http://www.zenit.org/french/archives/9910/ZF991031.html

ZENIT, 31 octobre 1999 - Le monde vu de Rome

SAINT SIÈGE
Accord historique entre catholiques et luthériens
Jean-Paul II se réjouit de l'accord entre luthériens et catholiques
Le Pape publiera un message pour les prisonniers à l'occasion du Jubilé
Face à l'agression russe le président de Tchétchénie demande l'aide du Pape
MONDE
Apparition insolite de Jean-Paul II dans un quotidien chinois
SAINT-SIÈGE
ACCORD HISTORIQUE ENTRE CATHOLIQUES ET LUTHÉRIENS
Signature de la déclaration commune sur la justification aujourd'hui à Augsburg
CITÉ DU VATICAN, 31 oct. (ZENIT) - Luthériens et catholiques ont fait aujourd'hui un pas historique en levant les condamnations qui pesaient sur chacun d'eux en raison de divergences théologiques remontant au temps de Martin Luther.
La date et la ville désignée pour la signature de cet accord n'ont pas été choisies au hasard. C'est à Augsburg, en Allemagne que Martin Luther, fondateur du protestantisme publia en 1517 les 95 thèses sur les indulgences. Une rencontre entre luthériens et catholiques a commencé à Augsburg vendredi et s'est terminée aujourd'hui avec la signature par les deux parties de la Déclaration Commune de l'Église Catholique et de la Fédération Luthérienne Mondiale sur la doctrine de la justification.

Le Cardinal Edward I. Cassidy, président du Conseil Pontifical pour la Promotion de l'Unité des Chrétiens a représenté l'Église catholique pour la signature de cet accord.
"C'est un jour historique pour le mouvement oecuménique moderne", avait déclaré le Cardinal Cassidy dans un communiqué publié vendredi. "L'accord auquel nous sommes parvenu avec la Fédération Luthérienne Mondiale sur des vérités fondamentales concernant la doctrine de la justification a une signification importante non seulement pour les deux parties impliquées directement mais aussi pour tout le mouvement oecuménique, car la doctrine de la justification est au coeur de la foi chrétienne. Ce sont essentiellement les différentes interprétations de cet enseignement fondamental du christianisme qui ont provoqué les disputes qui ont amené la Réforme".

Le cardinal australien a ajouté : "Il est évident qu'il ne s'agit pas de la fin d'un cheminement concernant notre dialogue sur cette question et ses conséquences. Comme le souligne la Déclaration Commune sur la Doctrine de la Justification, il reste encore beaucoup de travail à faire. Mais ce pas devait nécessairement être fait avant de pouvoir aller plus loin".

La phrase clé du document qui résume l'interprétation commune de la justification de la part des catholiques et des luthériens se trouve dans le paragraphe n. 15 : "Nous confessons ensemble que nous sommes acceptés par Dieu et nous recevons l'Esprit Saint qui renouvelle nos coeurs, nous revêt de sa force et nous appelle à réaliser de bonnes oeuvres, non pas sur la base de nos mérites mais uniquement en vertu de la grâce et de la foi dans l'oeuvre salvifique du Christ".
ZF99103101

LE PAPE SE RÉJOUIT DE L'ACCORD ENTRE LUTHÉRIENS ET CATHOLIQUES
"Une pierre angulaire dans le cheminement oecuménique complexe"
CITÉ DU VATICAN, 31 oct. (ZENIT) - Jean-Paul II a déclaré ce matin qu'il se réjouissait de la signature de la Déclaration Commune de l'Église catholique et de la Fédération Luthérienne Mondiale sur la doctrine de la justification par la foi, qui a eu lieu ce matin dans la ville allemande de Augsburg.

"Il s'agit d'une pierre angulaire pour le cheminement complexe du rétablissement de l'unité totale entre les chrétiens", a déclaré l'évêque
de Rome ce matin, devant les milliers de fidèles réunis pour la prière de l'Angélus, Place Saint Pierre.

Le Saint Père a précisé que le fait que cet événement ait lieu "précisément dans la ville où fut écrite en 1530 une page décisive de la Réforme luthérienne avec la 'Confessio Augustana'", était particulièrement significatif.

Étape dans le cheminement oecuménique
Ce document constitue selon Jean-Paul II "une base sûre pour poursuivre la recherche théologique oecuménique et pour affronter les difficultés qui subsistent encore, avec une espérance plus solide de les voir se résoudre à l'avenir. Il s'agit en même temps d'une contribution extraordinaire à la purification de la mémoire historique et au témoignage commun".

Le Pape a rendu grâce à Dieu d'avoir pu être témoin de cet "objectif intermédiaire à travers le chemin difficile mais également plein de joies
de l'unité et de la communion entre les chrétiens". Il a expliqué que ce pas "offre une réponse significative au désir du Christ qui, avant sa
passion avait prié le Père pour que tous ses disciples soient un". Il a par ailleurs reconnu qu'il voyait se réaliser un désir qu'il avait mentionné dans sa lettre de 1994 "Tertio Millennio Adveniente" (n. 34) dans laquelle il donnait un nouvel élan au cheminement oecuménique "afin que nous puissions nous présenter, lors du grand Jubilé, sinon totalement unis, du moins beaucoup plus près de surmonter les divisions du deuxième millénaire".

Le Pape a terminé en remerciant "tous ceux qui ont prié et travaillé pour rendre cette déclaration commune possible". Il a également rappelé que le Synode des Évêques de l'Europe, qui s'est terminé au Vatican le 23 octobre dernier, et auquel ont également participé des représentants d'autres confessions chrétiennes, a mentionné le dialogue oecuménique parmi les signes d'espérance dans un continent qui fut le témoin de presque toutes les divisions qui ont eu lieu entre les chrétiens.
Jean-Paul II a rappelé également que dimanche prochain l'Italie célèbre la Journée nationale pour la recherche sur le cancer, invitant "les
scientifiques et ceux qui soutiennent la recherche, ainsi que ceux qui accompagnent quotidiennement les personnes souffrant de cette maladie, à poursuivre leur activité généreuse". Il a par ailleurs encouragé la société civile et la communauté chrétienne à soutenir tous les efforts visant à vaincre la maladie du cancer pour redonner espoir aux malades et à leurs familles.
ZF99103102

ZENIT- www.zenit.org/french.

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http://www.adventiste.org/communications/bia/decembre_99.htm#luthero-catholique

Augsburg, Allemagne - La Déclaration luthéro-catholique sur la justification par la foi

Les représentants des Églises catholique romaine et luthérienne ont signé un accord sur la doctrine de la justification, lors d'une célébration tenue à Augsburg, le 31 octobre. Le document, intitulé: "Une Déclaration commune sur la doctrine de la justification", a pour but de gommer la différence de compréhension à l'origine de la réformation protestante, en 1517, lorsque Martin Luther a affiché ses 95 thèses sur la porte de l'église de Wittenberg. L'accord a été salué comme un pont par-dessus le fossé qui divisait les chrétiens. Cependant, les problèmes ne sont pas tous résolus. Ekkehardt Mueller, directeur adjoint de l'Institut de recherche biblique de l'Église adventiste, commente: "Un progrès remarquable semble avoir été fait. Mais, des différences demeurent comme celles, par exemple, concernant la compréhension du péché. Certaines de ces dissemblances sont reconnues ouvertement. Parfois, il semble même que certains mots aient été redéfinis comme lorsqu'on parle "d'ouvres méritoires".
Comment la mariologie, le système des indulgences et d'autres doctrines ou pratiques influencent-elles la compréhension de la justification par la foi? Ces questions ne sont pas abordées." Il s'agit donc d'attendre pour voir comment cette déclaration commune va façonner, non seulement la théologie, mais aussi la pratique des deux dénominations. Durant le service de célébration à Augsburg, l'évêque Christian Krause, président de la Fédération luthérienne mondiale, a insisté sur l'importance de cet accord. Jean-Paul II, quant à lui, a qualifié cette déclaration de "borne" dans le processus ocuménique. "Les adventistes du 7e jour se réjouissent de chaque effort fait pour étudier la Parole de Dieu, dit E. Mueller, spécialement la doctrine de la justification par la foi. Les adventistes confirment leur attachement au principe "sola
scriptura", l'Écriture seule, mais ils insistent aussi sur la "sola gratia", la grâce seule et sur la "sola fides", la foi seule. Ils confessent également que la justification par grâce, au moyen de la foi, est une doctrine qui nécessite, dans chaque Église, une réflexion continue
et une application renouvelée dans la vie des communautés."

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http://www.catholink.ch/em/index/20000113.html

Semaine de l'unité du 18 au 25 janvier 2000
AUGSBURG ANNONCE UN MILLENAIRE DE RECONCILIATION
En automne 1986, les chrétiens de Genève avaient célébré une grande fête ocuménique intitulée "Chrétiens pour l'an 2000". Or nous y voici en l'an 2000. Qu'est donc devenue cette espérance sur le plan universel? L'analyse de l'abbé Pierre Vuichard.
Qu'est-elle devenue? Un événement ocuménique de première grandeur qui annonce un millénaire de réconciliation. Ce qui s'est passé le 31 octobre à Augsburg: un "accord différencié" entre l'Eglise luthérienne et l'Eglise catholique sur ce qui fut le noud de la rupture au 16e siècle: la justification par la foi. On en est là dans l'ordre de la théologie. Ce sont des positions théologiques différentes qui ont déchiré l'Eglise. C'est en les réconciliant qu'on réconciliera les Eglises. On entend dire: "Arrêtons de discuter et agissons ensemble". Si on veut dire : cessons de nous poser les questions essentielles qui expliquent nos différences - donc des questions théologiques - et prouvons le mouvement en marchant. on nie la "justification de la foi". En effet, nous partons de l'homme et non pas de Dieu! Il est vrai que même des voix réformées se sont élevées pour dire: dépassons ces vieux contentieux du 16e siècle auxquels l'homme d'aujourd'hui ne comprend rien et traitons ensemble de choses modernes; trouvons un langage adapté à notre temps.

L'importance de la justification
Tel n'a pas été le vou des Eglises luthériennes. Même si l'expression "justification par la seule grâce de Dieu au moyen de la foi" est loin d'être claire aux yeux d'une multitude de protestants, ce thème a passionné et mobilisé la Fédération des Eglises luthériennes mondiale pendant de nombreuses années. Je me suis même laissé dire que le dialogue avec les catholiques leur a fait trouver entre elles un consensus qu'elles n'avaient pas obtenu auparavant. Pour elles, il en va purement et simplement de "l'existence chrétienne", du rapport de l'homme à Dieu: chose incontournable dans toutes les confessions chrétiennes. Ça peut se traduire en langage théologique, mais d'abord ça
se vit au ras de son être de chrétien à partir du petit enfant au catéchisme.

Notre Dieu familier
Le "Dieu avec nous" des catholiques avait paru à Luther trop familier ou au contraire trop menaçant pour l'homme. Pour lui la personne humaine était d'emblée définie par rapport à Dieu, dans une situation de salut ou de non-salut, c'est-à-dire de péché. Elle ne trouve pas son identité dans ce qu'elle fait, expérimente, réalise, ni dans son dévouement pour les autres, ni même pour la cause de l'ocuménisme, mais en ce qu'elle est pour Dieu et par Dieu. Ceci devait signer la fin de l'activisme, mais personne n'est logique jusqu'au bout! La dispute, puis le dialogue luthéro-catholique, portait sur l'essentiel du christianisme: ce que devient l'homme devant Dieu.

L'homme reste pécheur
Le Dieu de Luther remplit tellement la relation Dieu-homme par sa puissance de justice qu'il ne revient à l'homme que de dire un "oui passif", de la foi, à l'action de la grâce. Ce Dieu reste toujours terriblement Dieu, c'est-à-dire paradoxal. Il nous pardonne en nous donnant une justice étrangère à nous. Il est infiniment miséricordieux, mais craindrait que l'homme se croie autorisé à tirer les dividendes ce de
pardon: l'homme reste pécheur. La signature de la convention du 31 octobre a mis d'accord luthériens et catholiques sur de nombreux points essentiels de cette doctrine tirée en droite ligne de saint Paul. Mais on prend soin de marquer des différences d'approche. Ainsi un catholique ne partagera pas la radicalité luthérienne telle que je viens de la résumer en la simplifiant. Il lui suffira de dire que le oui à la grâce est déjà dans la grâce et que l'être pardonné garde le sentiment de son immense fragilité et de toujours se devoir tout entier à quelqu'un d'autre.

Que signifie être sauvé?
Ces différences d'approche soigneusement soulignées et non condamnées créent une sorte de marge intermédiaire de liberté où le peuple chrétien va faire son expérience de salut (!) Un jour on pourra en rendre compte, espérons-le, d'une seule voix. Somme toute, que signifie "être sauvé"? Le peuple luthérien et ses synodes ont joué un rôle important d'appréciation spirituelle dans l'établissement de cet accord, débordant même les réticences de ses théologiens. Qu'il poursuive, que nous poursuivions tous cette réflexion fondamentale. On le fera d'autant mieux qu'on pourra s'appuyer sur les textes de vulgarisation qu'on nous promet. Et les théologiens luthériens? Un très grand nombre ont boudé les fêtes d'Augsburg. Ils craignaient, dit-on, que si l'Eglise catholique adhérait à la "justification par la foi", l'Eglise luthérienne y perde son identité. C'est pourquoi ils ont mis la barre théologique de cette identité très haut. Ils ont renchéri et radicalisé la position luthérienne.

Satisfaire la foi ou la raison?
C'est là qu'on assiste à une tentation de la théologie que n'a jamais eue aucun concile. On fourbit des synthèses en poussant les raisonnements jusqu'au bout. On croit qu'elles satisfont à la foi, mais c'est plutôt à la raison, avec le souci de marquer les arêtes et de se distinguer de ceux qui pensent autrement. N'y aurait-il pas là une fierté d'intellectuel? La vérité de l'Evangile dont parle saint Paul n'est
pas aiguisée ainsi. Elle est douce et forte. Elle est simple au point que tout chrétien peut la saisir et la vivre. Ainsi heureusement que les Eglises luthériennes, tout en défendant clairement leurs positions traditionnelles, ont gardé une juste mesure. Le temps n'est tant à
la discussion qu'à la pratique. Et les catholiques ont un immense chemin à faire pour vivre ce qu'ils ont signé le 31 octobre. Un seul exemple: une certaine religiosité populaire aime pouvoir donner à Dieu des gages de bonne volonté au moment de demander une grâce. Pour être plus sûre de l'obtenir. Il nous reste à savoir demander à Dieu n'importe quel don spirituel ou matériel, la force contre la tentation ou la guérison de son enfant, au nom d'une pure et simple confiance, dans la foi simple, sans signe apparent, simplement parce qu'il est Père et que nous sommes ses enfants bien aimés. Dans l'ocuménisme la grâce des grâces n'est pas seulement de se sentir les mêmes êtres
humains devant Dieu, mais de reconnaître le même Dieu et la même approche de Dieu. Je n'oserais pas dire banalement que c'est l'essentiel. C'est le tout!
Pierre Vuichard

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http://www.portstnicolas.org/oec/oec1a.htm

Le pont: Oecuménisme et dialogue interreligieux > Les avancées de l'oecuménisme > Enjeux et contenu de la Déclaration commune luthéro-catholique sur la justification
Enjeux et contenu de la Déclaration commune luthéro-catholique sur la justification
Mgr Joseph Doré, Archevêque de Strasbourg
A l'invitation de la Commission doctrinale et de la Commission pour l'unité des Chrétiens, de nombreux évêques de France ont consacré la journée du 23 mars 1999 à l'étude de la Déclaration commune sur la justification. Trois intervenants avaient été sollicités: le professeur Harding Mayer - un des rédacteurs de la Déclaration commune -, le P. Joseph Hoffmann, et Mgr Joseph Doré, dont nous sommes heureux de publier I'intervention grâce à l'intermédiaire du Secrétariat national pour l'Unité des Chrétiens. Ce bref exposé vient après deux autres, le premier a fait état des dialogues qui en ont assuré la préparation, le second en a présenté les modalités d'élaboration. Nous sommes donc bien préparés à nous concentrer maintenant sur le contenu même des documents ... quitte à préciser que je n'évoquerai pas ce dernier sans m'efforcer de manifester les enjeux de la Déclaration qui l'expose. Ce sera, bien sûr, le meilleur moyen de faire apparaître, pour finir sa portée réelle. J'aurai quatre étapes :
1. Le contenu tel qu'il s'affiche dans le plan même du texte
2. L'intention telle qu'elle transparaît dans la forme du discours
3. L'accord tel qu'il se formule dans le cours de la Déclaration
4. La portée telle qu'elle résulte de la conclusion du document.

1. Le contenu.
Sur quoi porte exactement la déclaration ? Quel est son contenu précis ?
Pour répondre à cette question, qui est évidemment première à tous égards, le plus simple est de se reporter au plan du texte lui-même, dans sa troisième mouture, celle à laquelle ont abouti les travaux du groupe (luthéro-catholique) rédacteur. Rédigé d'abord en allemand, I'ensemble comporte quarante quatre numéros, sous le titre "La Doctrine de la justification" auquel a été adjoint le sous-titre "Déclaration commune de la Fédération luthérienne mondiale et de l'Église catholique romaine".

On a tout d'abord un Préambule ; il situe brièvement le texte qui va suivre à la fois dans le contexte qui a conduit à son élaboration et selon la finalité que lui donnent ses signataires (n° 1 à 7).

Vient alors un premier développement, consacré au "message biblique" concernant la justification. Que le premier point de la Déclaration porte ainsi sur l'Ancien (n° 8) et surtout le Nouveau Testament (n° 9 à 12), manifeste évidemment d'emblée la référence essentielle, commune aux deux groupes partenaires : les membres de l'un et de l'autre se sont mis "à l'écoute de la Parole de Dieu dans l'Ecriture
Sainte" (n° 8-12). Fondamentalement, ils entendent bien ne faire qu'en répercuter l'enseignement. Reprenant, pour en souligner l'importance, un point qui est déjà venu dans le préambule, un deuxième développement, très bref puisqu'il ne va comporter qu'un numéro (le n° 13), vient souligner le caractère, je cite : "fondamental et indispensable d'une réflexion sur la justification". Il s'agit en effet là d' un problème ocuménique de première grandeur et de grande actualité.
Du n° 14 au n° 18, est exposé ce qui est appelé la "compréhension commune de la justification". C'est un fait, nous dit-on, que sur ce point de doctrine capital, il y a "consensus dans les vérités fondamentales".

Cette "compréhension commune" est ensuite explicitée, puis "développée" en détail. Sept points sont alors successivement abordés, dans le but de manifester comment les deux instances partenaires se situent à propos de chacun d'eux.

Le premier prend en compte la position "de départ", qui est celle de l'homme devant Dieu : avant de parler d'une justification, on traite de la situation de celui qui est susceptible de la recevoir. Celle-ci est caractérisée comme "I'incapacité et le péché de la personne humaine
face à la justification" (n° 19 à 21).
Un deuxième point expose que l'intervention de la justification a pour effet de pardonner le péché et de rendre juste (n° 22-24), avant qu'un troisième point vienne préciser que cet effet est atteint "par la grâce moyennant la foi" (n° 25-27). On continue en détaillant assez longuement ce qui résulte en l'homme de la justification que Dieu lui donne en Christ, à savoir: I'état (ou l'existence) de "pécheur justifié" (n° 28-30). On le voit: la logique de l'exposé est assez transparente: on commence par s'interroger sur la situation de l'homme avant la justification; on poursuit en caractérisant l'effet de cette dernière, puis en précisant le moyen par lequel on en bénéficie; on en vient alors à s'expliquer sur la situation de l'homme après que la justification lui a effectivement été conférée.

Restent trois points pour exposer quelques conséquences de la justification ainsi donnée à l'homme, et qui le met en l'état qui a ensuite été
précisé. On nous explique successivement :

comment comprendre le passage, effectivement accompli pour le justifié, du régime de la Loi à celui de l'Evangile (n° 31-33) ;
la certitude du salut dans laquelle il est désormais établi (n° 34-36) ;
la valeur salvifique réelle des bonnes oeuvres qu'il est en mesure d'accomplir une fois justifié (n° 37-39).

5. L'ensemble du document se clôt sur un dernier développement, qui consacre les cinq derniers numéros de la Déclaration (n° 40-44) à "la signification et à la portée du consensus obtenu".

2. L'intention
Si j'ai cru bon de présenter le contenu de notre document à partir du plan du texte lui-même, il m'a semblé intéressant, corrélativement, de manifester son "intention" à partir de la forme du discours. Cette intention générale me paraît de fait se traduire dans une triple volonté, assez repérable justement à travers la présentation formelle du document: Il y a, tout d'abord, la volonté d'inviter à se responsabiliser par rapport à l 'histoire effective des deux communautés en cause.
Il y a, ensuite, la volonté de faire enregistrer et de faire avancer un consensus, qu'on tient d'ores et déjà pour effectif entre catholiques et luthériens.
Il y a, enfin, la volonté de respecter les différences d'interprétation qui demeurent pourtant, au-delà même du consensus réalisé, mais dont on tient à montrer en quoi et pour quoi elles peuvent - voire doivent être désormais tenues pour non séparatrices.
1. Une première volonté des rédacteurs du document apparaît bien être d'inviter les deux communautés en cause à se responsabiliser par rapport à leur histoire. On en a la preuve évidente, me semble-t-il, dans le fait que, quant à sa forme, la Déclaration a tenu à se donner à la fois un préambule et une annexe qui n'ont pas d'autre but que de nous renvoyer à l'histoire.
D'une part, un "préambule" tient à rappeler dès son premier numéro que - je cite : "centrale pour la réforme luthérienne du XVIe siècle", la doctrine de la justification a été l'occasion "de condamnations [réciproques] qui restent en vigueur aujourd'hui et dont les conséquences sont séparatrices d'Eglise". D'autre part, on a voulu rajouter une annexe dans laquelle on fait explicitement et abondamment état des nombreuses sources auxquelles la Déclaration a pu se référer, et qui représentent une autre donnée historique massive par rapport à laquelle on invite à se situer, et qu'on invite à assumer: la compréhension commune à laquelle on est désormais arrivé. Autant il est historique qu'il y a eu des différences séparatrices dont les effets demeurent à travers l'histoire et jusqu' à nous, autant il est historique, aussi, qu'un rapprochement notable paraît devoir être enregistré à notre époque. Dans cette même histoire où nous avons vécu et avons encore à vivre de graves séparations, il nous est maintenant donné de vivre, tout aussi historiquement, un vrai début de consensus. Nous sommes invités à reconnaître là quelque chose cornme un signe des temps, quelque chose comme un don de Dieu.
On le voit bien des lors, l'inclusion formelle qui insère la déclaration comme telle entre un préambule et une annexe conçus comme je viens de le dire, manifeste à l'évidence une première volonté caractéristique de l'intention des signataires: celle d'assumer dans toute son amplitude - des origines de la séparation aux rapprochements d'aujourd'hui -, l'histoire des deux Eglises ou groupes d'Eglises en cause.
2. Une deuxième volonté des rédacteurs du document est à la fois defaire enregistrer et de faire avancer ce consensus fondamental désormais tenu pour acquis. Cela est tout à fait clair si, à nouveau, on se rend attentif à la forme du docurnent.

La dernière phrase du préambule précise : "Cette déclaration commune [... } est portée par la conviction que de nouvelles appréciations adviennent dans l'histoire de nos Eglises et y génèrent des évolutions qui non seulement permettent mais exigent que les questions séparatrices et les condamnations soient vérifiées et réexaminées sous un angle nouveau" (n° 7). La première phrase du premier développement qui suit, et qui est consacré au message biblique, déclare : "Notre manière commune de nous mettre à l'écoute de la parole de Dieu dans l'Ecriture Sainte nous a conduits à des appréciations nouvelles" (n° 8). L'unique numéro consacré, ensuite, à l'importance
ocuménique de la doctrine de la justification insiste pour souligner ceci : "La réception des données des sciences bibliques, de l'histoire de la théologie et de l 'histoire des dogmes, a permis de parvenir, dans le dialogue ocuménique depuis Vatican II, à un rapprochement signifcatif à propos de la doctrine de la justification" (n° 13).
Le fort et central développement sur la compréhension commune de la justification (n° 14) s'inaugure ainsi : "L'écoute commune de la Bonne Nouvelle proclamée dans I 'Ecriture Sainte ainsi que les dialogues théologiques de ces dernières années entre les Eglises luthériennes et I 'Eglise catholique romaine ont conduit à une approche commune de la conception de la justification".
La longue explicitation en sept points qui suit ce développement central inaugure chacune des sept prises de position qu'elle fait alors sur
autant de points de doctrine, par la formule "Nous confessons ensemble que [...]". Je vais y revenir, bien sûr. Enfin, le premier numéro du développement conclusif sur la signification et la portée du consensus obtenu s'exprime de cette manière (n° 40) : "La compréhension de la doctrine de la justification proposée dans cette Déclaration montre qu 'il existe entre les luthériens et les catholiques un consensus dans les vérités fondamentales de la doctrine de la justification".
Il y a donc un consensus qui n'oblige pas à oublier les différences ; mais, inversement aussi, les différences n'obligent pas à nier le consensus. De nouveau, on le voit bien : I'attention portée à la forme du discours est pleine d'enseignements pour l'accès à son intention de fond. On vient de vérifier qu'un fil conducteur apparaît en fait tout au long du développement, qui signale à l'évidence l'insistance majeure que les rédacteurs ont voulu mettre sur le consensus désormais acquis, et leur détermination à le faire avancer pour leur part.
3. La citation que je viens de faire du numéro 40 inclut déjà une troisième et dernière volonté des rédacteurs : celle de respecter les différences d'interprétation qui peuvent légitimement demeurer entre les deux confessions entre lesquelles on relève pourtant désormais un
consensus effectif Ici, au plan de la forme du discours toujours, il y a un indice dont on ne peut aucunement sous-estimer la portée. C'est la manière dont, à sept reprises (mais en reprenant ce qui paraît déjà, en introduction, dans le n· 18), sont formulées d'un côté la position catholique, et de l'autre la position luthérienne, après qu'a été énoncée la position commune. A chaque fois, le discours est structuré de la manière suivante :
1) "Nous confessons ensemble" (et cela revient sept fois) ;
2) "Lorsque les catholiques [ou: Lorsque les protestants] affirment ceci, ils considèrent [ou ils estiment} que [...] ; ou bien: "il faut considérer" [ou: "ils veulent inviter à"] ou "ils veulent insister sur le fait que [... ]".
Bref :
1) Voilà ce que nous disons en commun.
2) Lorsque les catholiques disent ceci, il faut le comprendre ainsi ; lorsque les protestants s'expriment de cette manière, "il faut comprendre
cela". Telle est la précieuse "clé herméneutique de lecture" qui est proposée des différences qui demeurent. N'est-ce pas, au plan formel lui-même, extrêmement suggestif d'une attitude de dialogue ? Ce que j'appelle ici "I'intention des rédacteurs" telle qu'elle transparaît dans la forme qu'ils ont de fait donnée à leur discours, peut dès lors être résumée à l'aide du n° 5, que voici :
"Telle est l'intention de la présente Déclaration commune. Elle veut montrer que désormais, sur la base du dialogue qui a eu lieu, les Eglises luthériennes signataires et l'Eglise catholique romaine sont en mesure de défendre une compréhension commune de notre justificaiton par la grâce de Dieu au moyen de la foi en Christ. Cette Déclaration ne contient pas tout ce qui est enseigné dans chacune des Eglises à propos de la justification ; elle exprime cependant un consensus sur des vérités fondamentales de la doctrine de la justification, et montre que les développements qui demeurent différents ne sont plus susceptibles de provoquer des condamnations doctrinales".

3. L'accord
Je précise : l'accord, tel qu'il se formule dans le cours de la Déclaration. Je vous propose de le saisir plus particulièrement à l'aide de trois jalons : n° 15 ; n° 19-21; n° 28-30, qui correspondent d'ailleurs à des étapes essentielles du document.
1. Un premier jalon nous sera fourni par le numéro 15 : "Notre foi commune proclame que la justification est I'oeuvre du Dieu trinitaire. Le Père a envoyé son Fils dans le monde en vue du salut du pécheur. L 'incarnation, la mort et la résurrection du Christ sont le fondement et le préalable de la justification. De ce fait, 'justification' signifie que Christ lui même est notre justice. Nous participons à cette justice par
I'Esprit Saint et selon la volonté du Père. Nous confessons ensemble que c'est seulement par la grâce, par le moyen de la foi en l'action salvifique du Christ, et non sur la base de notre mérite, que nous sommes acceptés par Dieu, et que nous recevons I'Esprit Saint qui renouvelle nos coeurs, nous habilite et nous appelle à accomplir des oeuvres bonnes". Nous sommes "d'accord" là-dessus, nous est-il dit. Il y a même là "la base de notre accord". Faut-il vraiment commenter ?
2. Un deuxième jalon peut et doit être ce qui est dit sur le point capital, et souvent encore tenu pour diviseur aujourd'hui, de l'état de l'homme devant Dieu - c'est-à-dire : l'état de l'homme avant la justification et, plus largement, face à son salut qu'il n'a pas encore reçu. C'est le premier des 7 points du développement consacré aux conséquences ou aspects de la doctrine de la justification (n° 19-21).
La Déclaration expose d'abord le consensus : "Nous confessons ensemble que la personne humaine est, pour son salut, entièrement dépendante de la grâce salvatrice de Dieu". Sur la base de ce consensus, les différences rémanentes sont réinterprétées, et réconciliées. Du côté catholique, on parle de "coopération" "en vue de la justification et de son acceptation" ; mais on précise que "pareille approbation personnelle est un effet de la grâce, et non une oeuvre résultant des propres forces de l'humain". Du côté luthérien, on refuse certes le terme de "coopération" ; mais c'est parce que l'on veut souligner que "la personne humaine s'oppose en tant que pécheur d 'une
manière active à Dieu en son agir salvateur" ; pour autant, "les luthériens ne nient pas que la personne humaine puisse refuser l 'action de la grâce". Les approches traditionnellement différentes sont resituées les unes par rapport aux autres, après qu'a été énoncé le consensus commun. Ainsi : "Lorsque les Luthériens disent que la grâce de Dieu est amour pardonnant, ils ne nient pas la régénération de la vie des chrétiens, mais veulent affirmer que la justification demeure libre de toute coopération humaine et ne dépend pas non plus des conséquences régénératrices de la grâce en la personne humaine" (n' 23). De leur côté, en disant que "la grâce pardonnante de Dieu est toujours liée au don d 'une vie nouvelle qui, par l 'Esprit Saint, s 'exprime dans un amour agissant, les catholiques (n· 24) ne nient pas que le don divin de la grâce demeure, dans la justification, indépendant de la coopération humaine" (n· 24).
Lorsque les uns disent ceci, voilà comment il faut les comprendre. Lorsqu'ils disent cela, ils ne nient pas autre chose. Et inversement pour les autres !
3 . On peut faire une troisième et demière vérification en passant à un autre point, capital lui aussi, du débat doctrinal, à savoir I 'état du pécheur une fois qu'il est justifié. C'est aussi un sujet de controverse important (n° 28-30) ; c'est même le plus développé des sept points abordés dans la quatrième partie du document. "Nous confessons ensemble que dans le baptême, le Saint Esprit unit la personne humaine à Christ, la justifie et la renouvelle effectivement. Malgré cela, le justifié demeure sa vie durant, et constamment, dépendant de la grâce de Dieu qui le justifie pourtant sans conditions [... ]. Il n 'est pas dispensé de combattre perpétuellement la convoitise égoïste du vieil homme qui provoque I'aversion envers Dieu [...}. Même le justifié doit quotidiennement implorer le pardon de Dieu comme dans le Notre Père et
le pardon lui est toujours à nouveau accordé" (n° 28).
Voilà le consensus. Ensuite viennent les différences persistantes. Elles sont insérées dans le consensus, elles ne lui sont pas juxtaposées. Elles sont manifestées comme lisibles à l'intérieur de lui. Pour les luthériens, l'homme "reconnaît par la loi qu 'il demeure aussi totalement
pécheur, que le péché habite encore en lui car il ne cesse de placer sa confiance dans de faux dieux et n 'aime pas Dieu avec cet amour sans partage que Dieu son créateur exige de lui. Cette aversion envers Dieu est, en tant que telle, véritablement péché" (n° 29).
Est-ce qu'alors rien n'a changé sous l'effet de la grâce ?
C'est, bien sûr, la question que posent traditionnellement les catholiques. Réponse des luthériens (n° 29) : "Cependant, par le mérite du Christ, le pouvoir aliénant du péché est brisé. Le péché n'est plus péché 'dominant' le chrétien, car il est 'dominé' par le Christ, auquel le justifié est lié par la foi"
A l'inverse, est-ce que les catholiques minimiseraient le péché qui reste dans l'homme justifié, ou bien l'attachement au péché ou l'inclination au péché qui continuent de marquer son existence ? Réponse : "Ils [... ] pensent que la grâce de Jésus Christ conférée dans le baptême extirpe tout ce qui est "vraiment" péché, tout ce qui est vraiment condamnable (Rm 8,1). Ils affirment cependant qu'une tendance venant du péché et poussant au péché (concupiscence) subsiste en la personne humaine. Etant donné que, selon la conviction catholique, un élément
personnel est requis pour qu'il y ait péché humain, ils considèrent que l 'absence de cet élément ne permet plus d'appeler péché, au sens propre du terme, la tendance opposée à Dieu. Ils ne veulent pas par là nier le fait que cette tendance ne correspond pas au plan initial de Dieu envers I 'humain, ni qu'elle est objectivement aversion envers Dieu et I'objet d 'un combat perpétuel. Reconnaissants pour le salut par le Christ, ils veulent mettre en évidence que cette tendance opposée à Dieu ne mérite pas la punition de la mort éternelle et qu'elle ne sépare plus le justifié de Dieu. Si, malgré cela, le justifié se sépare volontairement de Dieu, une observation renouvelée des commandements est insuffsante. Le justifié doit alors recevoir, dans le sacrement de la réconciliation, le pardon et la paix au moyen de la parole du pardon qui lui est accordé sur la base de l'action salvatrice de Dieu (n° 30).
Dans la position catholique, on va donc jusqu'à faire place à une sacramentalité de la pénitence, du pardon et de la réconciliation. C'est dire que l'on ne conteste pas l'emprise que le péché peut garder chez le justifié !
Inutile de poursuivre l'enquête au-delà de ces trois vérifications. Ne suffisent-elles pas amplement à manifester l'accord, et l'essentiel de sa teneur ?

4. La portée
Nous avons d'abord pris acte du contenu de notre document; ensuite, nous avons successivement bien perçu l'intention qui le porte, et
dûment enregistré l'accord qu'il énonce et explicite. Reste à terminer par quelques indications sur la portée de tout cela. Pour la présenter, je me reporte à la dernière partie, à la conclusion de la Déclaration, intitulée : "La signification de la portée du consensus obtenu". J'aurai trois points.
1. Nous sommes conviés à nous faire à l'idée qu'est désormais à portée de main, un acquis considérable du point de vue historique et de portée majeure au plan doctrinal. Il ne faut pas nous y tromper : comme le disait Jean-Paul II, "c'est un moment de grâce" que nous vivons à cet égard, et ce ne peut être qu'une bonne nouvelle ! Je sais bien que l'accord de Rome n'est pas tout à fait acquis. Tout porte
néanmoins à penser qu'il est en bonne voie (1) . En ce sens, la nomination de Mgr Kasper au Conseil pontifical pour l'Unité des chrétiens est un signe non ambigu. Je sais bien, aussi, que nombre de théologiens luthériens allemands, à commencer par E. Jüngel, ont refusé leur
adhésion. Je ne crois pourtant pas qu'il faille ici se laisser impressionner. Ces théologiens n'ont en effet pas été suivis par les responsables des Eglises luthériennes allemandes, puisque ceux-ci et leurs synodes ont, au contraire, approuvé la Déclaration. N'a-t-on pas là, du reste, un cas très intéressant où l'on peut enregistrer qu'il arrive à l'autorité pastorale d'être en avance sur les prises de position des théologiens... auxquels on doit pourtant manifestement une bonne part de l'avancée réalisée ?
2. Les communautés chrétiennes sont loin d'avoir fait passer dans les faits les accords conclus (et en voie d'être reconnus officiellement) par les "autorités en cause". Mais le lieu où des avancées peuvent s'opérer n'est pas officiellement seulement celui du dialogue entre les Eglises. Le consensus mis à jour concernant "les vérités fondamentales de la justification" doit avoir des conséquences et faire ses preuves dans la vie et l'enseignement de chacune des Eglises prises comme telles.
Côté catholique, on gagnera à se re-centrer sans cesse sur ce qui est le cour de la foi chrétienne, à savoir la foi au Christ Sauveur, étant entendu que la doctrine de la justification n'est qu'une autre manière d'exprimer l'accueil du salut accompli par le Christ au bénéfice du monde entier. Corrélativement, côté protestant, on aura toujours intérêt à consentir à un réajustement de ce concept "second" qu'est la justification par rapport à la donnée première, qui est l'Evangile. Cela dit, il est clair que, dans le débat entre les deux partenaires, certaines questions, d'importance diverse, demeurent posées et exigeront donc une "clarification complémentaire". "Elles concernent entre autres le rapport entre la Parole de Dieu et l'enseignement de l'Eglise, ainsi que la Doctrine de l'Eglise, de I'autorité en son sein, de son unité, du ministère des sacrements, enfin le rapport entre justification et éthique sociale" (n' 43).

3. Troisième et dernier point que, toujours aussi brièvement, je voudrais relever avant de clore : dans le monde d'aujourd'hui, la crédibilité de la foi chrétienne n'a qu'à gagner à se concentrer ainsi sur l'essentiel de la foi, tel que l'énonce une pareille Déclaration. Alors, en effet, elle est probablement centrée sur cela même que, dans notre espace culturel en tout cas, on est avant tout susceptible de recevoir d'elle. Quitte à faire infiniment trop vite, on pourrait dire que nos contemporains sont partagés entre un existentialisme pélagianisant et un
prométhéisme désespéré. La manière dont notre document présente et propose, sous le nom de "justification", le salut chrétien, peut dès Iors ne pas manquer d'intérêt pour eux. Je ne saurais mieux terminer, me semble-t-il, qu'en citant le n° 44 "Nous rendons grâce à Dieu pour ce pas décisif dans le dépassement de la séparation des Eglises. Nous prions l'Esprit Saint de continuer à nous conduire vers cette
unité visible qui est la volonté du Christ".

Joseph Doré Archevêque de Strasbourg

PSN distribue ce texte avec l'autorisation de l'éditeur
Oecuménisme Informations, n° 296, juin 1999
Bulletin mensuel publié sous les auspices du Conseil d'Eglises Chrétiennes en France
8, rue de la Ville l'Evêque, 75008 PARIS
(1) Depuis cette intervention, on sait que la date de la signature a été fixée au 31 octobre 1999 à Augsburg, date et lieu hautement symbolique ! (note de PSN)

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http://www.catholink.ch/em/index/20001011.html

Une analyse de Claude Ducarroz sur le travail du Groupe des Dombes
VERS DE NOUVELLES ECONCILIATIONS
Après "Augsburg" et "Dominus Jesus", la réussite de l'ocuménisme - à savoir la réalisation concrète de la prière de Jésus pour l'unité de ses disciples (cf. Jn 17) -, ne fera pas l'économie de rapprochements et finalement d'accords doctrinaux. Il faudra bien que la tunique de l'Eglise soit raccommodée là où elle a été déchirée, donc aussi dans les intelligences. Tous les chrétiens connaissent-ils l'abbé Paul Couturier (1881-1953)? Pionnier de l'ocuménisme, ce prêtre de Lyon a été à l'origine de deux initiatives prophétiques. En 1933, il a lancé la première Semaine de prières pour l'unité des chrétiens, qui est maintenant inscrite au calendrier des Eglises chrétiennes. Par ailleurs, en 1937, il a fondé le Groupe des Dombes. Son but? Accélérer le dialogue doctrinal entre catholiques et protestants. Ce groupe - qui s'est réuni le plus souvent à l'abbaye des Dombes dans le diocèse de Belley - compte quarante théologiens et pasteurs, à savoir vingt catholiques et vingt protestants (réformés et luthériens). Dans une ambiance de prière, le groupe a abordé de front les thèmes les plus brûlants du dialogue doctrinal. Son objectif est de publier des déclarations communes qui aillent le plus loin possible dans la convergence et la rencontre des points de vue. Ainsi, pour ne citer que les dernières publications, il a fait connaître le résultat de ses travaux sur les thèmes suivants: Vers une même foi eucharistique (1972), Pour une réconciliation des ministères (1973), Le ministère épiscopal (1976), L'Esprit-Saint, l'Eglise et les sacrements (1979), Le ministère de communion dans l'Eglise universelle (1986). En 1990, un document particulièrement important a été publié, qui conditionne encore les travaux du groupe. Il s'agit de Pour la conversion des Eglises. Cette nouvelle méthode a été mise en ouvre lors du travail suivant publié en 1998: Marie dans le dessein de Dieu et la communion des saints. Depuis lors, un nouveau chantier est lancé. Il tourne autour de l'autorité doctrinale dans l'Eglise.

Une méthode de conversion réciproque
En publiant Marie dans le dessein de Dieu et la communion des saints (Bayard, Editions Centurion 1997), ces ocuménistes ont démontré qu'il était possible de relever un défi jugé insurmontable. Ils ont réussi à dire ensemble avec les mêmes mots, le cour de la foi évangélique à propos de Marie (chapitre II de la première partie, intitulé "Le témoignage de l'Ecriture et la confession de la foi"). Ils ont mis en évidence ce qui, semblable sur le fond, peut cependant être exprimé avec des concepts et des mots très différents. Ils ont délimité enfin très loyalement ce qui reste sujet de divergences voire de désaccords (deuxième partie: "Controverse et conversion"), mais sans que cela puisse continuer de justifier entre eux des attitudes d'exclusion. Au terme de ce parcours mariologique, le Groupe des Dombes peut rendre grâces en ces termes: "Nous ne considérons plus comme séparatrices les divergences relevées. (...) Tout notre travail a montré que rien en Marie ne permet de faire d'elle le symbole de ce qui nous sépare"
(nn. 335 et 336).

Augsbourg 1999
Sans l'avouer, l'accord doctrinal entre l'Eglise catholique et la Fédération luthérienne mondiale sur la justification par la foi (31 octobre 1999) participe fondamentalement de la même méthode. Sur cet autre point chaud, qui jadis provoqua tant de controverses et même d'excommunications réciproques, les théologiens et les autorités de nos deux confessions ont abouti à un accord historique qui engage notre rapprochement sur des voies pleines d'espérance. Là encore, après l'exploration du message biblique (chapitre 1), on s'est mis d'accord sur le cour de la foi chrétienne concernant la justification du pécheur en l'exprimant avec des mots semblables. D'ores et déjà, ce qui reste à éclaircir et à conjuguer est considéré comme incapable de justifier une divergence séparatrice entre nous. Sur le point délicat du salut en Christ, nous avons prouvé que l'unité dans l'essentiel et la diversité dans le périphérique pouvaient cohabiter, au point de nous offrir déjà la grâce d'une réconciliation infiniment précieuse et surtout très prometteuse. La conclusion est donc optimiste: "L'enseignement des Eglises luthériennes présenté dans cette déclaration n'est plus concerné par les condamnations du Concile de Trente. Les condamnations des confessions de foi luthériennes ne concernent plus l'enseignement de l'Eglise catholique romaine présenté dans cette déclaration. (...) Nous rendons grâces à Dieu pour ce pas décisif dans le dépassement de la séparation des Eglises" (nn. 41 et 43).

L'Esprit nous précède
Ce bout de chemin parcouru ensemble avec succès, là où il semblait que nous ne pourrions jamais nous retrouver unis, est un bienfait du Seigneur pour lequel il nous faut tous rendre grâces. En même temps, une voie nous est tracée, qui peut et doit donner des fruits similaires sur d'autres terrains ocuméniques encore en friche. Avant tout, une méthode de rapprochement a été expérimentée, qui nous réapprend à marcher de concert. Elle consiste en ceci: aller directement au cour du problème avec la conviction intérieure que l'Esprit nous a déjà
donné rendez-vous là, puisque nous sommes des frères beaucoup plus unis que séparés. Osons redire notre foi commune avec les mots de l'Eglise unie, à partir de l'Ecriture. Pour le reste, il faut distinguer le nécessaire de ce qui est seulement utile. Même dans l'expression des vérités auxquelles nous tenons le plus, nous devons constater que l'histoire a laissé des traces en forme de scories.

Dépoussiérer le langage
En dépoussiérant le langage, en précisant les intentions et les concepts, nous pouvons arriver à reconnaître mutuellement des équivalences. C'est ce que certains conciles ont déjà fait dans le passé pour tenter de réconcilier les Eglises d'Orient et d'Occident. Ainsi du deuxième Concile de Lyon (1274) et du Concile de Florence (1438-1445) au sujet de la doctrine trinitaire. Le Concile Vatican II n'a-t-il pas rappelé: "Autre chose est le dépôt même ou les vérités de la foi, autre chose la façon selon laquelle ces vérités sont exprimées, à condition toutefois d'en sauvegarder le sens et la signification" (Gaudium et spes n. 62)? Je rêve des progrès immenses que nous pourrions faire sur les chemins de la réconciliation ocuménique si cet adage conciliaire était vraiment pris au sérieux dans l'examen d'autres dossiers chauds, par exemple le ministère pétrinien, pour exaucer les voux mêmes du pape Jean Paul II (cf. Ut unum sint nn. 95 et 96).

Diversités non séparatrices?
Et puis il restera toujours des différences, car l'unité selon le modèle trinitaire ("comme le Père est en moi et moi dans le Père" cf. Jn 17, 21) postule que la barre de l'unité doctrinale ne soit pas placée de manière rigide tout au sommet de l'édifice ecclésial, ce qui aurait pour conséquence de tout ramener à l'uniformité monolithique. Il nous faut accepter que certaines divergences, explicables par l'histoire et les différences culturelles, puissent continuer d'exister entre nous "dans les formes diverses de la vie spirituelle et de la discipline, dans la variété des rites liturgiques et même dans l'élaboration de la vérité révélée" (cf. Vatican II in Unitatis redintegratio n. 4). Peut-être
certaines dissonances, actuellement séparatrices peuvent-elles, après un nouvel examen, être considérées comme admissibles, chaque Eglise continuant d'adhérer à ses formules et à ses pratiques sans rejeter hors de la communion ecclésiale celles et ceux qui ne les adoptent pas ou les expriment autrement. Un grand chantier est ouvert devant nous. La façon dont les Eglises catholique et luthériennes ont franchi les
obstacles après des siècles de polémiques sur la justification par la foi nous offre de nouvelles espérances. Le Groupe des Dombes, à sa modeste place, a peut-être indiqué un chemin. Il me sera permis de prier pour qu'il soit poursuivi, tant il me semble porteur de nouveaux accords et de nouvelles réconciliations.
Claude Ducarroz

Groupe des Dombes
Le Groupe des Dombes était présidé par le pasteur Alain Blancy et le Père Bruno Chenu. Etait, en effet, car Alain Blancy, pasteur à Thoiry (Ain, France), vient de décéder. Parmi ses membres suisses figurent le professeur Gottfried Hammann, de l'Université de Neuchâtel, les pasteurs vaudois François Altermatt, Guy Lasserre, Willy-René Nussbaum et Antoine Reymond, une religieuse de Grandchamp, Sour Christiane Méroz, et un seul prêtre catholique, Claude Ducarroz. Tous les documents déjà publiés peuvent être demandés dans les librairies chrétiennes ou directement à l'Abbaye Notre-Dame des Dombes, F-01330
Le Plantay, téléphone 0033 4 74 98 14 40, fax 0033
4 74 98 16 70.
Texte dans e+m n. 31, pp. 972-975.

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