SAINT
SIÈGE
Accord
historique entre catholiques et luthériens
Jean-Paul
II se réjouit de l'accord entre luthériens et
catholiques
Le
Pape publiera un message pour les prisonniers à l'occasion du
Jubilé
Face
à l'agression russe le président de
Tchétchénie
demande l'aide du Pape
MONDE
Apparition
insolite de Jean-Paul II dans un quotidien chinois
SAINT-SIÈGE
ACCORD
HISTORIQUE ENTRE CATHOLIQUES ET LUTHÉRIENS
Signature
de la déclaration commune sur la justification aujourd'hui
à
Augsburg
CITÉ
DU VATICAN, 31 oct. (ZENIT) - Luthériens et catholiques ont
fait
aujourd'hui
un pas historique en levant les condamnations qui pesaient sur
chacun
d'eux en raison de divergences théologiques remontant au temps
de
Martin
Luther.
La
date et la ville désignée pour la signature de cet
accord n'ont pas été
choisies
au hasard. C'est à Augsburg, en Allemagne que Martin Luther,
fondateur
du protestantisme publia en 1517 les 95 thèses sur les
indulgences.
Une rencontre entre luthériens et catholiques a commencé
à
Augsburg
vendredi et s'est terminée aujourd'hui avec la signature par
les
deux
parties de la Déclaration Commune de l'Église
Catholique et de la
Fédération
Luthérienne Mondiale sur la doctrine de la justification.
Le
Cardinal Edward I. Cassidy, président du Conseil Pontifical
pour la
Promotion
de l'Unité des Chrétiens a représenté
l'Église catholique pour la
signature
de cet accord.
"C'est
un jour historique pour le mouvement oecuménique moderne",
avait
déclaré
le Cardinal Cassidy dans un communiqué publié vendredi.
"L'accord
auquel
nous sommes parvenu avec la Fédération Luthérienne
Mondiale sur des
vérités
fondamentales concernant la doctrine de la justification a une
signification
importante non seulement pour les deux parties impliquées
directement
mais aussi pour tout le mouvement oecuménique, car la doctrine
de
la justification est au coeur de la foi chrétienne. Ce sont
essentiellement
les différentes interprétations de cet enseignement
fondamental
du christianisme qui ont provoqué les disputes qui ont
amené
la
Réforme".
Le
cardinal australien a ajouté : "Il est évident
qu'il ne s'agit pas de la
fin
d'un cheminement concernant notre dialogue sur cette question et ses
conséquences.
Comme le souligne la Déclaration Commune sur la Doctrine de
la
Justification, il reste encore beaucoup de travail à faire.
Mais ce pas
devait
nécessairement être fait avant de pouvoir aller plus
loin".
La
phrase clé du document qui résume l'interprétation
commune de la
justification
de la part des catholiques et des luthériens se trouve dans
le
paragraphe n. 15 : "Nous confessons ensemble que nous sommes
acceptés
par
Dieu et nous recevons l'Esprit Saint qui renouvelle nos coeurs, nous
revêt
de sa force et nous appelle à réaliser de bonnes
oeuvres, non pas sur
la
base de nos mérites mais uniquement en vertu de la grâce
et de la foi
dans
l'oeuvre salvifique du Christ".
ZF99103101
LE
PAPE SE RÉJOUIT DE L'ACCORD ENTRE LUTHÉRIENS ET
CATHOLIQUES
"Une
pierre angulaire dans le cheminement oecuménique complexe"
CITÉ
DU VATICAN, 31 oct. (ZENIT) - Jean-Paul II a déclaré ce
matin qu'il se réjouissait de la signature de la
Déclaration
Commune de l'Église
catholique
et de la Fédération Luthérienne Mondiale sur la
doctrine de la
justification
par la foi, qui a eu lieu ce matin dans la ville allemande de
Augsburg.
"Il
s'agit d'une pierre angulaire pour le cheminement complexe du
rétablissement
de l'unité totale entre les chrétiens", a
déclaré
l'évêque
de
Rome ce matin, devant les milliers de fidèles réunis
pour la prière de
l'Angélus,
Place Saint Pierre.
Le
Saint Père a précisé que le fait que cet
événement ait lieu "précisément
dans
la ville où fut écrite en 1530 une page décisive
de la Réforme
luthérienne
avec la 'Confessio Augustana'", était particulièrement
significatif.
Étape
dans le cheminement oecuménique
Ce
document constitue selon Jean-Paul II "une base sûre pour
poursuivre la
recherche
théologique oecuménique et pour affronter les
difficultés qui
subsistent
encore, avec une espérance plus solide de les voir se
résoudre
à
l'avenir.
Il s'agit en même temps d'une contribution extraordinaire
à
la
purification
de la mémoire historique et au témoignage commun".
Le
Pape a rendu grâce à Dieu d'avoir pu être
témoin
de cet "objectif
intermédiaire
à travers le chemin difficile mais également plein de
joies
de
l'unité et de la communion entre les chrétiens".
Il a expliqué que ce
pas
"offre une réponse significative au désir du
Christ qui, avant sa
passion
avait prié le Père pour que tous ses disciples soient
un". Il a par
ailleurs
reconnu qu'il voyait se réaliser un désir qu'il avait
mentionné
dans
sa lettre de 1994 "Tertio Millennio Adveniente" (n. 34)
dans laquelle
il
donnait un nouvel élan au cheminement oecuménique "afin
que nous
puissions
nous présenter, lors du grand Jubilé, sinon totalement
unis, du
moins
beaucoup plus près de surmonter les divisions du deuxième
millénaire".
Le
Pape a terminé en remerciant "tous ceux qui ont prié
et travaillé pour
rendre
cette déclaration commune possible". Il a également
rappelé que le
Synode
des Évêques de l'Europe, qui s'est terminé au
Vatican le 23 octobre
dernier,
et auquel ont également participé des
représentants
d'autres
confessions
chrétiennes, a mentionné le dialogue oecuménique
parmi les
signes
d'espérance dans un continent qui fut le témoin de
presque toutes
les
divisions qui ont eu lieu entre les chrétiens.
Jean-Paul
II a rappelé également que dimanche prochain l'Italie
célèbre la
Journée
nationale pour la recherche sur le cancer, invitant "les
scientifiques
et ceux qui soutiennent la recherche, ainsi que ceux qui
accompagnent
quotidiennement les personnes souffrant de cette maladie, à
poursuivre
leur activité généreuse". Il a par ailleurs
encouragé la société
civile
et la communauté chrétienne à soutenir tous les
efforts visant à
vaincre
la maladie du cancer pour redonner espoir aux malades et à
leurs
familles.
ZF99103102
Augsburg,
Allemagne - La Déclaration luthéro-catholique sur la
justification par la foi
Les
représentants des Églises catholique romaine et
luthérienne ont signé un accord sur la
doctrine de la justification, lors d'une célébration
tenue à
Augsburg, le 31 octobre.
Le
document, intitulé: "Une Déclaration commune sur la
doctrine de la justification", a pour but
de gommer la différence de compréhension à
l'origine de la réformation protestante, en 1517, lorsque Martin
Luther a affiché
ses 95 thèses sur la porte de l'église de
Wittenberg.
L'accord
a été salué comme un pont par-dessus le
fossé qui divisait les chrétiens.
Cependant,
les problèmes ne sont pas tous résolus. Ekkehardt
Mueller, directeur adjoint de l'Institut de
recherche biblique de l'Église adventiste, commente: "Un
progrès remarquable semble avoir été fait. Mais,
des différences demeurent comme celles, par exemple,
concernant la compréhension du péché. Certaines de
ces dissemblances sont reconnues ouvertement. Parfois, il
semble même que certains mots aient été
redéfinis comme lorsqu'on parle "d'ouvres méritoires".
Comment
la mariologie, le système des indulgences et d'autres doctrines
ou pratiques influencent-elles la
compréhension de la justification par la foi? Ces questions ne
sont pas
abordées."
Il
s'agit donc d'attendre pour voir comment cette déclaration
commune va façonner, non
seulement la théologie, mais aussi la pratique des deux
dénominations.
Durant
le service de célébration à Augsburg,
l'évêque
Christian Krause, président de la Fédération
luthérienne mondiale, a insisté sur l'importance de cet
accord.
Jean-Paul II, quant à lui, a qualifié cette
déclaration de
"borne" dans le processus ocuménique.
"Les
adventistes du 7e jour se réjouissent de chaque effort fait pour
étudier
la Parole de Dieu, dit E. Mueller, spécialement la doctrine de
la
justification par la foi. Les adventistes confirment leur attachement
au principe
"sola
scriptura", l'Écriture seule, mais ils
insistent aussi sur la "sola gratia", la grâce seule et sur
la "sola fides", la foi seule. Ils confessent également que la
justification par grâce, au
moyen de la foi, est une doctrine qui nécessite, dans chaque
Église,
une réflexion continue
et une application renouvelée dans la vie des
communautés."
Semaine
de l'unité du 18 au 25 janvier 2000
AUGSBURG
ANNONCE UN MILLENAIRE DE RECONCILIATION
En
automne 1986, les chrétiens
de Genève avaient célébré une grande
fête ocuménique intitulée "Chrétiens
pour l'an 2000". Or nous y voici en l'an 2000. Qu'est donc
devenue cette espérance sur le plan universel? L'analyse
de l'abbé Pierre Vuichard.
Qu'est-elle
devenue? Un événement ocuménique
de première grandeur qui annonce un millénaire
de réconciliation. Ce qui s'est passé le 31 octobre
à Augsburg: un "accord différencié"
entre l'Eglise luthérienne et l'Eglise catholique sur
ce qui fut le noud de la rupture au 16e siècle: la
justification par la foi. On en est là dans l'ordre de
la théologie.
Ce
sont des positions théologiques différentes
qui ont déchiré l'Eglise. C'est en les
réconciliant
qu'on réconciliera les Eglises. On entend dire: "Arrêtons
de discuter et agissons ensemble". Si on veut dire : cessons
de nous poser les questions essentielles qui expliquent nos
différences
- donc des questions théologiques - et prouvons le mouvement
en marchant. on nie la "justification de la foi".
En effet, nous partons de l'homme et non pas de Dieu!
Il
est vrai que même des voix réformées se
sont élevées pour dire: dépassons ces vieux
contentieux du 16e siècle auxquels l'homme d'aujourd'hui
ne comprend rien et traitons ensemble de choses modernes; trouvons
un langage adapté à notre temps.
L'importance
de la justification
Tel
n'a pas été le vou
des Eglises luthériennes. Même si l'expression
"justification
par la seule grâce de Dieu au moyen de la foi" est
loin d'être claire aux yeux d'une multitude de protestants,
ce thème a passionné et mobilisé la
Fédération
des Eglises luthériennes mondiale pendant de nombreuses
années. Je me suis même laissé dire que le
dialogue avec les catholiques leur a fait trouver entre elles
un consensus qu'elles n'avaient pas obtenu auparavant. Pour elles,
il en va purement et simplement de "l'existence chrétienne",
du rapport de l'homme à Dieu: chose incontournable dans
toutes les confessions chrétiennes. Ça peut se
traduire en langage théologique, mais d'abord ça
se vit au ras de son être de chrétien à partir
du petit enfant au catéchisme.
Notre
Dieu familier
Le
"Dieu avec nous" des catholiques
avait paru à Luther trop familier ou au contraire trop
menaçant pour l'homme. Pour lui la personne humaine était
d'emblée définie par rapport à Dieu, dans une
situation de salut ou de non-salut, c'est-à-dire de
péché. Elle ne trouve pas son identité dans
ce qu'elle fait, expérimente, réalise, ni dans
son dévouement pour les autres, ni même pour la cause de
l'ocuménisme, mais en ce qu'elle est pour
Dieu et par Dieu. Ceci devait signer la fin de l'activisme, mais
personne n'est logique jusqu'au bout! La dispute, puis le dialogue
luthéro-catholique, portait sur l'essentiel du christianisme:
ce que devient l'homme devant Dieu.
L'homme
reste pécheur
Le
Dieu de Luther remplit tellement la relation
Dieu-homme par sa puissance de justice qu'il ne revient à
l'homme que de dire un "oui passif", de la foi, à
l'action de la grâce. Ce Dieu reste toujours terriblement
Dieu, c'est-à-dire paradoxal. Il nous pardonne en nous
donnant une justice étrangère à nous. Il
est infiniment miséricordieux, mais craindrait que l'homme
se croie autorisé à tirer les dividendes ce de
pardon: l'homme reste pécheur.
La
signature de la convention du 31 octobre a mis d'accord
luthériens
et catholiques sur de nombreux points essentiels de cette doctrine
tirée en droite ligne de saint Paul. Mais on prend soin
de marquer des différences d'approche. Ainsi un catholique ne
partagera pas la radicalité luthérienne telle
que je viens de la résumer en la simplifiant. Il lui suffira
de dire que le oui à la grâce est déjà
dans la grâce et que l'être pardonné garde
le sentiment de son immense fragilité et de toujours se
devoir tout entier à quelqu'un d'autre.
Que
signifie être sauvé?
Ces
différences d'approche soigneusement
soulignées et non condamnées créent une
sorte de marge intermédiaire de liberté où
le peuple chrétien va faire son expérience de salut
(!) Un jour on pourra en rendre compte, espérons-le, d'une
seule voix. Somme toute, que signifie "être sauvé"?
Le
peuple luthérien et ses synodes ont joué un
rôle important d'appréciation spirituelle dans
l'établissement
de cet accord, débordant même les réticences
de ses théologiens. Qu'il poursuive, que nous poursuivions
tous cette réflexion fondamentale. On le fera d'autant
mieux qu'on pourra s'appuyer sur les textes de vulgarisation
qu'on nous promet.
Et
les théologiens luthériens? Un très grand
nombre ont boudé les fêtes d'Augsburg. Ils craignaient,
dit-on, que si l'Eglise catholique adhérait à la
"justification par la foi", l'Eglise luthérienne
y perde son identité. C'est pourquoi ils ont mis la barre
théologique de cette identité très haut.
Ils ont renchéri et radicalisé la position
luthérienne.
Satisfaire
la foi ou la raison?
C'est
là qu'on assiste à une
tentation de la théologie que n'a jamais eue aucun concile.
On fourbit des synthèses en poussant les raisonnements
jusqu'au bout. On croit qu'elles satisfont à la foi, mais
c'est plutôt à la raison, avec le souci de marquer
les arêtes et de se distinguer de ceux qui pensent autrement.
N'y aurait-il pas là une fierté d'intellectuel?
La vérité de l'Evangile dont parle saint Paul n'est
pas aiguisée ainsi. Elle est douce et forte. Elle est
simple au point que tout chrétien peut la saisir et la vivre.
Ainsi
heureusement que les Eglises luthériennes, tout
en défendant clairement leurs positions traditionnelles,
ont gardé une juste mesure. Le temps n'est tant à
la discussion qu'à la pratique. Et les catholiques ont
un immense chemin à faire pour vivre ce qu'ils ont signé
le 31 octobre. Un seul exemple: une certaine religiosité
populaire aime pouvoir donner à Dieu des gages de bonne
volonté au moment de demander une grâce. Pour être
plus sûre de l'obtenir. Il nous reste à savoir demander
à Dieu n'importe quel don spirituel ou matériel,
la force contre la tentation ou la guérison de son enfant,
au nom d'une pure et simple confiance, dans la foi simple, sans
signe apparent, simplement parce qu'il est Père et que
nous sommes ses enfants bien aimés.
Dans
l'ocuménisme la grâce des grâces
n'est pas seulement de se sentir les mêmes êtres
humains devant Dieu, mais de reconnaître le même
Dieu et la même approche de Dieu. Je n'oserais pas dire
banalement que c'est l'essentiel. C'est le tout!
Pierre
Vuichard
Le
pont: Oecuménisme et dialogue interreligieux > Les
avancées
de l'oecuménisme > Enjeux et contenu de la Déclaration
commune luthéro-catholique sur la justification
Enjeux
et contenu de la Déclaration commune
luthéro-catholique
sur la justification
Mgr
Joseph Doré, Archevêque de
Strasbourg
A
l'invitation de la Commission doctrinale et de la Commission pour
l'unité
des Chrétiens, de nombreux évêques de France
ont
consacré la journée du 23 mars 1999 à
l'étude
de
la Déclaration commune sur la justification. Trois
intervenants
avaient
été sollicités: le professeur Harding Mayer - un
des
rédacteurs de la Déclaration commune -, le P. Joseph
Hoffmann,
et Mgr Joseph Doré, dont nous sommes heureux de publier
I'intervention
grâce à l'intermédiaire du
Secrétariat
national pour l'Unité des Chrétiens.
Ce
bref exposé vient après deux autres, le premier a fait
état
des dialogues qui en ont assuré la préparation,
le
second en a présenté les modalités
d'élaboration.
Nous sommes donc bien préparés à
nous
concentrer maintenant sur le contenu même des documents ...
quitte
à préciser que je n'évoquerai pas ce dernier
sans
m'efforcer
de manifester les enjeux de la Déclaration qui
l'expose.
Ce sera, bien sûr, le meilleur moyen de faire apparaître,
pour
finir sa portée réelle. J'aurai quatre étapes
:
1.
Le contenu tel qu'il s'affiche dans le plan même du texte
2.
L'intention telle qu'elle transparaît dans la forme du discours
3.
L'accord
tel qu'il se formule dans le cours de la Déclaration
4.
La
portée
telle qu'elle résulte de la conclusion du document.
1.
Le contenu.
Sur
quoi porte exactement la déclaration ? Quel est son contenu
précis
?
Pour
répondre à cette question, qui est évidemment
première
à tous égards, le plus simple est de se reporter
au
plan du texte lui-même, dans sa troisième mouture, celle
à
laquelle ont abouti les travaux du groupe (luthéro-catholique)
rédacteur.
Rédigé
d'abord en allemand, I'ensemble comporte quarante
quatre
numéros, sous le titre "La Doctrine de la
justification"
auquel a été adjoint le sous-titre "Déclaration
commune de la Fédération
luthérienne
mondiale et de l'Église catholique romaine".
On
a tout d'abord un Préambule ; il situe
brièvement le texte qui va suivre à la fois dans le
contexte qui
a conduit à son élaboration et selon la finalité
que lui
donnent ses signataires (n° 1 à 7).
Vient
alors un premier développement, consacré au "message
biblique" concernant la justification. Que le premier point de
la Déclaration porte ainsi sur l'Ancien (n° 8) et
surtout
le Nouveau Testament (n° 9 à 12), manifeste
évidemment
d'emblée la référence essentielle,
commune
aux deux groupes partenaires : les membres de l'un et de l'autre se
sont
mis "à l'écoute de la Parole de Dieu dans
l'Ecriture
Sainte"
(n° 8-12). Fondamentalement, ils entendent bien ne faire
qu'en
répercuter l'enseignement.
Reprenant,
pour en souligner l'importance, un point qui est
déjà
venu dans le préambule, un deuxième développement,
très bref puisqu'il ne va comporter qu'un
numéro
(le n° 13), vient souligner le caractère, je cite :
"fondamental
et indispensable d'une réflexion sur la
justification".
Il s'agit en effet là d' un problème ocuménique
de première grandeur et de grande
actualité.
Du
n° 14 au n° 18, est exposé ce qui est
appelé
la "compréhension commune de la justification".
C'est un fait, nous dit-on, que sur ce point de doctrine capital,
il
y a "consensus dans les vérités fondamentales".
Cette "compréhension commune" est ensuite
explicitée,
puis "développée" en
détail.
Sept points sont alors successivement abordés, dans le
but
de manifester comment les deux instances partenaires se situent
à
propos de chacun d'eux.
Le
premier prend en compte la position "de
départ", qui est celle de l'homme devant Dieu : avant de
parler
d'une justification, on traite de la situation de celui qui est
susceptible de la recevoir. Celle-ci est caractérisée
comme "I'incapacité et le péché de la personne
humaine
face à la justification" (n° 19 à 21).
Un
deuxième point expose que l'intervention de la
justification a pour effet de pardonner le péché et de
rendre
juste (n° 22-24), avant qu'un troisième point vienne
préciser
que cet effet est atteint "par la grâce moyennant la foi"
(n° 25-27).
On
continue en détaillant assez longuement ce qui
résulte en l'homme de la justification que Dieu lui donne en
Christ,
à savoir: I'état (ou l'existence) de "pécheur
justifié" (n° 28-30).
On
le voit: la logique de l'exposé est assez
transparente:
on commence par s'interroger sur la situation de l'homme avant
la
justification; on poursuit en caractérisant l'effet de cette
dernière,
puis en précisant le moyen par lequel on en
bénéficie;
on en vient alors à s'expliquer sur la
situation
de l'homme après que la justification lui a
effectivement
été conférée.
Restent
trois points pour exposer quelques
conséquences de la justification ainsi donnée à
l'homme, et qui le met en l'état qui a ensuite été
précisé. On nous explique successivement :
comment
comprendre le passage, effectivement accompli
pour le justifié, du régime de la Loi à celui
de
l'Evangile (n° 31-33) ;
la
certitude du salut dans laquelle il est
désormais établi (n° 34-36) ;
la
valeur salvifique réelle des bonnes oeuvres
qu'il est en mesure d'accomplir une fois justifié (n°
37-39).
5.
L'ensemble du document se clôt sur un dernier
développement, qui consacre les cinq derniers numéros
de la Déclaration (n° 40-44) à "la
signification et à
la portée du consensus obtenu".
2.
L'intention
Si
j'ai cru bon de présenter le contenu de notre document
à
partir du plan du texte lui-même, il m'a semblé
intéressant,
corrélativement, de manifester son "intention"
à partir de la forme du discours. Cette
intention
générale me paraît de fait se traduire dans une
triple
volonté, assez repérable justement à travers la
présentation
formelle du document:
Il
y a, tout d'abord, la volonté d'inviter à se
responsabiliser par rapport à l 'histoire effective des deux
communautés en cause.
Il
y a, ensuite, la volonté de faire enregistrer et de faire
avancer un consensus, qu'on tient d'ores et déjà pour
effectif entre catholiques et luthériens.
Il
y a, enfin, la volonté de respecter les
différences d'interprétation qui demeurent pourtant,
au-delà même du consensus réalisé, mais
dont on
tient à montrer en quoi et pour quoi elles peuvent - voire
doivent
être désormais tenues pour non séparatrices.
1.
Une première volonté des rédacteurs du document
apparaît
bien être d'inviter les deux communautés en cause
à
se responsabiliser par rapport à leur histoire. On en a
la
preuve évidente, me semble-t-il, dans le fait que, quant
à
sa
forme,
la Déclaration a tenu à se donner à la fois un
préambule
et une annexe qui n'ont pas d'autre but que de nous renvoyer
à
l'histoire.
D'une
part, un "préambule" tient à
rappeler
dès son premier numéro que - je cite : "centrale
pour
la réforme luthérienne du XVIe siècle", la
doctrine
de la justification a été l'occasion "de
condamnations
[réciproques] qui restent en vigueur aujourd'hui et dont
les
conséquences sont séparatrices d'Eglise".
D'autre
part, on a voulu rajouter une annexe dans laquelle on
fait
explicitement et abondamment état des nombreuses sources
auxquelles
la
Déclaration a pu se référer, et qui
représentent
une
autre donnée historique massive par rapport à laquelle
on
invite
à se situer, et qu'on invite à assumer: la
compréhension
commune à laquelle on est désormais
arrivé.
Autant il est historique qu'il y a eu des différences
séparatrices
dont les effets demeurent à travers l'histoire et
jusqu'
à nous, autant il est historique, aussi, qu'un rapprochement
notable
paraît devoir être enregistré à notre
époque.
Dans cette même histoire où nous avons vécu
et
avons encore à vivre de graves séparations, il nous est
maintenant
donné de vivre, tout aussi historiquement, un vrai
début
de consensus. Nous sommes invités à
reconnaître
là quelque chose cornme un signe des temps, quelque
chose
comme un don de Dieu.
On
le voit bien des lors, l'inclusion formelle qui insère la
déclaration
comme telle entre un préambule et une annexe
conçus
comme je viens de le dire, manifeste à l'évidence
une
première volonté caractéristique de l'intention
des
signataires:
celle d'assumer dans toute son amplitude - des origines de la
séparation
aux rapprochements d'aujourd'hui -, l'histoire des deux
Eglises
ou groupes d'Eglises en cause.
2.
Une deuxième volonté des rédacteurs du document
est
à la fois defaire enregistrer et de faire avancer ce consensus
fondamental désormais tenu pour acquis. Cela est tout à
fait
clair
si, à nouveau, on se rend attentif à la forme du
docurnent.
La
dernière phrase du préambule précise : "Cette
déclaration commune [... } est portée par
la
conviction que de nouvelles appréciations adviennent dans
l'histoire
de
nos Eglises et y génèrent des évolutions qui non
seulement
permettent mais exigent que les questions séparatrices et les
condamnations soient vérifiées et
réexaminées
sous
un
angle nouveau" (n° 7).
La
première phrase du premier développement qui suit, et
qui
est consacré au message biblique, déclare : "Notre
manière commune de nous mettre à l'écoute
de la parole de Dieu dans l'Ecriture Sainte nous a conduits
à
des appréciations nouvelles" (n° 8).
L'unique
numéro consacré, ensuite, à l'importance
ocuménique
de la doctrine de la justification insiste pour
souligner
ceci : "La
réception des données des sciences bibliques,
de
l'histoire de la théologie et de l 'histoire des dogmes, a
permis de
parvenir,
dans le dialogue ocuménique depuis Vatican II, à
un
rapprochement signifcatif à propos de la doctrine de la
justification"
(n° 13).
Le
fort et central développement sur la compréhension
commune
de la justification (n° 14) s'inaugure ainsi :
"L'écoute commune de la Bonne Nouvelle
proclamée
dans I 'Ecriture Sainte ainsi que les dialogues
théologiques
de ces dernières années entre les Eglises
luthériennes
et I 'Eglise catholique romaine ont conduit à une
approche
commune de la conception de la justification".
La
longue explicitation en sept points qui suit ce développement
central
inaugure chacune des sept prises de position qu'elle fait alors sur
autant
de points de doctrine, par la formule "Nous confessons
ensemble
que [...]". Je vais y revenir, bien sûr.
Enfin,
le premier numéro du développement conclusif sur la
signification
et la portée du consensus obtenu s'exprime de cette
manière
(n° 40) :
"La compréhension de la doctrine de la justification
proposée
dans cette Déclaration montre qu 'il existe entre les
luthériens
et les catholiques un consensus dans les
vérités
fondamentales de la doctrine de la justification".
Il
y a donc un consensus qui n'oblige pas à oublier les
différences
; mais, inversement aussi, les différences n'obligent
pas
à nier le consensus.
De
nouveau, on le voit bien : I'attention portée à la
forme
du discours est pleine d'enseignements pour l'accès à
son intention de fond. On vient de vérifier qu'un fil
conducteur
apparaît
en fait tout au long du développement, qui signale
à
l'évidence l'insistance majeure que les rédacteurs ont
voulu
mettre sur le consensus désormais acquis, et leur
détermination à le faire avancer pour leur part.
3.
La citation que je viens de faire du numéro 40 inclut
déjà
une troisième et dernière volonté des
rédacteurs
: celle de respecter les différences d'interprétation
qui peuvent légitimement demeurer entre les
deux
confessions entre lesquelles on relève pourtant désormais
un
consensus
effectif
Ici,
au plan de la forme du discours toujours, il y a un indice dont on
ne
peut aucunement sous-estimer la portée. C'est la manière
dont,
à
sept reprises (mais en reprenant ce qui paraît
déjà,
en introduction, dans le n· 18), sont
formulées
d'un côté la position catholique, et de l'autre
la
position luthérienne, après qu'a été
énoncée
la position commune. A chaque fois, le discours est
structuré
de la manière suivante :
1) "Nous confessons
ensemble"
(et cela revient sept fois) ;
2) "Lorsque les
catholiques
[ou: Lorsque les protestants] affirment ceci, ils
considèrent
[ou ils estiment} que [...] ; ou bien: "il faut
considérer"
[ou: "ils veulent inviter à"] ou
"ils veulent insister sur le fait que [... ]".
Bref
:
1) Voilà ce que nous disons en commun.
2) Lorsque
les
catholiques disent ceci, il faut le comprendre ainsi ; lorsque les
protestants
s'expriment de cette manière, "il faut comprendre
cela".
Telle est la précieuse "clé
herméneutique
de lecture" qui est proposée des
différences
qui demeurent. N'est-ce pas, au plan formel lui-même,
extrêmement
suggestif d'une attitude de dialogue ?
Ce
que j'appelle ici "I'intention des rédacteurs"
telle
qu'elle transparaît dans la forme qu'ils ont de fait
donnée
à
leur discours, peut dès lors être résumée
à
l'aide du n° 5, que voici :
"Telle
est l'intention de la présente Déclaration
commune.
Elle veut montrer que désormais, sur la base du dialogue qui a
eu
lieu, les Eglises luthériennes signataires et l'Eglise
catholique
romaine
sont en mesure de défendre une compréhension commune de
notre
justificaiton par la grâce de Dieu au moyen de la foi en
Christ.
Cette
Déclaration ne contient pas tout ce qui est enseigné
dans
chacune
des Eglises à propos de la justification ; elle exprime
cependant
un
consensus sur des vérités fondamentales de la doctrine
de la
justification,
et montre que les développements qui demeurent
différents
ne sont plus susceptibles de provoquer des condamnations
doctrinales".
3.
L'accord
Je
précise : l'accord, tel qu'il se formule dans le cours
de
la Déclaration. Je vous propose de le saisir plus
particulièrement
à l'aide de trois jalons : n° 15 ; n°
19-21;
n° 28-30, qui correspondent d'ailleurs à des étapes
essentielles
du document.
1.
Un premier jalon nous sera fourni par le numéro 15 :
"Notre foi commune proclame que la justification est
I'oeuvre
du Dieu trinitaire. Le Père a envoyé son Fils dans
le
monde en vue du salut du pécheur. L 'incarnation, la mort et
la
résurrection
du Christ sont le fondement et le préalable de la
justification.
De ce fait, 'justification' signifie que Christ lui
même
est notre justice. Nous participons à cette justice par
I'Esprit
Saint et selon la volonté du Père.
Nous
confessons ensemble que c'est seulement par la grâce, par
le
moyen de la foi en l'action salvifique du Christ, et non sur la base
de
notre
mérite, que nous sommes acceptés par Dieu, et que nous
recevons
I'Esprit Saint qui renouvelle nos coeurs, nous habilite et nous
appelle
à accomplir des oeuvres bonnes".
Nous
sommes "d'accord" là-dessus, nous est-il dit. Il
y
a même là "la base de notre accord".
Faut-il
vraiment
commenter ?
2.
Un deuxième jalon peut et doit être ce qui est dit sur
le
point capital, et souvent encore tenu pour diviseur aujourd'hui, de
l'état
de l'homme devant Dieu - c'est-à-dire : l'état
de l'homme avant la justification et, plus largement, face à
son
salut qu'il n'a pas encore reçu. C'est le premier des 7 points
du
développement
consacré aux conséquences ou aspects de la
doctrine
de la justification (n° 19-21).
La
Déclaration expose d'abord le consensus : "Nous
confessons ensemble que la personne humaine est, pour son
salut,
entièrement dépendante de la grâce salvatrice de
Dieu". Sur la base de ce consensus, les différences
rémanentes
sont réinterprétées, et
réconciliées.
Du côté catholique, on parle de
"coopération" "en vue de la justification et de
son
acceptation" ; mais on précise que "pareille
approbation
personnelle est un effet de la grâce, et non une oeuvre
résultant
des propres forces de l'humain". Du
côté
luthérien, on refuse certes le terme de "coopération" ;
mais c'est parce que l'on veut souligner que
"la personne humaine s'oppose en tant que pécheur d 'une
manière
active à Dieu en son agir salvateur" ; pour
autant, "les luthériens ne nient pas que la personne humaine
puisse
refuser l 'action de la grâce".
Les
approches traditionnellement différentes sont
resituées
les unes par rapport aux autres, après qu'a
été
énoncé le consensus commun. Ainsi :
"Lorsque les Luthériens disent que la grâce de
Dieu
est amour pardonnant, ils ne nient pas la
régénération
de la vie des chrétiens, mais veulent
affirmer
que la justification demeure libre de toute coopération
humaine
et
ne dépend pas non plus des conséquences
régénératrices
de la grâce en la personne humaine"
(n' 23). De leur côté, en disant que "la
grâce
pardonnante de Dieu est toujours liée au don d 'une vie
nouvelle
qui, par l 'Esprit Saint, s 'exprime dans un amour agissant, les
catholiques
(n· 24) ne nient pas que le don divin de la
grâce
demeure, dans la justification, indépendant de la
coopération
humaine" (n· 24).
Lorsque
les uns disent ceci, voilà comment il faut les
comprendre.
Lorsqu'ils disent cela, ils ne nient pas autre chose. Et inversement
pour les autres !
3 .
On peut faire une troisième et demière
vérification
en passant à un autre point, capital lui aussi, du
débat
doctrinal, à savoir I 'état du pécheur une
fois
qu'il est justifié. C'est aussi un sujet de controverse
important
(n° 28-30) ; c'est même le plus développé des
sept
points abordés dans la quatrième partie du document.
"Nous confessons ensemble que dans le baptême, le Saint
Esprit
unit la personne humaine à Christ, la justifie et la
renouvelle effectivement. Malgré cela, le justifié
demeure sa vie durant, et
constamment,
dépendant de la grâce de Dieu qui le justifie pourtant
sans conditions [... ]. Il n 'est pas dispensé de combattre
perpétuellement
la convoitise égoïste du vieil homme qui provoque
I'aversion envers Dieu [...}. Même le justifié doit
quotidiennement
implorer le pardon de Dieu comme dans le Notre Père et
le
pardon lui est toujours à nouveau accordé" (n°
28).
Voilà
le consensus. Ensuite viennent les différences
persistantes.
Elles sont insérées dans le consensus, elles ne lui
sont
pas juxtaposées. Elles sont manifestées comme lisibles
à
l'intérieur de lui. Pour les luthériens, l'homme
"reconnaît
par la loi qu 'il demeure aussi totalement
pécheur,
que le péché habite encore en lui car il ne cesse
de
placer sa confiance dans de faux dieux et n 'aime pas Dieu avec cet
amour
sans
partage que Dieu son créateur exige de lui. Cette aversion
envers
Dieu
est, en tant que telle, véritablement péché"
(n°
29).
Est-ce
qu'alors rien n'a changé sous l'effet de la grâce ?
C'est,
bien sûr, la question que posent traditionnellement les
catholiques. Réponse des luthériens (n° 29) :
"Cependant, par le mérite du Christ, le pouvoir
aliénant
du péché est brisé. Le péché
n'est
plus péché 'dominant' le chrétien, car il est
'dominé'
par le Christ, auquel le justifié est lié par la
foi"
A
l'inverse, est-ce que les catholiques minimiseraient le
péché
qui reste dans l'homme justifié, ou bien
l'attachement
au péché ou l'inclination au péché
qui
continuent de marquer son existence ? Réponse : "Ils
[... ] pensent que la grâce de Jésus Christ
conférée
dans le baptême extirpe tout ce qui est "vraiment"
péché,
tout ce qui est vraiment condamnable (Rm 8,1). Ils
affirment
cependant qu'une tendance venant du péché et poussant
au
péché (concupiscence) subsiste en la personne humaine.
Etant
donné
que, selon la conviction catholique, un élément
personnel
est requis pour qu'il y ait péché humain, ils
considèrent
que l 'absence de cet élément ne permet plus d'appeler
péché, au sens propre du terme, la tendance
opposée
à Dieu.
Ils
ne veulent pas par là nier le fait que cette tendance ne
correspond
pas au plan initial de Dieu envers I 'humain, ni qu'elle est
objectivement aversion envers Dieu et I'objet d 'un combat
perpétuel.
Reconnaissants
pour le salut par le Christ, ils veulent mettre en
évidence
que cette tendance opposée à Dieu ne
mérite
pas la punition de la mort éternelle et qu'elle ne
sépare
plus le justifié de Dieu. Si, malgré cela, le
justifié
se sépare volontairement de Dieu, une observation
renouvelée
des commandements est insuffsante. Le justifié doit
alors
recevoir, dans le sacrement de la réconciliation, le pardon et
la
paix
au moyen de la parole du pardon qui lui est accordé sur la
base de
l'action
salvatrice de Dieu (n° 30).
Dans
la position catholique, on va donc jusqu'à faire place
à
une sacramentalité de la pénitence, du pardon et de la
réconciliation. C'est dire que l'on ne conteste pas l'emprise
que le
péché
peut garder chez le justifié !
Inutile
de poursuivre l'enquête au-delà de ces trois
vérifications. Ne
suffisent-elles pas amplement à manifester
l'accord,
et l'essentiel de sa teneur ?
4.
La portée
Nous
avons d'abord pris acte du contenu de notre document; ensuite, nous
avons
successivement bien perçu l'intention qui le porte, et
dûment
enregistré l'accord qu'il énonce et explicite. Reste
à
terminer par quelques indications sur la portée de tout
cela.
Pour la présenter, je me reporte à la dernière
partie,
à la conclusion de la Déclaration,
intitulée
: "La signification de la portée du consensus
obtenu".
J'aurai trois points.
1.
Nous sommes conviés à nous faire à l'idée
qu'est
désormais à portée de main, un acquis
considérable
du point de vue historique et de portée majeure
au
plan doctrinal. Il ne faut pas nous y tromper : comme le disait
Jean-Paul
II, "c'est un moment de grâce" que nous vivons à
cet
égard,
et ce ne peut être qu'une bonne nouvelle ! Je sais bien que
l'accord
de Rome n'est pas tout à fait acquis. Tout porte
néanmoins
à penser qu'il est en bonne voie (1) . En ce sens, la
nomination de Mgr
Kasper
au Conseil pontifical pour l'Unité des chrétiens est un
signe
non ambigu.
Je
sais bien, aussi, que nombre de théologiens luthériens
allemands,
à commencer par E. Jüngel, ont refusé leur
adhésion.
Je ne crois pourtant pas qu'il faille ici se laisser
impressionner.
Ces théologiens n'ont en effet pas été
suivis
par les responsables des Eglises luthériennes allemandes,
puisque
ceux-ci
et leurs synodes ont, au contraire, approuvé la
Déclaration.
N'a-t-on pas là, du reste, un cas très
intéressant
où l'on peut enregistrer qu'il arrive à
l'autorité
pastorale d'être en avance sur les prises de position
des
théologiens... auxquels on doit pourtant manifestement une
bonne
part
de l'avancée réalisée ?
2.
Les communautés chrétiennes sont loin d'avoir fait passer
dans les faits les accords conclus (et en voie d'être reconnus
officiellement) par les "autorités en cause". Mais
le lieu
où
des avancées peuvent s'opérer n'est pas officiellement
seulement celui du dialogue entre les Eglises. Le consensus mis
à
jour
concernant "les vérités fondamentales de la
justification" doit avoir des conséquences et faire ses
preuves
dans
la vie et l'enseignement de chacune des Eglises prises comme
telles.
Côté
catholique, on gagnera à se re-centrer sans
cesse
sur ce qui est le cour de la foi chrétienne, à
savoir
la
foi au Christ Sauveur, étant entendu que la doctrine de la
justification
n'est qu'une autre manière d'exprimer l'accueil du salut
accompli
par le Christ au bénéfice du monde entier.
Corrélativement,
côté protestant, on aura toujours
intérêt
à consentir à un réajustement de ce
concept "second" qu'est la justification par rapport à la
donnée
première, qui est l'Evangile.
Cela
dit, il est clair que, dans le débat entre les deux
partenaires,
certaines questions, d'importance diverse, demeurent posées
et
exigeront donc une "clarification complémentaire".
"Elles concernent entre autres le rapport entre la Parole de
Dieu
et l'enseignement de l'Eglise, ainsi que la Doctrine de
l'Eglise, de
I'autorité
en son sein, de son unité, du ministère des
sacrements,
enfin le rapport entre justification et éthique sociale"
(n' 43).
3.
Troisième et dernier point que, toujours aussi
brièvement,
je voudrais relever avant de clore : dans le monde d'aujourd'hui, la
crédibilité de la foi chrétienne n'a
qu'à
gagner à se concentrer ainsi sur l'essentiel de la foi, tel
que
l'énonce une pareille Déclaration. Alors, en effet,
elle est
probablement
centrée sur cela même que, dans notre espace culturel
en
tout cas, on est avant tout susceptible de recevoir d'elle. Quitte
à
faire
infiniment trop vite, on pourrait dire que nos contemporains sont
partagés
entre un existentialisme pélagianisant et un
prométhéisme
désespéré. La manière
dont
notre document présente et propose, sous le nom de
"justification", le salut chrétien, peut dès Iors ne pas
manquer
d'intérêt pour eux.
Je
ne saurais mieux terminer, me semble-t-il, qu'en citant le n°
44
"Nous rendons grâce à Dieu pour ce pas
décisif
dans le dépassement de la séparation des Eglises.
Nous
prions l'Esprit Saint de continuer à nous conduire vers cette
unité
visible qui est la volonté du Christ".
Joseph
Doré
Archevêque
de
Strasbourg
PSN
distribue ce texte avec
l'autorisation de l'éditeur
Oecuménisme
Informations, n° 296, juin 1999
Bulletin
mensuel publié
sous les auspices du Conseil d'Eglises Chrétiennes en France
8, rue de la Ville l'Evêque, 75008 PARIS
(1) Depuis cette
intervention,
on sait que la date de la signature a été
fixée
au 31 octobre 1999 à Augsburg, date et lieu hautement
symbolique
! (note de PSN)
Une
analyse
de Claude Ducarroz sur le travail du Groupe des Dombes
VERS
DE NOUVELLES ECONCILIATIONS
Après
"Augsburg"
et "Dominus Jesus", la réussite de l'ocuménisme
- à savoir la réalisation concrète de la
prière de Jésus pour l'unité de ses disciples
(cf. Jn 17) -, ne fera pas l'économie de rapprochements
et finalement d'accords doctrinaux. Il faudra bien que la tunique
de l'Eglise soit raccommodée là où elle
a été déchirée, donc aussi dans les
intelligences.
Tous
les chrétiens connaissent-ils
l'abbé Paul Couturier (1881-1953)? Pionnier de
l'ocuménisme,
ce prêtre de Lyon a été à l'origine
de deux initiatives prophétiques. En 1933, il a lancé
la première Semaine de prières pour l'unité
des chrétiens, qui est maintenant inscrite au calendrier
des Eglises chrétiennes. Par ailleurs, en 1937, il a
fondé
le Groupe des Dombes. Son but? Accélérer le dialogue
doctrinal entre catholiques et protestants. Ce groupe - qui s'est
réuni le plus souvent à l'abbaye des Dombes dans
le diocèse de Belley - compte quarante théologiens
et pasteurs, à savoir vingt catholiques et vingt protestants
(réformés et luthériens). Dans une ambiance
de prière, le groupe a abordé de front les thèmes
les plus brûlants du dialogue doctrinal. Son objectif est
de publier des déclarations communes qui aillent le plus
loin possible dans la convergence et la rencontre des points de vue.
Ainsi,
pour ne citer que les dernières publications, il
a fait connaître le résultat de ses travaux sur
les thèmes suivants: Vers une même foi eucharistique
(1972), Pour une réconciliation des ministères (1973),
Le ministère épiscopal (1976), L'Esprit-Saint,
l'Eglise et les sacrements (1979), Le ministère de communion
dans l'Eglise universelle (1986).
En
1990, un document particulièrement important a été
publié, qui conditionne encore les travaux du groupe.
Il s'agit de Pour la conversion des Eglises. Cette nouvelle
méthode
a été mise en ouvre lors du travail suivant
publié en 1998: Marie dans le dessein de Dieu et la
communion des saints. Depuis lors, un nouveau chantier est
lancé. Il tourne autour de l'autorité doctrinale
dans l'Eglise.
Une
méthode de conversion réciproque
En
publiant Marie dans le dessein de Dieu et la communion
des saints (Bayard, Editions Centurion 1997), ces ocuménistes
ont démontré qu'il était possible de relever
un défi jugé insurmontable. Ils ont réussi
à dire ensemble avec les mêmes mots, le cour
de la foi évangélique à propos de Marie
(chapitre II de la première partie, intitulé "Le
témoignage de l'Ecriture et la confession de la foi").
Ils ont mis en évidence ce qui, semblable sur le fond,
peut cependant être exprimé avec des concepts et
des mots très différents. Ils ont délimité
enfin très loyalement ce qui reste sujet de divergences
voire de désaccords (deuxième partie: "Controverse
et conversion"), mais sans que cela puisse continuer de
justifier entre eux des attitudes d'exclusion.
Au
terme de ce parcours mariologique, le Groupe des Dombes peut
rendre grâces en ces termes: "Nous ne considérons
plus comme séparatrices les divergences relevées.
(...) Tout notre travail a montré que rien en Marie ne
permet de faire d'elle le symbole de ce qui nous sépare"
(nn. 335 et 336).
Augsbourg
1999
Sans
l'avouer, l'accord doctrinal entre l'Eglise catholique et
la Fédération luthérienne mondiale sur la
justification par la foi (31 octobre 1999) participe fondamentalement
de la même méthode. Sur cet autre point chaud, qui
jadis provoqua tant de controverses et même d'excommunications
réciproques, les théologiens et les autorités
de nos deux confessions ont abouti à un accord historique
qui engage notre rapprochement sur des voies pleines
d'espérance.
Là encore, après l'exploration du message biblique
(chapitre 1), on s'est mis d'accord sur le cour de la foi
chrétienne concernant la justification du pécheur
en l'exprimant avec des mots semblables.
D'ores
et déjà, ce qui reste à éclaircir
et à conjuguer est considéré comme incapable
de justifier une divergence séparatrice entre nous. Sur
le point délicat du salut en Christ, nous avons prouvé
que l'unité dans l'essentiel et la diversité dans le
périphérique pouvaient cohabiter, au point de
nous offrir déjà la grâce d'une
réconciliation
infiniment précieuse et surtout très prometteuse.
La conclusion est donc optimiste: "L'enseignement des Eglises
luthériennes présenté dans cette
déclaration
n'est plus concerné par les condamnations du Concile de
Trente. Les condamnations des confessions de foi luthériennes
ne concernent plus l'enseignement de l'Eglise catholique romaine
présenté dans cette déclaration. (...) Nous
rendons grâces à Dieu pour ce pas décisif
dans le dépassement de la séparation des Eglises"
(nn. 41 et 43).
L'Esprit
nous précède
Ce
bout de chemin parcouru ensemble avec succès, là
où il semblait que nous ne pourrions jamais nous retrouver
unis, est un bienfait du Seigneur pour lequel il nous faut tous
rendre grâces. En même temps, une voie nous est
tracée,
qui peut et doit donner des fruits similaires sur d'autres terrains
ocuméniques encore en friche. Avant tout, une méthode
de rapprochement a été expérimentée,
qui nous réapprend à marcher de concert. Elle consiste
en ceci: aller directement au cour du problème avec
la conviction intérieure que l'Esprit nous a déjà
donné rendez-vous là, puisque nous sommes des
frères
beaucoup plus unis que séparés. Osons redire notre
foi commune avec les mots de l'Eglise unie, à partir de
l'Ecriture.
Pour
le reste, il faut distinguer le nécessaire de ce
qui est seulement utile. Même dans l'expression des
vérités
auxquelles nous tenons le plus, nous devons constater que l'histoire
a laissé des traces en forme de scories.
Dépoussiérer
le langage
En
dépoussiérant le langage, en précisant
les intentions et les concepts, nous pouvons arriver à
reconnaître mutuellement des équivalences. C'est
ce que certains conciles ont déjà fait dans le
passé
pour tenter de réconcilier les Eglises d'Orient
et d'Occident. Ainsi du deuxième Concile de Lyon (1274)
et du Concile de Florence (1438-1445) au sujet de la doctrine
trinitaire. Le Concile Vatican II n'a-t-il pas rappelé:
"Autre chose est le dépôt même ou les
vérités de la foi, autre chose la façon selon
laquelle ces vérités sont exprimées,
à condition toutefois d'en sauvegarder le sens et la
signification"
(Gaudium et spes n. 62)? Je rêve des progrès
immenses que nous pourrions faire sur les chemins de la
réconciliation
ocuménique si cet adage conciliaire était
vraiment pris au sérieux dans l'examen d'autres dossiers
chauds, par exemple le ministère pétrinien, pour
exaucer les voux mêmes du pape Jean Paul II (cf. Ut
unum sint nn. 95 et 96).
Diversités
non séparatrices?
Et
puis il restera toujours des différences, car l'unité
selon le modèle trinitaire ("comme le Père
est en moi et moi dans le Père" cf. Jn 17, 21) postule
que la barre de l'unité doctrinale ne soit pas placée
de manière rigide tout au sommet de l'édifice
ecclésial,
ce qui aurait pour conséquence de tout ramener à
l'uniformité monolithique. Il nous faut accepter que certaines
divergences, explicables par l'histoire et les différences
culturelles, puissent continuer d'exister entre nous "dans
les formes diverses de la vie spirituelle et de la discipline,
dans la variété des rites liturgiques et même
dans l'élaboration de la vérité
révélée"
(cf. Vatican II in Unitatis redintegratio n. 4). Peut-être
certaines dissonances, actuellement séparatrices
peuvent-elles,
après un nouvel examen, être considérées
comme admissibles, chaque Eglise continuant d'adhérer
à ses formules et à ses pratiques sans rejeter
hors de la communion ecclésiale celles et ceux qui ne
les adoptent pas ou les expriment autrement.
Un
grand chantier est ouvert devant nous. La façon dont
les Eglises catholique et luthériennes ont franchi les
obstacles après des siècles de polémiques
sur la justification par la foi nous offre de nouvelles
espérances.
Le Groupe des Dombes, à sa modeste place, a peut-être
indiqué un chemin. Il me sera permis de prier pour qu'il
soit poursuivi, tant il me semble porteur de nouveaux accords
et de nouvelles réconciliations.
Claude
Ducarroz
Groupe
des Dombes
Le
Groupe des Dombes était présidé
par le pasteur Alain Blancy et le Père Bruno Chenu. Etait,
en effet, car Alain Blancy, pasteur à Thoiry (Ain, France),
vient de décéder.
Parmi
ses membres suisses figurent le professeur Gottfried Hammann,
de l'Université de Neuchâtel, les pasteurs vaudois
François Altermatt, Guy Lasserre, Willy-René Nussbaum
et Antoine Reymond, une religieuse de Grandchamp, Sour
Christiane
Méroz, et un seul prêtre catholique, Claude Ducarroz.
Tous
les documents déjà publiés peuvent
être demandés dans les librairies chrétiennes
ou directement à l'Abbaye Notre-Dame des Dombes, F-01330
Le Plantay, téléphone 0033 4 74 98 14 40, fax 0033
4 74 98 16 70.
Texte
dans e+m n. 31, pp. 972-975.