sur ce chemin, on expérimente deux obstacles. C'est le deuxième sens du Salut, qui n'efface pas le premier : dépasser, franchir ces obstacles. On a trop insisté sur l'aspect "délivrance", donnant l'idée qu'on serait mauvais et condamnés dès le départ, qu'on devrait être délivrés de nous-mêmes! Non, le Salut n'est pas pour nous délivrer de nous, mais des obstacles! C'est parce que nous avons une haute idée de nous qu'il faut être libérés. C'est pas être sauvé de quelque chose mais EN VUE de quelque chose.
Celui qui renonce à lutter contre les obstacles est déjà perdu... ce qui est le contraire d'être sauvé!
Trois obstacles : la mort, le mal, la fatalité.
A. La mort. Nous sommes limités et elle nous rappelle que le temps existe, que jamais nous ne pourrons expérimenter tout ce qu'il y a de beau ici bas. Elle limite notre volonté de vivre, elle "anesthésie" notre vie. Saint Paul nous rappelle qu'elle est notre grand ennemi : 1 Corinthiens 15:26 "Le dernier ennemi détruit, cest la Mort"
B. Le mal. Tous nous l'expérimentons autour de et en nous. Souffrance de l'innocent, la nôtre.. Et le mal que nous causons, le péché...
C. La fatalité. "Inch allah", "c'est comme ça on ne sait rien y faire".. contingences... Cet esprit, cette idée d'une vie toute calculée d'avance, où tout serait joué, c'est aussi un frein.
--> Ce Salut ne se limite pas au péché! Mais couvre aussi tout le reste : lutte contre le mal et la fatalité. Penser qu'il y a un Salut pour l'Homme, c'est savoir que rien n'est irrémédiable, que tout peut être repris, absolument tout. La force de la Vie, par Jésus-Christ, c'est ça l'espérance. Même la mort, la fatalité, tout ça est vaincu.
Prennez la "femme adultère", en Jean 8. La Loi exprimée par les protagonistes réduit la femme à son péché, à ce qu'elle a commis, et elle-même semble s'y résigner, se condamnant.. "Femme" (Jean 8,10) : Jésus l'appelle par ce qu'elle est, exprime son être profond, vital, qui est là, au delà du péché. Elle peut ainsi se relever. Ton "destin" n'est pas limité, finit, par ton péché commis. Le Christ refuse de rester au niveau du péché : "Va, désormais ne pèche plus!" (Jean 8,11), c'est l'encourager à continuer à se battre, à lutter, c'est une espérance folle et la reconnaissance de la dignité humaine. Le Christ refuse de réduire l'Homme à son péché, à l'estimer perdu. Il sait bien que nous retomberons dans nos travers, mais Il ne nous réduit pas à ces chutes, Il nous relève, nous élève.
Il faut aussi surmonter le mythe de la fatalité, du péché "mortel" - ce sont des façons d'être et de faire qui nous tuent vraiment, sans mort physique. Le christianisme est (et devrait toujours être) autre chose qu'une morale : c'est avant tout ETRE quelqu'un.

Sauvé, oui, mais par qui? Pourquoi Jésus, en quoi est-il LE Sauveur attendu par l'Humanité?
L'Homme d'aujourd'hui veut bien être sauvé, mais pas par quelqu'un d'autre.. on ne veut rien devoir à un autre, fut-il Dieu! On veut être autonome..
Alors pourquoi par un autre? Parce que nous existons par quelqu'un d'autre, comme l'étymologie du terme "exister" nous l'apprend ("sortir de"). Je ne peux pas être certain d'être aimé si je n'ai personne en face de moi à me le dire. L'Homme n'est lui-même que si on lui parle.. Cela implique qu'il faut être à deux pour être! Dans la Genèse, Adam voit défiler devant lui tous les animaux (Gen 2,19) mais ne reconnaît en aucun son vis-à-vis (Gen 2,20). Dieu le lui donne alors (Gen 2,21-23). Cet autre qui m'élève, me fait grandir. (*)
C'est aussi cet autre qui m'éduque... l'autorité fait grandir, éduque, ne brime pas : Jésus parlait "avec autorité" (Luc 4,32;36).
Ce qui implique que plus "l'autre" est grand, plus il peut me faire grandir, au delà de mes limites, de mes craintes.
Il ne faut donc pas avoir peur de dire ce besoin de Salut par un autre, ainsi présenté, Salut par un "autre" qui, pour nous chrétiens, est le Dieu en Jésus-Christ. Le Salut, c'est un autre qui porte sur moi un certain regard, qui m'aide à grandir.
L'intuition chrétienne, c'est que tout le monde doit prendre sa vie en main, tout en étant amené par un "Autre", qui a planté Sa tente au milieu de nous (Jean 1,14). Un "Autre" qui est au milieu de nous et que nous ne connaissons pas (Jean 1,26) - nous chrétiens avons sans cesse à Le redécouvrir.
Donc prends ta vie en main, et "quelqu'un" te mènera, qui est au milieu de toi (Luc 17,21).
Pourquoi être sauvé? Quel est le "contenu" du Salut? Est-ce une récompense "au Ciel"? Ici la galère et là un mieux? Ou ici sur terre le Salut, quand on lutte contre le mal? Quel est le sens de sa vie? Pourquoi?
Nous cherchons le bonheur, une harmonie entre les expériences positives et négatives que nous vivons, c'est notre aspiration. Nous ne sommes pas que des éléments du monde. Pas que des hommes et des femmes. Le Sauveur qui nous est donné nous ouvre d'autres perspectives : fils & filles de Dieu (Jean 1,12; 1 Jean 3,1-2; Eph 5,1; Rom 8,16-17); à l'image et à la ressemblance du Père (Genèse 1,26). On est aussi partie de ce monde, mais pas que ça. A notre baptême, ce n'est pas le nom d'Einstein ou de Platon qui est invoqué sur nous, mais la Très Sainte Trinité!
L'Incarnation, c'est l'audace de Dieu voyant Son Fils dans une autre image que Lui-même, une folie ou un scandale pour ce monde nous dit Saint Paul (1 Cor 1,23). Et nous regardant l'Homme, nous pouvons y discerner Dieu! Parce que Dieu ne S'admire pas dans Sa Gloire : Il accept de Se voir dans Sa créature.. on dépasse l'imagerie sentimentale du "petit Jésus dans la crêche, entouré de l'âne et du boeuf"..
Si nous voulons - LIBERTE! - nous pouvons être aspirés vers le haut.. ou refuser, et être tiré vers le bas, soumis aux évènements.. La fatalité.. on va aux horoscopes, on consulte des voyants, on est dominés, on descend en dessous de ce que nous sommes. La réalité de la mort nous fait douter de nous-même, comme le mal. Ca alourdit notre existence. C'est de tout ça que Dieu veut nous sauver, c'est pour ça qu'Il envoie Son Fils Unique, qu'on trouvera un jour dans une mangeoire.. déjà prêt à être mangé, il était bien placé! (Jean 6,48-59)
Le péché, c'est renoncer à l'idée qu'un Autre peut nous sauver. Jusqu'au bout, nous ne serons jamais en règle avec les lois de Dieu et de l'Eglise (cfr 1 Jean 1,10). Ce n'est pas de ça que Dieu veut nous sauver, mais du désespoir auquel ce constat mène.
Pour chacun d'entre nous, Jésus-Christ "résonne" différement. Ainsi donc, pour en découvrir toujours plus les richesses, pour en contempler mieux son mystère, nous avons besoin de nous en parler entre nous, en communauté.

A quoi voit-on ce Salut, à quoi voit-on qu'on est sauvé? Bon, admettant qu'on accepte cet "Autre" qui aspire vers le haut, mais à quoi voit-on qu'on est "sur le bon chemin"?
Friedrich Nietzsche disait ceci : "Il faudrait qu'ils me chantent des chants meilleurs pour que je croie à leur Sauveur. Il faudrait que ses disciples aient un air plus libérés", et aussi «Sils avaient vraiment une tête de ressuscité, peut-être que je mintéresserais à leur Dieu ». Se trompe-t'on? Trompe-t'on le monde? Comment être certain d'être sur le chemin du Salut?
Soyons sincères envers nous et envers les autres! Il ne s'agit pas de vérifier si ce qu'on dit est vrai, mais de rendre vrai dans ma vie ce que je dit! Rendre vraie la promesse de ce Salut, rendre possible, vaincre les résistances. Non pas pour dominer mais pour lutter contre tous les obstacles qui nous entravent sur le chemin du Salut.
Saint Paul nous en donne un aperçu dans l'épitre aux Galates 5:22-23 : "Mais le fruit de l'Esprit est charité, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, confiance dans les autres, douceur, maîtrise de soi..". Amour, joie, paix, un signe clair qu'on est en bonne route!. Et idem en 1 Corinthiens 13 : Espérance, Foi/Confiance, Charité.
*L'espérance n'est pas un marchandage avec Dieu : (1 Jean 3:20) "Si notre coeur venait à nous condamner, car Dieu est plus grand que notre coeur, et il connaît tout." Dieu va au delà de tout.
*La maîtrise de soi - ne pas laisser libre-cours à nos impulsions
Bref, c'est à nous de donner un visage à ce Salut, par les fruits de notre existence, de ce Salut qui vient d'un Autre. Des fruits qui viennent en travaillant à la justice, à la tolérance, à la reconnaissance de l'être profond de l'autre. Nous donnerons un visage à ce Salut lorsque nous aurons retrouvé le pardon et la compassion, souffrant même de voir le mal qu'un autre commet. (Matthieu 9,13; Matt 25,31-46). La "preuve" du Salut, c'est l'Homme accompli.
Sortons de la crêche, pour célébrer un grand mystère qui nous concerne et nous dépasse, dont nous ne pourrons jamais faire le tour. Idée folle et utopique, que le Salut? C'est pourtant notre aspiration la plus profonde! C'est une lutte réaliste contre tous les obstacles. Ce n'est pas fuir notre monde, nos réalités humaines, mais se battre contre tout ce qui nous empêche de donner visage à notre espérance.
Dieu te donne aujourd'hui un Sauveur - entend sa Parole, sans prêter attention au cynisme ambient. Accomplit ton rêve. L'Homme n'est ps seul. L'Homme se construit en se dépassant, en accompagnant, en acceuillant l'Autre.
Les Pères Grecs appelaient ça la "déification de l'Hommme"! C'est tout le contraire de la Genèse, où l'Homme voulait devenir un dieu, avec un petit "d", sans passer par Dieu. Matthieu 25, Dieu se voit en nous, et dans cet "autre" qui est à côté de nous. L'Incarnation n'est pas qu'historique (**), elle est de toujours à toujours : "Christ est venu, Christ est là, Christ reviendra". Noël est beau... mais il faut savoir pourquoi!
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En préambule à l'Eucharistie du midi, le padre nous rappelera que cette Eucharistie, c'est aux pécheurs qu'elle est réservée, pas aux "parfaits".. C'est nous qui en avons besoin, pour nous relever, pour lutter..
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(*) Emmanuel Lévinas en dira : "je" est cet "autre"...
(**) Origène disait quelque chose comme "à quoi bon que Jésus soit né de la Vierge Marie à un moment de l'Histoire si je ne lui permet pas de naître dans mon coeur"
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ECSO-VOLO : Equipes chrétiennes de Sous-Officiers & Volontaires (d'active, de réserve et pensionnés)
