1er novembre
Tous les saints (calendrier liturgique catholique-romain)
Solennité
Les jours saints des 1er et 2 novembre nous font célébrer chaque année le mystére même de l'Eglise. Pour nous qui réduisons si souvent l'Eglise aux horizons étriqués de ce que nous pouvons en voir extérieurement, en sa seule réalité terrestre, quel émerveillement! Comme si l'iceberg tout entier se dévoilait à nos yeux éblouis. Ces fêtes déchirent la nuit et le brouillard qui nous enveloppent, et nous font entrevoir 'l'autre côté des choses'. Voici donc que la liturgie ouvre nos yeux sur l'Eglise en sa triple dimension, sa triple réalité, sa triple manière d'exister
1/ L'Eglise 'militante' en son état de combat actuel qui, sur terre, chemine dans la Foi. Eglise de Pentecôte permanente.
2/ L'Eglise 'souffrante' en son état d'attente qui, au purgatoire', désire dans l'Espérance. Eglise de l'Avent transitoire.
3/ L'Eglise "triomphante' en son état de gloire qui, au ciel, règne en plénitude dans la Charité. Eglise de la Pâque éternelle.
Les deux premières n'ont qu'un temps, elles acheminent vers la dernière, qui seule subsistera éternellement. Espérance et Foi passeront, combat et attente disparaîtront. Ne restera que la gloire : l'irradiation finale de la charité. L'Eglise glorieuse n'est pas uniquement à venir. Notre avenir existe déjà. Et ce sont les anges et les saints déjà rassemblés, en notre nom à tous, et comme en avant de nous, au coeur du Père, du Fils et de l'Esprit.
En ces deux jours, nous, Eglise en marche, nous regardons notre avenir à tous, le 2 novembre, vers ce temps béni d'ultime guérison par l'amour, où nous passerons sans doute tous. Mais, d'abord et avant tout, le fer, vers cette Cité sainte vers laquelle tend notre existence à chacun, toute l'histoire de l'humanité, et toute l'explosion du cosmos, depuis le big-bang originel.
Ainsi, la liturgie nous tourne vers ce qui vient, vers ce qui approche, ce qui nous attend. Désormais nous savons où nous allons. Nous sommes orientés tournés vers ce Soleil levant qui, à l'horizon, se lève... Notre route en reçoit son sens (et sa direction, sa raison d'être). En regardant les saints, je sais qui je serai demain. Je vois l'humanité telle qu'elle sera demain toute rachetée, toute glorifiée.
Jérusalem! Léve-toi, tiens-toi sur la hauteur!
Regarde vers l'Orient!
Vois la joie qui te vient de Dieu!
Voici : tes fils reviennent, rassemblés de l'Orient à l'Occident
sur l'ordre du saint, jubilants de la gloire de Dieu.
Jérusalem, quitte ta robe de tristesse!
Pour toujours, revéts la beauté de la gloire de Dieu! (Ba 4,36).
Ces trois 'espaces" ou 'temps"' de l'Eglîse sont inséparables. Ils forment une seule et même Eglise.
Depuis que Dieu a déchiré les cieux pour se faire le coeur de Sa création, bébé dans une grotte, depuis que les anges ont chanté que la gloire de Dieu était devenue la paix des hommes, et vice-versa depuis cet instant, toutes les barrières entre terre et ciel ont été anéanties. Rideau de fer démantelé, chiens policiers devenus agneaux, no man's land changés en vergers. Depuis que le ciel est descendu sur terre, et qu'il y demeure en permanence, toutes frontières ouvertes, il y a libre et constant échange entre les différentes 'zones' de 'Eglise.
Tout ce qui se vit, se fait, en un point précis de l'Eglise, se répercute immédiatement ailleurs. D'abord à l'intérieur même de l'Eglise sur terre : mon péché fait baisser le niveau de sainteté de tous et spécialement de la portion d'Eglîse où je vis, surtout si j'en suis responsable (et chacun l'est, à un niveau ou l'autre). Il peut freiner la marche d'un frère inconnu.
Mais aussi et surtout tout acte d'amour, tout geste de vie en entraînent d'autres vers l'amour et la vie, rapprochent le monde entier du Père, l'ouvrent davantage à l'Esprit et hâtent la venue en gloire du Fils. Simplement parce que nous sommes un seul et même corps. (Un simple abcès au doigt rend tout le corps fiévreux.)
Mais en sens inverse, je dois une partie de mon amour à quelqu'un qui peut être à l'autre bout de la planète, prie et offre pour moi, et que je ne connaîtrai qu'au ciel. Si je ne suis pas plus enfoncé dans la fange, c'est que d'invisibles mains me soutiennent. Les actes d'amour des saints qui vivent sur terre sont à moi. Dieu me pardonne, en les contemplant. Je puis les offrir à Dieu. 'Voyant leur confiance, il le guérit.'
Cette libre circulation des biens spirituels, ce retentissement universel de tout ce qui se fait et se vit dans le coeur de l'homme, c'est ce qu'on appelle la communion des saints.
Mais cette libre circulation du sang de l'amour traverse l'apparente frontière entre le visible et l'invisible. Je peux vivre une intimité avec les anges, les saints et tous ceux qui m'ont précédé dans le Royaume. Ils pensent à mot, parlent de moi au Seigneur, secrètement me soutiennent, me conseillent et me consolent. Leur beauté glorieuse, leur amour en son maximum m'appartient aussi. Ne sont-ils pas mes frères? Mes frères de chair et de sang, sang-tifiés' par la même chair et le même sang du même Jésus ? Celui dont ils voient le visage, en plein soleil, et dont j'écoute battre le coeur, en pleine nuit, c'est bel et bien le même l'Unique.
Mais l'Eglise ne peut s'émerveiller de la splendeur de ses enfants déjà au terme de leur pèlerinage, sans immédiatement se tourner vers ceux qui cheminent encore, même si c'est déjà 'de l'autre côté du voile'.
Après nous être laissé éblouir par la joyeuse beauté déjà glorifiée de notre Eglise, nous serons saisis par la compassion même de Dieu, pour ces frères en état d'Avent, afin de hâter leur éternel Noël.
Grâce à notre humble supplication, cette année encore, une foule va passer de l'Eglise de l'Espérance à celle de l'Amour, de son Avent à sa Pâque. L'an prochain ils feront partie de ceux que nous fêterons, non plus le 2, mais le 1er novembre.
D'année en année, la Toussaint englobe davantage d'amis de Dieu. Cortège aux rangs de plus en plus serrés. Foule qui, tel un fleuve, ne cesse de s'élargir aux dimensions de l'histoire. Et un jour, c'est nous qui en ferons partie. Ceux de la terre nous fêteront! Comment notre coeur n'en éclaterait-il pas de joie?
Debout, rayonne! Voici ta lumiére!
Sur toi se léve la gloire du Seigneur!
Lève les yeux aux alentours, regarde :
tes fils arrivent de loin,
tes filles sont portées sur les bras.
A cette vue tu seras radieuse,
tout gonflé d'émotion, ton coeur! (Is 60,1-5).
Père Daniel Ange
PRIERE DU MATIN
Seigneur, en ce jour de céleste allégresse, nous te bénissons pour tous ceux que tu as rachetés par ton sang et qui partagent ta gloire dans la vision face à face et te connaissent comme tu les as connus pendant leur pèlerinage sur la terre. Nous te bénissons pour la bienheureuse espérance qui est en nous de partager le sort de cette foule immense des saints, des esprits bienheureux et de tous ceux qui sont parvenus jusqu'au trône de ta gloire, qui te chantent sans cesse et participent à l'indicible bonheur qui est en toi, Trinité Sainte. Donne-nous de voir les cieux ouverts comme tu nous l'as promis et que la gloire du monde à venir nous aide à supporter joyeusement toutes les tristesses de ce monde et à considérer toutes choses comme passageres.
>........Messe
___ PRIERE APRES LA COMMUNION
Dieu qui seul es saint, toi que nous admirons et adorons en célébrant la fête de tous les saints, nous implorons ta grâce quand tu nous auras sanctifiés dans la plénitude de ton amour, fais-nous passer de cette table, où tu nous as reçus en pèlerins, au banquet préparé dans ta maison. Par Jésus.
MÉDITATION
Aujourd'hui, l'Eglise englobe dans une même fête tous ses enfants parvenus au Royaume. absolument tous. Elle ne veut pas en omettre un seul. Mais quand elle en béatifie, c'est uniquement quelques-uns parmi cette multitude que nul ne peut dénombrer. A titre de délégués, représentatifs de tous les autres du même pays, du même métier, de la même époque ou du même état de vie. Et qu'elle ose donner en exemple au monde entier et pour tous les temps. 'Rien ne nous assure que les saints canonisés soient les plus grands" (Thérése de Lisieux).
Les saints officiellement proclamés tels ont déjà leurs fêtes réparties sur l'année. Alors celle-ci est pour tous les autres
1/ Les saints anonymes, enveloppés du manteau du silence. Ceux dont nous ne connaîtrons jamais les noms sur terre. Ceux qui, totalement cachés aux yeux des hommes, demeurent encore le secret du Père.
2/ Les saints de nos familles. Pas un seul d'entre nous qui n'ait des saints dans sa généalogie. Qu'il le sache ou non. Je fête aujourd'hui tous mes ancêtres, ou plus proches ces grands-parents ou déjà parents, frères ou soeurs, qui m'ont précédé dans le Royaume. Ne suis-je pas l'enfant de leurs larmes, de leur prière, de leur amour? Telle grâce que je reçois aujourd'hui, n'est-ce pas en réponse à l'amour d'une grand-mère inconnue, récitant son chapelet au soir d'une longue journée de labeur dans les champs? Cela aussi, c'est la communion des saints. Serai-je digne des saints de ma famille?
3/ Les saints non explicitement chrétiens, simplement parce qu'ils n'ont jamais eu l'occasion de rencontrer jésus, mais qui n'en sont pas moins sauvés par lui. Les saints des peuples païens (la Bible nous en donne quelques exemples), car tous les peuples ont leurs saints. Ceux qui ont vécu effectivement les Béatitudes, sans en savoir la source. Qui ont vécu l'Evangile, sans pouvoir reconnaître le visage de Jésus en son Eglise, défiguré qu'il était par les infidélités de trop de baptisés. Les frontières de l'Eglise ne coïncident pas forcément avec les murs de nos églises. Certains 'hors-murs' n'ont-ils pas pu vivre, paradoxalement, au coeur de l'Eglise ? Dieu le sait qui voit le coeur 'Dans l'ineffable prescience de Dieu, beaucoup qui paraissent dehors sont dedans, et beaucoup qui paraissent dedans sont dehors' (Saint Augustin, 'de Baptismo' 5,27).
La fête des paumés d'aujourd'hui Cette fête nous le révèle : la sainteté n'est pas synonyme de perfection morale. On peut être naturellement privilégié par l'hérédité, l'atavisme, le milieu familial, l'éducation, être doté de qualités humaines multiples et de vertus naturelles au point de passer pour un saint et en être très loin! Alors que des êtres déshérités par la nature, au psychisme abîmé et fragile, peuvent offrir à l'Esprit Saint un terreau de choix. Tel alcoolique qui, par pur amour, se prive d'un seul verre, peut faire un acte plus héroïque qu'un moine faisant des prouesses ascétiques.
"A supposer une égale fidélité foncière à la grâce et donc une égale sanctification dans le mystère, il y a deux espèces de saints : il y a les saints aux psychismes disgraciés et difficiles, la troupe des angoissés, des agressifs et des charnels, tous ceux qui portent le poids des déterminismes. Il y a ceux qui ne charmeront jamais les oiseaux et ne caresseront jamais le loup de Gubbio; ceux qui tombent et tombent encore; ceux qui pleureront jusqu à la fin, non parce qu'ils auront claqué une porte un peu vivement, mais parce qu'ils commettent encore cette faute sordide, inavouable. Il y a l'immense foule de ceux dont la sainteté ne reluira jamais ici-bas dans leur psychisme, et ne se lèvera qu'au dernier jour pour resplendir
enfin in perpetuas aeternitates. Ce sont les saints sans le nom.
Et à côté d'eux, il y a les saints au psychisme heureux, les saints chastes, forts et doux, les saints modèles, canonisés ou canonisables; ceux dont le coeur délivré est large comme les sables qui bordent la mer, ceux dont le psychisme chante déjà comme une harpe harmonieuse la gloire de Dieu; les saints admirables qui soulèvent l'action de grâces et en qui nous touchons l'humanité transformée par la grâce. Les saints reconnus, fêtés, les grands saints qui font leur trace éclatante dans l'histoire" (Père Beirnaert, Etudes carmélitaines, 1951).
Immense espérance de notre temps! La Toussaint est la fête des jeunes d'aujourd'hui! Etalon de perfection ou enfant du pardon? A besoins nouveaux, saints nouveaux. Dieu tient à jour l'Evangile : l'Esprit façonne de nouveaux profils. Nous voilà entrés dans l'ère de la sainteté des paumés. Temps de la grande misère, temps de la grande miséricorde. Les grâces qui semblaient réservées aux plus grands saints, les voici déversées sur les plus petits. En voyant les jeunes tellement perturbés, si ce n'est traumatisés, on pourrait croire : l'étoffe humaine s'en va en lambeaux, nous n'aurons plus de héros. Plus de héros, mais beaucoup de saints. Peut-être pas des saints à donner en exemple de "perfection"', mais des amis de Dieu à recevoir en signes de consolation. De moins en moins, un saint ne sera un étalon de perfection, et de plus en plus un enfant du pardon. Des saints qu'on hésitera peut-être à canoniser, mais que Dieu aura non moins sanctifiés. De la race du bon larron. La beauté d'un saint n'est pas la beauté d'un mannequin, mais celle d'un visage blessé : la sainteté se mesurera a la vulnérabilité. Car voici que tout est renversé. Plus un être porte un handicap lourd, plus ce poids même le précipite au fond du coeur de Dieu. Et ce poids même est sa gloire. Plus un être est blessé par la vie, plus il est aimé de Marie. Plus il est rejeté par les hommes, plus il est projeté en Dieu. D'autant plus blessé, d'autant plus aimé. Même s'il ne le sait pas, c'est ainsi. Tristesse infinie s'il ne le sait pas. Bonheur sans nom, s'il le sait. Ce message de folle espérance, qui donc le criera dans les déserts de notre monde atrocement sous-alimenté,è privé des nourritures les plus élémentaires, privé de lait maternel? Jean-Emmanuel vient d'avoir le mot vrai "Dieu a posé les yeux sur moi, car je suis fragile!"
Ce qu'Anne, vingt et un ans, avait tourné autrement 'Le saint c'est celui qui est tellement pécheur que Jésus est alors tout pour lui.' Et Chantal, dix-huit ans : "'En ce moment je vis ceci : je suis infiniment plus aimée que je ne suis pécheresse.»
J'avais écrit "Dieu retourne les failles psychologiques, les blessures affectives, en grâces de purifications passives et actives." J'ajoute : de ces blessures même, Dieu fait des sources. Autant de blessures, autant de sources. Sources d'Esprit Saint pour notre monde. Sources de guérison pour notre humanité malade. Ce sont les plus malades de leurs enfants qui deviendront les médecins des peuples. Les orphelins de notre monde deviendront les révélateurs du Père. Les jeunes sont les premiers à contracter les maladies de notre fin de siècle. Tout le mal qui traverse notre humanité les atteint de plein fouet. Trop fragiles pour en supporter le choc, ils tombent et succombent "'Nous avons affaire à des jeunes qui ont payé d'avance le prix de coups qu'ils n'ont pas mérités. Ils ont subi toutes sortes de traumatismes dont ils n'étaient pas responsables» (Jean-Marie, Cardinal Lustiger, la Croix, 31 octobre 1981). Victimes, oui, mais innocentes! Si seulement, ils pou-vaient savoir qu'un autre les a précédés dans ce chemin d'innocence bafouée. Un autre qui donne sens à cette somme gigantesque de souffrance, qui hors de lui ne peut qu'écraser. Mais même cela, ils ne s'en doutent pas. Nous ne savons pas, nous n'osons pas le leur dire. Pardon! Le leur révéler : "Vous êtes les agneaux qui portez le péché du monde, mais pour l'ôter. Vous êtes innocents du mal, mais sauveurs du monde. A une condition : simplement accueillir cet autre dans votre vie!"
Oui, ceux que le mal va crucifier seront ceux que l'amour aura stigmatisés. La joie de Dieu : lumière à fleur de terre! Que cette fête soit réveil de tout ce potentiel de sainteté qui est là, à fleur de terre, fantastique gisement encore si peu exploité! Nos villes sont surpeuplées de bien plus de saints que d'assassins. De même les assassins peuvent devenir saints puisque le premier canonisé, et par Dieu lui-même! l'était sans doute : le gangster crucifié aux côtés de la lumière. Y découvrant son Roi et son frère.
Devenons éveilleurs de sainteté. Chez tous, chez les enfants, chez les jeunes, chez les pauvres, chez tous, chez tous... Car finalement, qu'est-ce que la sainteté, sinon le bonheur? Le simple bonheur d'exister! Comment être heureux sans répondre, correspondre, aux préférences, au rêve d'amour du Seigneur sur moi? Comment être pleinement moi-même, sans coïncider avec ce regard-laser, qu'Il ne cesse de poser sur moi ?
Qui donc est plus heureux qu'un saint? La petite Claire de Castelbajac osait s'écrier : "J'aime tellement la vie! Vous rendez-vous compte combien je suis heureuse? Tellement heureuse que si je mourais maintenant je crois que j'irais au ciel tout droit... Je suis dans la béatitude jamais expérimentée jusque-là! C'est fou ce que je suis heureuse, à cause de tout, et malgré tout. J'apprends par expérience qu'il y a toujours un bonheur plus profond qu'on ne croit." Bonheur contagieux : "J'ai envie de rendre tout le monde heureux : ça doit être ça la joie des enfants de Dieu." Et ce mot fulgurant griffonné en Terre sainte : "Je crois que j'ai été choisie par Dieu pour être la plus heureuse de ma génération" (23 septembre 1974). Quatre mois, plus tard, elle entrait pour toujours dans la joie de son Seigneur. Elle avait vingt-deux ans.
L'Eglise choisit aujourd'hui comme évangile l'hymne au bonheur, composé, joué, chanté sur une colline de Galilée au bord du lac. Charte de la sainteté que ce chant aux huit couplets. Seul refrain : Bonheur! Bonheur! Bonheur! Et qui chante? Celui qui est la joie même du Pére, la joie des pauvres.
Un auto-portrait : il y a dessiné son propre visage. Qui donc comme lui a été pauvre, a pleuré, a été persécuté? Mais aussi, qui donc plus que lui a consolé, semé la paix, guéri mille blessures?
Huit couplets : les couleurs de l'arc-en-ciel où se réfracte l'unique lumière de la gloire. Impossible d'en vivre une sans que toutes les autres suivent. Parfois l'une plus qu'une autre, mais toujours toutes là, indissociables. Autant de dons du Saint-Esprit. Tout le ciel (le Royaume, les larmes essuyées, le festin final) est déjà là, mais aussi tout ce qui fait notre vie sur terre (la pauvreté, les larmes, la persécution). Ciel et terre s'imbriquent l'un dans l'autre. Un saint : celui dont le coeur s'ouvre au ciel, devient ciel, devient Royaume le roi, chez lui habite.
Hymne qui a traversé les continents et les générations. Qui a fasciné les pauvres et les petits de tous les temps. Qui coupe en deux l'histoire du monde. Qui renverse toutes les valeurs humaines. Formidable révolution copernicienne, qui n'a pas fini de nous bousculer.
Père Daniel Ange